Ralph Keysers. Le Crayon du Diable

L’antijudaïsme a une longue histoire en Europe. En Allemagne, le passage vers un antisémitisme racial prend naissance vers la deuxième moitié du XIXe siècle. Le rejet de la communauté juive dans le Reich Wilhelmien va crescendo. Il est une combi­naison de plusieurs facteurs. L’arrivée importante de juifs de l’Est fuyant les persécutions tsaristes sur le sol allemand est l’un d’eux. Cette population qui apporte avec elle ses cou­tumes et ses tenues vestimentaires étranges pour la popu­lation locale suscite chez elle un sentiment de haine. À cela s’ajoute la jalousie face à la réussite économique et sociale dans le Reich des juifs présents en Allemagne depuis plusieurs générations.

Après la défaite allemande de 1918, et suite à la crise écono­mique de 1923, on cherche donc des coupables : ce seront les juifs.

Julius Streicher, futur propriétaire de l’hebdomadaire Der Stürmer, sillonne les villes, va de village en village, distribuant des libelles contre les juifs.

Dès lors, la campagne antisémite de Julius Streicher dans son hebdomadaire se déchaîne. Il inonde l’Allemagne de journaux et de factums antisémites et il prédit qu’il faudra, un jour, faire couler le sang (cité par Pierre Sorlin, L’Antisémitisme alle­mand).

Le présent essai décrypte l’outil de la caricature utilisé par Julius Streicher et exploité par Philipp Rupprecht alias Fips pour pervertir l’esprit de la population allemande.

Serge Blisko, Président de la Miviludes, remarque dans la pré­face qu’il signe pour ce volume qu’ « On imagine moins que dans l’histoire, le dessin de presse a pu avoir été au service des idéologies les plus dangereuses. C’est bien cela que met en évidence le très érudit et illustré travail de Ralph Keysers consacré à la présentation et l’analyse des dessins qui ont été publiés dans l’hebdomadaire Der Stürmer et dont l’auteur s’appelait Fips ».

Ralph Keysers, Ancien Conseiller Culturel adj. près l’Am­bassade de France à Bonn. Maître de Conférences Honoraire d’Allemand près l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Spécialiste de l’Allemagne contemporaine.

Disponible sur AMAZON   -   ISBN : 978-2-9560768-0-3

Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Nos très chers Emirs.

Ainsi est titré le livre des journalistes et ex-otages Christian Chesnot et Georges Malbrunot consacré aux relations privilégiées qu’entretiennent les gouvernements français avec les monarchies du Golfe.

Certes du point de vue de la Realpolitik, ces micro-États dorés sur tranche sont des partenaires utiles car ils maintiennent un peu de stabilité dans un Moyen-Orient parcouru de séismes politiques et religieux. Pour ce qui est des bonnes affaires aussi, ils sont intéressants aussi. Mais il faut bien admettre que « la France » se montre fort complaisante vis-à-vis de pays qui financent une idéologie qui nous menace et des réseaux terroristes qui nous ciblent, des Salafistes aux Frères musulmans dont le messianisme fait le lit du djihadisme. Pour ne pas parler de la Bosnie-Herzégovine où les Musulmans historiques et européens deviennent peu à peu des musulmans antieuropéens et missionnaires ou pire, alimentés en écrits et paroles mystiques à partir de la péninsule arabique. Et quel encouragement que la Légion d’honneur décernée le 4 mars 2016 au prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Nayef, également ministre de l’intérieur, reçu à l’Elysée, alors que de janvier à début mars de l’année dernière son pays venait de procéder à 70 exécutions capitales, la plus récente le dimanche précédent cette cérémonie. .

Déjà sous Sarkozy, c’était l’idylle avec le vilain petit Qatar. Son ambassadeur arrosait Paris de subventions, financements, cadeaux personnels. A chaque Noël il envoyait des paquets à une trentaine de personnalités, d’une valeur de 10 000 euros à peu près. Aucun sac de grand luxe n’a été retourné à l’ambassade. Certains élus français se sont même plaints que les Qataris refusent de payer tel ou tel voyage ou que le cadeau ne soit pas livré comme des enfants qui se plaignent au Père Noël. Or le Qatar et l’Arabie saoudite ont joué un rôle important dans le financement du terrorisme islamiste. Depuis la révolution iranienne de 1979 et l’aide apportée aux mudjahidines en Afghanistan, des réseaux financiers se sont créés pour financer le djihad dans le monde. Les rapports américains de la CIA et du FBI le disent clairement. (ates67.fr, 13 février 2017)

François Abel, Charly Damm. Strasbourg. Clé de l’Europe.

Quelle bonne idée de la Fondation pour Strasbourg et des Éditions du Signe que d’avoir publié un livre relatant en BD, c’est-à-dire en images textées, l’histoire de la métropole alsacienne ! Évidemment, cet ouvrage format 23x32 cm, très coloré, fortement cartonné, solide comme du grés des Vosges, texture de la ville qu’il présente, est destiné avant tout aux élèves des écoles, mais c’est non moins visiblement une mine d’informations pour les actifs et les plus avancés en âge encore. Le livre n’est pas paginé, mais en lieu de numéros de pages, on voit défiler les grands chapitres de l’Histoire, tous indiqués en haut de pages avec leurs dates entre parenthèses.

Appuyé par les dessins sympathiques et vivants de François Abel, essentiellement des personnages souvent pittoresques, le texte de Charly Damm apporte énormément d’informations que je vous mets au défi de déjà connaître. Dès la première page par exemple, voilà une question que personne ne se pose jamais : connaissiez-vous l’origine du mot « Rhin » ? Eh bien, ouvrez le livre, vous l’apprendrez. C’est très simple mais significatif. Un peu de préhistoire, un peu plus d’antiquité et beaucoup de Moyen-Âge couvrent plus de la moitié du livre et concrétisent le long passé de cette ville romaine à l’origine, située à la croisée des chemins comme son nom l’indique. Elle connut des périodes florissantes et des catastrophes épouvantables, liées généralement aux conflits armés.

Ce qui m’a frappé aussi, c’est que rien n’est passé sous silence, y compris les côtés sombres de l’Histoire, par exemple la Guerre de trente ans, si peu connue des Français, qui a touché Strasbourg, ou encore cette guillotine révolutionnaire qu’on aimerait oublier, sans occulter le Service de travail du Reich pour les jeunes filles et l’incorporation forcée des hommes dans la Wehrmacht à partir de 1942. C’est que l’Histoire alsacienne n’a pas été toute rose de bout en bout.

Et peut-être est-ce ce qui fait sa richesse, car la souffrance, si elle ne tue pas, développe l’intelligence, et le ballotage entre deux États et trois cultures, l’alsacienne d’abord, la française et l’allemande ensuite, accroit les facultés d’adaptation. C’était important en effet de remémorer cet immense passé de Strasbourg, qui fut une ville libre, une des premières en Europe à se défaire de force des méchants seigneurs et d'un mauvais évêque. Ce qui explique aussi que les bourgeois de Strasbourg aient conservé leur fierté et leur esprit frondeur.

Rien ne manque et l’on se dit à tout bout de page : « Tiens ? C’était comme ça ? Je ne le savais pas. Je l’avais entendu dire, mais je ne le savais pas précisément ». L’avantage de la BD est d’imprimer dans les têtes le temps de l’Histoire comme un film en continu. Car il est important de pouvoir replacer les évènements et les époques dans leur contexte et leur déroulement dans notre civilisation du numérique qui court d’instant en instant, pour ne pas dire d’instantané en instantané. Autant dire que ce livre peut susciter des vocations d’Historiens parmi les enfants et les ados. Mais aussi de linguistes ou de philologues. Car les personnages parfaitement identifiables qui peuplent le récit utilisent aussi des bribes d’un allemand et un alsacien compréhensibles et très couleur locale que bien des Strasbourgeois ont malheureusement tendance à négliger aujourd’hui.

C’est déjà annoncé en début d’ouvrage par la formule « E komischi Gschicht », la drôle d’histoire que nous raconte un couple que les auteurs ont judicieusement choisi : la belle Liesel dont la statue en bronze orne le Parc de l’Orangerie et l’artisan romain Publius Modestus dont les archéologues ont mis à jour la sépulture en 2016. Car ce qui fit parfois dans l’Histoire le malheur de Strasbourg, à savoir sa position médiane entre deux pays qui se croyaient ennemis héréditaires, fait aujourd’hui sa chance et son bonheur comme trait-d’union entre la France et l’Allemagne et comme cité-phare de l’Europe. (Jean-Paul Picaper - octobre  2016)

Éditions du Signe. 1 rue Alfred Kastler, 67038 Strasbourg Cedex. 2016 ou BP 10094 Eckbolsheim. www.editionsdusigne.fr. 0388 78 91 91.

16, 90 €

Laurent Leblond. Le couple franco-allemand. Une relation passionnelle

L’auteur a l’art de la synthèse efficace.  En si peu de pages avoir dit tout ce qui est essentiel, est une performance. Il y a, des lignes de continuité historico-politiques, et beaucoup de faits importants dont deux ou trois peu connus ou inconnus citons les tout de suite : nous ne savions pas que De Gaulle avait fait des études si approfondies de la langue allemande dans le Secondaire (il a pu les continuer ensuite comme prisonnier), mais c’était le cas des futurs officiers ; et surtout (p. 84) quand il dit le 5 septembre 1962 « Vous êtes un grand peuple », et qu’après sont discours sur la place de l'hôtel de ville de Bonn, avec son cynisme habituel, il commente pour son entourage : « S’ils étaient encore un grand peuple ils ne m’acclameraient pas ainsi ». Inutile d’en révéler d’autres. Il faut que les lecteurs aient quelques friandises à déguster. Il y a des variations par rapport à ce qu’on a entendu qui ne sont pas des erreurs. Par exemple, Kohl a parlé pour la réunification de l’Allemagne et celle de l’Europe des « deux faces d’une même médaille » et non pas des « deux faces d’une même pièce de monnaie » (p. 113), mais il est possible qu’il ait utilisé l’une et l’autre formule. N’est-il pas un « pères de l’euro » ?

C'est dans notre intérêt à tous que ce livre se diffuse. Les Français connaissent encore si peu l'Allemagne, malgré tous les efforts d'explication, de contacts, de voyages, de séjours. Le minimum pour faire l’Europe, c’est pour les Français de connaître l’Allemagne, et pour les Allemands de connaître la France.  Cela ne suffit pas évidemment pour connaitre l’Europe, mais on ne peut la connaître toute entière. Aussi faut-il choisir un autre pays par-ci par-là et s’en faire une spécialité, apprendre sa langue, sa littérature, sa société, son histoire. Nous écoutions récemment la conférence d’un professeur de Strasbourg qui disait : « On ne connaît pas l’Europe. Connaissez-vous le nom du plus grand écrivain lituanien ? ». Non, nous ne le connaissons pas. On peut vivre en Europe sans le connaître. Mais pourquoi ne pas apprendre outre l’anglais et l’allemand le lituanien ou le suédois, ou le serbo-croate et le hongrois ? C’est un peu ainsi que doit se faire l’Europe, en créant des modules, des noyaux, des … couples… des coopérations renforcées. Le « couple franco-allemand », titre Leblond. Bien peu de gens savent d’où vient cette formule. Elle a été lancée par l’écrivain français Jules Romain après un voyage en Allemagne en 1935…

Avec réalisme, Leblond écrit que l’Allemagne n’est pas un modèle à imiter platement et servilement par la France, ce « modèle allemand » dont nous gargarisait Nicolas Sarkozy. Du reste, son livre insiste sur les différences et divergences entre nos deux pays et, par-delà, sur la nécessité de s’entendre et de coopérer quand même. Il y a dans ce livre beaucoup d’appréciations très justes, une grande justesse de jugement. Y compris quand Laurent Leblond casse des idées reçues par exemple en décrivant la Prusse comme le pays des droits de l’homme et en montrant les erreurs de la politique française des deux après-guerres vis-à-vis de l’Allemagne. Il accentue enfin le grand basculement historique qui nous a fait passer d’une Europe dominée par la France jusqu’en 1989-90 à une Europe dominée, depuis, par l’Allemagne. Cela paraît assez évident que l’Allemagne de Merkel se sert de l’Union Européenne pour imposer sa politique aux partenaires de l’UE, ce qui provoque actuellement une révolte. La Commission de Bruxelles est l’outil d’Angela Merkel pour mener l’Europe là où elle le souhaite. Il est vrai que l’Europe elle-même a changé, qu’il y a maintenant beaucoup plus de monde à la table européenne. L’auteur souligne certes que l’Allemagne ne tend plus à la conquête, mais il lui reste la domination par influence car son poids économique lui assure la présence politique. De ce fait, l’Allemagne tend à se détacher de la France. Pourtant, encore une idée reçue que pourfend Leblond, le couple Hollande-Merkel (Merkollande) est plus en phase par le caractère et le tempérament des protagonistes que le couple Merkel-Sarkozy (Merkozy) (p. 128). Mais il y a des limites. Surtout, Mme Merkel ne peut pas prendre Hollande au sérieux tant la France s’est affaiblie. Un moment, l’auteur utilise la formule « la Grande Nation » à propos de notre pays, formule qui marque le mépris allemand pour la France.

L’auteur aborde aussi les différences de culture de l’entreprise et de l’économie entre les deux pays. Et en France ce que les Allemands détestent : l’ÉNARCHIE. Il dénonce en France « la tyrannie du diplôme initial » (p. 56/58) et critique ces soi-disant recordmen sortis de l’ENA, de Polytechnique et d’HEC qui ont réalisé une fois une performance scolaire et méprisent le restant de l’humanité. Mais a-t-on en Allemagne le droit de vivre si l’on n’est pas Herr Dr. ou Frau Dr. ? On devrait aussi indiquer que l’auteur de ce « couple F/D » a le sens des racines historiques, le sens du poids des réalités et des comportements traditionnel et que son livre est rédigé de façon objective et neutre, mais de façon plus vivante et plus politique qu'un simple manuel. Relation passionnelle, dit-il ? Donc avec des hauts et des bas. Pourtant, nous avions cru que le couple franco-allemand était un mariage de raison. Alors va-t-on vers le divorce ? Nous assistons à une certaine dégradation de la relation franco-allemande et la rupture pourrait venir vite si l’on n’y prenait garde. L’histoire s’accélère avec l’hypercommunication dans laquelle nous sommes en continu. (Jean-Paul Picaper, mai 2016)

Printed by Laurent Leblond on Amazon. ISBN 13 : 978-1481833196 ; ISBN 10 : 14818331197. Déc. 2012.

Eric Pincas. « Qui a tué Neandertal ? Enquête sur la disparition la plus fascinante de l’histoire de l’humanité »

Le Neandertal aura été le premier Européen. Il fut l’homme occidental par excellence. Il s’était affirmé comme espèce à part entière sur notre continent européen, façonné par le temps en quelques 400 000 ans et sous un climat essentiellement glaciaire à partir de l’homo erectus, un primitif qui l’avait précédé. Et puis, il s’est effacé, supplanté par une race invasive, la nôtre, décimé progressivement sur les terres que ses ancêtres avaient parcourues pendant des millénaires en chasseurs qu’ils étaient. Le titre du livre d’Eric Pincas suggère en quatre mots « Qui a tué Neandertal ? » un grand drame (pré-)historique et annonce une enquête d’une grande actualité à notre époque fertile hélas ! en génocides.

Mais qui a tué Neandertal ? Comment et pourquoi a-t-il disparu ? Cette question lancinante que beaucoup se posaient mais que personne n’avait osé décortiquer dans un livre, Eric Pincas, rédacteur en chef de la célèbre revue « Historia », la tourne et la retourne sous toutes ses facettes. Nous avons dévoré ce livre tant attendu, tenus en haleine de la première à la dernière page par ce mystère si loin de notre temps et si proche de notre humanité. Anthropologue et paléontologue à ses heures, l’historien Pincas progresse par étapes avec une grande rigueur scientifique et des prodiges d’imagination pour arriver au final à des présomptions solides et crédibles.

A notre époque où la diversité et la biodiversité sont appréciées, nous sommes tristes d’avoir perdu ce cousin, plus semblable qu’on ne l’a dit, et pourtant vraiment différent de nous. Eric Pincas déplore lui aussi sa perte, même s’il s’abstient de l’avouer, conservant de bout en bout son recul scientifique. Mais il se glisse parfois, presqu’à son insu, dans la peau de ce personnage plus différent de nous que le sont entre eux tous nos actuels semblables et pourtant parent proche. Une scientifique a imaginé que Monsieur Neandertal ne se serait guère fait remarquer en costume dans le métro. D’ailleurs, je crois l’avoir rencontré un jour dans une rue de Bonn. Mon piéton avait le faciès du citoyen photographié à la page 129 du livre de Pincas, je lui donnai bien son 1m, 64 et ses 76 kilos d’os et de muscles (p. 46) et lui accordai volontiers sa capacité cérébrale (entre 1245 et 1750 cm3), parfois supérieure à la nôtre (1400 cm3 en moyenne). Mais peut-être ai-je vu un fantôme puisque c’est à Bonn qu’en 1857, Johann Karl Fuhlrott avait présenté ses os pour la première fois au monde scientifique. Ce brave instituteur ne savait pas très bien à qui il avait à faire et les penseurs de son temps et après lui furent trop empêtrés dans leurs préjugés de soi-disant civilisés et dans leurs vanités raciales ou racistes pour lui accorder la citoyenneté européenne à titre posthume.

Avec son ouvrage, Pincas le réhabilite totalement. « L’homme de Neandertal », comme on dit, mérite une place privilégiée et unique dans notre galerie d’ancêtres. Nous découvrons dans ce livre très lisible pour des profanes à peu près tout ce qu’on a découvert et déduit sur cet humain méconnu et sur son époque. Nous autres, Européens, qui sommes blancs de peau pour fabriquer à son instar des vitamines solaires, qui avons parfois les cheveux roux ou blonds et les yeux bleus ou verts comme lui pour mieux capter la lumière sous nos latitudes, pouvons-nous le considérer comme un élément de notre identité ? La réponse est oui. Quoiqu’éradiqué,  il est resté en nous. En quantité infinitésimale chez chacun de nous, note l’auteur (p.110), car nous n’avons que 1% à 4% de patrimoine génétique en commun avec lui, mais globalement en quantité si l’on additionne les différentes séquences de son génome héritées par tous les Européens : les gènes du Neandertal totalisent 20% à 30% du patrimoine génétique de l’humanité européenne actuelle. Ce n’est pas rien. Les Asiatiques et les Amérindiens n’ont, eux, que 0,2% de gènes hérités d’un cousin du Neandertal, l’hominidé de Denisova (p. 117).

Neandertal était donc interfécond avec notre ancêtre Sapiens immigré d’Afrique et nous sommes donc aussi ses descendants. Svante Pääbo de l’Institut d’anthropologie de Leipzig l’a fermement établi après des années de doute. Cet Européen avant la lettre a disparu  avec son clan et son environnement pour des raisons multiples, mais principalement parce qu’il était si spécialisé et intégré qu’il n’a pu s’adapter aux manières importées par des nouveaux venus. C’était un conservateur. Mentalement, il a dû terriblement souffrir de voir que l’on détruisait son monde et ses us et coutumes. Qu’on tuait des bêtes sans rime ni raison comme les braconniers d’aujourd’hui. L’ont-ils massacré pour lui ravir ses terrains de chasse ? C’est arrivé assez souvent sans doute (p. 121 et suiv.). L’ont-ils absorbé sexuellement ? Peu probable,  car, s’il y avait eu cohabitation et mélange, chacun de nous aurait au moins 30% de ses gènes (p . 118). Pincas penche pour une « dilution génétique ponctuelle » au lieu d’une « hybridation massive » (p. 120). L’ont-ils contaminé avec des virus contre lesquels il n’avait pas formé d’anticorps comme c’est arrivé aux Amérindiens ? Ce n’est pas impossible (p. 161 et suiv.). Il ne peut y avoir une cause unique à un phénomène de l’ampleur qu’a l’extinction d’une population. S’il y eut épidémie, elle ne fut pas dévastatrice d’un coup, et s’il y a eu massacre, ce ne fut pas un seul épisode génocidaire puisque la disparition du Neandertal s’est étalée sur 5 000 à 10 000 ans. Or, ils n’étaient que quelques dizaines de milliers sur un territoire qui compte aujourd’hui 500 millions d’habitants.

Eric Pincas a innové en bâtissant son livre comme un « mix » alterné d’enquêtes scientifiques, de tranches de vie néandertalienne romancées et de… divination magique.  Cela donne un certain équilibre. Les scientifiques qu’il a interrogés et cite ou dont il résume les données, paraîtraient prosaïques s’ils n’étaient illustrés par des récits de chasse, de combats et de sorcellerie mettant en scène des hommes, des femmes et des enfants inspirés des dernières peuplades dites « sauvages » encore présentes et en voie de disparition. Cela nous permet de rêver cette époque préhistorique qui s’est litéralement volatilisée. Ce sont de vrais mini-romans intercalés que nous ne déflorerons pas ici. Laissons à nos lecteurs de les lire eux-mêmes. Mais le livre évolue à un troisième niveau. L'auteur a créé une espèce de devin descendu des pentes de l’Altaï, un nommé Mashbayar, qui fait office d’ouvreur des chemins pour nous transposer dans le monde disparu du Neandertal. Nous le suivons dans ses visions où des Neandertals revivent et parfois meurent. Jusqu’au dernier des Neandertals.  

C’est un subterfuge inventé par l’auteur pour nous prendre par la main et nous faire toucher ce lointain passé comme si nous y étions. Mais ce n’est pas de la magie, ce n’est pas de la drogue. Car Mashbayar, c’est Eric Pincas, c’est l’historien qui a le privilège de se transposer dans des époques anciennes et révolues et de s’y promener comme en rêve, en partant seulement de documents, de chroniques, de témoignages. Du coup, ce livre a un côté pédagogique. Nous y apprenons à revivre l’histoire et la préhistoire et donc à les aimer parce qu’elles nous transportent sous d’autres cieux, à d’autres époques, dans le corps et l’esprit des gens de ce temps-là. Qui n’a pas cette capacité de vivre d’autres vies que la sienne propre, d’être Churchill, Napoléon, Vercingétorix où Neandertal ne peut sans doute être historien. Il ne sera jamais que chercheur d’os et collecteur de squelettes ou déchiffreur d’archives et rédacteur de grimoires. Ce ne serait pas suffisant pour faire naître une vraie vocation.   (Jean-Paul Picaper, janvier 2015)

Michalon Editeur. Paris. 2014. 250 pages. www.michalon.fr , ISBN : 978-2-84186-762-2

Hubert Calvet. "Pétain et De Gaulle au service de la France de 1940 à 1945"

L’auteur, Hubert Calvet, bien connu à Bordeaux, a réuni dans son titre et dans son livre deux personnalités historiques considérées comme antithétiques, voire hostiles l’une à l’autre pour des raisons politico-historiques. Pourtant, l’histoire qui les a fait s’affronter les a rapprochés et l’un ne peut se concevoir sans l’autre. Tous deux sont enracinés dans l’armée, dans la Première Guerre mondiale, dans une certaine conception de la France.

Hubert Calvet a voulu éclairer les  jeunes Français sur cette période troublée de notre histoire en dehors des vérités établies et des idées reçues. Pétain a-t-il trahi la France et comment  De Gaulle a-t-il contribué à sa victoire ? Les médias nous abreuvent de films et de débats sur ce sujet mais, sans une vue d'ensemble. Les évènements, souvent présentés d'une façon fragmentaire, peuvent donner lieu à des interprétations orientées afin de défendre une thèse. C'est pourquoi l'auteur a voulu décrire les circonstances dans lesquelles ces deux hommes ont agi chacun de leur côté en tenant compte aussi de leur caractère et de leur âge.

Il a insisté sur l'importance de l'entre-deux-guerres où se trouvaient les ferments du conflit futur. Il a reproduit de nombreux discours, écrits et conversations afin de faire revivre ces deux hommes qui affrontaient des chefs d'État étrangers dans des conditions souvent très difficiles. A la fin du récit, il a exprimé son opinion personnelle en s'appuyant sur les faits qu'il a relatés mais en ayant avant tout, le désir d'expliquer une situation dont personne ne peut nier la complexité. (ates67.fr – Juli-August 2015)

Éditions Godefroy de Bouillon, Paris, 2015.

Jean-Paul Picaper. Les Ombres d’Oradour.

Un livre de Jean Paul Picaper aux éditions de l’Archipel, qui pourrait avoir pour sous-titre : "Pour en finir avec les soi-disant « mystères » d’Oradour". Jusqu’ici, il n’existait pas d’analyse de ce qui s’est passé début juin 1944, quand des éléments de la division blindée SS « Das Reich » remontant du Sud-Ouest vers la Normandie, choisirent le soir du 9 juin, le village d’Oradour-sur-Glane comme cible. Le lendemain, sur leur chemin, cent vingt Waffen-SS massacrent 642 habitants, dont 246 femmes et 207 enfants, à Oradour-sur-Glane. Un crime contre l’humanité dûment prémédité, organisé et réalisé sur ordre du commandement SS et de la Gestapo qui avaient acquis le savoir-faire pour perpétrer de telles tueries en Europe de l’Est et dans les Balkans occupés par la Wehrmacht et les SS. En annexe du livre, Picaper relate quelques-unes des atrocités commises par le régime nazi dans ces régions d’Europe.

Le 6 juin 1944, les Alliés avaient débarqué en Normandie. Les divisions allemandes devaient remonter sur ce second front, mais, en traversant la France, les SS en particulier laissent une trace sanglante. Ils n’affrontent guère le maquis mais exercent des représailles sur la population. Ce qui s’est passé à Oradour fut d’une atroce simplicité : on cerne, on tue, on brûle, on part. Conservé « intact » au surlendemain de l’épouvante, une fois les flammes éteintes et les corps calcinés ensevelis, le village martyr d’Oradour est longtemps resté un doigt accusateur pointé sur les meurtriers. Il est le seul de ces lieux de supplices en Europe conservé en l’état. Pouvoir revivre cela sur place, entre les ruines et dans le Centre de la Mémoire d’Oradour, avec des films, des documents et des bons guides est essentiel pour les jeunes de notre temps à un moment où une certaine extrême-droite sympathise avec les fantômes du national-socialisme. On trouve dans ce livre des récits des rares rescapés, de leurs descendants, de témoins secondaires auxquels Picaper a donné la parole avant que ces générations s'effacent.

Depuis un demi-siècle, historiens de fantaisie et négationnistes ou révisionnistes brodent des légendes et forgent des contrevérités sur le plus grand crime de guerre commis par l’Occupant en Europe occidentale. Plus que jamais, il importait de détruire ces manœuvres contre la mémoire et l’intelligence. Jean-Paul Picaper a donc mené l’enquête. Reconsidérant des faits pollués par mille scories et fictions, il a étudié le site, fait parler des survivants, leurs enfants, des témoins et des historiens. Sa connaissance de la langue allemande et sa notoriété outre-Rhin lui ont permis d’accéder à Berlin à des documents inédits du IIIe Reich.

L’originalité de ce livre est d'être à la différence des autres publications sur le sujet le premier livre franco-allemand sur Oradour. Aussi bien apporte-t-il des documents et des preuves que l'on chercherait vainement ailleurs. Il fait parler des témoins français consultés sur place, mais produit aussi des documents d’archives et des témoignages allemands. Non seulement, l’auteur aborde en toute liberté d’esprit le délicat problème du repentir allemand, mais il apporte la preuve incontestable et définitive de la culpabilité des Waffen-SS et de l’absence de toute Résistance française le jour du drame à Oradour. Il prouve que les « révisionnistes » ou « négationnistes » français qui tentent de disculper les Waffen-SS et de rejeter la faute sur les maquisards, ont été inspirés par d’anciens Waffen-SS allemands tendanciellement néo-nazis. Il réfute une à une toutes leurs mensonges sur les circonstances et le déroulement du drame. Entre autres, l'auteur a trouvé dans les archives de la Stasi à Berlin, un document du IIIème Reich prouvant que le principal inspirateur allemand du négationnisme avait été formé à l’école du Reichsführer SS Heinrich Himmler à l’administration et à l’économie des camps de concentration. Cet homme, auteur applaudi par l’extrême droite allemande et européenne jusque dans les années 1980, avait été gardien à Dachau. Ce document et d’autres, ainsi que des photos, sont en facsimile dans le livre.

L’auteur connait la Stasi et la RDA pour les avoir côtoyées à Berlin mais aussi pour avoir écrit des ouvrages à leur sujet. Familier de ces archives et de leur langage, il a noté que leurs documents afférents au IIIème Reich, qui n’étaient pas destinés à être publiés, remplissent les critères de l’authenticité. Cette police politique est-allemande avait créé un grand institut d’études et de documentation sur le IIIème Reich qui sera encore une mine d’informations pour des générations de chercheurs. Les dirigeants de la RDA et leurs collègues soviétiques voulaient être informés en toute objectivité sur le Reich hitlérien. Entre autres, Jean Paul Picaper a analysé point par point le cas de l’ancien Obersturmführer SS Heinz Barth dont le procès fut ouvert à Berlin-Est en 1983. Il a radiographié également l’organisation des SS et leur idéologie qui a conduit au massacre de 642 innocents, enfants, femmes et hommes à Oradour. Une grande enquête sur deux pays (trois avec la Tchéquie également présente dans ces pages) qui met fin aux incertitudes et contre-vérités engendrées au cours des dernières années par des écrits et déclarations de sympathisants du IIIème Reich auxquels une analyse rigoureuse et complète comme celle-ci ne pouvait être opposée.

Jean-Paul Picaper et Alain Terrenoire. Europe le Pour et le Contre

Depuis qu’en 2008 la crise financière et économique venue des États-Unis a frappé la Zone Euro, l’Europe connaît un certain désarroi attisé par les médias. À l’inverse, tandis que certains responsables politiques distillent un optimisme de commande, de nombreux europhobes se dressent contre l’Europe, fantasmant sur un salut illusoire par l’abandon de l’euro ou la sortie de l’Union. Il est vrai que les institutions de Bruxelles ont souvent tardé à réagir devant différentes catastrophes.

Cet ouvrage préconise de saisir la chance au vol pour bâtir une Union plus forte face aux défis du XXIe siècle mais aussi plus proche de ses citoyens, une Europe plus volontaire, plus démocratique, une Europe de Strasbourg, une Europe élue. Mais aussi une Europe qui ne soit pas un grand corps mou sans tête. Or l'âme de l'Europe est le Conseil des ministres ou Conseil européen qui réunit les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE. Il veut convaincre les Européens, et en particulier les Allemands et les Français, que par la volonté politique, par un effort partagé et par l’abnégation et le courage, une Europe-puissance est infiniment préférable à une Allemagne dominante mais isolée, et à une France fière de son passé prestigieux mais qui n’arrive pas à se réformer.

Le monde s’est ouvert et ce ne sont pas des murs artificiellement reconstruits entre les européens, en pleine révolution numérique, qui empêcheront les échanges de se multiplier librement. La révolte pro-européenne des Ukrainiens démontre de surcroît que le désir d’Europe suscite pour eux plus d’espoirs, et surtout de perspectives, que le retour des conquérants d’hier, qui se manifeste par un « Anschluss ». Alors que les pays de l'Est ont rejoint cette Europe libre dont ils rêvaient sous le joug soviétique et que d'autres encore menacés par l'ancien maître du Kremlin, comme la Géorgie et l'Ukraine ou la Moldavie, nous tendent la main, les Britanniques menacent de quitter l'Union Européenne après avoir tenté de la faire capoter. Pourquoi ne pas la prendre au mot ? Pourquoi ne pas créer une Europe de l'euro avec un Parlement de la zone euro ? Une des pistes parmi d'autres qu'ouvre ce livre qui se lit comme une grande aventure.

Jean-Paul Picaper, docteur en sciences politiques, correspondant permanent du Figaro en Allemagne pendant vingt-six ans, est l’auteur de milliers d’articles et d’une vingtaine de livres pour lesquels il a obtenu deux fois le Prix franco-allemand de journalisme.

Alain Terrenoire, est avocat, docteur en droit et ancien député français et européen. Il a toujours milité pour l’Europe et a présidé l’Union paneuropéenne internationale. Auteur, il a publié plusieurs livres dont L’Europe et Maastricht, le pour et le contre et Le Parlement européen, cet inconnu.