Anna Gichkina. "Eugène-Melchior de Vogüé ou comment la Russie pourrait sauver la France". Ed. L’Harmattan. Biographies. Série XIXème siècle. 2018. *

Les vues et analyses de l'auteur de la présentation ci-après du livre d'Anna Gichkina ne sont pas toutes conformes aux opinions de celle-ci ni à des engagements prônés par son ouvrage. Usant de sa liberté d'expression, Jean-Paul Picaper donne son avis personnel sur l’histoire franco-russe et européenne des époques passées et sur la géopolitique franco-russe et russo-européenne actuelle.

Le livre consacré par l’historienne de la littérature Anna Gichkina à Eugène-Melchior de Vogüé (1848-1910), remet à l'honneur un membre de la noblesse et de l'Académie françaises dont la famille fait de nos jours encore parler d’elle, notamment par son goût des grandes et belles œuvres. A preuve, un tout récent article du « Figaro » consacré à la remise en état du célèbre château de Vaux-le-Vicomte par son propriétaire Patrice de Vogüé et son épouse Cristina.** Ce livre consacré à leur ancêtre restera fondamental dans les relations culturelles et autres franco-russes.

IUn ouvrage phare

Le point de départ du livre de Mme Gichkina est la publication de l'ouvrage phare d'E.-M. de Vogüé « Le roman russe » le 4 juin 1886 chez Plon, Nourrit et Cie, rue Garancière à Paris. L'auteur était presdestinée à attirer l'attention sur cet évènement civilisationnel autant que littéraire parce qu'il a beaucoup contribué à la divulgation de la littérature russe en France. Mais il s'est inscrit aussi dans la littérature française du XIXème siècle et avant et c'est un cours de littérature française que nous donne ici Anna Gichkina, Russe d'origine qui a choisi d’obtenir un doctorat en Sorbonne et de vivre en France.

Le conditionnel "pourrait" dans le sous-titre de son livre semble envisager une éventualité d'avenir. Elle pense visiblement qu’il est temps d'insuffler à la France un peu de la vitalité russe et de ranimer un lien entre nos deux pays, vivace à l’époque de de Vogüé, mais considérablement étiolé depuis la Première Guerre mondiale et plus encore après la Seconde. L'auteur cherche donc à remédier à cette déficience française. Pour ce faire, elle ne contente pas de manier la plume ou le clavier de l'ordinateur, mais elle agit. Elle a créé dans cette intention en Alsace où elle réside le "Cercle du Bon Sens", un club politico-culturel russophile. On peut le dire tout de suite : comme à l’époque d’Eugène-Melchior de Vogüé, il ne s’agit pas seulement de guider des Français vers la culture russe, il s'agit en outre pour elle d’introduire en France une tonalité russe. C’est un projet titanesque à mener avec de tous petits moyens car la relation franco-russe s’est malheureusement brisée sur quatre-vingt-trois ans de communisme soviétique. Et puis, quand même, la Russie n'a eu ni un Voltaire, ni un Montesquieu, ni un Diderot. Ce qui la distingue de la France.

Une "autre" Russie

Faute de pouvoir se réaliser politiquement, que cette mission s’exprime au moins culturellement !  Mme Gichkina rêve donc de ressusciter le mariage culturel Paris-Saint Pétersbourg devenu Paris-Moscou et on ne lui en fera pas reproche. On réalise qu'elle adore la France et sa culture - cela se voit à toutes les pages - et que pour elle la découverte de la culture française a été la même illumination que fut pour de Vogüé celle de la littérature russe. Ériger un monument de 393 pages à un homme qui fut un pilier de ce rapprochement révèle une nostalgie, une aspiration, c’est comme faire un vœu.

De Vogué fut le reflet de son époque et contribua à la façonner. Il avait compris la Russie comme peu d’autres de ses contemporains et se pencher sur son œuvre nous rappelle aujourd’hui qu’il a existé avant la chute dans le bolchevisme une « autre Russie » que celle du Bolchevisme assassin et de la Guerre froide. Une Russie qui n'était ni l’Archipel du Goulag ni les purges staliniennes, une Russie d'avant Alexandre Soljenitsyne, Boris Pasternak et  Andreï Sakharov, pour ne pas parler de Victor-Andreïevitch Kravchenko, dont les mérites et le courage furent certes immenses et sont dignes d’imitation, une Russie d’avant le martyre, d’avant les deux guerres, d'avant la mort lente en Sibérie et les exécutions sommaires à la Loubianka. C'est cette Russie oubliée que Mme Gichkina nous apporte avec son ouvrage, en d’autres termes la Russie qu’Eugène-Melchior de Vogüé avait fait découvrir à la France et qui doit  renaître de ses cendres si elle veut fertiliser la France. Ce n'est certes pas la Russie des épigones du régime stalinien.

Un homme de son temps

Cette Russie qui date d’Eugène-Melchior de Vogüé ne se comprend que si l’on connait l’homme qui la découvrit peu à peu, entre 1882 et 1886, d’abord par l’art puis par la littérature. Après de solides études secondaires et des lectures approfondies, ce fils de l’aristocratie commença une carrière éphémère de député, puis il participa comme militaire à la guerre de 1870 qui lui infligea la mort de son frère, le Saint-Cyrien Henri de Vogüé, tombé à ses côtés, une perte qui le laissa inconsolable. Mais c’est en 1871 que commença sa vie de diplomate. Elle le mena à Saint Pétersbourg en passant par l’Italie et l’Égypte. Ce fut en quelque sorte, un autre engagement volontaire après celui de la guerre perdue. L’idéaliste qu’il était avait résolu de participer à la renaissance de la France et de la tirer de l’ornière. Or la Russie était une sincère alliée de son pays. Nos compatriotes de la fin du XIXème siècle baignaient dans une russophilie ambiante difficile à imaginer aujourd’hui après que le XXème siècle nous ait coupés de Moscou. Aussi peut-on dire que l’époque évoquée dans ce livre fut à cet égard aussi une Belle époque.

Mais ce ne furent pas seulement les circonstances historico-politiques qui motivèrent E.-M. de Vogüé. Ce serait lui faire insulte que de ne pas voir qu’il était d’un côté profondément enraciné dans l’évolution littéraire et intellectuelle de la France et que, de l’autre, il participait à une ouverture à l’étranger qui rendit du tonus à la France de son temps. Ainsi un faisceau de facteurs lui ont-ils ouvert l’esprit à ce qu’il a découvert à l’Est de notre continent. Et la découverte fut pour lui si sensationnelle, si bouleversante qu’il voulut la faire partager en écrivant son livre de voyages spirituels à travers la pensée et la littérature russes. Les deux clés de l'ouvrage d’Anna Gichkina qui se consacre au rapprochement difficile de sa patrie d’origine et de la France actuelle qui lui semble un peu déboussolée, se trouvent, l’une, à la page 36 de l’ouvrage, où l’auteure relate les origines et la vie du Vicomte de Vogüé, et l’autre, à la page 143 où elle définit la littérature russe et les relations franco-russes à l’époque de son grand homme à la vocation manquée, car de Vogüé aurait voulu être écrivain lui-même et non pas seulement essayiste.

La mélancolie russe

Anna Gichkina cerne la case de départ de ce grand amateur de romans par ces mots : « Vogüé est à l’époque un enfant timide, réservé, mais passionné. Sous une apparence réservée et posée se cache une nature bouillonnante. Ce contraste entre les aspirations d’une jeune nature exaltée et les conditions de la vie familiale qui le contraignent sans cesse explique un tempérament dual du vicomte une profonde et mélancolique gravité s’unit en lui à la plus vibrante puissance de l’enthousiasme ». Cette enfance sévère, cette jeunesse isolée développe en lui un penchant inné à la mélancolie, sentiment « inséparable de tout esprit qui va loin et de tout cœur qui est profond ».

Ailleurs, Mme Gichkina écrit que Vogüé « a toujours vécu entre la poésie et le rêve ». Son coup de chance fut donc de trouver en Russie où il séjourna en tant que diplomate français le filon littéraire qui lui convenait et qu’il ne trouvait pas ou pas encore en France. L’auteure déduit de son caractère imaginatif que « la tristesse du Vicomte expliquera en partie, sa passion pour la culture russe dont un des traits principaux est la mélancolie qui se traduit dans (les) plaisirs et les chansons (du peuple russe) ». Sans oublier la littérature de ce pays où « tout à coup, et sans avoir aperçu la crue, on se trouve perdu sur un lac profond, submergé par cette mélancolie qui monte ».

A la recherche du cœur

Bref le coup de foudre tomba sur un terrain prédisposé. Il n’aurait pu en être autrement. La littérature russe fut pour de Vogüé une évasion dans un univers où il avait retrouvé son « moi ». Il y trouvait le sentiment, le cœur à un niveau quasi-métaphysique. Il est évident qu’en France, le roman réaliste à la manière de Flaubert qui a marqué la seconde moitié du XIXème siècle et, pire, le roman naturaliste à la Zola dans les années de défaite 1870, ne pouvaient le satisfaire s’il était fidèle à lui-même. Et il l’a été. Le naturalisme, pendant en littérature du positivisme en matière scientifique, n’était pas de la littérature telle qu’il l’entendait. C’était de la prose froide et sans émotions, dénuée d’empathie de l’auteur avec les héros traités comme des insectes épinglés sur une planche. Aussi son livre paru sous le simple titre « Le roman russe » était-il indirectement un manifeste antinaturaliste. Il coïncida d’ailleurs avec la parution la même année du manifeste de la nouvelle école symboliste publié par Jean Moréas dans « Le Figaro ».

Un homme ambivalent

E.-M. de Vogüé  n’était pas un esprit terre-à-terre. Il n’était certes pas un romantique, l’époque était révolue, mais un savant inspiré qui voulait élargir son horizon. Comme l’écrit très simplement l’auteure : « C’était une personnalité ». En 1889, quand il entra à l’Académie française, ceux qui le reçurent soulignèrent son ambiguïté, sa « dualité », écrit Anna Gichkina, un homme de tradition et de progrès, un homme d’autrefois mais tout ouïe pour les « clartés encore douteuses », les « rumeurs à peine perceptibles » des temps nouveaux. A une France désespérément pessimiste et « schopenhauerienne », ce grand mélancolique chercha à inoculer l’optimisme. Et il l'avait trouvé dans le christianisme et la spiritualité humaniste qui imprègnaient la littérature russe. Son désir de rendre la France plus humaine et plus spirituelle ne fut pas partagé par tous à l’époque. Il se heurta à de vives résistances et ne rencontra pas que des échos positifs. Ainsi Rainer Maria Rilke passa à coté de lui sans le comprendre. Et il passa, lui, à côté de Dostoïevski sans déceler sa profondeur, n’y voyant que « trouble » et « obstination ».

Il est évident qu’un homme perché sur un pont entre deux cultures ne pouvait être compris que par une auteure qui est elle-même une Russe devenue Française, sur deux langues, deux nations, deux idées. Peut-être fait elle une mixture à sa façon, disons le vulgairement, un entremet franco-russe. Mais après tout n’est ce pas européen ? Les mélanges les plus disparates sont peut-être les plus fertiles à condition d’utiliser les mêmes épices. Disons le plus politiquement : à condition d'identifer les dénominateurs et les interêts communs. L’avenir nous dira si la culture française et la culture russe sont compatibles. Ce n’est pas sûr, mais l’expérience en vaut la peine et ce livre peut servir de fil conducteur.

Maîtrise absolue de la langue française

Une remarque sur la forme : quand on  pense qu’Anna Gichkina est russe, native d’Arkhangelsk dans le Grand Nord et ayant grandi là-bas, sinon là-haut, on est sidéré par la fluidité de son écriture et la variété de son vocabulaire français. Cet ouvrage, soulignons-le, n’est pas traduit du russe. Il été écrit directement en français sous forme de thèse de littérature comparée. Un ouvrage scientifique mais sans raideur universitaire parce qu'on y ressent le tempérament et les enthousiasmes de l'auteure. Cette richesse du vocabulaire n’a d’égale que la richesse du contenu, sa fantaisie slave et une certaine propension au chaos productif. Ce n’est pas seulement une promenade à travers la littérature russe, mais aussi tout au long de la littérature française et de sa réception par l’l’intelligentsia française de la fin du XIXème siècle. Cette richesse est telle qu’on ne peut ici en aborder toutes les facettes.Il faut nous contenter de recommander la lecture de ce livre qui sera d’ailleurs présenté par son auteure à la Librairie Kleber de Strasbourg le 19 mai 2018 à 15 h 30.

Le monde a changé

Le monde connait aujourd’hui une autre configuration et bien des choses ont changé par rapport à l’époque d’Eugène-Melchior de Vogüé comme par rapport à celle de  l'équilibre de la terreur durant la Guerre froide. La Russie se dit éternelle, comme d’ailleurs la France. Mais l’environnement politique s’est modifié. A l’époque de de Vogüé, l’Allemagne était l’ennemi héréditaire de la France et l’alliance avec la Russie monarchique (et avec la monarchie britannique) contrebalançait cette menace. Depuis 1950, depuis la réconciliation initiée par Robert Schuman et Konrad Adenauer et ancrée dans le Traité de l’Élysée de 1963 par Charles de Gaulle, l’Allemagne est devenue la meilleure alliée de la France, à proprement parler un pays-frère. Le poids du duo franco-allemand est politiquement, économiquement, démographiquement, géopolitiquement et il le sera bientôt militairement supérieur à celui de la Fédération de Russie. En d’autres termes nous pouvons très bien vivre sans la Russie, mais nous ne pouvons pas l'ignorer.

Décadence française ?

Reste cependant qu'à l’intérieur de la France actuelle, on peut relever des similitudes avec celle de de Vogüé. Deux tendances contradictoires, un égoïsme collectif et un individualisme forcené modèlent le climat de notre pays en ce début de XXIème siècle, comme le prouvent des mouvements sociaux extrêmes et destructeurs ainsi qu’une passivité proverbiale du citoyen lambda face aux dangers qui nous menacent et qu’on s’efforce d’escamoter pour qu'il se tienne tranquiille. La France étriquée d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler celle, diminuée par la défaite de 1870, du début de la IIIème République, il y a près de cent-cinquante ans. Et c’est ce qui motive le sous-titre du livre de Mme Gichkina lequel nous suggère que la Russie, ou l’esprit russe pourraient « sauver la France ».  

Mais voulons-nous être sauvés par la Russie ? En 1918, les États-Unis d’Amérique nous avaient sauvés de l’emprise allemande. L’Armée soviétique et l’industrie américaine nous ont sauvés du nazisme en 1945. Peut-être en avons-nous assez d’être sauvés par des gens qui nous veulent du Bien. Car cela crée des dépendances. Après Nicolas Sarkozy qui la diagnostiqua mais ne put y remédier, Emmanuel Macron a pris la mesure de cette décadence française.  Il tente de la surmonter et de changer moeurs et structures. Son meilleur atout est pour le moment la coopération renforcée en Europe occidentale que Moscou semble gravement sous-évaluer.

La Russie elle aussi doit changer

A voir la Russie d’aujourd’hui, on serait plutôt tenté de penser que la France et l'Union Européenne peuvent sauver la Russie et non l’inverse, prenant le contrepied du sous-titre donné par Anna Gichkina à son livre. Mais comment oser sauver la Russie alors que, puissance surtout militaire, elle défie l'Europe qui la jouxte à l’Ouest ? Aussi serions-nous mal inspirés à lui donner des leçons de politique et d'économie, même si elle n’est, selon un mot galvaudé qu’une « puissance pauvre ».

Pourtant, il faudra bien que la Russie devienne plus européenne et moins asiatique si elle veut nous convaincre. Pourquoi Vladimir Poutine ne mettrait-il pas l’accent sur le premier élément plutôt que sur le second de son projet d’« Eurasie » ? Après tout, c’est ce que la Russie a toujours voulu : revenir à l’Ouest, s’y faire accepter. Il faudra bien qu’elle se décide un jour à être des nôtres en se mettant au diapason. On ne lui demande que de changer un peu, sans abandonner la Sibérie à la Chine qui n'attend que cela, car ce n’est qu’en se changeant soi-même qu’on peut changer les autres et qu’en se sauvant soi-même qu’on peut sauver autrui.

La question reste ouverte : de Vogüé a-t-il plus fait pour familiariser les Français avec la littérature russe que pour faire évoluer les Lettres en France ? Cherchait-il à insuffler à la France une nouvelle vitalité ? La réponse est évidente : tel était son but. La culture russe qu’il a aimée passionnément à titre personnel, n’était pour lui en tant que Français qu’un moyen pour régénérer la France. A son avis, la Russie apportait à la France ce qui lui manquait, à savoir des idéaux, une inspiration transcendante, quasi-divine et non-matérialiste. Il a voulu changer la France en actionnant le levier de la littérature russe. Son livre se situe à une césure de l’évolution intellectuelle de notre pays à son époque. Mais politiquement, ce fut un échec parce que la fausse sécurité qu'inspirait à la France avant 1900 et avant 1914 l’alliance avec le Tsar ainsi que l’Entente cordiale avec la Grande-Bretagne ont contribué à nous mener à la Guerre de 1914-1918 dont on avait sous-estimé les effets dévastateurs à court et à long terme. Et cet effondrement a infligé à la Russie le matérialisme dialectique et le réalisme socialiste. S'en est-elle sortie ? Pas suffisamment encore.

Nota bene

Pour la petite histoire, il faut encore indiquer qu'Eugène-Melchior de Vogüé ne fut pas le seul homme de qualité sorti du giron de son très antique clan de la noblesse du Vivarais et de l’Ardèche mentionné dans les chroniques dès 1084. Un autre personnage illustre fut Melchior de Vogüé (1829-1916), archéologue, diplomate et homme de lettres, membre lui aussi de l'Académie comme son cousin. La vie d’Eugène-Melchior fut plus brève que celle de Melchior, mais elle fut bien remplie grâce à sa rencontre avec l'âme russe. (Jean-Paul Picaper, le 2 Mai 2018)

* 393 pages. 39 €.

** "Le Figaro" du 25 mars 2018. "Patrice de Vogüé : <En 1968, je me suis mis au travail>. Le propriétaire de Vaux-le-Victomte évoque une vie consacreée à son château. Il revient sur un demi-siècle d'intiatives pour le mettre en valeur". Entretien avec Claire Bommelaer, accompagné d'une photo du comte et de la comtesse de Vogüé et d'une photo prise en 1973 de leurs fils Ascanio, Alexandre et Jean-Charles qui gèrent le domaine depuis 2015.

Jean-Paul Picaper. "Ces nazis qui ont échappé à la corde". Editions de l'Archipel. Paris. 2017.

Ce n’est pas le genre de livre que l’on écrit le lundi pour le faire paraître en fin de semaine. L’auteur, qui a déjà publié de nombreux ouvrages sur la question des criminels nazis, sans oublier tous les articles et reportages écrits pour Le Figaro, dont il a été le correspondant en Allemagne, livre un travail de longue haleine, résultat de plusieurs années de recherches. Jean-Paul Picaper fournit et commente une liste impressionnante de tous ces personnages qui, de près ou de loin (de très près souvent, plus discrètement parfois), ont participé aux multiples massacres organisés du Troisième Reich et ont échappé parfois à la condamnation de la Justice : certains – trop peu par rapport à l’ampleur de leur méfait génocidaire, l’horreur de leurs exactions et la fureur de leur complicité coupable avec le régime nazi – ont été pendus ou fusillés après leur procès ; d’autres ont préféré échapper à leur condamnation et ont choisi le suicide en pointant leur révolver sur la tempe, en croquant une ampoule de cyanure ou en ingurgitant une fiole d’acide prussique ; d’autres encore ont réussi à s’enfuir ou à se cacher, alimentant pour certains d’entre eux de stupides légendes de fantômes qui prépareraient leur retour. Et puis il y a tous ceux qui sont passés au travers des mailles du filet que le monde entier pensait avoir tressé pour tenter de mettre fin à la menace du spectre – si l’intention a bel et bien existé, surtout de la part des victimes et de ceux qui ont voué leur vie à débusquer les tortionnaires nazis jusqu’en Amérique latine ou au Proche-Orient (et même en Europe, y compris en Allemagne), elle a connu de nombreuses failles sous forme d’une discrète assistance, tant au sein d’institutions politiques que dans l’entourage d’autorités religieuses. Jean-Paul Picaper reprend dans sa vaste enquête, riche en détails et documents incontestables, les cheminements tortueux de tous ces criminels « qui ont échappé à la corde » – comme il le clame en titre de son livre – et ceux de ces multiples soutiens impertinemment imperméables aux plus simples considérations morales. Ce sont ceux qui ont favorisé la survie des criminels en les plaçant au service de gouvernements peu sensibles apparemment aux souffrances meurtrières, que ce soit les Américains soucieux de gagner la bataille naissante de la conquête spatiale ou les Soviétiques trop heureux de fragiliser la réputation d’une Allemagne de l’Ouest coupable de tous les maux aux yeux des staliniens face à une Allemagne de l’Est communiste subitement vierge de tout fardeau fasciste, comme si une frontière morale avait par miracle et sans discernement divisés en bons et méchants les Allemands de l’après-guerre, déjà condamnés à la division idéologique de leur territoire.

A la difficile question de savoir si les effroyables crimes de masse ont été véritablement punis après la guerre, l’auteur répond par une interrogation sur la personnalité des coupables :  « Des gens normaux et ordinaires ? » demande Jean-Paul Picaper en titre de son dernier chapitre pour résumer son imposant travail de recherches sur la « médiocrité surdimensionnée » de ces « surhommes » qui prétendaient incarner « quelque chose de supérieur, de libérateur, d’affranchi des petitesses et du quotidien ». Pas question de réhabiliter gratuitement qui que ce soit dans ce sombre dossier de l’Histoire allemande du 20e siècle, « mais en les caricaturant, on a minimisé leur dangerosité », insiste l’auteur.

Sa conclusion : « Le nazisme comme le communisme jetteront longtemps encore une ombre sur l’image de l’homme et de sa civilisation », écrit-il. En déblayant « tout un fatras de fables et d’inepties », il ramène le Troisième Reich à sa vraie nature – un livre d’informations collectées jusqu’au fin fond des archives les plus secrètes, un livre de réflexions acquises lors de rencontres approfondies avec des témoins de premier ordre, bref un livre d’Histoire qui montre que les massacres à grande échelle, partout dans le monde, ne seront jamais punis à la hauteur des attentes de leurs victimes. Hélas. (Par Gérard Foussier, auteur de nombreux livres et articles dont un "Bilan des années Merkel" et "Das deutsch(französische Wehepaar", président du Bureau International de Liaison et de Documentation, rédacteur en chef de la revue Dokumente/Documents, membre du conseil d'administration de la Société des Amis de l'Institut Historique allemand de Paris (IHAP), gérant de la société Foussier media UG. Décembre 2017).

Hela Ouardi. « Les derniers jours de Muhammad ». Ed. Albin Michel. Paris. Nov. 2017.

Nous sommes nombreux, parmi les chrétiens intègres, à avoir lu le Coran mieux que le pape et mieux que les évêques « de progrès », surtout si nous avons eu en mains les témoignages qu’en a donnés Madame Héla Ouardi, universitaire Tunisienne, dans son livre mentionné ci-devant. Or, nous n’y avons pas trouvé comme eux un message de Paix et d’amour ! Cette auteure nous donne quelques détails de la vie de Mahomet qui permettent de comprendre quelles méthodes inspiraient le « Prophète » des musulmans et dont quel fut le background du Livre des musulmans.

Par exemple, lorsque les Bédouins Urayna eurent volé son troupeau, le prophète leur fit couper les pieds et les mains, crever les yeux, et les exposa en plein soleil afin d’augmenter les affres de leur agonie. Mais il n’est pas dit qu’en l’occurrence l’archange Gabriel fut l’inspirateur ! Ces détails, et d’autres témoignages aussi probants de la miséricorde d’Allah, sont rapportés dans cet ouvrage dont les éléments de recherche paraissent considérables. Sans porter le moindre jugement sur l’inspiration que disait avoir le « Prophète », l’ouvrage le ramène à la dimension d’un homme assez talentueux pour fabriquer son message suivant les nécessités de l’instant avec un sens certain de la formule.

On est à Médine en juin 632. Sous le soleil accablant de l'Arabie, le temps semble s'être arrêté  : le « Prophète » de l'islam a rendu son dernier souffle. Tel est le point de départ. Autour de lui, les fidèles de la nouvelle religion tremblent à l'idée de la Fin du monde. Quelle est cette étrange maladie qui l'a terrassé  ? Et pourquoi l'enterrement n'a-t-il pas lieu  ... Au fil de son récit au jour le jour de l'événement le plus mystérieux dans l'histoire de l'islam, Hela Ouardi, universitaire tunisienne, explore et confronte les sources sunnites et shiites les plus anciennes. Celles-ci nous révèlent un autre visage du Prophète  : un homme menacé de toutes parts, affaibli par les rivalités internes et par les ennemis nés de ses conquêtes.

C’est en effet cet aspect que souligne spécialement avec un grand réalisme l’auteure de cette biographie, car, selon elle et à bon escient, Mohamet ne fut point l’impavide conquérant que veut la légende. Ses défaites contre les Byzantins furent cuisantes. Il ne se voulut prophète que pour un proche avenir qu’il voyait apocalyptique et l’ouvrage cite à l’appui cette parole de Mahomet avant sa mort : « Par celui qui tient mon âme en sa main, la descente de Jésus (Îssa), fils de Marie, est imminente ! ». C’est dire qu’il n’avait nullement prévu l’expansion que ses héritiers allaient donner à l’Islam.

Cette croyance d’une proche apocalypse avait été celle des apôtres après la résurrection de Jésus. Mais alors que l’Eglise jusqu'à Constantin allait s’étendre par le sang de ses martyrs, c’est uniquement par le cimeterre que les Califes prétendirent poursuivre l’oeuvre de Mahomet. Et ce qui donne la mesure de ce que fut l’Islamisme, c’est que sur les 4 premiers califes, 3 devaient être assassinés par leurs compétiteurs ! En vérité, l’islamisme ne fut rien de plus qu’une sanglante compétition pour le pouvoir !-

L’islamisme contemporain tient son audience du projet matérialiste des sectes occidentales, qui ont fait de la lutte contre le christianisme leur premier objectif. Dans ce projet, l’Islam a été pensé par la maçonnerie comme un outil susceptible d’arrêter l’expansion missionnaire de l’Eglise. Et que l’objectif maçonnique se soit trouvé exactement conjoint avec  l’impérialisme financier des Yankees, donne la clé du désordre actuel, que les brutales initiatives du président Américain ne peuvent qu’aggraver !

S’il existe quelques sursauts de bon sens national dans les Etats européens de l’Est , il n’existe pas un gouvernement en Europe Occidentale et Scandinave, qui ne soit complice du plan d’invasion qui devrait anéantir la particularité du vieux continent. Et le Vatican vient d’ajouter une touche suicidaire à la situation, en osant comparer le déplacement prévu par la loi de Marie et Joseph vers Bethléem à l’installation sans retour sur notre sol d’une masse considérable d’étrangers dont beaucoup se sont refusés à exposer leur vie pour défendre leur patrie ! Evoquant la population française de son époque, Anatole France disait : « Si 40 millions de Français disent une bêtise, c’est quand même une bêtise ! ». Moi je ne pense pas qu’il soit hérétique de penser que quand le Pape dit une bêtise, c’est quand même une bêtise !

Une réécriture s’impose.

L’Islam a toujours été un monde divisé par les prétentions de ses potentats, mais ces divisions ne remettaient pas en cause l’idéal islamique de domination par le pillage et l’esclavage et par la sujétion des femmes. Aujourd’hui, les quelques lignes de rupture qui apparaissent sont différentes et traduisent le souci de sortir d’un dogmatisme totalement obsolète. Ainsi par exemple, certains intellectuels arabes de qualité, comme le Marocain Reda Benkirane, sociologue et chercheur à l’institut des hautes Etudes, soutient une promotion religieuse qui passerait par l’ouverture sur les sciences. Cela me paraît incompatible avec la Charia, mais soit, le projet est louable.

En fait, le débat lui-même ne peut provoquer qu’un choc salutaire parmi des croyants, dont quantité, encore soumis à une certaine habitude plus qu’à la conviction, refusent en esprit les directives criminelles du Livre sacré. Et de plus en plus nombreux sont les musulmans qui, de mon ami Farid Smahi al Salem ben Amar, sont en état de réflexion et même d’indignation. On peut par ailleurs se rendre compte qu’ayant accédé à des études convenables, quantité de femmes arabes osent revendiquer leur liberté avec un très grand courage. A mon sens, mais évidemment, c’est un chrétien qui croit aux « signes » qui écrit que ce n’est point par hasard que Notre-Dame voulut apparaître au lieu de Fatima, nom évocateur s’il en est !

De fait, si  un certain nombre de musulmans répugne à la violence islamique, leurs sentiments aujourd’hui peuvent trouver des arguments dans une histoire mieux connue . Hela Ouardi écrit : «  Il n’existe pas le moindre document, la moindre trace concrète qui soit contemporaine de l’époque du Prophète. » C’est dire que les légendes qui ont entouré la figure de Mahomet, se soumirent à la nécessité qu’auront les Califes de légitimer leurs fantaisies par de nouvelles sourates. C’est ainsi que le visage du prophète sera multiple. Tantôt, on le présentera sous les traits d’un père de famille , bon, modeste et affectueux ou bien sous celui d’un potentat féroce, faisant par exemple torturer à mort le Juif Kinana pour l’obliger à révéler la cache de ses richesses, exterminant des tribus entières avec pour seul argument le célèbre  « ôte-toi que je m’y mette ! », trouvant des arguments coraniques pour justifier sa copulation avec la femme de son fils adoptif et autres joyeuseté du genre. A tel point qu’il existe aussi une tendance « radicale », laquelle, devant une telle confusion, en arrive à douter de l’existence même du Prophète !

Mais il est probablement une étape qui pourrait être radicale pour expliquer l’islam et dont nous n’avons que de très faibles indices. Ce serait l’influence qu’aurait eu sur la première femme de Mahomet, la riche Khadîja, le Moine Nestorien Bahira. Or c’était l’époque ou Mahomet n’avait pas encore été enseigné par l’archange Gabriel. Il est possible que l’hérésie nestorienne qui refusait à Marie le titre de « Mère de Dieu », se soit traduite, dans l’esprit de Mahomet, comme la négation de la divinité du Christ ! Mais nous n’en savons rien.

Au dernier chapitre de son ouvrage après avoir démontré que les relations très contradictoires sur le prophète, mort intestat, prouvaient bien que l’Islam s’était beaucoup plus constitué sur la volonté de pouvoir des Califes, que sur un texte formel, Hela Ouardi peut écrire :

« Les découvertes épigraphiques dont sur le point de bouleverser notre approche de l’histoire et de l’Islam, non seulement s’agissant de la perception que les premières générations musulmanes avaient du prophète, mais aussi par ce qui est des principes fondateurs de la religion comme la Shabadâ, dont on a trouvé des formules antérieures différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Les fouilles archéologiques, ainsi que l’études des documents non musulmans contemporains de l’avènement de l’Islam sont en train d’introduire actuellement une véritable « révolution copernicienne », dans la connaissance de l’Islam primitif. Une réécriture de l’histoire est en marche ! »

Il est possible que cette réécriture soit plus rapide que celle que nous pensions pouvoir espérer. C’est pour cela que, dans cette perspective, 2018 pourrait être une très bonne année pour ceux qui n’ont pas accepté la bestialisation contemporaine. A noter qu’un groupe d’anciens musulmans convertis au christianisme vient d’adresser au pape la lettre protestataire qu’il méritait. Pour les seuls amis qui me restent dans cette optique, je ne ferai pas d’autres vœux de résistance aux castrats démocratiques, car l’évolution est réelle, et elle me parait s’inscrire dans la promesse formelle de l’apôtre : « La vérité vous délivrera ! ». (Alexis Arette, 31 décembre 2017).

Jean-Paul Picaper. « Les Louves du Gévaudan ». Roman. Jérôme Do Bentzinger Editeur. 2017.

Au XVIème siècle, de 1562 à 1598, la France fut endeuillée par le carnage suicidaire des guerres de religion. Pas celle des Camisards bien connue, mais celles qui eurent lieu un siècle plus tôt. Le Gévaudan, actuel département de la Lozère, connut alors l’épisode le plus meurtrier de son histoire. A cela s’ajouta un froid mortel, confirmé par les climatologues contemporains avec un pic en 1586, l’année de la prise du château de Peyre par le duc de Joyeuse, émissaire du roi.  C’est cette année-là, dans ce pays glacé habité par l’aigle et le loup, que les héros et héroïnes de ce roman, vrais et fictifs, s’associèrent à des personnages historiques pour braver l’envahisseur. Mais l’un d’eux s’était trompé d’époque…

Sur une toile de fond authentique, l’auteur nous entraine de cette « guerre froide en Gévaudan » jusqu’aux confins de la Gironde où la « bataille de Coutras » menée par le futur roi de France, fait rage. C’est un grand roman de guerre et d’amour qui nous transpose comme son héros dans une lointaine époque, au cœur d’une France trop souvent oubliée où il n’était pas toujours facile de vivre.  Jean-Paul Picaper, écrivain et journaliste, auteur  de nombreux livres d’histoire et de politique, met en pratique avec ce roman une nouvelle méthode d’initiation à l’histoire. En nous identifiant aux personnages de fiction, si réels pourtant, il nous la fait vivre, au contact des faits et réalités.

Il était temps que l’on parle enfin de la destruction d’un empire régional du Midi à la fin du Moyen-Âge autour d’un château-fort disparu et du massacre de Marvejols, l’Oradour du XVIème siècle. Et n’est-il pas curieux que la chute des températures en ce siècle-là soit tombée pendant quarante ans au même moment que ces guerres de religions, à partir de 1560 ? Il y a fort à parier que la misère engendrée par cet épisode glacial ait poussé les gens à se rallier à une nouvelle religion huguenote qui leur semblait plus proche de leur Dieu que la vieille religion catholique et papale dont les dérives, à l’époque, leur paraissaient attirer sur les hommes la malédiction de l’Éternel.

Jérôme Do Bentzinger Editeur à Colmar et Strasbourg. Juin 2017. 300 pages. 23 €.

Le livre peut être commandé chez l’éditeur Jerome-Do Bentzinger, 8 rue Roesselmann, 68000 Colmar, Tel. : 03.89.24.19.74 - mail: jerome-do.bentzinger-editeur@wanadoo.fr et acheté chez le même éditeur, 27 rue du Fossé des Tanneurs, 67000 Strasbourg.