Composer un gouvernement stable à Berlin : dernière chance pour l'Europe

Que l’Allemagne ait assez rapidement, si possible dès janvier prochain, un gouvernement stable est important pour l’Europe, d’autant plus que le président Macron a fait des propositions visant à renforcer en priorité l’Union Économique et Financière de l’Europe, en d’autres termes la zone euro. Si la France est aux manettes pour donner les impulsions politiques, rien d’efficace ne peut être fait sans la puissance économique allemande. C’est ce qu’a compris le président du parti social-démocrate allemand SPD Martin Schulz qui insiste sur l’objectif européen au moment où la chancelière Merkel tend à nouveau la main aux sociaux-démocrates. Elle n’a pas réussi pour le moment en effet à concilier les points de vue des libéraux du FDP et des Verts pour former avec eux une coalition gouvernementale « jamaïcaine » (noire, jaune et verte).

Il semble que les Allemands s'accommoderaient, sans grand enthousiasme certes, d'une reconduction du gouvernement de grande coalition CDU/CSU-SPD. En effet les sondages donnent un léger "mieux" de ces deux forces du centre droit et du centre gauche depuis l'échec des pourparlers en vue d'une petite coalition des chrétiens - démocrates (CDU/CSU) avec les Libéraux du FDP et les Verts. Le SPD qui avait obtenu 20% seulement des suffrages, son plus mauvais score historique, est remonté à 22%, et la CDU/CSU revient à 32% après avoir perdu 2% sur les 32,9% qu'elle avait obtenus aux législatives.

Schulz, sévèrement battu aux élections du 24 septembre dernier, s’était résigné à mener son parti dans l’opposition pour s’y refaire une santé, d’autant que ces grandes coalitions unanimistes des deux grands partis de gauche et de droite, usent deux qui y participent. Mais il sembel qu’il se soit rallié à une réédition de la coalition CDU/CSU-SPD, chrétienne-démocrate/sociale-démocrate, en place depuis quatre ans. Elle continue dans l’intervalle à gérer les affaires courantes. Elle pourrait donc être prolongée encore quatre ans. Le problème de l’Allemagne aujourd’hui tient à ce qu’après la chute du IIIème Reich, elle s’était entravée par maintes clauses constitutionnelles pour éviter un dérapage comme celui qui avait fait tomber la République allemande de 1932-33 dans les filets d’Hitler. Un autre de ces freins est le système électoral allemand, mélange de vote direct sur des candidats mais aussi de proportionnelle sur des partis, qui ne permet pas de dégager des majorités claires et stables.

On est visiblement à la fin d’une ère politique dans une Allemagne qui devra repenser partiellement son système politique, mais aussi naturellement à al fin de l’ère Merkel. Ce serait bien étonnant que l’actuelle chancelière, usée par le temps et les intempéries, puisse rester en poste encore quatre ans. Elle y restera tant que la réforme de l’Europe avec Emmanuel Macron sera en cours de règlement. Quant à ce pauvre Schulz qui n’était pas le bon candidat pour le SPD aux législatives, il serait effectivement en tant qu’ancien président du Parlement européen le meilleur coéquipier pour Mme Merkel afin de mener à bien cette grande réforme de l’Europe. Le projet européen des libéraux n’était pas conforme aux nécessités actuelles. Leur désir typiquement libéral d’affaiblir l’exécutif européen en faisant du Conseil des ministres une seconde chambre du Parlement européen, n’était pas la bonne réponse ni dans une Europe où les nations se renforcent, ni face aux dangers extérieurs, terrorisme, migration, multitilatéralisme et isolationnisme mondial, crises de la globalisation.

Quant aux Verts, leur désir constant de forcer l’immigration et leur exigence de regroupement familial à accorder aux réfugiés arrivés en masse depuis 2015, parmi eux quelques 80% d’hommes jeunes et célibataires envoyés pour ainsi dire en éclaireurs par leurs familles dans l’Eldorado allemand, était totalement irréaliste et inacceptable pour les chrétien-sociaux bavarois et les libéraux dans un gouvernement commun. A quoi s'ajoutent les difficultés que les Verts auraient pu opposer à la concrétisation d'une Défense européenne telle qu'elle a été décidée lors du dernier sommet de l'UE. Or, c’est en effet sur le récif de l’immigration qu’elle a accueillie à bras ouverts, pour ne pas dire encouragée, que s’est fracturé l’esquif de Mme Merkel. Certes, une bonne propagande mettant en avant l’altruisme des quelques Allemands empressés à aider ces malheureux, et affichant de bons réfugiés, avait quelque peu atténué l’ire et l’angoisse de la population allemande de souche, mais cette "Willkommenspolitik", la politique de bienvenue de la chancelière, a quand même terni son image, plombé son score électoral et remis en question sa pérennité. Angela Merkel navigue sur un esquif qui ne coulera pas de si tôt mais qui désormais prend l’eau.

A preuve, l'entrée au parlement allemand pour la première fois depuis le début des années 1950 d’un parti d’extrême-droite essentiellement identitaire et anti-immigrationniste, europhobe sur les bords, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Pour expliciter la situation allemande actuelle nous citerons un intellectuel français, anthropologue et historien, Emmanuel Todd qui écrit dans son récent et magistral ouvrage « Où en sommes-nous ? Une esquisse de l'histoire humaine » (Ed. du Seuil, 2017) : « Nous ne savons pas si les flux de 2015 et du début de 2017 vers l’Allemagne, freinés ou arrêtés à la suite d’une prise de conscience du risque social, auront été suffisants pour produire une déformation de la culture nationale. Mais avec un flux initial de l’ordre du demi-million en 2015, avec le regroupement familial qui suivra, on peut prévoir sans en avoir la certitude absolue bien sûr, la stabilisation et la croissance d’une petite population séparée qui jouxtera le groupe turc. Avec Édouard Husson, nous devons donc imaginer une Allemagne de plus en plus préoccupée par sa stabilité interne et sa cohésion. Nous atteignons ici le terme du paradoxe : l’extraversion de l’économie allemande devrait finalement conduire, comme le choix japonais de l’introversion, à un repli du pays sur lui-même. Le vrai risque est celui du durcissement interne d’une société allemande au sein de laquelle l’anxiété conduirait à une gestion policière de la différence des moeurs. L’autoritarisme et l’esprit de système inhérent à la culture allemande faciliteraient une telle orientation ».

Nous ne sommes pas aussi pessimistes que cet auteur concernant l’Allemagne. Mais il est plus que temps de réformer l’Europe avec l’Allemagne telle qu’elle est encore aujourd’hui pour qu’elle reste ancrée dans le concert des nations de notre continent et fasse avec nous une Europe puissance forte et crédible dans le monde. (Jean-Paul Picaper, 29/11/2017)

Macron remet la France en piste - Wauquiez veut rétablir son identité

Laurent Wauquiez

La « petite bande qui nargue la droite » comme l’écrivait le journal « Aujourd’hui en France » le 14 octobre dernier réussit évidemment dans le sillage d’Emmanuel Macron mieux que le prétend une opposition atomisée et affaiblie par ses scandales et défaites électorales du printemps 2017, coincée entre le désarroi des Républicains et le blues de Mélenchon. Cette "petite bande", ce sont évidemment les « constructifs » du LR ralliés au président de la République et à son Premier ministre. Ceux auxquels ils ont tourné le dos les surnomment les « renégats » et les « conjurés ». Les plus en vue sont Édouard Philippe, Gérard Darmanin, Bruno Le Maire, Thierry Solère, Sébastien Le Cornu et Franck Riester.

Marginalisés ? Non, dans la dynamique

Leurs détracteurs affirment qu’ils sont devenus les ludions de Macron et qu’ils sont intellectuellement marginalisés par En Marche auquel  ils devront adhérer tôt ou tard quand ce mouvement se sera enfin constitué en parti structuré. Ils disent aussi que nombre de Macroniens les considèrerent comme des « arrivistes  prêts à tuer père et mère » pour se faire une place au soleil. C’est naturellement très injuste, car ces hommes ont vu dans le mouvement créé par le président Macron une dernière chance de redressement de la France et de relance de l’Europe après les errements et faillites des dernières années. Avec Macron, la France a enfin à nouveau une dynamique. Elle a récupéré du prestige en Europe et au-delà. Raison pour laquelle comme eux nous approuvons l’essentiel du message et des mesures de l’actuel président. Il a su remplir un vide sidéral de la politique française. Partout ailleurs que dans son mouvement, y compris dans les syndicats, c'est la débandade.

Ces hommes sont menacés d’exclusion du LR. Si cela se produit comme c’est probable, ils seront  orphelins, hébergés chez des amis qui leur veulent du bien, quoiqu’on en dise. Du moins tant que le courant actuel de symbiose droite-gauche dans la majorité présidentielle sera préservé. Leur option a considérablement affaibli Les Républicains, on s’en doute, auxquels Emmanuel Macron n'avait pas offert de se coaliser avec eux. Il n'en avait pas besoin. Notre système électoral n'est pas le système allemand. 

Pour le moment "la petite bande" est beaucoup plus audible que les caciques de l'ancien parti gaulliste. Mais cela pourrait changer. Florence Portelli est bien belle et intelligente, mais que pèse-t-elle au niveau national et international ? Si les LR, motivés par le désir de sauver leur identité historique, élisent à leur tête un homme fort tel Laurent Wauquiez, on peut être certain que les relations avec leurs anciens amis deviendront encore plus conflictuelles parce que le LR reprendra pied. « Aujourd’hui en France » écrivait « les six conjurés ont un puissant point commun : ils détestent Laurent Wauquiez, accusé de flirter avec la droite extrême ». Et pour cause.

Le clivage passe par l’immigration

L'accusation est facile et galvaudée. On ne l'a que trop entendue contre Sarkozy, contre Fillon, etc. etc. L'impression est plutôt que Wauquiez reconstruit les positions classiques de la droite dont un FN aseptisé s’était arrogé le monopole. Il cherche à vider la mangeoire du Front National pour achever la bête. Le FN est en train de perdre le monopole du "dire". Jusque dans ses rangs, on est fatigué d'entendre pérorer sa présidente, les défections de Marion Maréchal Le Pen et de Florian Philippot ont laissé des trous béants. Pour les LR, l'occasion est à prendre. 

Le refus de l'Europe qui était le fonds de commerce du FN n'est plus accepté par les trois quart des électeurs et Marine Le Pen a rétropédalé sur ce point en grinçant des dents. Il lui reste le refus de l'immigration de masse et de l'islamisation accélérée que partage la majorité des Français. Curieusement, le clivage droite – gauche passe donc aujourd’hui par l’acceptation ou le refus de l’immigration. A-t-on mesuré la nouveauté de ce phénomène ? Il est vrai que les paneaux signalisateurs ont changé ces derniers temps.

La gauche modérée ne remet plus en question le capitalisme depuis l’échec de l’URSS et la droite classique a peu à peu accepté les réformes sociétales qui contredisaient le message de l’Évangile (d’autant plus que le pape actuel est le premier à s'adapter). Quant au nationalisme il est accaparé par l’extrême-droite comme l’internationalisme l’est pas l’extrême-gauche. Aussi ne sera-t-on pas étonné que le candidat à la présidence des LR ait inscrit à sa banière la lutte contre l’islamisation  et contre l’immigration sauvage.

Un nouveau son de cloche

Cela vaut la peine de lire ce que M. Wauquiez déclarait récemment au magazine « Le Point » (n° 2354 du 19 octobre 2017) à ce sujet. On n’avait jamais entendu chez les néo-gaullistes pareil son de cloche.  Mais on peut gager qu’il pense aussi ce qu’il dit et que c’est cela qui le fait détester à gauche comme à l’extrême-droite, car en politique on n'aime pas le franc-parler. La droite classique française qui n'a fait depuis le début de l'année qu'encaisser des coups, va-t-elle se réveiller ?

« Il y a actuellement une question fondamentale sur l’identité, déclarait-il  à ce magazine : laissons-nous notre pays changer de nature ? Par nos lâchetés se multiplient ces territoires perdus de la République qui n’appartiennent plus à la communauté nationale. Ce sont les parties du pays qui n’adhèrent plus aux mœurs de la France, des quartiers où le moteur est d’abord la haine anti-Français. Cela vient de quelque chose de plus profond qui se niche au cœur de notre enseignement dans lequel on a accepté de déstructurer la transmission de ce qu’était notre pays, son histoire, sa littérature. C’et toute la culture de la repentance selon laquelle le monde occidental doit faire pénitence. Avec Emmanuel Macron, la nation et invitée à s’effacer, la culpabilité est devenue obligatoire… »

« Quand Chirac prononce son discours au Vél d’Hiv en 1995, vous pensez qu'il et trop dans la culpabilisation ?, demande « Le Point ».

La reconnaissance de cette responsabilité était fondamentale. Ce que je refuse, en revanche, c’est la bascule dans une culture mortifère de la repentance – dans laquelle toute la droite s’et précipitée  -où on ne cesse de parler des pages sombres de notre histoire au lieu de transmettre une fierté. An Algérie, Macron dit que la colonisation est un crime contre l’humanité… On veut déconstruire la culture française pour l’accommoder à la diversité. Avant, il y avait en France un devoir d’intégration. A présent, on croit qu’il faut renoncer à ce que nous sommes pour accueillir ceux qui viennent d’ailleurs. On a érigé la diversité comme un veau d’or. « Identitaire » est devenu la pire insulte. Mais De Gaulle était identitaire ! Il parlait de l’identité de la France. C’est un sujet majeur : on ne donne plus à aimer notre pays. Comment veut-on alors que les étrangers l’aiment ? Qui peut défier ce choix du multiculturalisme, si ce n’est la droite ? C'est la vocation de la droite d’apprendre à dire « nous » avec la nation française.

Comment résoudre la question de l’immigration ?

Notre problématique et de faire face à une immigration massive qu’on n’arrive plus à intégrer. Pour des raisons économiques. Et parce que notre capacité d’intégration est en crise. Nous ne sommes plus capables  d’émouvoir et de transcender, alors que l’islamisme intégriste s’en charge. Il faut une régulation extrêmement stricte. La France a le droit de choisir qui elle veut intégrer, de quels pays, et dans quels domaines. Mais ne soyons pas caricaturaux : un Marocain qui parle déjà notre langue aura plus de facilité à s’intégrer qu’un non-francophone. *

Mais que faites-vous des immigrés déjà présents sur le sol français, mais mal ou pas intégrés ?

Un titre de séjour n’est pas acquis une fois pour toutes. Vivre dans un pays, ce n’est pas juste un tampon administratif, il fauta adhérer progressivement aux valeurs du pays dans lequel on vit. Cela suppose des conditions exigeantes aussi bien pour l’obtention que pour le renouvellement du titre de séjour.

Dans l’intégration, quel est le poids des déterminismes religieux ?

Est-ce qu’il joue un rôle ? Bien sûr. Est-ce qu’il rend les choses incompatibles ? Non, à condition qu’on soit clair. Je souris quand on la l’impression que, pour certains, l’ennemi majeur de la laïcité, ce seraient les crèches à Noël. Il nous faut une laïcité offensive, capable de dire que nous avons des racines. L’intégration de l’autre ne peut pas se conjuguer avec la négation de notre passé : notre pays a été construit pas sa tradition judéo –chrétienne et par l’héritage des Lumières. Et nul ne peut venir ici avec la volonté de remettre cela en question.

Souhaitez-vous une forme de laïcité spécifique, d’exception, concernant l’islam ?

J’ai étudié l’arabe. J’ai vécu en Égypte, à une époque où mes amies n’avaient pas à porter le voile, et j’ai vu depuis ce pays basculer dans l’intégrisme. Je sais trop à quel point toute l’histoire de l’islam est traversée par un conflit profond entre le désir de modernité et de modération  et la haine totale de l’Occident et de ce que nous sommes. La République n’a pas le droit de rester passive et doit soutenir ces musulmans modérés. Il faut intervenir dans la formation des imams, lutter contre le financement extérieur de mosquées et contrôler les prêches.

Au-delà de la question religieuse, vous faite le lien entre le terrorisme et le communautarisme. Pourquoi ?

Il y a un lien entre le terrorisme et le délitement de l’État régalien. Après l’attentat de Marseille, la question que l’on s’est posée a été : « Pourquoi ne l’avait-on pas gardé en prison ? On s’est habitué à ce qu’un clandestin ne soit pas reconduit dans son pays, à ce que quelqu’un qui vole et usurpe des identités ne soit jamais sanctionné. Mesure-t-on à quel point s’et effritée l’autorité ? Bafouer le droit est  devenu la règle. Sur les prisons, les centres de rétention, l’appareil de justice, Emmanuel Macron  reste parfaitement silencieux. Car il ne s’est pas émancipé de la pensée de gauche, une pensée de la capitulation face au communautarisme, du refus de faire face à la réalité ».

Parmi les sujets que la droite doit, selon vous investir, il y a  l’écologie. Comment droitiser ce champ préempté par la gauche ?

Les Républicains doivent être le parti de l’enracinement. En France la question de l’écologie et du développement durable est abordée par la punition, l’interdiction et la norme administrative. Tout ce que je déteste. Par exemple s’agissant des voitures, tout ne peut pas passer par l’’interdiction : il faut promouvoir les voitures propres à hydrogène, comme je le fais dans ma région, faire émerger des Tesla françaises… L’écologie de droite, est à la dois l’innovation et le sens de la permanence, la permanence de nos paysages, de notre patrimoine, de nos terroirs, de nos appellations ‘origine contrôlées. Il faut défendre nos agriculteurs, car on ne construira pas le développement durable sur la ruine de notre agriculture. L’écologie, c’est à la fois le salers du cantal et les centres de recherche sur les nouvelles énergies à Grenoble.  (ates67.fr - JPP - 5.11.2017)

La victoire de Sebastian Kurz en Autriche : un projet anti-Merkel ?

Sebastian Kurz

Le résultat des élections du 15 octobre dans la petite Autriche (8.772.865 habitants le 1er janvier 2017) pourrait changer mainte chose en Europe. Si le vainqueur, le chef de file du parti chrétien-démocrate VPÖ Sebastian Kurz, formait une coalition avec le parti populiste de droite FPÖ de Christian Strache, qui aurait presque atteint la seconde place dans les urnes avec ses 26% des suffrages, on réfléchirait dans d’autres Etats membres de l’Union Européenne à résoudre les problèmes les plus actuels, à savoir le terrorisme et l’immigration de masse en se déplaçant vers la droite.

Kurz sera à 31 ans le plus jeune chef de gouvernement européen. Il a nettement gagné avec 31,6% alors que son principal rival, le SPÖ socialiste n’a obtenu que 26,9% des voix. Il est tout à fait probable que l’actuelle coalition SPÖ-ÖVP touche à sa fin, tout comme celle de la CDU/CSU-SPD en Allemagne. A certains moments, lors du comptage des voix, on a même cru que le FPÖ allait passer devant le SPÖ. Cela aurait été le cas si le FPÖ n’avait pas dû c »der tellement de voix à l’ÖVP.

Selon l’analyse des transferts de voix, l’ÖVP a mobilisé à hauteur de 84% son électorat traditionnel et en même temps profité de reports de voix du camp de l’utradroite FPÖ. C’est ce qu’indique une analuse de l’institut de sondages Sora. A Vienne, le parti de Kurz ÖVP a distancé le parti nationaliste FPÖ de Strache. Sur les 1,6 millions de votants ÖVP, 168 000 proviennent du FPÖ, 121 000 du camp des abstentionnistes et 84 000 sont d’anciens partisans des Verts. Le FPÖ a quant à lui attiré des votes d’anciens socialistes, 155 000 au total. Le SPÖ a été sauvé par 161 000 votes d’anciens écologistes et en puisant dans le creuset des ex-abstentionnistes.

C’est en menant une politique de droite dure que Sebastian Kurz a gagné des points dans l’électorat autrichien. Le tournant de sa carrière de ministre des Affaires étrangères avait été le 9 mars 2016 quand il ferma sur sa frontière la route des Balkans qui ouvrait l’Autriche aux réfugiés venant de Turquie, et ce contre la volonté d’Angela Merkel. A l’époque, Wolfgang Schäuble lui demande ironiquement si Mme Merkel l’avait remercié. Naturellement, elle s’en était abstenue. Reste que la réduction du flot de réfugiés uqi en résulta l’avait sauvée. C’est pourquoi le résultat du vote autrichien aura une influence sur la formation du gouvernement allemand en cours de négociations.

Ceci dit l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) à droite de la CDU/CSU en Allemagne est trop remuante et comporte dans ses rangs trop de nostalgiques du nazisme pour être coalisable. L’Allemagne n’est pas l’Autriche. Les relents du nazisme sont bien plus mal perçus en Allemagne qu’en Autriche. Et le groupement „Bleu“ créé par la dissidente antinazie de l’AfD, Frauke Petry, n’est pas encore assez solidement établi comme parti politique pour pouvoir entrer au gouvernement. De telle sorte qu’une coalition « jamaïcaine » CDU/CSU-FDP-Verts est plus que probable en Allemagne. Cependant le vote autrichien aura des répercussions sur le statut de la chancelière. Angela Merkel n’est plus incontestée jusque dans son propre parti, d’autant que son score aux législatives du 24 septembre dernier a tété le plus mauvais pour la CDU depuis la fondation de la République fédérale en 1949. Un courant très fort dans la CDU avec pour chefs de file le ministre-président saxon StanislawTillich et le membre du présidium du parti Jens Spahn plaide en faveur d’une évolution vers la droite. Plus du tiers des Allemand estiment que Mme Merkel ne devrait pas finir ses quatre ans de législature, mais passer le témoin à un successeur, femme ou homme.

La victoire de Kurz en Autriche va changer la donne en Europe pour les partis conservateurs. C’est ce que pense le politologue de Salzburg Reinhard Heinisch. « C’est un contre-projet face à celui de Merkel et de sa CDU », estime-t-il. Kurz s’est emparé du thème de l’immigration avec une « perfection stratégique inégalée » en déplaçant son parti vers la droite et il a « saisi comme pas un le retournement d’opinion dans son pays». Durant sa campagne, Kurz s’était prononcé pour une stricte règlementation de l’immigration. Il a dit vouloir réduire à zéro l’immigration illégale, pousser les Italiens à la refuser et lui barrer la route de la Méditerranées avant l’embarquement.

Le politicien du FDP Wolfgang Kubicki qui pourrait bientôt obtenir un portefeuille dans le futur gouvernement allemand, a déclaré lors d’un talk-show télévisé dans son pays que les résultats de la CDU auraient été tout autres si Mme Merkel avait adopté une attitude proche de celle de Kurz et qu’en pareil cas, la CSU en Bavière aurait obtenu 58% au lieu de 38%. La CDU va devoir se rendre compte qu’en imitant l’Autrichien Kurz, a estimé Kubicki, elle pourrait obtenir des majorités gouvernementales beaucoup plus confortables.

 Plus jeune que Macron : Sebastian Kurz

Mais qui est Sebastian Kurz ? Avec sa compagne, ile futur chancelier d'Autriche habite toujours à Vienne-Meidling où il était né le 27 août 1986. C’est un quartier populaire avec de nombreux snacks kebab et des studios de bronzage. Malgré ses études de droit, il a gardé un parler populaire et n’hésite pas à trouver une affirmation « idiote » quand il le faut et à dire « C’est pas croyable » quand c'est absurde. « Je dis ce que je pense », telle est sa devise. On croirait entendre du Macron. Ceci dit, M. Kurz vous écoute quand vous parlez et il aspire vos information comme une éponge, une qualité qu’avait encore Angela Merkel, elle aussi, quand elle était plus jeune.

Sebastian Kurz, 31 ans, 1m 86, s’affirme proche du peuple. Il volait vers New York aux Assemblées de l’ONU en classe économie, mêlé à tout un chacun et mangeait le menu du bord quoique ministre des Affaires étrangères de son pays. En revanche, il se débrouillait pour ne pas être relégué parmi les petit Etats et pour prendre l aparole parmi les grands, comme si l'Autriche était encore à l'ère des Habsbourg. Mais il est vrai que son pays joue à présent un rôle clé dans le glacis européen, barrière devant les Balkans, fédérteur des Etats de l'ex-Yougoslavie, ouvert à l'Europe centrale et en première ligne sur la question des migrants.

Sa mère était institutrice et son père ingénieur au chômage. Au début des années 1990, pendant la guerre en Yougoslavie, ses parents avaient hébergé chez eux des réfugiés bosniaques. Sebastian Kurz prétend n’avoir pas voulu faire de la politique. Cela lui serait venu spontanément. Mais on peut en douter quand on voit le raffinement de sa stratégie et la discipline de fer qu’il s’impose sous ses dehors décontracté. Son OPA sur la chancellerie autrichienne aurait été planifiée depuis longtemps par lui et ses collaborateurs. Le magazine viennois « Falter » a publié des documents confidentiels de son équipe listant ses déclarations publiques (wordings) et ses rendez-vous avec des journalistes (interview avec des journis), les plans de remodelage radical de son parti et les noms des donateurs potentiels, voire des plans de batailles. Kurz apprit cette « fuite » alors qu’il était en train de déguster un « filet Mignon » au « Wolfgang’s Steakhouse » de New York. Il commença par démentir, par pester contre les journalistes indiscrets pour finalement avancer que « ce n’était pas un crime que d’avoir envisagé de devenir président de son parti », mais naturellement, il ne projetait "pas un putsch" contre le chef de l'ÖVP  de l’époque.

Il fit dépendre sa candidature à la tête du parti de sept conditions, rien que ça. En fait, il voulut avoir le pouvoir de tout décider lui-même dans les principaux secteurs. Les caciques de l’ÖVP se prosternèrent devant ses exigences. De « noir » qu’il était, le parti vira au "turquoise" et sa liste électorale ne s’appela plus Parti populaire autrichien, mais « Sebastian Kurz – Le nouveau parti populaire ». Ses adversaires critiquèrent en vain le mot « nouveau », étant donné que seul ou en coalition l’ÖVP était depuis 30 ans au pouvoir, mais la nouveauté était Sebastian Kurz. Il n’était pas toutefois autoritaire, il adopta la tactique d’Angela Merkel : quand on vous attaque, vous laissez passer le vent du boulet et ensuite seulement, vous faites quelque petite avance à vos adversaires.

Nommé à 24 ans secrétaire d’État à l’immigration, Kurz a fait de ce sujet son cheval de bataille, volant à ses adversaires populistes leur objectif principal, à savoir barrer la route à l’immigration de masse dans la sécurité sociale et ne donner un minimum vital qu’aux immigrés ayant obtenu un droit de séjour. Ses adversaires l’ont décrété « Prince Coeurdefer » quand il barra la route à l’immigration en 2016, mais il avait raison, il n’y avait plus d’autre issue. L’Autriche est le pays d’Europe qui a le plus fort pourcentage d’immigrés dans sa population. Il envoya des lettres comminatoires à se homologues de l’Union Européenne et traita de mensongère la « politique de bienvenue » à la manière allemande. Et de s’indigner publiquement quand des collègues ministres du gouvernement de coalition gauche-droite auquel il appartenait, allèrent accueillir fraternellement des réfugiés en gare de Vienne.

Avant d’envoyer l’armée barrer la route de l’exode vers l’Autriche et l’Allemagne, il contacta les éléments conservateurs du gouvernement allemand pour assurer ses arrières au cas où la chancelière ne le lui pardonnerait pas. Puis il exigea contre Mme Merkel, contre les sociaux-démocrates allemands et contre Bruxelles que l’on abandonne les négociations d’adhésion avec la Turquie. Et finalement, le gouvernement allemand se rallia à sa position sans le dire, car Mme Merkel a ceci de particulier qu’elle n’admet jamais une faute, même quand elle finit pas concéder qu’il faut limiter le nombre des réfugiés en Allemagne à 200 000 par ans, exigence de son partenaire bavarois Seehofer qu’elle avait toujours rejetée d’un revers de manche.

Il faut dire aussi qu’une affaire de corruption parmi les proches du chancelier social-démocrate sortant Christian Kern, affaire qui a mené un des conseillers de celui-ci, Tal Silberstein, en prison pour blanchiment d'argent, a aidé Kurz à grimper dans les sondages. Mais un homme politique, pour réussir, ne doit-il pas avoir de la chance ? Espérons pour lui qu’il en aura longtemps encore. (J.-P. P.)

Nous rejetons le démembrement de l'Europe qu'entrainerait l'indépendance de la Catalogne

Avec nos amis de Paneurope France, nous rejetons le démembrement des États européens dont la tentative de sécession de la Catalogne pourrait être le catalyseur. Heureusement, la première grande manifestation contre l’indépendance de la Catalogne a rassemblé à Barcelone le dimanche 8 octobre 2017, selon la police, quelques 350.000 participants. La participation, supérieure peut-être à ce chiffre officiel, a outrepassé les espérances de ses initiateurs. Ce vaste rassemblement pacifique était animé du souci de neutraliser une crise qui pourrait tourner à l’effusion de sang. Une chose et sûre: les velléités séparatistes de la Catalogne ont réveillé le patriotisme espagnol.

Certes, il n’y avait pas que des Catalans dans les  rues de Barcelone. De nombreux citoyens et citoyennes venaient d’autres régions d’Espagne, y compris de Madrid où deux manifestations avaient déjà rassemblé le jour précédent des dizaines de milliers d’Espagnols, l’une pour « l’unité » de l’Espagne, l’autre pour le « dialogue » entre les Catalans et le reste du pays, dans un esprit de conciliation, mais aussi de refus de la partition. Le prix Nobel de littérature de nationalité espagnole et péruvienne Mario Vargas Llosa a assuré dans un vibrant appel qu’aucune « conjuration indépendantiste » en Catalogne ne détruira la démocratie espagnole.

Nous pouvons aussi reprendre la dernière citation d’un excellent article du « Figaro » sur " la fabrication du nationalisme catalan : " La société catalane est en proie à une pathologie nationaliste anachronique, vieille de 150 an qui resurgit aujourd'hui. Et il est devenu presque impossible de démêler tout ça."

Après les débordements indépendantistes des derniers mois et semaines, cette manifestation a créé la surprise et montré que, très probablement, les indépendantistes ne constituent la majorité ni en Espagne bien entendu, ni dans la région concernée. Bien des gens sur notre continent ont éprouvé un soulagement et réalisé que ce qui se passait en Catalogne les angoissait alors qu’ils n’en avaient pas encore pris conscience. Qui a donc envie de rapetisser dans un monde de géants où le regroupement en grandes entités défensives semble seule à même de nous protéger ? Dans son appel, Vargas Llosaa rendu un hommage appuyé à la ville de Barcelone, « capitale espagnole de la culture », ouverte sur le monde, critiquant ainsi indirectement le repli sur soi des indépendantistes. Il avait semblé un moment que les attentats terroristes de Barcelone et de Cambrils les 17 et 18 août derniers donneraient à réfléchir aux Catalans, de la même manière que le terrorisme a contribué ailleurs sur notre continent à enrayer la propagation de « l’effet Brexit ». Mais, en Catalogne, le fanatisme régionaliste métamorphosé en nationalisme local est si puissant que rien n’y a fait. Il met des œillères à ses partisans qui semblent ne pas anticiper la catastrophe à laquelle ils aspirent.

Risque d’esseulement

Après avoir observé tout cela de très loin et respecté la règle de non ingérence, estimant apparemment que les Espagnols, catalans ou non, devaient laver leur linge sale en famille, les Européens ont fini par comprendre qu’ils ne pouvaient rester indifférents. Car le mouvement catalan implique un risque de contagion et d’effet domino menant à l’émiettement des États membres de l’Union Européenne et, qui plus est, de la zone euro dont l’Espagne fait partie. L’Europe a déjà suffisamment de difficultés actuellement pour ne pas en rajouter par la sécession de régions au cœur des États qui la composent. Or, c’est ce qui se produirait si la maladie catalane contaminait l’Europe. Ce qui meut les indépendantistes qui se sont hissés au pouvoir à Barcelone est petit et médiocre, entaché de sentimentalité linguistique et culturelle, avec le danger en effet de multiplier un peu plus les langues pour ajouter des étages à la Tour de Babel européenne. Surtout, les indépendantistes catalans n’avaient pas davantage réfléchi que les partisans britanniques du Brexit aux conséquences de leur initiative. Ils se rendent compte maintenant qu’au lendemain d’une indépendance très artificielle, ils devraient assumer l’esseulement politique, le remboursement de leur immense dette envers leurs ex-partenaires, l’amputation de marchés non seulement espagnols mais aussi européens et l’exclusion des programmes communs et des coopérations renforcées. Ils sortiraient automatiquement de l’Europe.

Les deux tiers voire les trois quart des citoyens d’Europe ne veulent plus changer ces acquis. Les Catalans qui attendaient le soutien de Bruxelles ont été déçus. L’Europe des régions ne peut devenir une Europe des micro-États. A l’avant-veille de la déclaration d’indépendance du président catalan Carles Puigdemont, Bruxelles a refusé d’approuver l’indépendantisme et de se laisser contaminer par la fièvre qui a frappé une minorité agissante des Catalans, faisant monter la température de trente à quarante degrés en quelques mois. Du coup, l’aveuglement et l’irréalisme des indépendantistes catalans sont devenus évidents. On a compris qu’ils avaient allumé un feu de paille en exploitant le nationalisme culturel et en propageant la victimisation après les interventions policières ponctuelles du 1er octobre. La désertion de trois grandes banques et de quelques grosses entreprises barcelonaises qui choisissent de migrer vers Madrid ou d’autres villes d’Espagne a montré que l’ambition nationaliste catalane n’était pas sérieuse. Les comptables des banques et entreprises doivent compter leurs sous et protéger leurs salariés et leurs clients. Les utopies politiques ne figurent pas leur agenda. L’exemple britannique est assez dissuasif pour qu’on refuse l’« exit » de l’euro et de l’Union Européenne.

 Qui tire les ficelles ?

 On n’a pas encore étudié sociologiquement le mouvement indépendantiste catalan ni les origines de sa montée en puissance sous le coup d’une propagande bien orchestrée, mais il y a fort à parier qu’il est porté par des nationalistes régionaux traditionnalistes auxquels se sont joints comme toujours des jeunes sans expérience en quête d’action et de mouvement et des agitateurs de partis extrémistes exaltés par la crise économique et désireux de casser les cadres et entités existantes pour semer le chaos et . De telles tendances existent dans d’autres pays européens, avec, actuellement, une propension évidente à un régionalisme étroit et militant hostile au centralisme réel ou prétendu des capitales. En France, le découpage en grandes régions est une tentative encore bien imparfaite de freiner cette dérive en répondant à ces aspirations dans un cadre légal et raisonnable. Peut-être la France pourrait-elle être plus fédéraliste à la manière allemande. Mais, attention, l’indépendantisme ethnique et régional existe réellement dans un État fédéral tel les Pays-Bas. On est en droit par ailleurs de s’interroger sur des velléïtés identitaires en Europe,n en Corse ou Haut Adige, pour ne pas parler de l'Alsace, de la Bretagne ou du Pays Basque qui ne pourraient qu'apporter misère et malheurs et non le paradis sur Terre qu'imaginent leurs promoteurs.

Avec les fièvres nationalistes et le Brexit, les mouvements migratoires de demandeurs d'asile et de réfugiés économiques, les attentats islamistes, le regain de l'impérialisme russe et les dangereuses incertitudes et provocations américaines, l'Europe, avec la Catalogne, est maintenant soumise aux menaces de dislocations régionalistes. Leurs succès seraient tout autant destructeurs pour l'Europe. Celle-ci s'est construite sur la diversité et les spécificités des États membres lors de leurs adhésions respectives à l'Union Européenne. Il y a les monarchies parlementaires, les républiques fédérales et les républiques plus centralisées. Mais aucun des 28 (27) États membres n'est identique à un autre dans sa structure et son fonctionnement institutionnels. L'Europe n'a de sens que dans la prise en compte de sa diversité. Elle est le fruit, l'addition et le puzzle de ses diversités constitutives, historiques, géographiques et culturelles. C'est le produit de l'histoire. C'est un ensemble hétéroclite, donc fragile. Toute tentative de le remettre en cause lui fait courir un risque existentiel. C'est donc en le respectant, quitte à des évolutions marginales, que nous réussirons l'Europe puissance, indépendante, souveraine et solidaire. D'où la nécessité d'être totalement solidaires face au Brexit déstabilisateur et à toutes les tentatives de dislocations.

Le fédéralisme n’est pas un remède absolu

L’exemple catalan montre que le fédéralisme que l’on conseille comme panacée contre l’autonomisme régionaliste n’est pas totalement efficace, car on ne peut nier que Madrid avait lâché du lest et accordé à la Catalogne une réelle autonomie. L’Espagne était devenue une monarchie parlementaire extrêmement décentralisée. C’était un pas important vers une Espagne fédéraliste vis-à-vis des Catalans, des Basques et autres. Certes l’ETA a renoncé en Espagne à une lutte armée dont les Basques eux-mêmes ne voulaient pas. C’est un bon résultat, mais on voit que cela ne suffit plus aux indépendantistes. Le fédéralisme peut être utilisé par les jusqu’auboutistes pour faire un pas vers la sécession. A l’inverse, les exemples allemand, autrichien, suisse montrent que le fédéralisme peut maintenir l’unité dans la diversité et que la sempiternelle affirmation des Catalans qu’ils dégagent 20% du PIB espagnols et produisent 30% des exportations espagnoles pour justifier leur indépendance, ne tient pas la route. Des frictions incessantes secouent le fédéralisme allemand sans pour autant, menacer la République fédérale de dislocation. En Allemagne, les Länder riches comme la Bavière et le Bade-Wurttemberg rechignent régulièrement à cofinancer les Länder désargentés du nord et de l’ex-RDA qu’ils accusent de se mal gérer. Mais ils finissent toujours par s’entendre sur une péréquation équilibrée.

Les partenaires européens de l’Espagne tels la France, l’Italie et la Belgique, mais aussi ceux qui ne font plus partie de l’Union Européenne, comme le Royaume Uni d’une part, et ceux qui n’en sont pas encore membres comme ’Ukraine et la Géorgie, touchées par des amputations violentes et impérialistes de territoires, de l’autre, ont tout à craindre de la glissade vers le démembrement des États. Car ils savent qu’il peut provoquer des guerres meurtrières, surtout si des puissances voisines les exploitent, et qu’il mène en tout cas à l’inexistence et à la paralysie. Encore est-ce une chance que Mariano Rajoy ait brandi la menace d’une suspension de l’autonomie de la Catalogne, une mesure jamais appliquée dans la monarchie parlementaire espagnole. « Je n’écarte rien », a-t-il dit le 9 octobre au journal El Pais qui l’interrogeait sur l’application de l’article 155 de la Constitution permettant cette suspension : « On ne peut rien construire si la menace contre l’unité nationale ne disparaît pas ».

Selon nous, il n’y a qu’un remède à l’indépendantisme régional : renforcer les euro-régions transfrontalières déjà existantes. L’Europe est la panacée, car elle permet de créer des entités économiques et culturelles qui ne remettent pas en question l’existence des États nationaux qui la constituent et sans lesquels elle n'existerait pas elle-même. (9 octobre 2017, Alain Terrenoire, président de l’Union Paneuropéenne Internationale et Jean-Paul Picaper, membre du Bureau de Paneurope France)

Dans le magazine Internet "Alternatives Pyrénées", n° 523 du 16 octobre 2917, publié tous les lundis à Pau, un auteur qui signe "Karouge" s'interroge à sa manière sur les suites de l'affaire catalane : "En attendant l’épilogue de l’affaire catalane et des suites du discours de Carles Puigdémont la question se pose de savoir s’il faudra démonter la Sagrada Familia pour la reconstruire ailleurs en Espagne. La province de Santander se dit intéressée de réimplanter ce chef d’oeuvre du côté de Comillas, où Gaudi réalisa en son temps la villa El Capricho. La Cantabrie renouerait ainsi avec un tourisme encore plus attractif, à proximité des monts Europe. Dans une moindre mesure se pose aussi la question d’une transplantation à Narbonne de la gare de Perpignan, ainsi que du transfert du musée Dali de Cadaquès à Béziers, chez le cousin de Bob Denard."

Angela Merkel a gagné les élections mais avec un bémol

Angela Merkel - Martin Schulz

Tels qu'ils apparaissaient le soir du scrutin, les résultats des législatives allemandes du 24 septembre, sans être catastrophiques puisque la CDU/CSU était largement en tête, n'en étaient pas moins préoccupants à plusieurs titres :1. L'extrême droite anti-européenne et nationaliste arrivait en force avec l'AfD qui entre aisément au Bundestag ; le SPD, partenaire de la CDU/CSU était repoussé sur la touche : paix à son âme ; le FDP plus libéral-atlantiste qu'européen revenait dans l'arène ; les Verts, trop mûrs ou trop roses, se mainenaient et la Gauche radicale, Die Linke, restait aussi incroyablement archaïque que son jumeau " Insoumis " français dont le chef, Jean-Luc Mélenchon, adepte d'un néomarxime de pacotille venait de prétendre que " les nazis avaient été chassés (de France) par la rue " ! Pour les Paneuropéen, l'Europe avait perdu des points dans cette élection qui allait rendre plus compliquées les tentatives de relance européenne par le couple Merkel/Macron. Telle était la première impression. Toutefois, la situation peut encore évoluer, surtout dans un système politique aussi complexe que l'est celui de la République fédérale d'Allemagne.

Après leur duel télévisé du 3 septembre 2017 au cours duquel le social-démocrate (SPD) Martin Schulz avait tiré ses dernières cartouches, il était clair que la chancelière chrétienne-démocrate (CDU) Angela Merkel avait la victoire assurée aux législatives du 24 septembre. Elle a remporté la mise aisément avec quelques 12 points d’avance (33% des suffrages) sur Schulz (20,5%). Mais avec une perte de 8 points par rapport à 2013, elle a fait un score très inférieur aux 40%, sinon aux 37-38% qu’elle escomptait, ou au pis aux 35% dont la créditaient les plus pessimistes de ses amis. Ce qu'elle a dit en campagne n'était pas bouleversant. Ses slogans du genre « restons dans une Allemagne où il fait bon vivre » n’ont pas engendré l’euphorie. Elle est toujours la bonne élève, rationnelle et réaliste, elle reste la chancelière qui incarne l'Allemagne, cela a suffit à la faire reconduire pour un 4ème mandat mais elle n'a plus le charme de la "gamine" qui enchantait aux cours des années Kohl d'après la réunification allemande. Son aura de "Mutti" a pâli et sa cote s'est émoussée.

Angela a gagné, mais en perdant 8,5 point s par rapport à 2013, elle a payé sa politique migratoire assez insensée de 2015.  par l'entrée au Bundestag du parti ultra-droite Alternative für Deutschland (AfD) qui a obtenu 12,6% des suffrages, bondissant de 7,9% d’un coup. Cela ne rendra pas la vie facile au gouvernement. Wolfgang Schäuble, ex-ministre des Finances et chancelier de l’ombre, qui va siéger désormais au « perchoir » du Bundestag, aura sans doute bien du mal à apaiser une arène parlementaire qui promet d’être houleuse. A quoi s’ajoute que la vie politique allemande devient « multipartis », avec le retour des Libéraux (FDP, 10,7 % des suffrages, soit une remontée de 5,9 %) et le maintien de la gauche radicale (9,2% des suffrages, en légère hausse de 0,6%) ainsi que des Écologistes (Verts, 8,9% qui s’améliorent eux aussi de 0,5%).

Certes, beaucoup d'Allemands n'auraient pas aimé que Martin Schulz incarne leur pays à l'étranger. Il n'a ni le glamour d'Emmanuel Macron ni le sérieux de Mme Merkel. Son collier de barbe et son air un peu hilare n’ont dit rien qui vaille à ses compatriotes. Concédons que sa position n'était pas facile. Ses camarades du SPD étaient associés depuis quatre ans à toutes les décisions de la CDU dans le gouvernement de grande coalition qui régnait à Berlin et la chancelière ne s'était pas fait faute de le rappeler. S’ajoutait que Schulz avait cherché une échappatoire en virant à gauche toute, vers une sorte de néomarxisme déguisé en « justice sociale » et en égalitarisme contraire aux principes de l’économie libérale. Or, la grande majorité des électeurs ne veulent pas d’une coalition de gauche SPD-Gauche Radicale-Verts, cette coalition rouge-rouge vif-verte que Schulz semblait incarner. En perdant 5,6 % par rapport à 2013), le SPD a obtenu son plus bas score historique depuis que la RFA existe. Les sociaux-démocrates ont décidé de ne plus participer au gouvernement pour tenter de se refaire une santé dans l’opposition.

C’est la première fois depuis les années 1950, qu’un parti de la droite nationaliste anti-européenne et anti-immigrationniste va siéger au parlement. Seulement, dès le lendemain des élections, le groupe AfD s’est scindé. Sa figure de proue et présidente, Frauke Petry, a démissionné du groupe. Avec son mari Markus Pretzel, député européen, elle va probablement créer son propre parti. Ils ont pour le moment un site « Les bleus » qui n’est pas sans rappeler le « bleu marine » français, mais leurs positions sont plus modérées que celles de leur alliée Marine Le Pen. Étant enceinte, Mme Petry, originaire de RDA, ingénieur chimiste et musicienne chevronnée, n’avait guère participé à la campagne électorale. Son 4ème enfant est né et elle l’a montré sur des affiches. Elle veut créer une CSU de droite, donc un parti coalisable, exempt de miasmes néonazis, tendance minoritaire mais forte dans l’AfD avec laquelle elle était déjà en conflit bien avant ces législatives. Pris de court par sa décision, ses camarades sont fortement affaiblis malgré leurs 83 députés. Les partisans de Frauke Petry se situeraient entre 30 à 40 députés, soit près de la moitié du groupe. Il lui faudrait 35 députés pour former un groupe parlementaire. Ayant été élue en tout cas au suffrage direct dans sa Saxe natale, elle sera sur les bancs du Bundestag.

La chancelière avait trois atouts : l'excellente santé économique de l'Allemagne, malgré quelques ombres sociales au tableau que l'on mentionne volontiers à gauche et en France ; l'avènement d'Emmanuel Macron qui lui enlève une épine du pied quant à la France ; et le ralliement quasi-inconditionnel à sa CDU du parti-frère bavarois la CSU de Horst Seehofer. Mme Merkel a montré d’ailleurs qu’elle s’est affaiblie en rejoignant deux semaines après le scrutin l’idée de Seehofer d’opter pour un plafonnement de l’immigration à 200 000 personnes par an. Elle a certes joué sur les mots, définissant ce chiffre comme un objectif et non pas un plafond, mais c’est du pareil au même. Voilà Angela repartie pour un quatrième mandat, seulement une quinzaine de jours après sa réélection, plus du tiers des citoyens étaient d’avis selon un sondage sérieux qu’elle devrait démissionner en cours de législature et passer la main à un successeur, femme ou homme. Ce ne sera certainement plus la ministre de la Défense sortante Ursula von der Leyen, un peu usée elle aussi par le pouvoir, mais les noms ne manquent pas, de la ministre-présidente de Sarre, Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU), à la Cheftaine de la CDU de Rhénanie Palatinat Julia Klöckner, en passant par le Rhénan-Westphalien Jens Spahn (CDU), qui fut en 2002 à 22 ans le plus jeune député du Bundestag jamais élu et qui officié=ait encore récemment comme secrétaire d’État parlementaire au ministère des Finances.

Toujours est-il que la formation du gouvernement exigera de longues négociations qui pourraient se prolonger jusqu’en janvier 2018. Elles avaient duré en 2013 jusqu’en décembre. L’arithmétique exigera que ce soit un gouvernement quadripartite CDU+CSU, Libéraux FDP et Écologistes Verts, donc une « coalition jamaïcaine », conforme aux couleurs du drapeau de cet État : noir, jaune et vert. Ce ne sera pas facile d’atteler les Libéraux au même joug que les Verts, surtout en matière économique, comme il est bien difficile d’associer Verts et Libéraux aux conservateurs bavarois de la CSU en matière d’éthique. Mais en Allemagne, on a avant tout le respect de l’intérêt général, deplus Mme Merkel a encore un petit bonus d'autorité pour tenir la barre et cela devrait finir par fonctionner. (Jean-Paul Picaper, ates67.fr, 10/102017)

Les vents se lèvent, il faut oser l’Europe

A Osijek en Croatie, nous sommes au coeur du Sud-Est de l’Europe. A vol d’oiseau, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et la Roumanie sont nos voisins les plus proches. C’est dire que nous sommes là où fut tant démantelée l’Europe, il y aura bientôt cent ans.

Depuis, que de bouleversements supplémentaires sont intervenus !

Une fois encore, rendons à Richard Coudenhove-Kalergi l’hommage qu’il mérite, car il fut, dès 1923, le pionnier de l’Europe à reconstituer pour la réunifier.

Mais la renaissance de l’Europe n’a pu vraiment commencer que le 19 août 1989 à  Sopron, car c’est ce jour là que l’Archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine avait organisé un piquenique qui fut le prétexte, pour des milliers d’estivants de l’Allemagne de l’Est de franchir le Rideau de Fer, grâce à la tacite complicité des gardes frontières Magyars. Deux mois plus tard, c’est à Berlin que le Mur symbolique et meurtrier s’effondra.

Ce furent les premiers pas vers la liberté, confisquée quarante ans plus tôt aux européens de l’est par les honteux Accords de Yalta.

Après le soulagement intervenu avec la fin du régime soviétique et l’intégration de la plupart des pays d’Europe Centrale et Orientale dans l’Union Européenne, certains européens ont pu  croire que le monde s’était apaisé.       

s mêmes se sont imaginés qu’il suffirait désormais de vivre, et si possible de prospérer, sous le parapluie protecteur américain pour en éloigner toutes les éventuelles menaces.

Il n’en est rien.

Les bouleversements du monde se sont accélérés. Ce qui était le paysage planétaire à la fin du XXe siècle s’est largement effacé. Si l’accélération des transformations technologiques a pu entraîner des modifications considérables dans les relations humaines et les échanges économiques, elles ont aussi contribué aux changements intervenus dans les relations internationales, qu’elles soient de nature pacifique ou potentiellement conflictuelles.

Néanmoins, l’homme, où qu’il soit, reste le même, avec les mêmes désirs et les mêmes pulsions. C’est dire que rien ne nous garantit que le XXIe siècle sera plus paisible et plus harmonieux que les siècles précédents. Car, seules les données démographiques, économiques et politiques, et les moyens qui s’y ajoutent, ont profondément changé.

Le mouvement du monde, des deux rives de l’Atlantique nord où il s’était installé depuis des siècles, s’est déplacé vers l’Asie où trois puissances démographiques, économiques et politiques s’affirment, avec bien d’autres,  en donnant une importance croissante à l’ensemble des pays riverains du Pacifique, de la mer de Chine et de l’océan Indien.

A son tour, l’Afrique s’éveille et marquera le siècle de sa future empreinte pour devenir une nouvelle puissance, avec laquelle le monde devra compter.

C’est dire que l’Europe, qui a dominé la scène planétaire jusqu’aux deux conflits mondiaux et  l’émergence des Etats-Unis et de l’URSS, tout en restant encore la première puissance commerciale, devrait s’interroger sur son avenir et sur son influence dans les prochaines décennies.

De toute façon, sa démographie déclinante et sa population vieillissante ne manqueront pas d’en réduire les ambitions et les moyens.

Dans un sursaut tardif, mais lucide, l’Europe a fini par comprendre qu’elle n’avait pas d’autre choix que de s’unir pour conforter la paix, pour assurer sa prospérité recouvrée, pour se dresser face aux menaces soviétiques et, depuis leur effacement, pour y accueillir les pays qui en avaient été écartés.

A l’exception de quelques rares pays qui n’en sont pas membres, c’est l’Union Européenne qui les a réunis. Pourtant, après le départ annoncé du Royaume Uni et du fait de la remontée des nationalismes, cette union reste fragile au plan politique, d’autant qu’elle reste incapable d’en assurer la sécurité.  Et cette fragilité n’est pas de bonne augure au moment où, année après année, de nouveaux périls la menacent.

Le pire de ceux-là serait son propre éclatement par la multiplication de «  Brexit « mettant fin à l’Union. Et l’on voit bien, après les élections législatives allemandes, que même ce pays, oh combien vacciné du nationalisme destructeur, pourrait y reprendre goût.

Les tentatives de dislocation, comme celle de la Catalogne à l’égard de l’Espagne, ne peuvent qu’ajouter à l’affaiblissement de l’Union Européenne. 

Quant aux autres périls, de nature extérieure ceux-là, ils n’ont pas cessé de s’amplifier. 

Malgré son voisinage immédiat, l’Europe est absente, pour l’essentiel, des acteurs sur la scène Proche et Moyen Orientale, ayant laissé s’y jouer les influences et interventions externes et concurrentielles entre Américains et Russes. Mais, au lieu d’avoir réussi à apaiser cette région aux nombreux intérêts stratégiques, les deux grandes puissances y ont attisé les conflits.

Point de départ de leurs rivalités dans cette région, le conflit en Afghanistan a étendu ses métastases du Pakistan aux rives Africaines de l’Atlantique. Pôle attractif en proximité, l’Europe en est devenue une victime expiatoire. Elle se voit ainsi offerte au terrorisme islamiste qui découle directement de ces rivalités non maîtrisées et de ses propres complaisances, bien souvent contradictoires.

Qu’avait-elle besoin de s’engouffrer derrière les Etats-Unis dans des différends qui ne la concernaient pas directement ?

Le déferlement de réfugiés, contraints à fuir en raison des conflits qui se succèdent et à   demander l’asile, s’est naturellement orienté vers l’Europe.  Et ce n’est qu’un début, comme l’afflux permanent d’Africains sur les côtes Méditerranéennes, à la recherche des moyens de vivre.

C’est maintenant la Turquie, autrefois un des piliers méditerranéens de l’Alliance Atlantique, de surcroît exemplaire dans la pratique d’un Islam moderne, qui suscite réserve et méfiance. A son tour elle dérive vers l’autocratie et s’installe dans la pratique d’un Islam réactionnaire.

Qu’en sera-t-il aussi du conflit Israélo-Palestinien qui se traîne en longueur et qui aurait du et pu être réglé en suivant les justes recommandations du Général de Gaulle, il y a cinquante ans ?

La période de flottement  et d’affaissement économique et politique ayant suivi la fin du régime soviétique s’étant terminée avec sa reprise en main par un pouvoir autocratique, la Russie a renoué avec son goût pour l’expansionnisme. Son interventionisme, au mépris des règles internationales, en Moldavie, en Géorgie et en Ukraine, puis en Syrie, en ont fait l’évidente démonstration. Ne peut-on craindre à l’égard des pays Baltes, membres de l’Union Européenne, que s’y manifeste la nostalgie stalinienne du nouveau Tsar Poutine ?

Si les démonstrations militaires de la Corée du Nord ne paraissent menaçantes à court terme  que pour la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis et préoccupantes pour tous ses autres voisins, y compris la Chine et la Russie, il n’en demeure pas moins qu’une guerre dans cette région, qui pourrait être nucléaire, aurait des répercutions mondiale.

Désormais, c’est la Chine, qui redécouvre les moyens de sa lointaine puissance et rien ne nous garantit qu’elle ne soit elle-même entraînée un jour dans un conflit. Même s’il n’intervenait que dans sa proximité géographique, la dimension planétaire prise désormais par l’ancien Empire du Milieu concernerait l’Europe et les européens.

Quant à l’hyper puissance américaine, qui domina la scène mondiale dans la deuxième moitié du siècle précédent, et surtout dans sa dernière décennie, elle ne garde de ce prestigieux passé, que la suprématie militaire, et pour quelque temps encore, la première place en richesse économique et la prééminence technologique. Et c’est déjà beaucoup, même si le comportement imprévisible de son nouveau Président pourrait la fragiliser.

Bien que les armes classiques restent encore privilégiées dans les conflits qui continuent de surgir dans le monde, la cyberguerre va monter en capacité et transformer les possibilités d’attaques, y compris en faveur des « Davids « lorsqu’ils sont opposés aux « Goliaths « .

Dans cette nouvelle répartition des forces mondiales, les européens vont-ils s’abandonner à un déclin qu’ils jugeraient inéluctables et perdre toute chance de maîtriser leur destin ? Ou vont-ils tenter de prendre en main l’assurance de leur propre avenir ? Et si c’est leur choix peuvent-ils s’en donner les moyens ?

Ce choix politique et les moyens militaires à consacrer à cette Défense sont et seront l’objet de débats difficiles entre eux. En effet, nombre de pays de l’Union Européenne, malgré le départ annoncé des Britanniques inconditionnels de l’OTAN, croient encore que leur salut est définitivement lié à leur appartenance à cette organisation.

Il est vrai que cette confiance aveugle se situe pour beaucoup d’entre eux, non seulement dans la continuité d’un confort supposé dans le soutien obligé d’un tiers auquel ils sont liés, mais aussi dans l’économie qu’ils font de leur propre effort budgétaire.

Mais qu’est-ce que l’OTAN, si ce n’est aujourd’hui le maintien de l’influence américaine sur ses partenaires ? Alors, est-il raisonnable pour ses membres de lui confier la garantie de leur survie ?

Il y a trois autres aspects qu’il nous faut aborder qui ne seront pas moins complexes à faire  évoluer.

Tout d’abord, une politique commune européenne de Défense n’est envisageable que si elle est placée sous la responsabilité directe d’une autorité politique démocratiquement légitime. Et telle n’est pas le cas de la Commission Européenne, même si elle était réduite à une quinzaine de membres.

Ensuite, il y a la question institutionnelle de l’Union qui en découle. Quelle devrait être sa nouvelle configuration, gouvernementale et parlementaire ?

Enfin, comment faire converger les pays européens, actuellement divergents dans la politique extérieure de l’Union ? Ce qui est le fruit normal de leur histoire, de leur géographie, de leur culture et de leur intérêts économiques et sociaux. Pourtant, il est indispensable de parvenir à une vision géopolitique partagée, si l’on veut que les vingt sept Etats membres soient en accord et solidaires pour assurer leur défense collective, au sein de leurs frontières extérieures, comme au-delà.

 Il est d’autant plus essentiel que l’acte de Défense soit le fait d’un même engagement car il met en cause la vie et la mort des hommes.

 C’est donc à ce travail prioritaire de compréhension mutuelle dans l’élaboration d’une politique commune, par une prise en compte de la diversité des approches, que l’Union Européenne pourra réussir à se protéger et intervenir, s’il le fallait,  dans un monde de plus en plus menaçant. (Alain Terrenoire, Président de l’Union Paneuropéenne Internationale. 22/10.2017 à Osijek, Croatie)

De la nécessité de la création d’un impôt européen

Jean-Yves Cousin

Les grandes lignes des mécanismes budgétaires de l’UE ont été définies par le traité de Rome.
Ces lignes ont été remaniées à l’occasion de l’élargissement des pouvoirs du Parlement.
Depuis 1988, le budget de l’Union est établi en fonction d’un cadre financier pluriannuel .
En 2011, le budget de l’UE était de 142 milliards.

La procédure de mise en place du budget est définies par le traité de Rome :
- chacune des Institutions Européennes doit établir un état prévisionnel de ses dépenses.
- la Commission Européenne élabore alors, un avant projet  avec une prévision de recettes et une prévision de dépenses.
- le Conseil de l’Union est alors saisi par la Commission Européenne
- le Conseil de l’Union transmet son projet de budget au Parlement Européen
- le Parlement Européen peut modifier la répartition de certaines dépenses et si le Parlement approuve la position du Conseil, le budget est adopté.

Ce sont donc les Etats membres qui mettent des ressources à la disposition de l’UE, sans d’ailleurs pouvoir s’y opposer.
Ces ressources sont de trois catégories.
Elles sont principalement alimentées par des ressources propres qui sont constituées par la ressource du Revenu National Brut, la ressource de la TVA et des ressources traditionnelles.
La ressource du Revenu National Brut correspond à un prélèvement sur le Revenu National Brut de chaque Etat membre. Cette ressource est la principale source de revenu de l’UE ( près de 70%).
Pour la TVA, il s’agit d’une contribution de 0,3% sur une base harmonisée entre les pays de l’UE. Après avoir été la principale contribution, elle ne représente plus qu’environ 12% des ressources propres .
Enfin les ressources traditionnelles, sont principalement des droits de douanes perçus sur les importations de produits en provenance de pays extérieurs à l’UE. Il y a d’autre part quelques prélèvements agricoles perçus sur des importations agricoles de produits couverts par la politique agricole commune. Ces prélèvements doivent compenser la différence entre les cours mondiaux et les prix plus élevés de l’Union. La part de cette ressource  reste cependant marginale.
La seconde catégorie de ressource ne représente qu’une très faible part du budget, puisqu’il s’agit de quelques recettes comme la contribution de pays tiers à certains programmes européens, d’amendes infligées à des entreprises qui enfreignent les règles de la concurrence, de contributions de certains Etats membres qui financent hors budget, des dépenses d’un autre type comme le fonds européen de développement.
La troisième catégorie est l’emprunt qui est analysé comme une ressource, même si l’emprunt est hors budget, puisque seules les ressources propres doivent garantir l’équilibre du budget de l’UE.

Il apparaît donc qu’il n’existe toujours pas d’impôt européen pour financer l’UE, mais uniquement des contributions des Etats membres.
L’UE apparaît donc comme un nain démocratique, car les grandes démocraties ont dans leur constitution le consentement à l’impôt.
Or si le consentement à l’impôt est un élément essentiel du « vivre ensemble », il ne peut fonctionner que s’il évolue conjointement avec notre société.
En effet, le monde a changé et l’impôt d’hier et d’aujourd'hui ne correspondent plus à la réalité du monde globalisé dans lequel nous vivons.
Historiquement l’impôt est apparu en Europe avec la circulation monétaire après l’an mille.  
Sous l’ancien régime, l’impôt constitué par exemple par la gabelle. Il était assis sur un élément physique identifiable. Il correspondait donc à son époque.
Au début du 20è siècle, la réforme Caillaux, en introduisant l’impôt sur le Revenu , crée un impôt sur le stock de monnaie détenu par une personne physique. Il s’agit alors, d’une idée innovante en accord avec un monde où une nouvelle population s’est enrichie avec l’essor de la production.
Après les années 50, ce sont alors les 30 glorieuses et le développement d’un nouveau comportement qui est celui de la consommation.
Les Français créent un nouvel impôt: la TVA. Il est adopté par un très grand nombre de pays dans le monde.

Depuis les 30 glorieuses, le monde a changé considérablement.
Nous sommes dans un monde de flux.
La nouvelle révolution est la révolution des flux. Avec la mondialisation des échanges, l’accélération du temps, l’explosion d’internet, de Facebook, twitter, des courriels…des flux se créent par milliards et avec ces flux se créent parallèlement des flux financiers considérables et totalement nouveaux.
Il y a donc actuellement des milliards d’euros qui circulent librement sans intervention des Etats. ( sauf à de rares exceptions).
On peut ajouter qu’en Frances, si l’essentiel des transactions économiques sont assujetties à la TVA, ce qui est du domaine financier reste par contre, en dehors globalement de ces mécanismes.
D’autre part, le trading à très haute fréquence ne crée pas de valeur ajoutée et génère des profits importants.

La proposition est donc de mettre en place une  taxe sur les transactions financières.
Outre qu’elle serait en accord avec le monde de flux dans lequel nous vivons, elle est techniquement simple à mette en oeuvre puisqu’elle est d’une exigibilité immédiate et d’un recouvrement également immédiat.
La proposition est de taxer les actions et obligations à un taux de 0,1% et de taxer ce que l’on appelle les dérivé à 0,1%.
Le rendement pour les seuls dérivés de 37 milliards.
La Commission Européenne, favorable à cette idée, a chiffré à 57 milliards le produit d’une telle taxe.
Aucun Etat développé ne peut se passer  d’une telle recette pour un coût macro économique marginal.
S’agissant du champ territorial de l’impôt, la question doit être posée pour savoir si la taxe sur les transactions financières doit être appliquée à l’ensemble des pays de l’Union ou à la seule zone euro ou à un groupe pionnier.
La meilleure réponse est probablement dans la zone euro ou un groupe pionnier.

On voit que le financement actuel de l’UE porte en lui même, ses limites. Il correspond à une époque maintenant révolue et il convient d’avoir une fiscalité en accord avec le monde dans lequel nous sommes, c’est à dire un monde dominé par les flux et en particulier les flux financiers.
En mettant en place la taxe sur les transactions financière, l’UE pourrait impulser un nouvel élan Européen.
Cet impôt comporte plusieurs intérêts:
- une partie de la taxe pourrait être affectée en réduction de la contribution des Etats membres
- la taxe sur les transactions financière peut donner des perspectives d’actions de relance aux niveau européen en offrant à l’Europe une capacité d’action pour soutenir la croissance par l’investissement.
- elle peut permettre d’accroitre les solidarités entre pays de l’UE.
- elle renforce le sentiment d’appartenance à l’UE
- elle envoie enfin  un message au monde, montrant que l’UE est capable d’innovation en adaptant une nouvelle fiscalité en totale adéquation avec le monde de flux dans lequel nous sommes entrés avec la globalisation. (Jean-Yves Cousin, Vice Président de Paneurope France, Ancien Député Maire, Ancien Commissaire aux Finances)

Terrorisme : Emmanuel Macron n'a pas peur des adjectifs

Devant près de 170 ambassadeurs réunis à l’Elysée le 29 août dernier, le président de la République Emmanuel Macron a fait de la lutte contre le « terrorisme islamiste » la priorité de sa politique étrangère. Appelant ainsi un chat un chat, il a pris ses distances par rapport à ses prédécesseurs qui n’osaient guère accoler l’adjectif au substantif en la matière. « Oui, a-t-il- précisé, j’assume parfaitement l’emploi de cet adjectif… Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d’un certain islam. L’angélisme n’est pas de mise à cet égard ».

Parce que la sécurité des Français est « la raison d’être de la diplomatie française », la France s’est engagée militairement dans la lutte contre les groupes djihadistes dans la bande sahélo-saharienne, en Libye et au Levant, dans les guerres de Syrie et d’Irak, a-t-il encore donné à entendre. Evidemmement le président sera attendu ces prochains mois sur les dossiers syrien et libyen. Le second est lié au terrorisme, mais aussi à la crise des migrants qui franchissent la Méditerranée dans des conditions qui ne peuvent plus être tolérées. Il a également annulé les réticences de Paris contre Bachar el-Assad, spécifiant que « Daech est notre ennemi ». « Le retour de la paix et de la stabilisation en Irak et en Syrie sont une priorité vitale pour la France. Nous devons gagner la paix et changer de méthode ». Il veut dans ce cadre réunir un groupe de contact sur la Syrie en marge de l’AG des Nations-Unies à New York. Comme on le sait, la France a regroupé ses services anti-terroristes et conçu une sorte de « task-force » pour lutter à l’intérieur du pays et en l’Europe en coordination avec les services alliés contre les meurtres en chaîne de citoyens innocents par les islamistes.

Cette allocution du président s’est déroulée sur la toile de fond de meurtres collectifs à répétition commis au nom de l’islam dans toute l’Europe. Notamment celui de Barcelone en août 2017 qui s’est soldé par 16 morts et une centaine de blessés et celui de Cambrils, toujours en Catalogne, le lendemain, qui a blessé six civils et un policier.Il y avait eu l’attentat au camion sur le Marché de Noël de Berlin en 2016 qui avait causé la mort de 12 personnes et en a blessé 48 autres. Et cela, six mois seulement après celui de Nice exécuté également avec un camion, le 14 juillet 2016, qui avait ôté la vie à 86 personnes et en avait blessé des centaines d’autres.

Entre-temps d’autres attentats comparables avaient eu lieu en Grande-Bretagne : le 22 mai 2017, un jeune Britannique d'origine libyenne s’était fait exploser avec une puissante bombe à la sortie d'un concert de la chanteuse américaine Ariana Grande à la Manchester Arena, tuant 22 personnes et en blessant 116 autres. Peu avant, le 22 mars, un citoyen britannique converti à l’islam avait foncé dans la foule avec son véhicule sur le pont de Westminster à Londres, faisant cinq morts.

Ainsi, la liste des victimes de meurtres collectifs s’allonge-t-elle après le sinistre 11 mars 2004, en gare d'Atocha à Madrid quand sept bombes explosèrent à l’heure de pointe dans plusieurs trains et trois autres dans des gares de banlieue causant 191 morts et faisant 1 500 blessés ;  après le terrible attentat de Londres du 7 juillet 2005 quand quatre attentats suicide coordonnés à l’heure de pointe dans trois rames de métro et un autobus londoniens firent 56 morts, dont les quatre kamikazes, et 700 blessés ; après enfin le 14 juillet 2016 à Nice quand un tunisien domicilié dans cette ville de France fonça dans la foule causant la mort de 86 personnes et faisant 458 blessés.

Tous ces attentats ont été revendiqués par l’État islamique Daech. Or, son éradication par les forces alliées et les combattants kurdes en Syrie ne semble pas avoir amoindri le danger, bien au contraire peut-être. L’Europe va devoir améliorer sa protection et prendre des mesures plus draconiennes et plus coordonnées. Mais tous les citoyens, y compris les musulmans jusqu'ici restés attentistes, doivent réfléchir à combattre le mal par une révolution mentale contre la doctrine qui est à l’origine des attentats, car ce n’est pas seulement par la guerre qu’on vaincra la guerre. (reportage ates67.fr, septembre 2017)

Des femmes musulmanes revendiquent leurs droits

De plus en plus nombreuses sont les femmes qui entrent en rébellion dans des pays musulmans contre les contraintes vestimentaires et autres qui leurs sont imposées, non pas par le Coran qui ne dit à peu près rien à ce sujet, mais par des régimes machistes. Pas à pas, certains gouvernements arabes plus tolérants suivent ces revendications et modernisent leurs sociétés. Ainsi, à l’occasion de la fête de la femme, le jeudi 13 août 2015, au Palais du Carthage, Béji Caïd Essebsi, président de la République tunisienne, a-t-il annoncé que le voile sera désormais interdit aux fillettes âgées de 4 ans et à celles qui sont encore dans des écoles primaires. Car, selon lui, ce genre de pratique est contre les règles du code du statut personnel et contre les droits des enfants. Il a, dans ce contexte, appelé les responsables à appliquer la loi. Ce n'est qu'un  tout petit pas, mais très important.

Il y a donc pour les femmes des raisons d’espérer. En Europe aussi, les villageoises ont porté jadis un foulard sur la tête, à défaut de chapeau, et dans nos églises, il n'y a pas si longtemps, les femmes allaient à la messe la tête enveloppée d’un foulard. Ces coutumes qui accentuaient les différences femmes-hommes se sont perdues. Naturellement, il n'est pas question de supprimer cette différence, surtout pas celle qui met en valeur la beauté des femmes, mais seulement celles qui les mettent en infériorité. C'est ce que font des femmes algériennes et turques selon un l’article suivant que nous avons recopié dans le journal féminin et féministe « ELLE » (signé C.R., 11 août 2017) :

« Début juillet, à l’heure où certains municipalités françaises dégainaient des arrêtés contre le port du burkini sur leurs plages, de l’autre côté de la Méditerranée, un collectif de femmes algériennes revendiquait fièrement le droit de se baigner en Bikini. Lancé sur Facebook par une jeune femme de 27 ans originaire d’Annaba, près de la frontière avec la Tunisie, leur appel à un bain de mer groupé constituait un défi porté aux hommes, dont les regards appuyés et les commentaires insultants décourageaient jusqu’alors les baigneuses de se dévêtir. « Le but n’est pas de faire du bruit et encore moins de faire le buzz, mais de changer la société en profondeur et en douceur », a déclaré la jeune femme à un journal local, réfutant toute forme de provocation.

Visiblement, l’initiative a fait des émules : alors qu’il comptait une cinquantaine de membres le mois dernier, le groupe rassemble aujourd’hui 3600 femmes, qui organisent semaine après semaine de grandes baignades collectives. Une façon de rappeler que le corps des Algériennes leur appartient et qu’aucune loi ne les empêche jusqu’ici de profiter, en deux pièces, du soleil estival. Même révolte des femmes turques  contre les diktats conservateurs. Unies autour du hashtag =dontmesswithmyoutfit (« Lâche-moi avec ma tenue »), elles étaient des milliers à défiler le 29 juillet dans les rues d’Istanbul  en reprenant en chœur le slogan : « Ne vous mêlez ni de mon foulard ni de mon short ni de mes tenues », pour réclamer le droit de porter ce qu’elles veulent, sans craindre  d’être agressées ». 

On peut rapprocher leurs actions, parmi beaucoup d'autres, de celle de la Saoudienne Manal al-Sharif, née en 1979, qui avait osé enfreindre dans son pays l'interdiction faite aux femmes de prendre le volant. Certes, aucune loin n'interdit aux femmes de conduire une automobile, mais celles qui le font, sont mises en prison. Il y a six ans, Manal s'était faite filmer au volant d'une voiture par une amie et elle avait publié son action par vidéo sur Internet. Trois jours après son trajet en voiture, des policiers débarquaient chez elle et la jetaient en prison. Une protestation mondiale d'organisations des droits de l'homme obtint rapidement sa remise en liberté. Elle vit aujourd'hui en Australie et milite pour les droits des femmes dans le monde islamique. Elle a rassemblé ses souvenirs et ses revendications dans un livre intitulé "Démarrage" ("Losfahren"), paru tout récemment en allemand. (ates67.fr, août-septembre 2017 ; voir aussi http://www.atlasinfo.fr/Tunisie-Le-port-du-voile-desormais-interdit-dans-les-ecoles-primaires-Beji-Caid-Essebsi_a64259.html#G2HTMxdOZr9Qusyv.99. ; ainsi que dans la "Süddeutsche Zeitung" du 28 août 2017, p. 10, l'article de Thorsten Schmitz "Im Königreich der Männer").

Le Brexit : un nouveau départ pour l’Union Européenne

Theresa May qui rappelle par son style et son apparence l'icone Margaret Thatcher, n’a pas le format de la défunte Premier ministre. Elle aurait dû regarder un peu par-dessus la Manche avant de convoquer ses compatriotes à des élections vraiment superflues. Presque tous ceux qui se sont essayés à organiser des élections anticipées, se sont ramassé une veste. Que ce fût Chirac en 1997, Schröder en 2005, pour ne pas parler des référendums inutiles comme celui de De Gaulle en 1969, celui de 2005 en France et en Hollande sur la constitution européenne et encore celui de 2016 en Grande-Bretagne sur l’appartenance à l’Union européenne qui a contre toute attente mal tourné. La locataire du 10 Downing Street a mené une campagne absolument nulle avec des formules vides de sens du genre « Brexit means Brexit » et « No deal is better than a bad deal ». Elle a à moitié perdu ou à demi-gagné, disons plutôt nettement perdu. Elle doit maintenant recoller les pots cassés, ce qui a fait écrire à l’excellente correspondante du journal « Die Welt » à Londres, Eva Ladipo, que, « pendant la campagne électorale déjà, on a percé à jour le bluff de Theresa May en pensant : « elle ne sait pas ce qu’elle fait"; et cette révélation libératrice ne pourra plus être changée ». Eh bien, tant pis pour les Britanniques qui vont de Charybde en Scylla ! Heureusement pour les Européens, ils maintiendront leur Brexit. Grand bien leur nous fasse et tant mieux pour nous! Voir ci-après l’article de Martin Posselt :

Un vent nouveau souffle sur l’Europe. Combien de fois a-t-on déploré que l’Europe ne soit plus perçue que comme un monstre de bureaucratie, un projet élitiste ou, au mieux, une option raisonnable ! Cette époque est révolue.

Nous vivons une révolte de la majorité jusqu’ici silencieuse contre les attaques identitaires de type national-populiste envers notre système libéral. Cette majorité centriste se groupe autour d’un drapeau, le drapeau à douze étoiles sur fond bleu. L‘Europe devient le symbole de ses valeurs communes.

La sortie de la Grande-Bretagne a réduit l’Europe politique, mais lui a conféré en revanche une identité mieux définie. Tout comme les Américains qui se retrouvent par leur croyance optimiste dans le progrès, l’esprit de l’Europe vit de la réflexion critique sur sa propre histoire : c’est ici que sont nés l’Etat moderne et l’idée de nation, balayés au 19ème siècle par Napoléon et au 20ème par Hitler. Fascisme, national-socialisme et communisme ont vu le jour en Europe, menacé et asservi ses populations. Durant la guerre froide, le continent fut divisé entre les superpuissances.

C’est dans cette Europe que s’est produit le miracle de la révolution pacifique de 1989. L’élargissement à l’Est et la transformation sociétale qui s’est ensuivie constituent un exploit historique. Comme tout bouleversement fondamental, il a d’abord suscité une crise et dans un réflexe de défense insulaire contre la liberté de circulation en Europe, la sortie de la Grande-Bretagne.

Le moment est venu de préciser les coordonnées géopolitiques de l’Europe unie. L’Union européenne doit formuler pour ses voisins instables du sud comme de l’est une politique de sécurité, de stabilité et de paix. Entraînée par un axe franco-allemand dynamique, cette nouvelle Europe sûre d’elle-même doit recouvrer sa capacité d’action - et agir avec détermination. Brexit means clarté. Brexit means Neustart.

    Martin Posselt, chargé des médias, Munich, lettre européenne de la se-ck  –  société européenne coudenhove-kalergi, 7.06.2017

Une déclaration d’Angela Merkel qui change l'Histoire

Le 28 mai 2017, au lendemain d’un sommet de l’Otan et d’un G7 houleux avec le président américain, Angela Merkel a pris la parole sous une tente à Munich-Trudering comme on en dresse en Bavière, en présence du ministre-président bavarois Horst Seehofer. La chancelière allemande a déclaré devant 2 500 militants de son parti, la CDU, et du parti de son partenaire, la CSU :

« Les temps sont nettement révolus où nous pouvions nous reposer entièrement sur d’autres, a dit la chancelière allemande. J’ai vécu cela ces derniers jours et c’est pourquoi je puis dire que nous autres, Européens, nous devons prendre notre destin dans nos mains à nous. Naturellement en restant amis avec l’Amérique, amis avec la Grande-Bretagne, bons voisins, là où c’est possible, aussi avec la Russie et d’autres pays, mais nous devons savoir que nous devons lutter nous-mêmes pour notre avenir et notre destin en tant qu’Européens ».

Mme Merkel qui a de grandes chances d'être réélue à son poste le 24 septembre prochain, ajouta que les relations de l’Allemagne avec la France de Macron avaient dans ce contexte une importance particulière. Elle a dressé ainsi le bilan de ses démêlés des jours précédents avec Donald Trump. En même temps, elle ouvrait sa campagne électorale pour les législatives allemandes avec son allié bavarois qui s'est rangé entièrement à ses côtés.

La portée de cette déclaration est considérable. Elle marque la fin d’une ère, celle de l’après-guerre quand, de 1948 à 1990 avec des prolongements jusqu’à aujourd’hui, l’Allemagne fut sous la protection du parapluie américain. Malgré la déception qu’il a infligée aux Allemands en particulier et aux Européens en général à ce sommet de l’Otan à Bruxelles le 25 mai 2017 puis au G7 en Sicile les 26 et 27 mai, en leur reprochant comme aux autres Européens de ne pas assumer leur part de partage des charges, de « burden-sharing », dans l’Otan, et, subsidiairement en sortant de l’accord de Paris de protection du climat, comme on l'a appris une semaine plus tard, le nouveau président américain a rendu un grand service aux Européens.

Il leur a fait comprendre ce que les Britanniques refusaient et que les Allemands hésitaient à admettre, à savoir qu’ils doivent se charger eux-mêmes de leur propre défense sans compter nécessairement sur les Etats-Unis. Ces dernières années, nos alliés allemands se sont reposés essentiellement sur la France et subsidiairement sur la Grande-Bretagne et les USA pour assurer des opérations militaires. Dans les autres domaines aussi, économie et commerce, politique et social, les Européens doivent désormais serrer les rangs et se débrouiller seuls, en toute indépendance. C’est l’objectif de Paneurope France depuis une cinquantaine d’années. Il nous faut à présent réaliser une Europe indépendante, souveraine et forte si nous voulons survivre en tant que région du monde. Nous n’avons plus le choix. (01.06.2017 - Comité Français de l'Union Paneuropéenne. Paris/Strasbourg)

La transition énergétique en Allemagne va à l'impasse

Pas de vent, pas de soleil, pas d’électricité...Les Allemands semblent redécouvrir cette évidence dans la douleur.

L’Agence Internationale des Énergies Renouvelables (IRENA) affiche pour 2016 des parts respectives de l’électricité éolienne et solaire dans la production totale d’électricité du monde entier de 4,15% et 1,2%. Le fait que 13% des puissances électriques affichées ne produisent que 5,35% de l’électricité tient bien sûr au caractère intermittent (et souvent aléatoire) des énergies renouvelables.

L’étude de la situation en Allemagne, parfois présentée comme un modèle de vertu écologique, avec 20,1% de part d’électricité solaire et éolienne (contre 5,5% en France) est instructive. Les gigantesques investissements réalisés auraient dû conduire à une baisse de ses émissions globales de gaz à effet de serre (c’était l’objectif recherché et affiché). Or, celles relevant de l’énergie (pas seulement de l’électricité) ont au contraire augmenté de 0,7% de 2014 à 2015, et de 0,9% de 2015 à 2016 ! L’objectif affiché de 18% d’énergies renouvelables en 2020 ne sera pas tenu (il n’est passé de 14,5% en 2015 qu’à 14,6% en 2016 !). Et l’Allemagne triche dans ses statistiques quand elle se réfère à l’année 1990, date à laquelle elle a hérité en ex-RDA d’usines du monde soviétique, au rendement déplorable, qu’elle a fermées l’année suivante.

  1. Ironiquement, les centrales à charbon émettent aussi plus de radioactivité que les centrales nucléaires !
  2. Voir notamment www.sauvonsleclimat.org/fr/base-documentaire/electricite-renouvelable-intermittente-europe (vaste étude de Bernard Durand)
  3. Il existe cependant une Association des Écologistes Pour le Nucléaire (AEPN) qui a de nombreuses sœurs à l’étranger…

L’ institut économique de Düsseldorf (Institute for Compétition Economiques, DICE) estime le coût du développement de l’Energiewende (transition énergétique) jusqu’en 2025 à 520 milliards d’euros. Le ministre allemand de l’Énergie a même évoqué 1000 milliards d’euros ! Le prix de vente de l’électricité au citoyen allemand est environ le double de celui d’EDF. De plus, c’est au charbon, et notamment à sa variante la plus polluante le lignite, que nos voisins font essentiellement appel, sans égard pour les risques sanitaires découlant de leurs émissions de particules fines1 !

Les grandes compagnies d’électricité en Europe sont en difficulté car elles sont concurrencées par une électricité subventionnée par les États (quand il y a du vent ou du soleil), avec priorité d’accès au réseau. Les grands réseaux de distribution de l’Europe sont déstabilisés par un marché de plus en plus fluctuant, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, au gré des vents et de la couverture nuageuse, avec parfois des prix qui atteignent des valeurs… négatives pour écouler les « surplus » (un consommateur est payé pour « consommer » ).

Transition énergétique : « l’écologie » a bon dos

Chacun peut s’estimer « écologiste » s’il aime la nature, les petits oiseaux, et s’il veut diminuer les pollutions pour protéger sa santé. Mais transformer l’écologie en une religion avec ses obligations et ses interdits est dangereux. Pour nombre de ses idolâtres, être écologiste, c’est avant tout être antinucléaire3. C’est même l’élément fédérateur, la « colonne vertébrale » de l’écologie politique.

Or, toutes les statistiques montrent que, avec 75% de sa production d’électricité d’origine nucléaire, la France est exemplaire en Europe en matière de rejets de CO2 et d’émissions de particules toxiques ! Il y a donc écologie et « écologisme ».

Le gouvernement allemand, soucieux de la prospérité de ses entreprises, a manœuvré pour favoriser l’exportations d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques en laissant croire que cela créerait des emplois locaux. C’est un échec total. Les panneaux solaires sont dorénavant fabriqués en Chine, et les constructeurs d’éoliennes font faillite les uns après les autres.

La Chine a signé l’accord de Paris sur le climat en partie parce qu’elle développe aussi un vaste programme de développement de centrales nucléaires (une vingtaine de réacteurs y sont en cours de construction) qui remplaceront ses installations au charbon. Avec la Russie, elle sera le grand exportateur nucléaire de demain.

La Grande-Bretagne compte réduire les énergies fossiles et s’appuyer sur le développement du nucléaire : il y est actuellement prévue la construction de 10 réacteurs EPR.

Intérêt général ou intérêts particuliers ?

L’administration européenne, acquise à la nouvelle doxa, pense peut-être de bonne foi (?) que l’intérêt général est d’accepter l’implantation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Une propagande efficace irrigue dans ce sens les sphères politiques et médiatiques.

En France, seul le milieu scientifique résiste (les Académie des Sciences, de Technologie, de Médecine, certains climatologues), mais ses avis (jugés non crédibles ?) paraissent superbement ignorés.

Inconsciemment (?), les grands médias, par ailleurs si prompts à dénoncer les conflits d’intérêt, favorisent des investisseurs privés aux somptueux revenus garantis par l’État. Des fortunes s’édifient sur le dos des contribuables !

EDF lui-même, mis au pas, déclare ouvertement que les énergies renouvelables et nucléaires sont complémentaires… C’est vrai uniquement pour l’hydraulique.

Mais comment une énergie aléatoire peut-elle être complémentaire d’une source d’énergie dont le coût provient principalement de l’investissement initial et non de son fonctionnement ? En clair, plus le nucléaire produit, moins il est cher car le combustible ne coûte presque rien dans la production.

Une transition énergétique avec des hausses de tarif à prévoir

En dépit des faits, les hausses prévisibles du prix de l’électricité sont d’avance imputées à l’énergie nucléaire, alors qu’elles proviennent principalement du développement des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Tout le système européen de production d’électricité est à réviser, car gangrené par les énergies renouvelables, mais il ne faut pas le dire !

Heureusement, des voix compétentes commencent à émerger de la propagande médiatique bien orchestrée à la fois par l’administration allemande et par les « écologistes » en France.

Puissent-elles être entendues !

La transition énergétique en Allemagne est un monumental échec et, de plus, une menace pour le réseau électrique européen. Mais quel responsable politique le reconnaîtra ? Et qui osera le dire publiquement ? (Par Michel Gay et Bernard Lerouge. Août 2017)

La victoire d’Emmanuel Macron a restauré l’image de la France

"Merci la France !". Ces mots sur de nombreux sites web européens en disent long. La grande victoire d'Emmanuel Macron (66,1% des suffrages, 20 753 797 électeurs) et la sévère défaite de Marine Le Pen (33,9 %, 10 644 118 électeurs) ont montré que la crise n'a pas fait pencher les Français vers une solution néo-fasciste avec ses corollaires, le repli nationaliste sur soi, le protectionnisme, l'exclusion et l'autarcie. Comme les Autrichiens, comme les Hollandais, comme sans doute les Allemands le 24 septembre prochain, ils n'ont pas suivi les mots d'ordre des partis europhobes. 

Après l’euphorie du soir du 7 mais, il ne faut pas retomber dans l'ornière de la morosité française et jouer les rabat-joie. Cela vaut aussi pour ceux qui taxent Macron d'être l'incarnation de deux maux (ou mots) devenus presqu'obscènes : les élites et le libéralisme. Plus que les élites, les jeunes ont voté pour lui. On dit qu'il représente un libéralisme positif par opposition au libéralisme punitif. Le bilan est quintuple :

1. La France retrouve du prestige en Europe et dans le monde. Elle reste un phare de la liberté et de la volonté politique. De plus, Macron a rétabli la verticalité du régime présidentiel français et l'adhésion au chef de l'Etat après le dévissage gravissime de Hollande et le dénigrement systématique de Sarkozy. 

2. Le FN anti-européen est éliminé du gouvernement et aura beaucoup de mal à se remettre du "naufrage" de Marine Le Pen, il a perdu le monopole du patriotisme et le côté néo-fasciste de son idéologie est devenu flagrant. Le FN est "rediabolisé". Selon nous, sauf accident global majeur, il ne participera jamais à un gouvernement avec ses dirigeants et son programme actuels. La crise économique et financière majeure de 2008-2012 et ses séquelles lui avait donné une chance historique. Il l'a manquée. Elle ne reviendra pas de si tôt.

3. Macron, le dauphin sacré roi, est entré dans la cour du Louvre aux accents de l'hymne européen, ce qui veut dire que l'Europe unie et la coopération franco-allemande pour l'Europe sont sauvées.  On a beau dire que deux partis hostiles à l'Europe, le FN et les Insoumis, ont totalisé 40% des suffrages, ce n'est pas significatif, car, selon un sondage sérieux très récent, 75% des Français veulent garder l'euro, 57% trouvent que l'Europe unie est une bonne chose (après 53% en 2016) et 14% seulement la trouvent mauvaise. Reste l'écueil à contourner: convaincre la Commission de Bruxelles et le gouvernement de Berlin pour construire un gouvernement de la zone euro.

4. L'équilibre financier de la France pourra être restauré et, avec lui, l'épargne et le pouvoir d'achat. Il reste à rebâtir une industrie modernisée et des services au profit de tous. Le sort de Macron dépendra de son aptitude à imposer ses réformes de la gestion industrielle face au syndicats post-marxistes CGT et FO et à la rue. D'aucuns estiment qu'il devra opposer l'armée aux possibles émeutiers. Ce serait un malheur, mais ce serait pire s'il recule comme ses prédécesseurs.

Un grand élan de jeunisme

Macron nous avait séduits dès 2016. Même si la fidélité à la droite gaullienne nous imposait au départ un autre choix. Surtout, ce qui compte le plus pour l'Union Paneuropéenne, il est sincèrement pro-européen et il a des projets en la matière. On dit que 6 Français sur 10 n’ont pas voté en faveur de Macron. Mais un grand élan traverse la France et secoue les hésitants. Généralement, les gens se rallient au gagnant. Beaucoup regrettent déjà leur abstention. Et puis il y a ceux qui s’intéressent au foot plus qu'à la politique. On ne peut pas le leur reprocher. En mars dernier, c'était le cas de la moitié des Français. Mais peut-être Mélenchon et Macron ont ramené une grande partie de la jeunesse à la politique.

Fillon était presqu'indéfendable sous les coups d'une campagne médiatique sans précédent. Il a eu le cran de relever le gant avec un aplomb et un calme impressionnants. Son résultat n'a pas été mauvais du tout dans ces circonstances. Si François Baroin l'avait relayé à ce moment déjà, peut-être les LR auraient-ils gagné aux deux tours. Un miracle était possible malgré la machine médiatique. Il en advint autrement.

Le naufrage du Front National

Ces élections ont été un plébiscite "pour ou contre l'Europe" bien qu'il n'en ait pas été beaucoup question dans les débats. Pourtant c'est ce qui inquiétait nos voisins, surtout les Allemands qui craignaient un "Frexit" après le "Brexit". Or, c'est l'euro essentiellement qui a coulé le FN. Il se rengorge d'avoir recueilli au second tour 3 millions de voix de plus qu'au premier tour. Mais ce ne sont pas tous des Lepénistes, ce sont des gens en colère et des désespérés. A ceux-là, peu importe l'Europe.

Nous nous sommes donc battus pour que Macron ait au second tour le score le plus haut et Le Pen le plus bas possible afin que le FN europhobe ne s'en relève pas. Heureusement, miracle du mercredi 3 mai, Marine Le Pen, 48 ans, qui avait travaillé cinq ans à "dédiaboliser" son parti, a réduit tout ce travail à néant en 2 h 30 de débat télévisé avec Emmanuel Macron. Son masque est tombé. Elle s'est conduite sous les caméras en digne fille de son père. Dans un parti normal, elle devrait quitter la politique ou passer en marge avec ses Philippot et autres suppôts. C'est ce qu'a fait Fillon chez les Républicains, littéralement passé à la trappe. Elle hésite maintenant à participer aux législatives. Cela se conçoit.

Se sachant menacée, elle avait pourtant vite allumé un contre-feu en avançant que le FN allait changer de nom et subir une réforme en profondeur. Mais l'incendie couve. Toujours est-il que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, a abandonné son mandat de députée du Vaucluse et quitté le FN, officiellement, pour se vouer à l'éducation de sa fille et pour faire un tour dans le privé.C'est un vrai coup dur pour le FN dans la perspective électorale. Elle précise toutefois qu'elle n'a pas renoncé définitivement à la politique. Elle avait été la seule pratiquement à se faire l'écho des militants en disant qu'elle était "déçue" et que le résultat comportait des aspects "négatifs". Le "résultat", c'est aussi la campagne de sa tante et de Philippot.

Macron et les législatives

Macron aura-t-il une majorité présidentielle ou non ? 43% de ses votants voulaient faire barrage à Le Pen et 57% l'ont choisi par adhésion. A première vue, les législatives des 11 et 18 juin s'annoncent compliquées. Car le motif anti-Le Pen n'existera plus en juin.

Dans la première semaine suivant les présidentielles, 21% des votes seraient allées à son parti "La République en marche", 22% aux "Républicains", 21% au FN et 15% aux "Insoumis" de Mélenchon. Ces scores prévisionnels ont évolué dans la deuxième semaine : 29% aux Macroniens, 20% aux Républicains et 20% au FN, 14% aux Mélenchoniens et 7% aux socialistes. Les préoccupations des Français sont par odre décroissant : le chômage, le terrrorisme, les impôts et le pouvoir d'achat. Mais ces prévisions sont peu consistantes. Le FN pourrait tomber plus bas et les Républicains monter plus haut. Malgré l'aspiration traditionnelle qu'engendrent les présidentielles, les Français qui haïssent plus que tout le pouvoir absolu et l'unipartisme pourraient renforcer l'opposition. Et il paraît évident que le parti de Baroin avec les gens qui l'entourent ne sont pas des vieux godillots du gaullisme.

Il est peu probable que Macron ait l'intention de satisfaire ni Robert Hue, ni Alain Madelin, ni même François Bayrou et Gérard Colomb qui l'ont rejoint. Et François Bayrou s'en est mordu les poings quand on fait la carte des circonscriptions. La reconnaissance n’est pas une vertu politique. Macron vise de façon trop évidente à tuer les partis politiques autres que le sien qui est en construction. Il affiche aussi des grandes ambitions à la De Gaulle. Les 25,4 millions d'abstentionnistes, de votants blanc ou nul n'ont pas vu venir ce désir d'un sursaut qui s'empare des Français quand ils sont au fond du trou. Cela va jusqu'au désir de sacrifice. Tout l'art de Macron devra consister à lier cela à la solidarité européenne pour que la France ne retombe pas dans l'ornière du nationalisme. Et les "LR" ont intérêt à être aussi de bons Européens.

Tous les problèmes ne sont pas résolus dans la société et l'économie françaises, ni au niveau européen, mais le passif politique est soldé. C'est un premier pas. Est-ce que les partis d'opposition, nombreux et divers sauront s'y prendre pour infléchir le cours des choses dans le bon sens ? Après l'explosion de joie et d'unanimité autour du sauvetage de la République, vient le temps des nuances. La droite classique LR existe encore, à la différence du PS moribond. Cette existence est attestée par le score de François Fillon au premier tour, à seulement 2 points 1/2 du FN et devant la nouvelle gauche des Insoumis malgré les déboires personnels du candidat. S’ajoute que Baroin n’a pas été battu personnellement au premier tour à la différence de Mélenchon. Il n’a pas ce handicap. En outre, il a quelques bons soutiens. Jean-François Copé a étonné par la pertinence de ses arguments et NKM reste fidèle jusqu'à nouvel ordre.

Quelle image de marque pour les Républicains ?

Ce qui devrait inquiéter les Républicains dans la perspective des législatives, ce sont d'une part les transfuges qui rejoignent les rangs d'En Marche et de l'autre la réputation de "ringardisation" que les médias commencent à répandre autour des partis traditionnels, mettant LR et PS dans le même sac. Or le LR n'a échoué ni aux Primaires ni au Premier tour des présidentielles à la différence du PS. Il faut prendre ce fait en considération tout en tournant la page. Avoir mis François Baroin à la direction de la campagne est un gage de "jeunisme". Mais le dynamisme et l'avenir sont du côté de Macron. Baroin devra en tenir compte. Sa droite LR a-t-elle un grand projet ? Cela va paraître bien petit que de lutter pour empêcher l'augmentation de la TVA et autres broutilles, importantes certes pour les porte-monnaie, mais qui n'ouvrent pas des perspectives exaltantes.  De plus, les Républicains sont un peu faibles sur l'Europe, trop nationalistes et trop peu fédéralistes.

Par ailleurs, le FN cherche à ratisser sur les plates-bandes LR. Ne va-t-il pas s'appeler désormais "Alliance des patriotes et des républicains" ? Tel serait le titre choisi par l'entourage de Marine Le Pen qui a compris que son pouvoir allait être remis en question et qui a allumé un contre-feu dès sa défaite en annonçant une ""réforme en profondeur" de son parti. Mais elle ne peut pas incarner l’acceptation de l'euro et la renonciation au Frexit qui sauveraient le FN.

Si le FN qui n'a plus le vent en poupe, parvenait quand même à ne pas se lézarder, il devrait céder au terrain aux Républicains. Seulement ceux-ci vont avoir du mal à se ciseler une image de marque crédible et séduisante. La référence à de Gaulle n'est pas leur propriété exclusive. De Gaulle est devenu un personnage historique au même titre que Clémenceau ou Napoléon. Taxer le FN de fascisme et de xénophobie est également désuet et inopérant. Les Français ne comprennent plus ces mots. Dans leur immense majorité, ils sont ni xénophobes ni racistes, ils le savent. Le problème s'appelle aujourd'hui islamisation et immigration de masse. 

Un nouveau patriotisme jeune

Un sociologue a dit que la précision d'une idée est inversement proportionnelle au nombre de personnes auxquelles elle s'adresse. Aussi ne faut-il pas trop demander aux deux discours du président élu le soir du 7 mai. Ils étaient bien rédigés, bien peaufinés. Il s'adressait aux 47 millions de citoyens français en âge de voter et à quelques millions d'adolescents et il tentait de dépasser les clivages communautaristes. Mais son équipe a réalisé devant la pyramide du Louvre une mise en scène très réussie de l'arrivée au pouvoir. Il a fait vibrer la fibre patriotique (La Marseillaise à la fin) mais pas nationaliste (l'hymne européen au début).

De plus, Macron incarne l'optimisme, la pensée positive, un nouveau patriotisme jeune et le grand élan pro-européen des jeunes générations montantes dont le niveau culturel, notamment grâce à la révolution d'Internet, est nettement supérieur à celui de nos générations plus âgées ou âgées. Son élection, annoncée par les récents échecs de l'extrême-droite en Autriche et en Hollande, est une réplique cinglante au Brexit britannique, au protectionnisme trumpien et aux manigances de Poutine en faveur du FN. On retient de ce 7 mai français qu'on ne peut plus gagner une élection en faisant campagne contre l'Europe et l'euro.

Ne pas devenir les roquets de la République

Il faut dire encore un mot en faveur de l'autre grand absent de ce second tour, Jean-Luc Mélenchon qui a réalisé au premier tour une performance comparable à celle de Macron parce qu'il est parti comme lui de zéro pour arriver au top. Sa déclaration au soir du scrutin a été la moins mauvaise de celles de tous les opposants, sinon, comme toujours la meilleure, en tout cas en matière de vocabulaire. Il défend les démunis, les en colère, les victimes. Mais attention, ce souci, le FN lui conteste d'en être le seul détenteur. Mélenchon et son lieutenant Alexis Corbière doivent veiller à ne pas devenir les roquets de la République, frustrés et vindicatifs. Ils doivent laisser cela au FN. Les Insoumis devront se souvenir que Jean-Luc Mélenchon a été de bout en bout le seul candidat à développer une vision du monde, une Weltanschauung bâtie sur la culture passée et sur l'espoir d'avenir. Le FN a certes voulu lui opposer une autre vision du monde, mais la preuve est faite par cette campagne et ce scrutin que le FN n'a pas une conception de l'avenir, mais une idéologie surannée dans laquelle il s’est englué. S'ajoute que Mélenchon a rétabli le pouvoir de la culture et de la philosophie, de l'éthique aussi. Cette primauté en matière d'avenir et d'éthique, maintenant Macron la lui conteste.

Actuellement, la grande faiblesse de Mélenchon est d'avoir tant brocardé la "monarchie présidentielle" et d'avoir voulu chambouler les institutions. Son projet d'assemblée constituante, d'abolition de la présidence, de mandat impératif des députés, est trop évidemment du "déjà lu" dans les manuels d'Histoire pour ne pas dire du "jus de crâne". La France n'a pas envie de changer de régime, bien au contraire.  Les acclamations des jeunes Français le soir du dimanche 7 mai  dans la cour du Louvre ont montré qu'ils aiment la république présidentielle et que ce n’est pas pour ces jeunes un « système ». De Gaulle avait réussi le tour de force de doter notre pays d'une sorte de royauté républicaine, réconciliant pour la première fois depuis 1789 la monarchie et la révolution, créant par cette synthèse incarnée par le pouvoir bicéphale du Président et du Premier ministre, une vraie force de frappe politique assez semblable à celle de Washington.

La France est depuis deux siècles et demi, avec des brèves interruptions, une République présidentielle et non pas une monarchie constitutionnelle. D'ailleurs, l'élection de Macron rétablit l'autorité de l'État tellement décrié ces dernières années, et non pas une "oligarchie", terme galvaudé à l'unisson par Mélenchon et Le Pen, car le cadre est humaniste et sans clinquant et non pas autoritaire et dominateur. Un nouveau patriotisme français est né doublé d'un patriotisme européen que seule la France peut créer et diffuser. Oui, on attendait la France pour rebâtir l'Europe. Avis à ceux qui critiquent l'Europe en tant qu’entité politique. On ne peut plus gagner d'élections contre l'Europe. La France est redevenue une grande puissance politique et l’Europe n’a pas implosé. (ates67.fr - 8 mai 2017)

Le célèbre futurologue Ray Kurzweil a livré ses nouvelles prédictions.

Ray Kurzweil, l'un des principaux chercheurs dans le domaine de l'intelligence artificielle, publie ses pronostics depuis les années 1990, dont certains sont devenus académiques, écrit Inventure. Mais s'il y a cinq ans il opérait plus souvent sur de longues périodes (les années 2030, les années 2040), ces derniers temps on constate une cohérence chronologique dans ses prévisions. Son travail pour la plus grande compagnie du web, où le futurologue s'est retrouvé à l'avant-poste de nombreux travaux d'innovation, a probablement influé sur cette précision nouvelle. Ray Kurzweil semble inviter à prendre part à un jeu intellectuel et à assembler un puzzle – le tableau de l'avenir à partir de ses anciennes et nouvelles prédictions.

En réunissant tous les pronostics des vingt dernières années dans ses livres, blogs, interviews et conférences, on peut noter que le chercheur a décrit l'avenir entre 2019 et 2099 année par année. Ceci dit, ses productions pourraient ne pas se réaliser par suite de trois ou quatre facteurs dont il ne tien pas compte. Le premier pourrait être un changement écologique avec une augmentation des catastrophes naturelles ; le second pourrait être une pandémie qui éliminerait des pas entiers de l’humanité ; le troisième pourrait être une progression de l’islmisme dans les pays développés, freinant ainsi le progrès scientifique ; enfin à la moitié du siècle, 40% de l’humanité vivra en Afrique subsaharienne, ce qui pourrait entrainer un déferlement de ces populations sur l’Europe faute de ressources chez eux.

Et nous passons sur l’éventualité d’un impact de la Terre avec une météorite.

2019 – Les fils et autres câbles pour les appareils individuels et périphériques disparaîtront dans tous les domaines

2020 – Les ordinateurs personnels atteindront une puissance de traitement comparable au cerveau humain.

2021 – L'accès à l'internet sans fil couvrira 85% de la surface de la Terre.
2022 – Les USA et l'Europe adopteront des lois réglementant les relations entre les individus et les robots. L'activité des robots, leurs droits, devoirs et autres restrictions seront formalisés.
2024 – Les éléments d'intelligence informatique seront obligatoires dans les voitures. Il sera interdit aux individus de conduire une voiture qui ne sera pas équipée d'une assistance informatique.
2025 – L'apparition d'un grand marché de gadgets-implants.

2026 – Grâce au progrès scientifique, en une unité de temps nous prolongerons notre vie d'une durée supérieure à celle qui se sera déjà écoulée.

2027 – Un robot personnel capable d'accomplir des actions complexes en toute autonomie sera aussi anodin qu'un réfrigérateur ou une machine à café.2028 – L'énergie solaire sera si bon marché et répandue qu'elle satisfera l'ensemble des besoins énergétiques de l'humanité.
2029 – L'ordinateur pourra passer le test de Turing pour prouver son intelligence dans le sens humain du terme, grâce à la simulation informatique du cerveau humain.

2030 – Les nanotechnologies vont fleurir dans l'industrie, ce qui entraînera une baisse significative de la fabrication de tous les produits.

2031 – Les imprimantes 3D seront utilisées dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Les nano-robots seront utilisés à des fins médicales. Ils pourront apporter des substances nutritives jusqu'aux cellules humaines et éliminer les déchets. Ils scanneront également le cerveau humain, ce qui permettra de comprendre les détails de son fonctionnement.
2033 – Les voitures sans conducteur circuleront sur les routes.

2034 – Le premier rendez-vous de l'homme avec l'intelligence artificielle. Le film Her en version plus moderne: la compagne virtuelle pourrait être équipée d'un "corps" en projetant une image dans la rétine de l'œil – par exemple, à l'aide de lentilles ou de lunettes virtuelles.
2035 – Le matériel spatial deviendra suffisamment développé pour assurer une protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.

2036 – En utilisant une approche de la biologie comme de la programmation, l'humanité parviendra pour la première fois à reprogrammer les cellules pour guérir des maladies, et l'utilisation d'imprimantes 3D permettra de fabriquer de nouveaux tissus et organes.
2037 – Un progrès gigantesque sera enregistré dans la compréhension du secret du cerveau humain. Des centaines de sous-régions ayant des fonctions spécifiques seront découvertes. Certains algorithmes qui codent le développement de ces régions seront décryptés et intégrés aux réseaux neuronaux d'ordinateurs.

2038 – L'apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes. Ils seront dotés d'une intelligence supplémentaire (par exemple, orientée sur une sphère concrète de connaissances que le cerveau humain est incapable de couvrir entièrement) et de divers implants optionnels – des yeux-caméras aux bras-prothèses supplémentaires.
2039 – Les nano-véhicules seront implantés directement dans le cerveau et effectueront une entrée et une sortie arbitraire des signaux du cerveau. Cela conduira à une réalité virtuelle "à immersion totale", qui ne demandera aucun équipement supplémentaire.
2040 – Les systèmes de recherche seront la base des gadgets introduits dans l'organisme humain. La recherche ne se fera pas uniquement par la voix, mais aussi par la pensée, et les résultats seront affichés sur les lentilles ou les lunettes.

2041 – Le débit internet maximal sera 500 millions de fois plus élevé qu'aujourd'hui.
2042 – La première réalisation potentielle de l'immortalité – grâce à une armée de nanorobots qui complétera le système immunitaire et "nettoiera" les maladies. 

2043 – Le corps humain pourra prendre n'importe quelle forme grâce à un grand nombre de nanorobots. Les organes internes seront remplacés par des dispositifs cybernétiques de bien meilleure qualité.

2044 – L'intelligence non-biologique sera des milliards de fois plus intelligente que son homologue biologique.

2045 – Arrivée de la singularité technologique. La Terre se transformera en ordinateur gigantesque.
2099 – Le processus de singularité technologique s'étend sur tout l'Univers.

Certes, il est parfois difficile de croire à de tels pronostics. Mais compte tenu du rythme conséquent de développement de la société, il paraît clair que tout cela est réaliste dans un avenir pas si lointain. Il ne nous reste plus qu'à observer ce qui va réellement se passer.(Radio Sputnik. L’avenir d’ici 2099. 24/08.2017)

Staline était-il antisémite ?

Joseph Staline

"J'ai peur que nous ayons tué le mauvais cochon", disait Churchill à propos d'Hitler, tout en pensant au tyran rouge de l'URSS, Joseph Staline. Encore ne savait-il pas que le dictateur soviétique avait organisé un génocide des juifs à la manière hitlérienne, encore que moins industriel et moins organisé.

En 1934, Staline déplace des millions de Juifs dans la province du Birobidjan.

Staline mesurait à peine un mètre soixante et portait constamment des semelles compensées pour cacher sa petite taille. Lors de ses discours, le "Petit Père des peuples" se tenait sur un tabouret ou une plaque de bois afin de s'élever au moins à la hauteur de ses camarades. Si son visage paraissait lisse comme une poupée de cire du musée Grévin, c'est parce qu'il se maquillait. Non pas par fantaisie mégalomaniaque ou narcissique, mais parce que, enfant, à l'âge de 7 ans plus exactement, Staline attrapa la variole qui lui laissa de terribles souvenirs sur la peau. Afin de ne pas paraître en public avec la peau du visage grêlée, il appliquait des produits masquants sur ses joues et son front. Forcément, avec de tels complexes, trouver un bras droit n'est pas évident, en témoignent ses grandes purges...

A la recherche d’un bourreau

Mais c'est finalement en la personne de Nikolaï Iejov que Staline trouva un bourreau de compagnie. Le nabot, comme on l'appelait du haut de son mètre cinquante-quatre, assouvissait les délires paranoïaques de son maître en bon chef de la police secrète, dénonçant et tuant des Russes par milliers. Le dictateur a mis en place des quotas d'exécution pour son ami : une liste des républiques de l'URSS suivie d'une colonne déportation et d'une colonne exécution. Pas de noms, libre à l'exécuteur de trouver les victimes pour remplir les objectifs. En moyenne, mille personnes étaient fusillées chaque jour, une routine qui apparemment ne suffisait pas à calmer les élans sadiques de Staline qui fit condamner, torturer, tuer et rayer des photos officielles Iejov, pour haute trahison.

Staline antisémite ?

Pendant des décennies, le monde a caché et refusé de voir que l'homme qui ne manquait aucune représentation du Lac des cygnes de Tachaïkovki était l'un des plus grands criminels de l'Histoire. Pourtant de nombreuses personnalités communistes ont pu l'approcher de près et se rendre compte que l'homme était perturbé. Une peur bleue de l'avion, la déportation au goulag du petit ami juif de sa fille adorée, son mariage avec une femme de 22 ans sa cadette qu'il poussa au suicide - qui, pour l'anecdote, se transforma en une crise d'appendicite. Mais non, personne ne s'est douté de rien...

Pas même lorsque, avant l'extermination des Juifs par Hitler, Staline les avait déplacés massivement dans une province vide et excentrée de la Russie, le Birobidjan. C'était en 1934, avant le génocide nazi et la création de l'État d’Israël, les Soviétiques qui embrassaient le judaïsme se sont vu installer le plus loin possible de Moscou. Dans une région désertique et aride à la frontière de la Mongolie.

Ils avaient donc leur propre État, autonome et où on parlait (et parle toujours) le yiddish. Persécutés ? Mis à l'écart ? Perçus comme un danger ? Beaucoup de détails restent flous autour du Birobidjan. En tout cas, une chose est sûre, Staline voulait répartir les différentes ethnies qui composaient la Russie sur des territoires ethniques bien spécifiques. Pour ce qui est des Juifs, il leur avait promis un avenir radieux dans un État à eux, une sorte de sionisme version soviétique, dans une zone stratégique face à la Chine. À leur arrivée, ils ne trouvèrent bien évidemment rien de ce qui leur avait été promis. Pas de gare, pas de maisons, pas d'infrastructure, rien, juste une terre vide, froide, marécageuse et avec quelques bouts de bois. (Par Marc Fayad  Publié le 03/09/2013, Le Point.fr)