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//www.international-paneuropean-union.eu/content/downloads/Address">Die Rede des Präsidenten Alain Terrenoire (FR)  (294 KB)

//www.international-paneuropean-union.eu/content/downloads/Address">Die Rede des Präsidenten der Paneuropa-Frankreich Jean-Yves Cousin (FR)  (284 KB)

Nos prochains rendez-vous :

Le samedi 14 avril 2018 à 18h, Alain Terrenoire, Dr en droit, ancien député à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, président de l’Union Paneuropéenne Internationale, parlera avec J.-P. Courtois, maire de Mâcon, et Arnaud Danjean, Député européen, sur le thème « De Gaulle et l’Europe » à la Salle du Pavillon à Mâcon, accès par la rue du Pavillon, au coin de la rue de l’Héritan, à moins de 100 mètres de la place de la Barre. Entrée libre.

Le vendredi 11 mai 2018 à 20 h 30 à St Lo (Manche) et le samedi 12 mai 2018 à Bayeux (Calvados), Jean-Yves Cousin, ancien député à l’Assemblée nationale, ancien maire, président de Paneurope France, et Marti Berenguer, juriste à Strasbourg et à Barcelone et titulaire d'un master en science politique, membre du Comité directeur de Paneurope France, parleront du problème catalan et du financement par l’impôt du futur budget européen. Entrée libre.

Le samedi 7 avril à 14 h, des adhérents et amis de Paneurope France participent à la Marche transfrontalière pour l'Europe, de la place de la gare de Kehl (terminus tram D) jusqu’au Jardin des deux Rives à Strasbourg, par le pont Beatus Rhenanus. Arpès une pause sur le pont au niveau de la frontière franco-allemande, les participants chantent l’hymne européen, font une photo-souvenir et encouragent les marcheurs partis pour le porte-à-porte de la Grande Marche pour l'Europe.

Allemagne - Mme Merkel a une dauphine : Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer, 55 ans, ministre-présidente du Land de  Sarre depuis sept ans, a été désignée par Angela Merkel puis élue le 26 février 2018 à 98,87 % par les délégués de l’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU) secrétaire générale du parti de la chancelière en remplacement de Peter Tauber, 43 ans, qui a démissionné pour raisons de santé. Mme Merkel qui préside la CDU depuis près de vingt ans a ainsi désigné sa dauphine appelée à lui succéder à la chancellerie fédérale. Près de la moitié des Allemands souhaite en effet le départ de la chancelière à plus ou moins long terme.

Mère de trois enfants, à la différene de Mme Merkel, mariée sans enfants, et diplômée en sciences politiques, alros que Mme Merkel était physicienne, Mme Kramp-Karrenbauer a un nom compliqué. Du coup, on appelle cette politicienne partie du bas de l'échelle, comme Mme Merkel en son temps, tout simplement AKK. Elle a adhéré à la CDU à l'âge de 20 ans pour gravir les échelons comme conseillère municipale, puis comme députée fédérale et régionale. Aussi catholique que Mme Merkel est protestante, elle a le même tempérament réservé qu’elle, mais elle  a annoncé lors de son élection à  vouloir « faire vivre le débat » dans ce parti tiraillé entre plusieurs courants, à la différence du style monolithique de "Mutti", la chancelière. Son discours a été plus énergique que celui de la chancelière. En durcissant le ton sur l’accueil des réfugiés et les procédures d’expulsion, elle a montré qu’elle irait sur les brisées de l’AfD, tout en maintenant la ligne centriste et sociale de Mme Merkel.

AKK est classée à l'aile gauche de la CDU sur les sujets économiques, mais pas sur les questions de société. Elle est notamment opposée au mariage pour tous, autorisé en Allemagne depuis l'année dernière. Promettant un "renouveau programmatique", elle a quatre ans pour convaincre, jusqu'à ce qu’Angela Merkel aux commandes depuis 2005 sa révérence. Elle a remporté une victoire remarquée face aux sociaux-démocrates du SPD aux régionales de mars 2017 et inversé ainsi le courant d’opinion jusqu’alors très défavorable au parti de Mme Merkel, la sauvant sans doute de la catastrophe. Après avoir pratiqué une coalition noire-jaune-verte « à la jamaïcaine », avec les Verts et les libéraux (FDP) elle s’est réconciliée avec le SPD et partageait avec lui le gouvernement sarrois.

Profondément européenne, très francophile au point de vouloir faire d’ici 2043 de la Sarre une région bilingue franco-allemande, elle été Plénipotentiaire de la République fédérale  d’Allemagne chargée des relations culturelles franco-allemandes de 2011 à 2014. Nous donnons ci-dessous des extraits de l’interview que nous avions réalisée avec elle à l’automne 2017 pour la revue Politique Internationale.

Jean-Paul Picaper. Madame la ministre présidente, où en sont aujourd’hui les relations franco-allemandes en général ? Vous voulez faire de votre Land un ban d’essai du franco-allemand

Annegret Kramp-Karrenbauer. L’opinion publique allemande ne prête guère attention aux relations culturelles et éducationnelles franco-allemandes parce que cette tâche est confiée aux Länder, [1] mais elle fait l’objet d’un travail permanent. Sous mon prédécesseur Peter Müller on a réalisé le manuel d’Histoire franco-allemand. Pendant mon mandat, nous avons créé le premier lycée professionnel franco-allemand. Nous avons beaucoup coopéré en matière de formation professionnelle. Nous veillons aussi constamment à l’apprentissage renforcé de la langue du voisin.

Pour le reste, l’axe franco-allemand n’a pas toujours fonctionné sans bavures au cours des dernières années, que ce fût lors des crises inquiétantes de l’économie et des finances ou encore des réfugiés. Les vues divergeaient d’un pays à l’autre. Mon impression à présent, après l’élection du nouveau président français, est que l’attention va se recentrer sur l’Europe et sur le partenariat franco-allemand et son développement. J’espère qu’après les récentes législatives allemandes, nous allons former rapidement un gouvernement qui sera en mesure avec la France de faire progresser ce partenariat.

En 2013, vous avez lancé un projet visant à faire du français une langue véhiculaire en Sarre, au même titre que l’allemand, y compris dans l’administration. Est-ce à dire que tous les écoliers doivent parler français ?

Oui, notre objectif à long terme est que les générations qui naissent aujourd’hui deviennent bilingues. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut décréter, mais nous soutenons à fond cette évolution. Nous veillons à ce que les enfants grandissent avec le français dès le jardin d’enfants et l’école primaire. Il ne s’agit pas d’apprendre le français comme deuxième langue, mais de le parler au quotidien en tant que langue de voisinage. Actuellement, 40% des jardins d’enfants de Sarre sont bilingues. Nous voulons élargir cela, y compris dans le primaire, de sorte qu’à la sortie du primaire tous parleront français. A partir de la 6ème, ils pourront alors commencer l’anglais. Nous voudrions aussi que le français soit une langue présente dans la vie publique, que les panneaux indicateurs, les formulaires administratifs, nos accès Internet soient rédigés également en français. Le plurilinguisme sera évidemment un atout pour nos concitoyens.

Du côté lorrain, en France, cette initiative a-t-elle suscité un écho ?

Oui, la réaction a été immédiatement positive. Du côté français limitrophe, on suit le mouvement et surtout j’ai pu relever au cours des nombreux voyages effectués en France pour présenter notre projet que cela éveille un intérêt considérable dans des régions de France très éloignées de notre frontière.

Les Français s’imaginent que l’allemand est une langue difficile alors qu’elle est plus facile que l’anglais. C’est une langue bien cadrée avec des règles précises et invariables.

C’est vrai que l’anglais paraît facile au début, mais que les difficultés surviennent ensuite, alors qu’en français c’est le contraire et en allemand sans doute aussi.

LA SARRE, PONT ENTRE LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE

La Sarre devient la plaque tournante entre la France et l’Allemagne ?

Il s‘agit en effet de jeter ici un pont entre l’Allemagne et la France. Mais les Länder limitrophes de la France, le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre viennent de créer une coopération permanente pour définir une politique de voisinage. J’ai déjà siégé deux fois à ce sujet avec mes collègues de ces deux Länder.

La Sarre a subi une terrible crise lors de l’effondrement de la sidérurgie et des charbonnages. Comment vous en en êtes-vous tirés ?

Dès les années 1970, en parallèle avec le charbon-acier, nous avons commencé à édifier une industrie automobile. Que ce soit au niveau des la production proprement dite, avec les usines Ford de Saint-Louis, qu’à celui des sous-traitants. Nous produisons ici en Sarre tout l’équipement d’une voiture. Nous avons également démarré très tôt dans les sciences et technologies de l’information, ce qui a fait émerger à l’université de la Sarre un des centres mondiaux de l’excellence dans ce domaine et généré de nombreux emplois. La Sarre est aujourd’hui en train d’édifier le nouveau Centre national allemand de la sécurité des technologies de l’information. C’est une œuvre d’avenir qui se matérialisera sous forme d’entreprises, de produits et donc d’emplois.

Combien de Français travaillent en Sarre ?

Quelques20 000 transfrontaliers viennent travailler ici. Principalement dans l’industrie, par exemple chez Michelin à Homburg, mais aussi chez Ford  Saint Louis, chez ZF à Sarrebruck. [2] Des Sarrois travaillent an France, mais ils vont surtout au Luxembourg. La France, le Luxembourg, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre forment aujourd’hui un gros marché intégré de l’emploi. Ceux qui sont bilingues ont plus de chances d’y trouver un emploi. J’encourage le bilinguisme pour que les jeunes restent ici. S’ils partent ailleurs, ils sont perdus, pour nous comme pour la France.

Vous avez donc créé ici une euro-région ?

Oui, nous sommes une grande euro-région comprenant un État souverain, le Luxembourg, deux Länder allemands et la nouvelle Région du Grand Est en France. C’est un ensemble complexe qui constitue le plus grand espace transfrontalier intégré en Europe.

L’EXTRÊME DROITE AU BUNDESTAG

Pensez-vous que l’ex-présidente de l’AfD Frauke Petry pourrait colmater la brèche dans la majorité gouvernementale ? Elle a un siège au Bundestag et veut créer une CSU nationale à côté de la CSU bavaroise.

Je ne vois pas venir cela. Tout d’abord, nous avons dans nos rangs l’original de la CSU. Nous n’avons pas besoin d’une copie. Ensuite, je crois que l’arrière-pensée de Frauke Petry est qu’elle ne peut plus jouer dans l’AfD le rôle qu’elle jouait auparavant. Elle venait de l’ultralibéralisme et a poussé l’AfD à sa création vers la droite de la droite et je ne la vois pas revenir maintenant sur sa position initiale. Je crois que le programme de Frauke Petry tient en une proposition : sa promotion personnelle. Peu nous chaut avec qui elle se coalisera.

L’entrée de l’AfD dans le Bundestag est quand même une innovation… On dit que l’Allemagne devient ainsi plus normale…

C’est vrai que là, quelque chose s’est produit qui fait déjà partie de la réalité d’autres États, en Europe et dans le monde. Mais cela ne peut en Allemagne être un retour à la normale parce que nous avons notre propre histoire et notre spécificité. Cela ne peut donc être considéré comme normal qu’entre au Bundestag un parti dont certains éléments assument des positions clairement révisionnistes et extrémistes de droite. Il faut donc combattre clairement ces postures qui vont à l’encontre des principes de base sur lesquels s’est bâtie la République fédérale d’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Jusqu’ici l’ultra-droite s’appuyait sur des éditions et des journaux, maintenant elle a créé un parti et devient politique.

Oui. On ne sait pas encore dans quel sens va évoluer l’AfD. Toujours est-il qu’elle est partie vers l’extrême-droite. Parmi les électeurs de l’AfD, il y a à coup sûr beaucoup de gens dont ce n’est certainement pas le truc et qui voulaient simplement protester. Néanmoins, il faut dire à ces gens que nul ne pouvait ignorer quelles étaient les positions de l’AfD. Et personne ne pourra s’en laver les mains et dire qu’il ne savait pas qu’il avait voté dans ce sens. 

L’AfD est hostile à l’Europe et la population allemande est aux trois quart favorable à l’Europe et à l’euro. Est-ce que l’AfD va miner cette option ?

Je suis absolument certaine que la République fédérale d’Allemagne ne perdra rien de sa stabilité. Notre système électoral à la proportionnelle a fait entrer au Bundestag une forte représentation de l’AfD qui n’est pourtant guère représentative de l’opinion publique. C’est la différence avec la France. J’ai toujours pensé que le Front National en France se faisait partout sentir en France mais que le régime électoral le sous-représentait à l’Assemblée nationale. Mais, puisque ce groupement, l’AfD, est entré dans notre Parlement, il va falloir s’expliquer franchement avec lui.

L’AfD est-elle proche du Kremlin ?

Elle en est très proche. C’est un secret de Polichinelle. Même chose pour le FN et les mouvements populistes apparentés tels le Parti populaire autrichien ÖVP.

PAUVRETÉ EN ALLEMAGNE

Les médias français et certains politiques dans notre pays affirment souvent qu’il existerait en Allemagne une grande pauvreté, de nombreuses personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, livrées à la précarité. Est-ce que c’est une réalité ?

Non, c’est inexact. Nous avons divisé par deux au cours des dernières années le chiffre du chômage. Nous sommes passés de 5 millions de chômeurs quand Angela Merkel a assumé ses fonctions en 2005 à tout juste 2,5 millions actuellement. L’évolution de notre économie et notre situation financière sont très stables. Ceci dit, le fait est que mesuré à l’aune du revenu moyen, nous avons des gens qui ne bénéficient pas de cette évolution positive. Ce sont surtout des gens dont le niveau de formation est faible, dont l’emploi n’est pas sûr et peu rémunéré. Ce sont des gens malades ou des personnes âgées en situation précaire. Quand c’est le cas de parents, les enfants sont naturellement concernés. Nul doute qu’il faut améliorer la situation de ces gens. Tout n’est pas parfait en Allemagne. Mais prétendre que l’Allemagne se paupérise, est le fait de groupements politiques hostiles au système politique et social qui est celui de l’Allemagne.

Quel est le nombre ou le pourcentage des ces personnes en situation précaire ?

SORTIE DE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

Est-ce vraiment certain que l’Allemagne sortira de l’énergie nucléaire en 2022 comme promis par la chancelière ?

Oui. La majorité des Allemands n’est pas favorable au maintien de l’énergie nucléaire. Nous avons fait de grands progrès dans les énergies renouvelables. Nous devons améliorer nos capacités de stockage d’énergie dans notre réseau de fournitures électriques. Compte tenu du changement climatique, nous cherchons à améliorer l’usage de nos combustibles fossiles. Je ne pense pas que dans un gouvernement auquel participeront les Verts, nous nous écarterions de cet objectif.

Au besoin, vous pourriez acheter du courant électrique en France ?

Nous avons un marché européen du courant électrique qui dispose de surcapacités, en effet. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours dit qu’il fallait organiser ensemble en Europe notre réseau énergétique. Par ailleurs, nous allons vers la mobilité électrique. Si un jour en Sarre nous n’avions plus que des voitures électriques, ce serait néanmoins difficile de convaincre les Sarrois de les alimenter avec du courant nucléaire provenant de la centrale française de Cattenom. [3] Ce ne sera pas facile d’intégrer des États européens dont chacun a sa tradition et sa vision justifiée de ce qu’est sa suffisance énergétique. Je pense toutefois que si nous parvenons en Allemagne à démontrer qu’un État industrialisé peut s’approvisionner en courant payable et sûr sans avoir recours au nucléaire, cela pourrait être à l’avenir un modèle qui servira à d’autres d’orientation. On verra si nous y parvenons.

MALAISE DE LA DÉMOCRATIE           

Depuis un certain temps il est question d’un malaise de nos démocraties. En Allemagne comme en France, dans les récentes campagnes électorales, on a souvent entendu dire que nombreux étaient ceux qui ne se sentaient ni compris ni représentés par les institutions politiques et leurs élus. Qu’en pensez-vous ?

C’est ce qu’on ressent en effet. Cela dit, les humeurs et les motifs de ceux qui voient les choses ainsi sont très disparates. Il y a des gens qui disent que la politique en général ne prend pas en compte les questions importantes pour eux au quotidien. Il y a aussi ceux qui se disent insatisfaits des réponses que la politique donne à leurs problèmes. Le problème des responsables politiques tient à ce que nous vivons dans un monde très complexe où l’on ne peut guère donner les réponses simples et radicales que l’un ou l’autre voudrait entendre. Ce serait plus facile mais irresponsable.

C’est un débat qui se déroule dans toutes les démocraties évoluées du monde et qui renforce les tendances populistes chez les gens qui se sentent dépassés et voudraient emprunter des voies simples et directes qui sont malheureusement impraticables dans la complexité de notre monde actuel. Je ne crois pas que la politique à elle seule puisse donner la réponse. Notre société est façonnée par des décisions politiques, mais aussi par les décisions économiques de très grandes entreprises. A quoi s’ajoutent les millions de gens qui communiquent sur les réseaux sociaux et qui créent ensemble une réalité que la politique ne peut appréhender. Mais beaucoup de gens ne se rendent pas compte qu’ils sont partie prenante de cette évolution et qu’ils n’en sont pas seulement les victimes.

Peut-être n’est ont pas obligé de s’intéresser systématiquement à la politique ?

Exactement.

LE PROGRAMME EUROPÉEN

L’Allemagne a été soulagée de voir Emmanuel Macron gagner les présidentielles et ensuite les législatives en France, n’est-ce pas ?

Pour ce qui me concerne, je vois en lui une grande chance pour la France et pour l’Europe un homme avec lequel nous pouvons espérer pouvoir coopérer dans notre propre intérêt et dans celui de la France. . Il a forgé un vaste programme de réformes de la France et de l’Europe. Je ne sais pas ce qui sera le plus difficile, réformer la France ou réformer l’Europe. Ce qui se passerait s’il échouait et laissait sa place à une autre force, poserait un gros problème à la France et à l’Europe.

Nous autres en Allemagne nous avons aussi pas mal de chose à réformer et développer. J’ai toujours pensé que dans le cadre d’une vraie amitié franco-allemande nous pourrions et devrions nous aider réciproquement à mener à bien cette entreprise. Il pourrait s’en dégager un nouveau dynamisme pour l’Europe. D’un côté, nous devons relancer la dynamique européenne, mais de l’autre nous ne devons pas laisser à la traîne la moitié de l’Europe. Ce sera comme marcher sur le fil du rasoir. Nous sommes devant une tâche aussi difficile que le fut celle de construire l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Vous avez entendu le discours sur l’Europe qu’Emmanuel Macron a prononcé à la Sorbonne le 25 septembre dernier. Qu’en avez-vous retiré ?

Je pense que, dans la zone euro, nous avons déduit de la crise économique et financière que, lorsqu’on a une monnaie commune, on a besoin d’instruments en commun et d’idées partagées pour mettre en œuvre une politique économique et financière commune. Les visions qu’on a en Europe en matière de politique économique et financière sont très différentes. C’est donc là une chose à laquelle nous devons travailler ensemble sans nous imaginer que le risque soit nul pour chacun de nos États. En Allemagne, on pense souvent que chaque État a ses propres risques et peut s’en dédouaner au détriment des autres. Ce sera difficile de trouver l’équilibre entre les risques partagés et les risques individuels.

Je pense aussi que nous pouvons beaucoup progresser en matière de Défense. Nous avons de bonnes bases notamment dans le cadre franco-allemand…

Les Allemands accepteront-ils de faire un effort en matière de Défense s’il s’inscrit plutôt dans un cadre européen que national ?

Oui. Mais nous devons aussi réfléchir ensemble au problème global de la situation humanitaire tout autour de nous. Les problèmes que nous avons eus en Allemagne sont venus de ce que la prise en charge communautaire du problème des réfugiés n’a pas fonctionné. Comment protègerons-nous la frontière extérieure de l’Europe ? Comment règlerons-nous la situation humanitaire en Afrique ? Comment répondre au défi du Moyen-Orient ? Il nous faut mettre au point une réponse commune à ces questions parce que c’est trop lourd pour chacun de nos États pris séparément.

Avez-vous remarqué qu’Emmanuel Macron veut investir le produit de la taxe sur les transactions financières dans l’aide au développement de l’Afrique ? Cela peut la rendre plus acceptable pour l’Allemagne ?

Cela pourrait-être une bonne idée. Nous nous rendons compte aujourd’hui en Allemagne que la politique étrangère et de sécurité ne peut être séparée de la politique intérieure. Tout évènement important où que ce soit dans le monde peut agir sur la situation de nos pays. Nous nous sommes rendus compte ces dernières années en Allemagne que nous devons investir davantage en Afrique et que, si nous ne le faisons pas, les Africains viendront chez nous. On ne pourra pas construire des murs. Il y aura assez de réseaux criminels qui ouvriront des passages. J’espère que nous trouverons les moyens en tant qu’Union Européenne pour renforcer nos frontières extérieures et stabiliser la situation tout autour de l’Europe.

La politique européenne du parti libéral FDP nous inquiète un peu.  Ce parti est hostile à l’augmentation du budget européen et veut faire du Conseil des ministres de l’UE une seconde chambre du Parlement européen. Ce sont des propositions inacceptables pour la France…

Ces problèmes ont déjà été évoqués dans les pourparlers avec la Grande-Bretagne avant le Brexit. Vous voyez que l’approbation générale en Allemagne de l’Europe peut masquer des conceptions très divergentes des uns et des autres. Mais, à l’exception de l’AfD et d’une grande partie de Die Linke,[4] tous les partis estiment ici que l’État national allemand ne peut réussir que dans le cadre de l’Europe.

Récemment des voix se sont élevées en France contre la prise de contrôle des chantiers navals français STX par l’Italien Fincantieri et surtout contre celle d’Alstom par Siemens. On n’a pas entendu autant de protestations quand les Chinois ont acheté un grand aéroport français ou un club touristique ni quand les Katari et les Saoudiens s’adjugent des fleurons du sport, des services et même du commerce français. N’est-ce pas paradoxal ?

Ces réactions sont anachroniques. Si nous voulons survivre en Europe, nous devons créer des très grosses entreprises européennes. L’exemple d’Airbus est pourtant assez parlant. Si le mariage d’Alstom et Siemens réussit, ce sera bon pour nos deux pays et pour l’Europe dans son ensemble. La force de nos nations dépend aujourd’hui de coopérations renforcées européennes.

Selon vous, l’euro sera-t-il encore en circulation en 2050 ?

Je l’espère bien.

L’Europe ne va-t-elle pas imploser ?

Ce serait une vraie catastrophe. C’est un numéro d’équilibriste aujourd’hui que de faire avancer l’Europe et de maintenir sa cohésion, mais c’est probablement faisable.

Il ne semble pas que le Brexit ait fait des imitateurs contrairement à ce que l’on redoutait.

Il ressort maintenant des négociations avec la Grande Bretagne que nous sommes en présence d’un pays qui a choisi de sortir de l’UE sans en mesurer les conséquences et que c’est pour l’instant plus dissuasif qu’encourageant.

POLITIQUE INTERNATIONALE

La République fédérale a les mêmes positions que celles de la France vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Concernant les États-Unis, Mme Merkel a coupé le cordon ombilical qui relie l’Allemagne aux États-Unis, dans un discours qu’elle a prononcé à Trudering en Bavière en juin 2017. Est-ce un virage ?

Non, nos relations avec les États-Unis restent bonnes car la politique allemande a toujours eu deux composantes qui sont au cœur de notre vision du monde, l’une est l’union européenne, l’autre la relation transatlantique. Nous ne commettrons pas l’erreur d’assimiler les États-Unis dans leur totalité à la politique de Donald Trump. La chancelière a dit clairement que nous formulerons clairement nos critiques si sa politique va dans le mauvaise sens et que, s’il persiste, nous ne ferons pas acte de solidarité. Concernant le conflit avec la Corée du Nord, Mme Merkel a souligné qu’il ne peut y avoir de solution que diplomatique et que tout ce qui a été dit jusqu’ici n’y contribuait pas. Elle n’a pas seulement le droit mais aussi le devoir de donner très clairement son avis.

Emmanuel Macron a dit que la lutte contre le terrorisme est la priorité des priorités.

Oui, car nous devons protéger la vie de nos concitoyens. Nos organes de sécurité doivent mieux coopérer et interagir, car la menace terroriste ne vise pas un seul pays mais nous tous. Les terroristes agissent sans frontières et nos services de sécurité doivent agir eux aussi sans frontières. Nous devons aussi chercher à savoir pourquoi des individus qui sont nés et ont grandi dans nos sociétés, se font terroristes. Y a-t-il chez nous quelque chose qui ne fonctionne pas ? J’avais rédigé avec Jean-Marc Ayrault un rapport sur l’état de l’intégration en Allemagne et en France. Nous avons des problèmes similaires. Une des propositions que nous avons faites est la création d’un Conseil commun à l’intégration qui se constitue cet automne. J’en fais partie.

LES FEMMES, LES HOMMES ET DIEU

La féministe allemande Alice Schwarzer a dit dans une interview du « Figaro » que Mme Merkel n’avait pas été en mesure de distinguer l’islam en tant que religion de l’islam politique comme source du terrorisme.

Je ne serais pas aussi péremptoire. Le problème est qu’il n’y a pas une église musulmane comme il y a une église catholique ou une église protestante. L’islam est multiple et varié. Ceux que nous considérons comme une menace pour notre société ouverte n’ont cure de religion. Ils ont une conception de la femme notamment qui est aux antipodes de nos valeurs. Il faut arriver à comprendre qu’on peut être musulman et vivre dans une société démocratique ouverte comme le sont la France et l’Allemagne et c’est d’ailleurs ce que font des millions de musulmans. J’aimerais aussi que les autorités religieuses des différentes tendances de l’islam prennent clairement position en faveur de cette société qui est la nôtre et se détournent de ce qui nourrit le terrorisme.

L’émancipation des femmes musulmanes est-elle la voie vers l’intégration ?

Je veux vivre dans un société dans laquelle toutes les femmes peuvent vivre leur vie comme elles le souhaitent à l’égal des hommes, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou bouddhistes, une société dans laquelle aucun père ne dicte à sa fille qui elle doit épouser, dans laquelle on n’interdit à personne d’aller à l’école. Il ne peut y avoir de limitations culturelles ou traditionnelles à ces droits universels. Nous devons lutter pour eux et surtout en Europe où nous avons fait tellement de progrès en ce domaine au cours des derniers siècles.

La féminisation va-t-elle rendre la politique plus intelligente ?

Si c’était vrai, il y aurait moins de populisme, mais je constate que la politique est moins bonne là où la testostérone domine.

Pourquoi et comment êtes-vous devenue une femme politique ?

Mais parents n’étaient pas engagés dans la politique, mais ils s’y intéressaient beaucoup. Dans notre famille, on en parlait souvent et je m’y suis intéressée déjà dans mon enfance. L’évolution de l’Europe de l’Est avec Solidarnosc dans les années 1980 et ce qui se passait en Iran à l’époque m’a décidée à entrer en politique avec une autre question aussi, quand je me suis aperçue en tant que jeune fille que je n’aurai pas les mêmes chances dans notre société que les jeunes hommes de mon âge. Comment concilier la profession et la famille ? Ce sujet se pose différemment en Allemagne et en France. Je me suis dit que ça ne pouvait rester comme ça. Cela m’a politisée.

En dehors de la politique et de votre famille, à quoi vous intéressez-vous ?

La famille d’abord bien sûr. Sinon, je suis un rat de bibliothèque. Je lis beaucoup dans la mesure du temps disponible. J’ai aussi besoin de mouvement.

Croyez-vous en Dieu ?

Oui, en un Dieu miséricordieux qui accepte les défauts des hommes.

(Propos recueillis par Jean-Paul Picaper à Sarrebruck le 28 septembre 2017).



[1] Les 16 Länder ou États fédéraux (Land au singulier) qui constituent la République fédérale d’Allemagne. La Sarre est l’un d’eux.

[2] La ZF Friedrichshafen AG à Sarrebruck: automobile, aviation et nautisme.

[3] La centrale nucléaire de Cattenom, exploitée par Électricité de France (EDF), est implantée en Lorraine sur les bords de la Moselle entre Thionville (située à 10 km en amont) et en Allemagne à Trèves (à 80 km en aval), non loin des villes de Luxembourg (à 35 km), Arlon (à 42 km) et Metz (à 40 km). Le Luxembourg, la Sarre et la Belgique réclament la fermeture de cette centrale, mais un chantier est en cours pour prolonger sa durée de vie jusqu'en 2025. Les tests réalisés après l’accident de Fukushima ont déduit que cette installation industrielle était sûre et solide et divers aménagements ont été entrepris pour renforcer sa fiabilité.

[4] Le parti La Gauche (Die Linke), pendant allemand de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. L’AfD et Die Linke sont les deux partis « ultra-droite » et « ultragauche » présents au Bundestag, considérés comme ne pouvant participer à une coalition gouvernementale en raison de leurs positions doctrinales antisystème, encore que le SPD dirigé en 2017 par Martin Schulz se soit rapproché de Die Linke, ce qui a d’ailleurs contribué à sa défaite électorale.

L'Europe meurt, vive l'Europe !

"Les perdants au pouvoir", titre Der Spiegel

Le soulagement engendré par le vote positif et confortable (66,02%) de la base du parti social-démocrate allemand SPD en faveur de la grande coalition avec la droite modérée d’Angela Merkel, le 4 mars dernier, ne peut masquer la débâcle des partis qui ont fait la démocratie et l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, en Allemagne comme dans les autres pays fondateurs de l’Union Européenne. On ne peut absolument pas dire quelles en seront les conséquences. Il est certain que le paysage politique ne sera plus comme il a été depuis un quart de siècle voire un demi-siècle. Toujours est-il que le 4ème gouvernement Merkel depuis 2005 aura une majorité suffisante pour gouverner (53,5% des sièges au Bundestag), même si l'impression reste celle donnée par le "Spiegel" d'une association des éclopés (ci-contre). 

Seule la France s’en est bien tirée

En France, les dégâts ont été limités par la création d’En Marche, un parti dépassant les partis, et par le courant porteur de son brillant leader Emmanuel Macron. Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours a contribué à la formation d’une majorité de gouvernement, disparate certes, mais ceest une majorité. Les deux grandes forces de l’après-guerre, les LR héritiers du gaullisme, et le Parti socialiste, en sont encore à lécher leurs blessures. Le second surtout est grièvement blessé. Néanmoins c’est de tous les pays européens la France qui se porte politiquement le mieux avec un président vedette à sa tête, leader incontesté à l’intérieur et présent sur la scène internationale. S’ajoute à son avantage que Marine Le Pen est sur le déclin, que Jean-Luc Mélenchon semble à bout de souffle et que Laurent Wauquiez vient de décevoir ses partisans.

Allemagne : la Merkeldämmerung (le crépuscule merkelien)

En Allemagne, il ne faut pas se leurrer : la CDU d’Adenauer et Kohl, de Merkel aujourd’hui, a reculé à moins d’un tiers des suffrages et sa sœur bavaroise la CSU a atteint un plancher inédit aux dernières législatives tandis que le SPD de Willy Brandt et Helmut Schmidt chutait comme jamais, actuellement à 16% des intentions de vote, devançant d’un point seulement l’extrême-droite AfD (15%) entrée à la hussarde au Bundestag. L’Allemagne a un régime électoral mixte de scrutin majoritaire uninominal et de proportionnelle par partis qui a favorisé le multipartisme. D’où cinq mois de piétinements et de tortures pour former enfin un gouvernement assez compliqué et plutôt bancal, sans compter les relents de fin de règne de celle qui fut « la femme la plus forte du monde ».

L’Italie ingouvernable et europhobe

Alors que la Grèce et l’Espagne (malgré la Catalogne que Madrid a réussi pour le moment à ramener dans le rang) reprennent du poil de la bête et que l’extrême-droite a perdu du terrain aux Pays-Bas et est passée sous le joug en Autriche, c’est un pays fondateur de l’Union Européenne, l’Italie, qui succombe à la fièvre europhobique et extrémiste. Le chef de file du Mouvement europhobe 5 étoiles (M5S), Luigi Di Maio, vainqueur incontesté des législatives du 4 mars multiplie les discours martiaux. Il n’est pas encore certain de parvenir au gouvernement tant la confusion est grande. Toujours est-il que la première victime du scrutin est le Parti démocrate (PD) de l’ancien premier ministre Matteo Renzi, qui a subi une défaite humiliante, avec moins de 19 % des voix, son plancher historique.  Etsa lourde défaite n’a pas profité aux autres forces de gauche. Autrement dit, le problème est plus profond qu’une simple affaire. Presqu’un électeur sur deux a voté contre l’Europe.

La crise de l’Europe de Bruxelles

L’élection de l’Européen Macron a évité le Frexit. Et le Brexit dont les Britanniques mesurent aujourd’hui les dégâts, n’a pas été contagieux, car la menace extérieure et intérieure, le terrorisme, le risque d’un tsunami migratoire, l’incendie du Moyen-Orient et de l’Afrique subsahélienne, l’ombre des Titans chinois, russe et américain, poussent les États-membres de l’UE à resserrer les rangs. Les Etats européens ont peur de se retrouver seuls face aux dangers. L'Europe est devenue pour eux une sorte de police d'assurance. Mais une chose est certaine : en ajoutant aux votes divergents d’Europe occidentale la quasi-dissidence des États-membres de l’Union Européenne en Europe centrale et orientale, on peut dire que les citoyens européens votent de plus en plus contre Bruxelles et contre ceux qui suivent une politique de la Commission européenne largement inspirée par Berlin.

Le refus de l’ordre moral allemand

Deux remarques encore : premièrement, l’accueil illimité aux migrants proclamé par Mme Merkel en été 2015 et sa tentative d’imposer des quotas d’accueil à ses partenaires est largement responsable de la dégringolade actuelle des forces politiques pro-européennes. Merkel a voulu jouer un rôle historique en redorant le blason humanitaire de l’Allemagne et en comblant son déficit démographique, mais dans une Europe complexe, divisée par l’histoire et les crises, elle n’a pu imposer son ordre moral à ses partenaires. Chez elle, elle a propulsé à l’avant-scène un parti eurosceptique et antimigrants dont ses successeurs devront finir par s’accommoder.

Malgré une formidable mobilisation des médias, des églises et des associations caritatives et humanitaires en faveur des migrants avec le soutien des pouvoirs publics, l’opinion publique allemande reste hostile à l’islamisation du pays et à l’ouverture des frontières à des peuples allogènes non-européens. L’AfD a un bel avenir et la gauche rose ou verte a misé sur le mauvais cheval. Il y a des inerties populaires qu’on ne peut surmonter.

La proportionnelle contre la démocratie

Deuxièmement, les constitutions et les régimes électoraux de plusieurs pays européens ne permettent plus de faire face aux urgences actuelles. Cela vaut pour l’Allemagne en particulier, mais aussi pour l’Italie et d’autres. L'Allemagne d'après-guerre s'était dotée d'une constitution faite pour empêcher tout retour d'une dictature. Scrutin mixte mélangeant proportionnelle et majoritaire (voir article ci-après), régime des partis limitant les pouvoirs du chancelier, inaliénabilité des droits de l'homme et de la sphère privée, protection des citoyens contre la loi par une cour constitutionnelle, pas de recours aux forces armées sans vote du parlement. Il est évident que l'Allemagne où les petits partis pullulent à présent et entrent un à un au Bundestag, une réforme des institutions serait bénéfique, mais ce n'est pas Merkel affaiblie qui pourrait le mettre en oeuvre.

Réinventer l’Europe

Nous sommes confrontés aujourd’hui un dilemme : nos méthodes et nos valeurs politiques sont auto-destructrices. S'ajoute que les forces politiques mènent de faux combats et qu'on ne peut plus nommer les choses par leur nom sans se faire traiter de fasciste, d'extrémiste, d'hérétique. Chacun devrait pourtant balayer devant sa porte et mettre en œuvre après les réformes économiques les réformes politiques qui s’imposent.

Peut-être est-on arrivé à un point de blocage tel que le salut doit désormais passer par l’Europe. Une Europe qui serait en capacité d'agir bien entendu.

Autrement dit, il va falloir réinventer l’Europe. Et cette fois comme au début des années 1950 et 1960, la France est aux manettes. Sans doute Emmanuel Macron devra-t-il s’appuyer sur l’Allemagne comme dans les années 1980 et 1990 et comme Sarkozy s’était appuyé sur Merkel lors de la grande crise économique et financière de 2008-2010 pour tirer l’euro et l’UE de l’ornière, mais le projet Macron devra rallier à lui les Européens de bonne volonté. C’est la dernière chance et c’est une grande chance pour l’Europe. La fenêtre qui s’ouvre sur bien des vents contraires ne restera que quatre ans et demi ouverte. Si elle se referme sur le chaos, alors l’Europe atterrira sur le fumier de l’Histoire. (Paneurope France, ates67.fr, 6/03/2018)

Points de vue du Président de l’Union Paneuropéenne Internationale, Alain Terrenoire.

Le bunker de Junker

Les élections se suivent et se ressemblent. Pays après pays, les citoyens européens appelés aux urnes donnent, en langage différent,  les mêmes réponses, qui vont de la défiance au rejet de l’Union Européenne.  S’agissant du Royaume Uni, le BREXIT en a scellé le sort. La Hongrie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie,  après les Pays-Bas et la Grèce ont manifesté, de diverses façons, leur méfiance vis à vis des politiques menées par Bruxelles. L’Allemagne, à son tour, a ouvert la porte du Bundestag à l’extrême droite, avec laquelle la démocratie chrétienne autrichienne a choisi de gouverner. Et les Italiens viennent de s’offrir un inextricable rébus qui les place dans un labyrinthe, dont la sortie gouvernementale, s’ils la trouvent, ne pourra qu’être fragile et éphémère .

Mais, ce n’est pas au Français, signataire de ces lignes, de faire la morale à nos partenaires européens. Car, malgré les leçons tragiques de l’histoire, mon pays envoie au Parlement Européen, depuis bientôt trente cinq ans, des députés nationalistes et populistes. N’avons-nous pas aussi en 2002, comme en mai 2017, placé l’extrême droite, farouchement anti européenne, au deuxième tour de l’élection présidentielle ? Avec près de 34 %, Marine Le Pen y a obtenu un pourcentage de voix supérieur à celui de la CDU / CSU aux élections de septembre 2017 !

Pendant que cette irrésistible volonté démocratique se dresse, partout et de plus en plus, contre la politique européenne, y compris par l’irrédentisme catalan, les nuages noirs d’un monde menaçant s’agglutinent aux frontières de l’Europe.

Parmi ces nuages, la pression migratoire, irrésistible elle aussi, ne tardera pas à couler à flot vers les rives européennes, en reprenant son cours, à peine suspendu depuis deux ans.

Mais que fait donc l’Union Européenne pour au moins tenter de redonner l’envie d’Europe à ses citoyens désemparés ? Pas grand chose ou si peu ! Voir à la télévision Jean-Claude Junker, lors d’une soirée en smoking, traiter de stupide la décision de Donald Trump d’augmenter les taxes américaines sur l’acier et l’aluminium restera-t-elle pour la Commission Européenne, en charge de la politique commerciale des 28, sa seule réponse à ce coup de force ?

Au lieu d’imposer arbitrairement des quotas d’immigrés à des pays qui ne veulent pas les accueillir, ne serait-il pas plus urgent et efficace de mettre vraiment en place aux frontières extérieures de l’Europe les moyens nécessaires au filtrage d’une immigration, bien plus économique qu’humanitaire ?

Et ce ne sont que deux exemples, parmi tant d’autres, des carences de l’Union Européenne, face aux menaces qu’elle se doit d’affronter.

Alors, pour l’Europe, enfermée dans un bunker, dépassée par les évènements qui s’accumulent et incapable d’agir à la hauteur de ces enjeux, le moment n’est-il pas venu de lui changer son logiciel ? C’est en tout cas, à la fois mon sentiment et ma volonté d’y contribuer. (Alain Terrenoire, le 11 mars 2018)

Le très paralysant vote à la proportionnelle

Pour les élections législatives, deux types principaux de scrutin se présentent : uninominal majoritaire à deux tours et plurinominal à la proportionnelle à un tour. Même si dans certains pays, ces deux systèmes peuvent être associés, le fait d’utiliser ou non la proportionnelle devient déterminant pour que se dégage une majorité de gouvernement. Et ce fut pour tenter de l’éviter à ses successeurs annoncés par les sondages que Mitterrand la fit introduire aux élections de 1986.

Pour lui, nostalgique d’un système électoral qui lui avait permis d’être onze fois ministre en une dizaine d’années sous la IVe République, il s’agissait surtout d’une manoeuvre qui, en favorisant l’élection de députés du Front National, aurait du empêcher que se constitue une majorité gouvernementale. Mais, le président socialiste sut néanmoins profiter de la cohabitation qui suivit pour faire oublier l’échec de sa politique. En revanche, il se garda bien de revenir à la proportionnelle lorsqu’il récupéra sa majorité en 1988, grâce au rétablissement intervenu du scrutin majoritaire. Et ni Jospin, ni Hollande, ne tentèrent d’y revenir, ayant compris à leur tour les risques et les incertitudes que faisait courir l’usage de la proportionnelle.

Mais telle n’est pas la situation chez nos partenaires européens qui pratiquent, selon diverses modalités, la proportionnelle.

Lors des trois dernières élections en Europe, chacun a pu constater ce qu’elle pouvait entraîner comme conséquences politiques.

En Autriche, la démocrate chrétienne, ayant renoncé à son alliance avec les socio-démocrates a décidé de s’allier avec l’extrême droite pour pouvoir gouverner, à laquelle elle a confié des postes ministériels régaliens. En Allemagne, il aura fallu cinq mois après les élections de septembre 2017 pour que puisse se constituer un nouveau gouvernement de coalition en contradiction avec des engagements électoraux pris par les partenaires. Et maintenant, en Italie, la proportionnelle vient de faire éclater, dans la dispersion des partis, leurs incohérences populistes, qui rendront illusoire, éphémère ou fragile toute tentative de former un gouvernement durable.

Et c’est en ce moment, que nous revient sur la scène politique française le projet de réintroduire la proportionnelle. Certes, ce scrutin permet de fournir une photographie de la diversité des opinions. En revanche, il entraîne les partis politiques, ayant l’intention de gouverner,  à des compromis, souvent opposés à leurs engagements politiques devant les électeurs. Ce qui contribue à éloigner ces derniers de la démocratie. Après l’élection du Président de la République qui a indiqué ce que seraient ses principales orientations politiques, le scrutin uninominal majoritaire permet à une majorité parlementaire de se dégager au deuxième tour pour les soutenir à l’Assemblée Nationale pendant la durée du quinquennat. Introduire la proportionnelle, même à petite dose, ferait courir le risque de l’absence de majorité parlementaire et ferait dépendre la politique gouvernementale du bon vouloir et des exigences d’un groupe minoritaire.(Alain Terrenoire, /03/2018)

Dix ans d’indépendance du Kosovo

Quel honneur et quelle joie, chers amis Kosovars, chers amis Paneuropéens, que d’être ici, avec vous, à Pristina pour célébrer le dixième anniversaire de l’indépendance du Kosovo.

Après des siècles de dépendance et de soumission, le peuple Kosovar a acquis le droit de choisir librement sa souveraineté.

L’histoire du Kosovo et sa culture le justifiaient. Pour gagner leur liberté, les Kosovars ont ajouté à une longue résistance, beaucoup de patience, bien des souffrances et des sacrifices.

Et pourtant, j’ai lu encore récemment des déclarations ou des articles qui contestent votre droit à l’indépendance. Mais pourquoi, de l’ancienne Yougoslavie disparue, seul le peuple Kosovar se serait vu refuser ce droit ? Comme d’autres peuples, membres de cette fédération disloquée, il lui a fallu lutter, avec le soutien de ses alliés, pour l’acquérir.

Pour certains de ceux qui voudraient remettre en cause votre indépendance, il s’agit de la nostalgie d’un passé révolu qui avait permis à quelques uns, minoritaires, de dominer un vaste ensemble de peuples arbitrairement regroupés à l’issue des conflits qui s’étaient succédés dans les Balkans occidentaux. Pour d’autres, avec leurs complices, c’est une tentative pour renouer avec des influences que l’histoire a condamnées et pour quelques autres, ce n’est que la marque de leur mépris ou de leur méconnaissance des réalités de l’Europe du Sud Est.

En dix ans d’existence, le Kosovo, le plus jeune des pays européens, s’est courageusement engagé dans la construction d’un Etat responsable.

Pour cela, il poursuit ses objectifs nationaux et il conforte ses relations internationales.

Sur le plan national, le Kosovo a mis en oeuvre un Etat de droit qu’il veut conforme aux références du Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne. Et il se dote progressivement des infrastructures nécessaires au développement de son économie et de l’emploi.

Pour conforter ses relations internationales, le Kosovo privilégie ses liens régionaux avec tous les pays de l’ancienne Yougoslavie, parmi lesquels la Slovénie et la Croatie ont déjà rejoint l’Union Européenne, avec l’Albanie, pays frère par la culture, et avec l’ensemble des pays de son proche voisinage, en particulier la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie.

En revanche, il n’est pas dans l’intérêt du Kosovo de considérer la Turquie comme ayant vocation à rejoindre à court terme l’Union Européenne et d’y bénéficier de trop  d’influence.

Naturellement,  le Kosovo veut entreprendre les efforts indispensables à son adhésion future à l’Union Européenne.

Tout d’abord, je veux rappeler avec la plus grande fermeté, car cette question est également et souvent contestée par les mêmes qui s’opposent à son indépendance, que, comme tous les pays européens, le Kosovo a pleinement le droit à devenir membre de l’Union Européenne.

Pour nous Paneuropéens, c’est un point fondamental de notre engagement : la Paneurope, c’est toute l’Europe, sans exception.

Les autorités Kosovars le savent. Cette adhésion exige que leur pays remplisse les critères, économiques, administratifs et juridiques que les précédents candidats ont du respecter. Ce fut le cas, il y a bientôt cinq ans, pour la Croatie.

Mais, sachant que ce processus d’adhésion prendra plusieurs années, au nom de l’Union Paneuropéenne, je demande que tous les pays européens, ayant vocation à rejoindre l’union, puissent être associés aux conseils et aux réunions institutionnelles portant sur les questions de politique étrangère, de Défense et de sécurité de nos frontières extérieures. Car c’est bien l’ensemble du territoire, actuel et futur, de l’Union Européenne qui est directement concerné par ces sujets.

Nous, les européens de tous les pays, nous ne devons plus attendre pour nous saisir des conditions et des moyens de notre sécurité et de la protection de nos frontières. Les comportements incertains ou dangereux de dirigeants politiques, alliés ou rivaux,  nous obligent à compter d’abord sur nous pour assurer notre avenir.

n présentant les meilleurs voeux de l’Union Paneuropéenne Internationale à son Excellence Hashim Thaçi, Président de la République du Kosovo, pour le dixième anniversaire de son pays, j’adresse mon très amical salut à Arian Krasniqi, Président de Paneurope Kosovo, ainsi qu’à tous les Paneuropéens qui sont aujourd’hui rassemblés à Pristina. Vive le Kosovo libre et indépendant,  Vive la Paneurope ! (Discours prononcé à Pristina, le 18 Février 2018)                                               

Le grand village global n’existe pas

Ils cherchent vraiment la petite bête pour déclencher cette guerre islamique qui est leur raison de vivre. Des musulmans du groupe Darsgah Jihad-o-Shahada ont provoqué une émeute à Hyderabad, en Inde, en brûlant en public des couches Pampers blasphématoires. Puis ils ont porté plainte au commissariat de police, montrant l’objet du crime. Et l’on voit que le policier est fier d’avoir enregistré cette plainte « contre la compagnie Pampers pour avoir imprimé le nom du Prophète et avoir blessé les sentiments de la communauté musulmane, qui demande que soit mis fin à la vente et à la distribution de ces couches, et que soient arrêtés et punis les fabricants…".

Ce qui était en cause était le dessin d’un chat sur les couches. Si l'on prend l’œil gauche du chat et son museau, cela dessine le nom de Mahomet en caractères arabes, disaient ces vaillants djihadistes. Ce fait divers pose la question de l’incompatibilité culturelle entre les peuples et de l’impossibilité du multiculturalisme en Europe. Certes, nous n’avons guère à faire à des djihadistes hindous en France, mais bien d’autres ne sont pas d’un niveau supérieurà ceux-là et l’on frôle souvent dans les communautés immigrées ce même niveau de perversité atavique. Ce constat n’a rien à voir avec de la xénophobie. Il faut simplement admettre qu’on n’est pas tous pareils culturellement et que le grand village planétaire n’est qu’un mythe.

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« Ah la bonne heure, lisait-on en 2015 dans les gazettes d’outre-Rhin, tous ces immigrés musulmans qui arrivent nombreux chez nous, sont à 80% des enseignants, des ingénieurs, des avocats, des médecins. Ils vont remplir notre déficit de main d’œuvre et rendre des services énormes à la communauté nationale ». Et les entrepreneurs allemands, toujours aussi perspicaces en matière politique, applaudissaient, encensant Mme Merkel et sa « politique de bienvenue ». Car il et vrai que l’Allemagne manque terriblement de main d’œuvre qualifiée.

Il a bien vite fallu déchanter. Les fameux ingénieurs s’avéraient incapables de travailler dans l’industrie allemande qui exige un certain niveau de connaissances et de savoir-faire. Quant aux enseignants et juristes, ils avaient une tout autre idée de la culture et du droit que celle qu’on en a dans la civilisation occidentale. Mais bien pire, parce que dangereux, fut le cas des médecins. Voici que le Conseil de l’ordre des médecins de Westphalie-Lippe a tiré la sonnette d'alarme.

Selon le président de cet ordre des lacunes dans les connaissances professionnelles des médecins étrangers menacent de peser sur la qualité des soins donnés aux patients. Ceci ne concerne pas seulement les médecins immigrés, mais aussi ceux que l’on recrute dans des pays est-européens, africains et autres, pour travailler en Allemagne. Le problème est que le Conseil qui peut vérifier si ces gens sont vraiment médecins, n’a le droit de contrôler que leurs compétences linguistiques et non pas leurs compétences professionnelles pour leur délivrer le droit d’exercer. Ceci est de la compétence des administrations locales et régionales. « Nous trouvons inadmissible d’être condamnés à l’inaction lors que nous constatons des insuffisances professionnelles », déclare le Dr. Windthorst.

De telles incompétences ont déjà coûté des vies humaines en Westphalie–Lippe, comme l’attestent des décisions de justice. Un enfant est par exemple mort à la naissance dans un hôpital de cette région, suite au manque manifeste de connaissances, pourtant certifiées par son pays, d’une gynécologue venue de Libye. Cette doctoresse a été condamnée à une peine avec sursis pour homicide par imprudence. Néanmoins, elle a continué à travailler dans un autre hôpital.

La région ne peut se passer des médecins étrangers. Leur pourcentage parmi les internes des cliniques se situait début 2016 en Westphalie-Est-Lippe entre 48% à Bielefeld et à 80% au moins dans le district de Höxter.  Et pourtant, on s’acharne à maintenir le numerus clausus à l’entrée en Fac de médecine, pour ne pas parler d’un examen quasi-éliminatoire en fin de première année, contrôle certes utile, mais auquel n'ont pas été astreints les médecins venus de l’étranger.

Combien de Français, victimes de problèmes que l’on s’évertue à dissimuler, ont-ils subi les mêmes avatars pour ne pas dire pire ?

Allemagne : les partis divisés sur l’islam.

Un conflit se dessine au niveau politique en Allemagne au sein de la principale force de la nouvelle coalition gouvernementale. Alexander Dobrindt, chef du groupe parlementaire de la CSU chrétienne-sociale bavaroise a requis dans une interview la « sauvegarde de nos racines culturelles » et de « la marque judéo-chrétienne imprimée à notre pays ». Le « multiculturel » a, selon lui, échoué. Peu avant le chef de la CSU chrétienne-sociale et ministre de l’Intérieur du nouveau gouvernement Merkel, Horst Seehofer, avait déclaré que « L’islam ne fait pas partie de l’Allemagne ». Idée que la chancelière Merkel, chef, elle, du parti-frère CDU chrétien-démocrate, rejette. L’islam, a-t-elle dit dans son discours gouvernemental, fait partie de l’Allemagne.

Naturellement, les Verts soutiennent ce point de vue de la chancelière et réclament la démission de Seehofer. La ministre-présidente sociale-démocrate (SPD) de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer, a reproché à Seehofer d’amalgamer l’Islam comme religion avec le terrorisme islamiste. Ce serait, à son avis, du « populisme ». Cela revient, dit-elle, à « attiser inconsidérément les préjugés contre l’islam ». En réalité, on se demande si les sociaux-démocrates et les Verts ne sont pas aveugles. Jusqu’ici ils ne s’étaient pas distingués par une foi chrétienne excessive et l’on peut se demander si la promotion de l’islam qu’ils encouragent, n’a pas tout simplement pour but d’opposer une force allogène au christianisme européen. Heureusement le ministre-président de Saxe, Michael Kretschmer (CDU), a estimé publiquement que la déclaration de Merkel, selon laquelle l’islam a droit de cité en Allemagne, « manquait de concret ».

Le parti ultranationaliste AfD tire les marrons du feu. Il avait invité fin mars à un débat dans la commune de Kandel proche de Stuttgart, où en décembre la jeune Allemande Mia, 15 ans, a été assassinée par son copain, un certain Abdul, qui a prétendu avoir 15 ans lui aussi pour échapper à sa juste peine. En réalité, des tests médicaux ont révélé qu’il avait cinq ans de plus. Il était arrivé d’Afghanistan en 2016, sans papier et non accompagné. Naturellement, le meurtre de l’étudiante Maria qui avait été assassinée récemment par un réfugié du nom de Hussein. « Kandel est partout » était le slogan qui a rassemblé quelque 3 500 manifestants dans cette petite cité de 8 500 habitant. La gauche a dénoncé la présence parmi les manifestants de militants d’extrême-droite (NPD et identitaires), passés il est vrai presqu’inaperçus.

L’AfD demande la généralisation de tests médicaux des immigrés et naturellement un stop de l’immigration. Quand on voit ce qui se passe en France, on se demande si les fanatiques religieux ne devraient pas subir plutôt des tests psychiatriques au lieu de faire des exercices de tir. (JPP, 27/03/2018)

Des amis et des ennemis de la France en Allemagne

Wolfgang Schäuble

Il y a quand même de bonnes nouvelles : une majorité européenne s’est concrétisée le 22 janvier au Bundestag à Berlin quand les députés des principaux partis allemands, l’Union chrétienne-démocrate CDU-CSU, le Parti social-démocrate SPD, le parti libéral FDP et les Verts, et des collègues français ont adopté une résolution commune demandant une réédition du Traité de l’Élysée de 1962. Ce traité dont on rappelé à l’Assemblée Nationale ce même 22 janvier, 55ème anniversaire de sa signature, que son rapporteur avait été Louis Terrenoire, père de l'actuel Président de l’Union Paneuropéenne Internationale, Alain Terrenoire, avait jeté les fondations de la coopération et de l’amitié franco-allemandes. On a entendu au cours de cette séance les mots : « Nous faisons partie de la même famille ».

La résolution commune préconise des échanges plus intenses entre nos deux pays dans le cadre universitaire, en matière de politique étrangère et de sécurité, et à propos de la sauvegarde du climat.Elle recommande aussi des coopérations industrielles, notamment pour construire la voiture électrique et créer une agence de l’Innovation européenne qui se consacrerait notamment à des stratégies du futru, telles la diffusion de l’intelligence artificielle.Il est question aussi de renforcer des inrastructures trnsfrontalières facilitant la mobilité électrique.

Compte tenu des avancées réalisées depuis dans la construction européenne, il s’agit de « perpétuer l’histoire triomphale de ce traité dans un monde devenu de plus en plus complexe ». « Les Parlements qui sont le trait d’union entre la société et le gouvernement y assumeront une mission particulière ». C’est ce qu’a déclaré peu après le président du Bundestag Wolfgang Schäuble (CDU) devant l’Assemblée Nationale. Des députés allemands s’étaient en effet rendus ensuite à Paris avec leurs collègues français pour considérer ensemble une relance de la machine européenne. Wolfgang Schäuble, rappelons-le, a été  ministre allemand de l’Intérieur et des Finances. Il est président du Bundestag depuis 2017 et depuis 1972 député d’Offenburg en Bade-Wurtemberg à 20 kilomètres de Strasbourg.  

Son homologue français François de Rugy, beaucoup plus jeune avec ses 44 ans, a abondé dans son sens devant le parlement allemand. Rugy qui parle bien l’allemand avait été parmi les Verts l’adversaire de Daniel Cohn-Bendit qui l’avait traité de « petit idiot ». Originaire de Nantes, il s'est prononcé récemment contre la construction de l'aéroort de Notre Dame des Landes et va oeuvrer à la réduction d'un tiers du nombre sdes députés du parlement, comme le recommandes La République en marche. Exemple que la Bundestag avec ses 709 députés devrait bien suivre.

L’attention des Allemands a été attirée par l’attaque de F. de Rugy contre « le populisme ». Il s’agissait évidemment de l’AfD europhobe (Alternative für Deutschland) dont 94 élus siègent maintenant au Bundestag. Ceux-ci ne se sont pas levés pour acclamer la coopération franco-allemande et ont refusé de se rendre à Paris. Ce parti-frère du Front National français qui « fait exploser les sociétés et réduit la démocratie en cendres », comme l’a déclaré de Rugy, est en train d'alimenter en Allemagne une francophobie comme on n’en avait pas connu depuis le IIIème Reich, tout au moins au niveau des responsables politiques. Il faut bien retenir cela : des ennemis de la France siègent désormais au Parlement allemand.

Ils sont encore en minorité. Veillons à ce qu’ils ne deviennent pas une majorité et que le XXIème siècle n’imite par le XIXème siècle qui a engendré trois guerres meurtrières entre nos deux pays, en 1870-71, en 1914-1918 et en 1939-1945. Le Traité de l’Élysée a tiré un trait sous cette funeste période. (J.-P. P., 22 janviers 2018)

Refaire l’Europe : quels défis ? Un débat à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale avec Enrico Letta et Hubert Védrine

Enrico Letta

Enrico Letta a longuement insisté sur le fait que le monde avait changé depuis les débuts de la construction européenne, et qu’il fallait prendre en compte ces changements pour « refaire l’Europe ». Notamment, il faut adresser des clivages qui se font de plus en plus grands :

- Le clivage générationnel d’une part (surtout à cause du numérique et des nouvelles technologies)

- Le clivage territorial d’autre part.

Ce dernier clivage est particulièrement inquiétant car il affecte directement l’Union européenne. Le Brexit en est un exemple évident : les campagnes et les petites villes ont massivement voté en faveur du retrait du Royaume-Uni, tandis que les grandes villes ont toutes été favorables au maintien dans l’Union.

Citant David Googhart, Enrico Letta rappelle la distinction entre les « people from somewhere » - les personnes exclusivement attachées à leur territoire d’origine – et les « people from anywhere » - plus mobiles et cosmopolites.

Ainsi, l’accélération de la mondialisation a engendré des peurs liées à la perte des identités non seulement nationales, mais aussi locales (comme en témoignent la recrudescence des mouvements séparatistes dans toute l’Europe).

L’année 2016 a magnifié ces craintes : le Brexit et l’élection de Donald Trump en sont les exemples les plus frappants. D’ailleurs, les deux slogans – « Take back control » et « Make America great again » - font tous les deux références à un passé idéalisé : c’était mieux avant ! On peut aussi être surpris que ces deux messages aient réussi à percer dans deux pays anglophones et leaders de la mondialisation.

Refaire l’Europe est donc devenue une nécessité. Avec la mondialisation et l’explosion de la démographie (partout sauf en Europe1), les pays d’Europe n’ont d’autres choix que de faire front commun pour exister et continuer à influencer les autres régions du monde et diffuser les valeurs européennes.

Il faut admettre que les raisons d’être de l’Union européenne ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’il y a 60 ans. Si l’Europe a commencé avec cette image de Mitterrand et Kohl se tenant main dans la main dans un cimetière où des millions de jeunes français et allemands s’étaient entretués, aujourd’hui c’est une nouvelle image qu’il faut bâtir.

La responsabilité des pays d’Europe est la suivante : dans le monde de demain nous avons la responsabilité de faire en sorte que nos enfants puissent jouirent de ce dont nous avons nous-mêmes joui.

Le discours d’Emmanuel Macron à la Sorbonne est sans doute une excellente opportunité pour faire avancer les choses. Plusieurs des idées qu’il a avancé ont déjà fait leur chemin, comme par exemple les conventions démocratiques, rebaptisées consultations démocratiques et qui seront organisées dans une vingtaine d’États membres.

Il faut également comprendre le mécontentement des populations envers « Bruxelles » et la complexité du processus décisionnaire. Il est urgent de « débruxelliser » l’Union européenne : l’UE n’a pas vocation à devenir un « super État » dans lequel Bruxelles serait la capitale. L’idée d’une « Europe multi-capitales » est essentielle et l’identité européenne ne peut pas se substituer aux identités nationales.

Ce qui fait de l’Europe une construction moderne, c’est justement qu’elle est construite sur et à partir d’identités multiples. L’Europe est une « Union de minorités » et c’est ce qui la distingue des autres organisations mondiales.

Lorsqu’un État membre devient plus grand et plus puissant que les autres (ex :l’Allemagne depuis 10 ans), l’Union se retrouve alors en difficulté. Une Europe allemande ne fonctionnera pas et les leaders allemands le savent très bien. Seule la France peut rééquilibrer le pouvoir de l’Allemagne. L’idée est bien de conserver le caractère hybride et sui generis de cette Union.

L’Union européenne souffre d’un déficit démocratique : les citoyens européens ne sont pas toujours sur un même pied d’égalité. L’élection présidentielle française de 2017 a marqué un tournant dans la construction européenne. Si Marine le Pen avait été élue, tous les citoyens de l’Union en auraient été affectés. Ainsi, il est manifeste que le vote de certains citoyens, qu’Enrico Letta nomme les « citoyens de ligue 1 », ont plus de poids pour décider de l’avenir de l’Union européenne que d’autres, les « citoyens de ligue 2 ».

Il manque à l’Europe un vrai moment européen commun, lors duquel tous peuvent voter pour l’avenir de l’Union européenne.

Hubert Védrine

L’Europe est un mot valise. Durant plusieurs décennies, l’Union européenne a été conçue par de petits groupes, jamais par les peuples. Ces groupes ont négocié des accords successifs qui ont conduit à la construction européenne telle qu’on la connaît aujourd’hui. Puis, il a fallu prendre en compte l’opinion des peuples (à partir des années 90).

C’est à ce moment-là que les choses se sont compliquées. L’Union européenne traverse une crise globale : on ne sait plus quelle Europe peut répondre aux besoins des européens, surtout dans le contexte actuel de la mondialisation et du compte à rebours démographique et écologique.

Les opinions publiques en Europe sont déterminantes à chaque instant. Une erreur souvent commise est de mettre dans un même panier les anti-européens et les eurosceptiques. Or, pour bien comprendre l’étendue du problème, il faut impérativement établir une distinction. Les anti-européens sont aujourd’hui partout en Europe et, quoi que l’on fasse, ils ne changeront pas d’avis sur l’Europe. Les proeuropéens (du centre gauche et droit) sont minoritaires presque partout. En revanche les autres, les eurosceptiques, peuvent encore changer de camp : ce sont des gens devenus simplement sceptiques, qui ont été déçus par l’évolution de la construction européenne mais qui ne sont pas contre son principe.

Le populisme est devenu l’instrument de mesure de l’échec des élites.

La vraie menace pour l’Europe est interne : les peuples ont décroché et il est urgent de les récupérer, de faire en sorte que l’UE ne soit plus perçue comme un processus conçu par et au service des élites.

Les pro-européens idéalistes ont trop longtemps méprisés les opinions divergentes, celles qui contestaient l’Europe supranationale et fédérale. Les mots « souveraineté », « identité », « sécurité », ont été considérés comme des injures quasi fascistes.

Résultat : l’explosion des opinions eurosceptiques et anti-européennes et l’élargissement du fossé entre les élites et les peuples.

Aujourd’hui, il est urgent d’apporter une réponse raisonnable à ces demandes.

Il faut revenir aux questions fondamentales : comment s’exerce la souveraineté en commun ? Quel contenu peut ou doit avoir la souveraineté européenne ? On en revient toujours à la question de la subsidiarité.

La subsidiarité est totalement absente des débats actuels et personne n’envisage de la revoir. Aucun gouvernement n’a repris les propos de Jean-Claude Juncker et Frans Timmermans, président et vice-président de la Commission européenne, qui ont été les seuls à en parler (paradoxe !).

Il faut décharger la Commission qui, avec la complicité de la Cour de justice, a été bien au-delà de ses compétences !

Pour que l’Europe ne s’apparente plus à un rouleau compresseur, Hubert Védrine d’organiser une grande « conférence de la refondation » dont les objectifs stratégiques auront été identifiés en amont. Parmi eux, la subsidiarité et l’attribution des compétences.

Ce moment est un moment de pédagogie démocratique : il consiste à dire aux européens qu’on va s’arrêter un instant pour (enfin) les écouter.

Concrètement, il faut répondre à la demande des européens de maitrise des flux migratoires. Là, la Commission peut avoir un rôle important à jouer. Mais pour cela il faut redéfinir la subsidiarité. Sur ce sujet comme tant d’autres, les européens de l’Ouest n’arriveront pas à imposer leurs conceptions (multi-culturalistes) aux européens de l’Est. La menace de l’exclusion ne marchera pas. Il faut trouver un compromis.

Le problème de la Commission est qu’elle s’est souvent arc-boutée contre  Cessons d’opposer les méthodes intergouvernementale et communautaire ! La subsidiarité exige qu’on choisisse la meilleure méthode possible en fonction de la situation. Il faut une coopération intergouvernementale efficace et un système communautaire qui fonctionne.

Par ailleurs, Hubert Védrine n’est pas séduit par l’idée de noyau dur européen, qu’il considère être un « mythe inutile qui fait perdre du temps ». En effet, il n’existe aucune puissance supérieure capable de décider des États à inclure et exclure. La zone euro ne constitue pas non plus un noyau dur. De toute façon, ce n’est même pas nécessaire car les traités prévoient la possibilité de coopérations renforcées entre Etats volontaires et dans des domaines précis. Or, ce mécanisme n’a pratiquement jamais été utilisé…

Il faut encourager une Europe des projets ou par projets, et des coopérations à géométrie variable.

Jean-Louis Bourlanges

Intuitivement, les européens ont le sentiment que si l’Union européenne ne fonctionne pas, c’est parce qu’elle est abstraite. Or, en réalité, si elle ne marche pas comme on le souhaiterait, c’est d’abord en raison de ses défaillances institutionnelles.

En revanche, la zone euro est un contre-exemple. Si l’Europe n’a pas de compétence pour s’occuper des « choses importantes », la zone euro en a : c’est la compétence monétaire.

La Banque centrale européenne s’apparente à une institution fédérale, avec un leader, Mario Draghi, capable de prendre des responsabilités.

Donnez à l’Union européenne des compétences, des institutions et des responsabilités, et vous aurez une Europe qui marche. (Ce débat s’est déroulé le lundi 12 février 2018)

1 En deux générations la population mondiale est passée de 3 à 10 milliards. Les 7 milliards supplémentaires ne sont pas des européens…

Vladimir Poutine brandit son sabre

Le discours de Poutine “sur l’état de l’Union”, donné le 1er mars 2018 devant la Douma alors qu’il aurait dû être donné en décembre 2017, a changé de date suite manifestement à l’élection présidentielle, le “discours sur l’état de l’Union” devenant l’intervention centrale de Poutine dans la campagne, pour sa réélection. La plus importante partie du discours a été consacrée à l’économie, aux promesses d’amélioration du niveau de vie, etc., – un classique d’un discours électoral et des promesses de campagne, dont il restera ce que l’avenir permettra de réaliser et ce qui ne sera pas réalisé. Mais c’est l’autre partie du discours qui doit impérativement nous intéresser car elle concerne la situation du monde et constitue un formidable avertissement au bloc-occidental tel que nous le voyons aujourd’hui.

Dans cette partie de son discours, Poutine a révélé l’existence d’un ensemble absolument formidable de systèmes d’arme stratégiques, dont certains étaient jusqu’ici appréciés dans l’esprit du temps et les experts à mesure comme des projections encore fictionnelles, c’est-à-dire des projets avec un pied dans la recherche avancée et l’autre dans la science-fiction guerrière. La présentation de six grands programmes est extrêmement détaillée et concerne des systèmes en cours d’essais avancés et proches d’être mis en service, donc système d’arme effectifs et nullement à l’état de projet, et tous quasiment invulnérables à quelque défense que ce soit dans l’état actuel des choses. Il s’agit successivement...

• du nouvel ICBM Sarmat d’un rayon d’action de 17 000 kilomètres, avec les capacités révolutionnaires de ses têtes nucléaires autonomes et autoguidées, dont celles pour certaines d’entre elles de se mettre en orbite basse et d’attaquer à partir de cette position, c’est-à-dire venues de n’importe quelle direction ;

• d’un nouveau cruise missile à capacité nucléaire, avec moteur nucléaire, donc disposant d’une autonomie quasiment illimitée, et dont le fonctionnement avec ce moteur a été d’ores et déjà testé en conditions de vol opérationnel ;

• d’un drone sous-marin à propulsion nucléaire, d’une forme ressemblant à une torpille, évoluant à des profondeurs très basses (jusqu’à 1 000 mètres), avec une autonomie autour de 10 000 kilomètres et à des vitesses très élevées pour un engin sous-marin, de l’ordre de 56 à 100 nœuds (100 à 185 km/h) ; enfin, capable de porter les armes thermonucléaires les plus puissantes comme la bombe dite Tsar de 100 kilotonnes expérimentée au début des années 1960 ;

• du missile Kinzhal lancé d’avion, de capacité hypersonique (catégorie de vitesse de plus de Mach 5 [5 300 km/h à 11 000 mètres d’altitude]), armé de charges conventionnelles ou nucléaires. Il s’agit d’un missile lancé de bombardiers stratégiques de type Tu-95 et Tu-160, et sans doute du futur bombardier furtif en cours de développement ; sa vitesse implique qu’aucun missile antimissile existant n’est capable de l’atteindre. « Mes amis, la Russie a d’ores et déjà ce système d’arme », précise Poutine, signifiant que ce système est en cours d’intégration opérationnelle ;

• du “projectile” hypersonique Avantgard, qui est en cours de développement et d’essais, et qui présente la particularité de disposer d’ailes lui donnant la capacité d’évoluer en vol planant, sur des distances intercontinentales et à une vitesse de l’ordre de Mach 20, avec des capacités de bifurcations en plein vol d’une ampleur considérable. (Avantgard est dit “projectile” et non missile parce qu’il n’a pas de propulsion propre mais progresse selon l’énergie cinétique, probablement à partir d’un lanceur du type de l’ICBM Sarmat : « Il vole vers son objectif comme un météorite ou comme une boule de feu, précise Poutine. La température de sa surface externe atteint 1 600 à 2 000 degrés mais le bloc directionnel est protégé pour recevoir et contrôler un guidage effectif. ») ;

• d’armes à rayon laser : il s’agit d’une technologie connue et d’ores et déjà en service pour des systèmes à capacités limitées. L’application principale envisagée en théorie depuis des décennies (Reagan en parlait en mars 1983 dans le concept originel de la Stars War [la Strategic Deense Initiative], comme systèmes de destruction de missiles ICBM) porte effectivement sur la défense antimissiles, aux niveaux tactique et stratégique.

Le président russe conclut cette présentation de cette nouvelle panoplie par quelques mots concernant la vérité de ce qu’il a évoqué, et la raison profonde de cette évocation des capacités nouvelles de la Russie : « Nous devons être conscients de la réalité et être assurés que tout ce que je vous ai dit aujourd’hui n’est pas un bluff, – et ce n’est pas un bluff, croyez-moi, – de façon à nous donner matière à réflexion et à avertir ceux qui vivent dans le passé et sont incapables d’appréhender le futur, pour qu’ils cessent de faire tanguer le bateau dans lequel nous nous trouvons tous et qui se nomme la Terre. »

On comprend ce dont il s’agit. Le président russe veut absolument tenter de parvenir à bloquer ce déferlement d’agressions de communication contre la Russie, de pressions diverses, de dénonciations hystériques, qui ne cessent de mettre les principales puissances, essentiellement les USA et la Russie, dans une position de possibilité de confrontation pouvant conduire à l’affrontement nucléaire. Pour ce faire, il a adopté la démarche sans peu de précédents de détailler l’essentiel des programmes de modernisation de la puissance stratégique russe, de façon à mettre en évidence à la fois la détermination russe de ne rien céder, à la fois l’impossibilité d’espérer vaincre la Russie par intimidation ou surprise stratégiques, donc et à la fois enfin le risque d’anéantissement réciproque sinon global que fait courir ces jeux d’affrontement de communication et d’agression opérationnelle parcellaire risquant de mettre face à face des éléments des deux puissances.

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La première question est de savoir si Poutine ne bluffe pas. Il y a beaucoup d’arguments dans ce sens : la conduite générale des Russes et de leur politique jusqu’ici, jouant essentiellement l’exposition des vérités-de-situation, parfois brutales, pour contrer le déferlement de narrative du simulacre qui est opposé à la Russie. Poutine, homme prudent, rationnel et mesuré, n’est certainement pas homme à jouer “un coup de bluff ” de cette envergure et de ce poids ;l’évocation même de cette possibilité la ridiculise en même temps qu’elle est faite.

D’autre part, comme le met en évidence Alexander Mercouris dans un long texte du 2 mars 2018 surTheDuran.com, nombre des programmes présentés par Poutine sont plus ou moins connus dans leurs existences, leurs développements, leurs caractéristiques. Evidemment, le fait d’une énumération solennelle et officielle par le président russe crée un effet de choc de communication considérable. Mercouris, excellent dans son commentaire et sa présentation, fort bien documenté [voir notamment le rappel de la querelle sur les FOBS, ou Fractional Orbital Bombardment System, qui fut une des grandes polémiques stratégiques des années 1960], fait une présentation équilibrée du discours de Poutine.)

Pour autant se pose la deuxième question, – et comment, et de quel poids ! Car la deuxième question est donc de savoir si Poutine sera cru et si son message sera compris pour ce qu’il veut dire. Mercouris observe que « [l]a présentation du président Poutine a provoqué un mélange d’incrédulité et de ridicule aux États-Unis, affirmant que les systèmes d’armes qu’il a dévoilés n’existent pas ou que la Russie ne peut pas se permettre de les développer, et que sa présentation est un bluff. »

Il nous semble effectivement que c’est cette orientation que devraient prendre la plupart des réactions-Système dans les pays du bloc-BAO/aux USA, où la puissance d’influence du courant conformiste est absolument écrasante ; c’est-à-dire l’influence du conformisme au simulacre édifié durant ces dernières années, incluant la certitude de la puissance écrasante et vertueuse de la civilisation du « déchaînement de la matière » et l’évidence de la sauvagerie et de la barbarie incultes du reste, particulièrement de la Russie. Il nous paraît difficile que cette situation de conditionnement psychologique, — d’auto-conditionnement psychologique sous l’influence de forces extérieures écrasantes, – puisse être défaite par une intervention mettant nécessairement en évidence la tromperie de leur simulacre dans tous ses aspects, et qui reconnaîtrait à la Russie une puissance qu’on travaille depuis des années à lui dénier par tous les moyens possibles.

Quoi qu’il en soit, on admettra que Poutine met en place des conditions nouvelles pour sa nouvelle présidence. Quelles qu’aient été ses intentions, – et l’on ne peut en aucun cas douter qu’elles soient de l’ordre de la dissuasion (“Voyez notre puissance, inutile de nous provoquer”), – il nous paraît donc qu’elles seront appréciées par les folies déchaînées sur l’Ouest de la globalisation, jusqu’à “D.C.-la-folle”, comme la provocation insupportable d’un dictateur ivre de puissance. On notera qu’il n’y a rien de nouveau dans cette perception faussaire par des créatures qui sont des simulacres de zombies à force d’être zombies-Système.

Par contre, le résultat net, objectif, irréfragable, c’est que Poutine s’est planté au centre de la scène du monde comme président et délégué d’une nation extrêmement puissante, qui se dote des armes les plus impressionnantes pour protéger jusqu’au bout, jusqu’où il faudrait aller, son indépendance et sa souveraineté. Ce que Poutine a dit en vérité, – peut-être, sans doute, certainement sans le vouloir, – c’est quelque chose comme ceci, tel qu’il sera entendu : “Avec une puissance pareille sortie de la volonté de souveraineté d’une nation de si vieille lignée, on ne recule pas !

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Ce discours de Poutine est d’ores et déjà un classique, un évènement fondamental de la période. On doit l’examiner au travers de l’excellent texte de l’expert Gilbert Doctorow paru (en version originale) le 2 mars 2018 sur son blog dans le portail Une parole franche du quotidien de Bruxelles (où réside Doctorow) La Libre Belgique ; également sur le site Russia Insider le même 2mars 2018 (« The US Just Lost an Arms Race It Had No Idea Was Happening – “Heads Should Roll” »). Il écrit :

« À sa manière, ce discours était aussi important, peut-être plus important que le discours de Poutine à la conférence de Munich sur la sécurité en février 2007 dans lequel il exposait longuement les griefs de la Russie à l’encontre de l'hégémonie mondiale des Etats-Unis établie dans les années1990 aux dépens des intérêts nationaux russes. Ce discours (de 2007) avait marqué un tournant dans les relations américano-russes, nous conduisant à la confrontation extrême d'aujourd'hui. Le discours de jeudi ne suggère pas le début d'une nouvelle course aux armements, mais sa conclusion avec la victoire russe et la défaite américaine. »

“Je ne vois rien venir”...

Cet “autre aspect” du discours de Poutine que nous abordons ici, et que Doctorow aborde dans ce texte, est une question qui s’impose à l’esprit, une fois dissipée le premier choc devant le contenu du discours : comment l’IC américaniste (l’Intelligence Community), et plus précisément la CIA, tout cela chargé jusqu’à la gueule de palanquées de centaines de $milliards, n’ont-elles rien vu venir ? Car enfin, il s’agit de la plus énorme, de la plus pharamineuse catastrophe de point de vue du renseignement stratégique de toute l’histoire du renseignement en général.

Il ne s’agit pas d’un événement, d’un programme, d’une politique, d’un projet d’attaque, d’un fait conjoncturel que l’IC aurait raté, – ce qui arrive sans qu’il faille trop s’en émouvoir, puisque Errare CIA Est, – mais bien d’une tendance stratégique générale de rupture s’étendant sur de nombreuses années à venir, développée par le principal concurrent géopolitique des USA, et la seule puissance stratégique nucléaire avec les USA.

La fausse analogie du “missile gap

La catastrophe de l’aveuglement de l’IC porte sur divers programmes développés dans le même sens, à l’aide de technologies novatrices mais nullement inconnues, qui forment une rupture stratégique, qui n’étaient nullement tout à fait secrets, à propos desquels, certainement à propos de la plupart d’entre eux, des bribes d’information, ou des informations complètes ont été régulièrement publiées y compris en sources ouvertes sinon “très ouvertes“. Voici le passage où Doctorow s’exclame, absolument stupéfait du constat qui lui vient sous la plume :

« Cependant, plus important encore, les implications de l’intervention de Vladimir Poutine hier nous disent que les agences renseignement américains ont paisiblement sommeillé durant les 14 dernières années sinon plus. C’est un scandale national pour le pays de perdre une course aux armements dont il n’était même pas conscient. Des têtes devraient rouler, et le processus devrait commencer par des audiences appropriées au Congrès. Pour des raisons qui ressortiront plus clairement de ce qui suit, l'un des premiers témoins appelés à témoigner devrait être l'ancien vice-président Dick Cheney et l'ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

» Dans le passé, une telle révélation d'un si vaste écart de sécurité avec le principal concurrent géopolitique et militaire du pays conduirait à des récriminations politiques furieuses et à des accusations très graves. Ce qui s'est passé hier [jeudi 1er mars] est beaucoup plus grave que le “missile gap” de la fin des années 1950 qui a amené Jack Kennedy à la Maison Blanche après une campagne tentant de redonner de la vigueur à la culture politique US pour la réveiller des somnolentes années Eisenhower avec leur complaisance pour les questions de sécurité et bien d’autres. »

Doctorow fait la comparaison de renvoyer cette catastrophe du renseignement à celle qui fut faite en 1956-1960 à propos du missile gap. Pour le coup, cette comparaison nous paraît complètement inappropriée : tout comme le bomber gap qui l’avait immédiatement précédé, le missile gap qui définissait la révélation d’un avantage catastrophique pris par l’URSS sur les USA s’avéra rapidement être un montage de relations publiques d’un groupe politico-militaire belliciste, et notamment une attaque de l’USAF avec le général Le May contre les évaluations de la CIA. En réalité et au contraire, les USA avaient, à la fin des années 1950 et au début des années 1960, une forte marge de supériorité sur l’URSS en matière d’armes nucléaires stratégiques.

L’analogie invertie du Team B

S’il faut tenter de trouver un équivalent, ce sera certainement celui de la crise dite du « Team B » des années 1975-1977, lorsque la CIA fut accusée de sous-évaluer d’une façon considérable les dépenses militaires soviétiques pour favoriser la “détente” et le rapprochement avec l’URSS, et donc d’ignorer ce que les “faucons” d’alors jugeaient être une poussée soviétique vers la supériorité stratégique. L’on trouvait dans ces “faucons” la filiation des futurs neocons avec le sénateur Henry Scoop Jackson et quelques-unes des futures vedettes du mouvement comme l’alors-jeune Richard Perle.

Ce qui est remarquable dans cette analogie et pour la justifier, c’est que les “faucons”-neocons d’aujourd’hui, – c’est-à-dire, à peu près tout l’establishment washingtoniens, y compris la CIA et l’IC bien entendu, – se trouvent dans la position maximaliste antirussiste qu’on connaît (position des “faucons” d’alors contre la CIA de 1975-1977 accusée d’être “détentiste” et donc “favorable” à l’URSS). Ce qui rend la crise actuelle complètement inédite par son aspect inverti, par rapport à 1975-1977 notamment, c’est que cet antirussisme maximaliste est accompagné, comme l’observe Doctorow et comme nous le savons tous, d’une complète ignorance et d'un déni furieux des capacités et des progrès de la Russie, par mépris de la Russie et par le fait d'un hybris et d'une arrogance américanistes sans précédent. Il n’y a pas complaisance et volonté d’arrangement (éventuellement de la CIA) avec l’URSS comme l’affirmaient en 1975-1977 les adversaires de la détente, mais au contraire par l’aveuglement d’une psychologie en état de crise paroxystique, une agressivité sinon une volonté de destruction de la Russie, y compris de la part de la CIA ; et cela d’une façon si complétement méprisante pour cette Russie jugée plus que jamais comme un “État failli” qu’il est affirmé impensable que ce pays puisse arriver au niveau stratégique des USA, et même les dépasser de plus en plus largement comme c’est en train d’être le cas.

de surprise en surprise

Ce qu’expose Doctorow n’est pas une crise d’une mauvaise évaluation des capacités, c’est une crise psychologique empêchant tout jugement technique objectif, éventuellement rationnel à partir d’une raison qui ne serait pas subvertie, d’évaluation des capacités. En quelque sorte, – l’inversion est complète, – c’est la haine extraordinaire de la Russie, donc le négationnisme total de ses capacités, qui conduit à considérer la Russie comme infiniment moins puissante et moins capable qu’elle n’est. Toutes les démonstrations du contraire ne servent à rien contre cette psychologie en crise paroxystique qui ne cesse d’aller de surprise en surprise lorsqu’il s’agit des capacités militaires russes, tant tactiques que stratégiques...

« De plus, l’annonce jeudi du déploiement en marche et sur le point de l’être de nouveaux armements russes qui modifient l'équilibre des forces mondiales n’est qu’un cas parmi une série d’autres réalisations remarquables de la Russie au cours des quatre dernières années qui ont toutes surpris les dirigeants américains...

» La prise en main de la Crimée par la Russie en février-mars 2014 [...] effectuée sans coup férir [a été une “surprise” pour les USA et pour l’OTAN

» Puis le Pentagone a été complètement pris par surprise en septembre 2015, lorsque Poutine déclara à l’Assemblée générale des Nations Unies l’envoi d'avions russes en Syrie dès le lendemain pour mettre en place et débuter aussitôt une campagne contre Daesh et en soutien d’Assad. [...] Sur le même théâtre opérationnel, les Russes ont de nouveau “surpris” les Américains en mettant en place un centre de renseignement militaire commun à Bagdad avec l'Irak et l'Iran. Et encore, ils ont “surpris” l'OTAN en envoyant des missions de bombardement sur le théâtre syrien au-dessus de l’Iran et de l'espace aérien irakien après s'être vu refuser les droits de vol dans les Balkans. Avec des milliers de militaires et de diplomates basés en Irak, comment se fait-il que les Etats-Unis ne savaient rien des accords que les Russes négociaient avec les dirigeants irakiens ? »

“Comment se fit-il...”, sinon en raison du “Grand Sommeil” (Big Sleep) hypnotique où sont plongées la CIA et toutes les directions de sécurité nationale des USA, hypnotisées qu’elles sont par la narrative qu’elles suivent sans y rien comprendre (, respectant l’un de leurs caractères intellectuels fondamentaux marqué d'un affectivisme complet, qui est la certitude rationnelle et hystérique de l’inexistence de la Russie ? (Leonid Cherbachine, ancien chef du renseignement russe : « L’Ouest ne veut seulement qu’une chose : que la Russie n’existe plus. »)

A propos d’un titre

The Big Sleep (Le Grand Sommeil), expression qui figure dans notre titre, est le titre d’un roman de Raymond Chandler, porté à l’écran en 1946 par Howard Hawks, sur un scénario de William Faulkner, avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Cela fait beaucoup de grands esprits pour nous expliquer l’intrigue du roman/du film, particulièrement, extraordinairement complexe.

Un Wikipedia (français) sur le film, quoique maigrelet, nous donne l’essentiel de l’idée qu’il nous importe de développer ici qui est celle de l’incompréhension satisfaite du noeud de l'intrigue, – absolument acceptable dans la fiction cinématographique, absolument inacceptable dans le monde de la politique stratégique ; il rapporte dans sa rubrique “Autour du film” quelques avis intéressant... Avis intéressants pour le film certes, mais aussi pour comprendre l’attitude de la CIA et du reste de l’IC vis-à-vis de la Russie telle que leur antirussisme les pousse à la considérer ; tout cela, fort bien caractérisé à notre sens par ce titre The Big Sleep... Jusqu’à la remarque de Hawks sur la signification de ce titre : « Je ne sais pas, probablement la mort. En tout cas, cela sonne bien. »

« L'intrigue du film est particulièrement complexe, à tel point que le réalisateur du film Howard Hawks demanda à l'un des scénaristes, le célèbre écrivain William Faulkner, si l'un des personnages du film, appelé à mourir, était assassiné ou s'il se suicidait. Faulkner admit qu'il n'en était pas très sûr non plus, et décida de téléphoner à Chandler, pensant que l'auteur du roman original devait forcément connaître la réponse. À cette question, Chandler répondit qu'il n'en savait rien.

» La complexité de l'intrigue du film s'explique également par certaines coupes effectuées par rapport au roman. Ainsi le film supprime en raison du Code Hays toujours en vigueur aux États-Unis des éléments et personnages nécessaires à la bonne compréhension de l'histoire, comme l'existence d'un couple de gangsters homosexuels et d'une industrie clandestine de pornographie. Le réalisateur Howard Hawks avoua d'ailleurs : “Je n'ai jamais bien compris l'histoire du Grand Sommeil”.

» Interrogé au sujet du titre Le Grand Sommeil, Howard Hawks déclara : “Je ne sais pas, probablement la mort. En tout cas, cela sonne bien.” »  (dedefensa.org, 03 mars 2018)

Erdogan : sa nouvelle guerre

La dictature appelle la guerre comme la nuée l’orage. Recep Tayyip Erdogan vient de le prouver en faisant pilonner par ses canons et bombarder par ses avions le district d'Afrin au nord-ouest de la Syrie, sur la frontière turque, dont les milices kurdes YPG assurent la sécurité.

Ce qui se passe, c'est que la Turquie a ouvert un e nouvelle guerre en Syrie. Ce  conflit armé en territoire étranger pourrait durer longtemps bien qu’Ankara assure qu’il prendra fin quand « les buts seront atteints ». Il touche de près l'Europe, d'autant que la Turquie est encore officiellement candidate à l'adhésion à l'UE. Or, un pays qui déclenche des guerres ne peut entrer dans l'Union Européenne. Que sa guerre envoie encore des dizaines de milleirs de réfugiés vers nos pays, importe peu à Erdogan. L'émigration est une arme dont il se sert pour nous faire chanter.

Mais quels sont les buts du dictateur turc ? Il promet à ses adeptes une reddition rapide d’Afrin. Mais cela ne lui suffira pas. Le prochain objectif sera la conquête de la ville syrienne de Manbidch à environ cent kilomètres à l’Est d’Afrin. Et après ? Après, la réponse qu'il a donnée à à Washington qui l’appelait à « la retenue » et demandait que les opérations militaires « restent d’une portée et d’une durée limitées », en dit long : Erdogan a rappelé aux Américains que « leurs GIs se trouvaient toujours en Afghanistan ».

C'est un faux-fuyant évident en meme temps qu'une bravade, mais cela veut dire qu'il compte rester présent une petite éternité en Syrie pour écraser les Kurdes et conserver une partie du territoire après une paix improbable. Le président absolu d’Ankara sait que les États-Unis n’oseront guère lui barrer la route directement parce qu’ils redoutent une dislocation de l’Otan dont la Turquie est encore membre. S'ils l'acceptaient ils auraient poussé le Turc depuis longtemps hors de l'Alliance atlantique, vu son étroite coopération avec le rival des Etats-Unis Vladimir Poutine.

Avec l'accord du Kremlin

S’il fallait une preuve que l’offensive erdoganienne s’est effectuée avec l’accord du Kremlin, il suffit de signaler que les Russes avaient retiré préalablement leurs effectifs militaires d’Afrin afin de laisser le champ libre aux bombardements turcs. Selon des sources kurdes, le calcul des Russes serait plus machiavélique encore. Ils veulent pousser les Kurdes à se rapprocher de Bachar al-Assad, seul à même de les protéger contre Erdogan. Mais Assad a abandonné Afrin depuis plus de cinq ans aux Kurdes. Aurait-il les moyens de les protéger.

Toujours est-il que selon les rumeurs, Ankara accepterait le retour des troupes d’Assad à Afrin pour en éliminer les Kurdes détestés et haïs sous prétexte d’obturer le « corridor du terrorisme » qui va d'Afrin à Kobane, territoire que les Kurdes appellent « Rojava », mais « Rojava » n’est pas une unité, entre les deux s’étend un territoire syrien. C’est clair qu’Ankara veut éliminer les Kurdes de l’Ouest de la Syrie et davantage peut-être. Seulement, il y a aussi à Afrin qui se compose d’une bonne douzaine de villages et colonies, une forte communauté de Yezidis dont les Kurdes ont sauvé un grand nombre des sicaires de l’islamisme radical, ainsi que des Alaouites qui jouissent d’un statut de parias en Turquie. C’est clair que pour ces communautés, les militaires turcs ne sont pas ressentis comme des libérateurs, mais plutôt comme des oppresseurs d’un autre type.

Ce ne sont pas les Russes en tout cas qui viendront les aider. Une chose est claire : les États-Unis n’ont pas l’intention de laisser tomber les Kurdes. Ils forment une troupe frontalière kurde de 30 000 hommes au nord de la Syrie. Ce serait la raison pour laquelle la Turquie a procédé à sa deuxième intervention en Syrie après celle de 2016. Donc conflit avec Washington, mais les Américains sont gênés par leur soutien à Ankara qui date de la Guerre froide. Le ministre américain des Affaires étrangères Rex Tillerson n’a-t-il pas déclaré que la Turquie à « le droit légitime » de protéger ses citoyens « d’éléments terroristes " ?

Eliminer le peuple kurde

Or, ces "éléments", ce ne sont pas seulement les activistes du parti kurde d’extrême-gauche (le PKK), comme le prétend Ankara. C'est ce peuple kurde qu’Ankara a décidé visiblement d’anéantir. La Turquie a pratiqué jadis le génocide. On ne peut plus guère génocider à sa guise aujourd’hui, mais on s’y prend autrement.

La dictature se doit d’avoir un ennemi intérieur et extérieur. On le sait depuis le IIIème Reich. Et, à l’intérieur, il faut tenir tous les cordons. Ce à quoi a servi le prétendu putsch qui a servi à Erdogan de prétexte pour éliminer tous les droits démocratiques. La dictature doit aussi avoir une idéologie unanimiste et unificatrice. Elle s’appelle tout simplement l’islam.

Des visées en Afrique

La dictature erdoganienne a des appétits qui ne se limitent pas au Proche-Orient. Elle a inscrit également l’Afrique orientale et du Nord est dans son agenda. Le voyage du président Erdogan au Soudan, au Tchad et en Tunisie à la fin de l’année dernière s’est inscrit dans cette perspective qui l’a mené déjà dans de nombreux pays africains. La présence turque au Soudan musulman est officielle. Notamment sur l’ile de Souakin sur la Mer Rouge devenue chasse gardée turque.

Écoutons les propos éloquents et tout récents du porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin à ce sujet. Cette île, a-t-il dit, « a un très grand potentiel car elle s’ouvre sur la mer Rouge. L’Agence turque de développement et de coopération (TIKA) a restauré deux mosquées et un bâtiment douanier sur l’île. La suite viendra. Notre volonté est de réhabiliter totalement l’île et d’en faire une destination touristique. En effet, sous l’Empire ottoman, c’était un port important du Hajj et de l’Omra avant de se rendre à Djeddah ».

Selon certaines rumeurs, Souakin ne serait pas destinée uniquement au tourisme et à la prière, mais une base militaire turque serait dans les cartons, voire déjà sur le terrain. N’est-il pas curieux qu’à ses portes, l’Europe soit en présence de deux potentats qui veulent restaurer les empires perdus : Erdogan l’empire ottoman et Poutine l’empire soviétique.

C’est bien plus séduisant pour eux que d'adjhérer à une Union Européenne qu'ils méprisent. (ates67.fr, 23/01.2018)

Les Allemands et les immigrés allemands devraient visiter un camp de concentration

Sawsan Chebli

Il faut rendre obligatoire pour les Allemands et les immigrés naturalisés allemands la visite d’un camp de concentration – il faut que cela devienne pour eux un devoir : telle est la proposition de la secrétaire d’Etat berlinoise Sawsan Chebli, membre du parti social-démocrate SPD. Elle met en garde contre un « repli émotionnel » des immigrés. Tout en étant fondamentalement d'accord avec elle, nous ajoutons qu'il faudrait aussi rendre obligatoire la visite des anciennes prisons de la Stasi communiste en ex-RDA.

« J’estime que ce serait raisonnable que toute personne vivant dans ce pays soit tenue à visiter au moins une fois dans sa vie un ancien camp de concentration nazi. Et cela devrait s’appliquer aussi à ceux qui sont arrivés récemment parmi nous », a-t-elle déclaré le 7 janvier à l’hebdomadaire Bild am Sonntag. Des visites d’anciens camps de concentration devraient faire partie des programmes d’intégration des immigrés.

Le repli émotionnel peut devenir un problème

Musulmane et fille de réfugiés palestiniens, Mme Chebli, représentante à 39 ans de la seconde génération d’immigrés, déclare à propos de la troisième génération d'immigrés musulmans : « Ces jeunes gens ont plus de difficultés que ma génération à s’identifier à l’Allemagne. Ce n’est pas dû seulement à des discriminations et des rejets qu’ils ont subis, même si ça a quelque chose à voir avec cela ». Si le « repli émotionnel » de ces jeunes gens se renforce, cela peut vraiment poser problème. Il ne faudrait pas définir l’identité allemande en dressant des barrières. « Nous avons besoin d’une définition qui inclut tout le monde ».

Il faut assumer le passé nazi.

En décembre dernier, dans un article du quotidien berlinois Tagesspiegel, Sawsan Chebli avait appelé les musulmans à s’engager dans la lutte contre l’antisémitisme. Les musulmans allemands, estimait-elle, font partie de la société allemande qui n’en a pas fini, et de longtemps encore, de mettre à plat tout ce qui est resté en attente à propos du nazisme. En tant qu’Allemands, les musulmans sont co-responsables et doivent soutenir le refus de tirer un trait là-dessus et d’oublier ce passé. (Berlin, ates67.fr, le 7/01/2018)

Vers la politisation du harcèlement sexuel ?

Lors de la récente célébration des Golden Globes, des vedettes d’Hollywood vêtues de noir ont manifesté contre le harcèlement sexuel. Mais ce qui se passe dans l’art cinématographique n’a pas eu jusqu’ici autant d’ampleur dans le domaine de la politique. Or, dans la version en allemand de notre magazine, nous reproduisons une interview d’une députée des Verts allemands, Terry Reintke, qui estime que cela commence à être le cas.

Retenons tout d’abord que le "behaviour", comme dit la langue anglaise, en français les „comportements“, sont un sujet tentant et facile pour les journaux et magazines dans nos sociétés de l’abondance quand on est en mal de sujets scandaleux ou affriolants. Toute une presse à grand tirage vit de cela. Or, toute personne qui enfourche le cheval de bataille des « bonnes manières » et s’indigne publiquement de comportement immoraux ou impolis est assurée d’avoir une large audience et approbation et de gagner en popularité. Cela semble être une règle générale des sociétés humaines.

Or, rien ne se prête davantage à cette stratégie publicitaire que la sexualité. S’ajoute que le débat sexuel s’était un peu endormi après que le „mariage pour tous et toutes" et l’adoption par les couples homosexuels, voire la fécondation assistée, soient passés à l’arrière plan. Au fond, cela n’intéresse pas grand monde. Même le débat sur le « genre » s’est avéré être un vrai flop. On ne peut pas, à partir d'attrape-nigauds universitaires, chasser de notre société la vieille Eve et le vieil Adam, même si ladite société n’est pas un paradis. 

Malheureusement, dans notre civlisation en réseau, les nouveaux médias renforcent énormément la propagation de mouvements de masse et d'idées saugrenues. Il fallait donc s’attendre à ce que la nouvelle vague de scandales sexuels venant d’Hollywood gagne énromément de terrain. Les obsessions de masse viennent aujourd’hui souvent encore des États-Unis où des cercles puritains de gauche sont très actifs. Chez nous, les partis de gauche ont perdu le boutoir du marxisme et voient dans cette nouvelle campagne sexuelle, disons dans „l’arme du sexe“, un outil bienvenu pour déstabiliser la société sous prétexte de changer la vie.

L’interview de la députée des Verts allemands que nous publions dans notre magazine, version en allemand, montre clairement que la seconde étape de la campagne est déjà engagée, à savoir sa politisation avec pour but un échange de postes-clés dans la politique et l’économie après la culture. Des personnalités de la politique en vue doivent être stigmatisées comme étant des monstres sexuels. Visiblement, on cherche dans l’Union Européenne et dans nos pays un cas exemplaire répondant au cas Weinstein aux États-Unis.

Hélas, l’affaire Strauss-Kahn qui avait barré au président français du FMI l'accès à l'Elysée, est presqu’oublié et ne peut être réchauffé. Or, on aurait pu accrocher la campagne à un tel cas s'il s'était présenté et gagner ainsi le soutien de nombreux hommes et femmes influençables. Quel dommage que la campagne n’aie pas chez nous quelque affaire choc pour relancer le mouvement en Europe ! Car l’institutionnalisation de la campagne de dénonciations ne suffira pas sans cas précis. La Sainte Inquisition le savait déjà il y a cinq siècles. Il faut fabriquer des coupables.

Admettons, certes, il faut admettre qu’il ne peut y avoir de fumée sans feu. Les Indiens de la Prairie le disaient déjà. Certes, depuis l'anthropopitèque, bien avant Hollywood, il y a eu des cas très dégoûtants de harcèlement. Mais parfois aussi moins dégoûtants quand des actrices misent davantage sur leurs charmes corporels que sur les fameuses valeurs de l’esprit et du cœur. Ce qui naturellement attire des prédateurs nantis et sans scrupules. Comme dans les divorces, la responsabilité est souvent partagée. Normaelemnt toutefois, l’instinct, pour le dire clairement, qui pousse depuis toujours des hommes et des femmes à se rapprocher, a également engendré l’amour courtois et le romantisme, les fleurs et les poèmes, et aussi fait naître des enfants. Donc en somme de la culture et de la vie, voire du bonheur.

Il arrive en amour que cela commence mal et finisse bien quoique ce soit parfois l'inverse... enfin, mieux vaut que cela commence bien et ne finisse pas mal. Au-delà, il existe des lois contre la brutalité et le viol. Mais elles ne protègent pas suffisamment les femmes battues et humiliées, notamment dans les milieux issus de l'immigration. C'est là qu'il y a un vrai problème. Mais cet aspect "culturel" dans des groupes de population allogènes ne semble guère préoccuper les féministes fanatiques.Evidemment, les auteurs de violences conjugales n'exercent pas de fonctions éminentes et sont des immigrés intouchables, musulmans de surcroît.

Ce serait en tout cas dommage que des activistes fassent de la sexualité quelque chose de sale et classent a priori les Messieurs qui aiment et admirent les femmes, de „pigs“. Allez donc apporter la preuve que vous n'êtes pas un cochon ! Ce que peut produire cette campagne, c'est que notre société devienne plus froide, moins spontanée, avec plus de distance et plus de méfiance. En Suède déjà, paraît-il, il faut signer un agrément devant notaire pour coucher. C'en est fait des allumettes suédoises ! Certes, le viol et la pression physique sur les femmes sont à condamner vigoureusement, mais qu'un compliment ou un baise-main devienne un délit, voilà qui est inquiétant. Les caméras n'osent même plus filmer leurs jambes et le Burkini va devenir la règle sur les plages, au train où l'on va.

La morale d'accord, mais quand la morale devient campagne, on est en présence d'une idéologie : le moralisme.

Heureusement la résistance se profile contre la nouvelle lutte de classes sexuelle. En Autriche p. ex., allant à contre-courant, la célèbre actrice Nina Proll a exprimé de fortes critiques contre cette campagne. Elle a été forcément attaquée, mais elle a pu exposer ses arguments dans une interview sur une des meilleures chaînes de radio. L'actrice Sharon Stone s'est moquée. Brigitte Bardot, 84 ans, a jugé dans "Paris-Match" les accusations formulées par certaines actrices "hypocrites et ridicules" et faites "pour qu'on parle d'elles". Elle-même n'a jamais été harcelée sexuellement et a toujours bien accueilli les compliments sur son physique. Enfin, un document signé par cent femmes dont l'actrice Catherine Deneuve a estimé notamment que la "liberté d'importuner" fait partie de la "liberté sexuelle".

Il semble donc que le balancier soit reparti assez rapidement dans l’autre sens. (ates67.fr. 9.01/2018)

La victoire de Sebastian Kurz en Autriche : un projet anti-Merkel ?

Sebastian Kurz

Le résultat des élections du 15 octobre dans la petite Autriche (8.772.865 habitants le 1er janvier 2017) pourrait changer mainte chose en Europe. Si le vainqueur, le chef de file du parti chrétien-démocrate VPÖ Sebastian Kurz, formait une coalition avec le parti populiste de droite FPÖ de Christian Strache, qui aurait presque atteint la seconde place dans les urnes avec ses 26% des suffrages, on réfléchirait dans d’autres Etats membres de l’Union Européenne à résoudre les problèmes les plus actuels, à savoir le terrorisme et l’immigration de masse en se déplaçant vers la droite.

Kurz sera à 31 ans le plus jeune chef de gouvernement européen. Il a nettement gagné avec 31,6% alors que son principal rival, le SPÖ socialiste n’a obtenu que 26,9% des voix. Il est tout à fait probable que l’actuelle coalition SPÖ-ÖVP touche à sa fin, tout comme celle de la CDU/CSU-SPD en Allemagne. A certains moments, lors du comptage des voix, on a même cru que le FPÖ allait passer devant le SPÖ. Cela aurait été le cas si le FPÖ n’avait pas dû c »der tellement de voix à l’ÖVP.

Selon l’analyse des transferts de voix, l’ÖVP a mobilisé à hauteur de 84% son électorat traditionnel et en même temps profité de reports de voix du camp de l’utradroite FPÖ. C’est ce qu’indique une analuse de l’institut de sondages Sora. A Vienne, le parti de Kurz ÖVP a distancé le parti nationaliste FPÖ de Strache. Sur les 1,6 millions de votants ÖVP, 168 000 proviennent du FPÖ, 121 000 du camp des abstentionnistes et 84 000 sont d’anciens partisans des Verts. Le FPÖ a quant à lui attiré des votes d’anciens socialistes, 155 000 au total. Le SPÖ a été sauvé par 161 000 votes d’anciens écologistes et en puisant dans le creuset des ex-abstentionnistes.

C’est en menant une politique de droite dure que Sebastian Kurz a gagné des points dans l’électorat autrichien. Le tournant de sa carrière de ministre des Affaires étrangères avait été le 9 mars 2016 quand il ferma sur sa frontière la route des Balkans qui ouvrait l’Autriche aux réfugiés venant de Turquie, et ce contre la volonté d’Angela Merkel. A l’époque, Wolfgang Schäuble lui demande ironiquement si Mme Merkel l’avait remercié. Naturellement, elle s’en était abstenue. Reste que la réduction du flot de réfugiés uqi en résulta l’avait sauvée. C’est pourquoi le résultat du vote autrichien aura une influence sur la formation du gouvernement allemand en cours de négociations.

Ceci dit l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) à droite de la CDU/CSU en Allemagne est trop remuante et comporte dans ses rangs trop de nostalgiques du nazisme pour être coalisable. L’Allemagne n’est pas l’Autriche. Les relents du nazisme sont bien plus mal perçus en Allemagne qu’en Autriche. Et le groupement „Bleu“ créé par la dissidente antinazie de l’AfD, Frauke Petry, n’est pas encore assez solidement établi comme parti politique pour pouvoir entrer au gouvernement. De telle sorte qu’une coalition « jamaïcaine » CDU/CSU-FDP-Verts est plus que probable en Allemagne. Cependant le vote autrichien aura des répercussions sur le statut de la chancelière. Angela Merkel n’est plus incontestée jusque dans son propre parti, d’autant que son score aux législatives du 24 septembre dernier a tété le plus mauvais pour la CDU depuis la fondation de la République fédérale en 1949. Un courant très fort dans la CDU avec pour chefs de file le ministre-président saxon StanislawTillich et le membre du présidium du parti Jens Spahn plaide en faveur d’une évolution vers la droite. Plus du tiers des Allemand estiment que Mme Merkel ne devrait pas finir ses quatre ans de législature, mais passer le témoin à un successeur, femme ou homme.

La victoire de Kurz en Autriche va changer la donne en Europe pour les partis conservateurs. C’est ce que pense le politologue de Salzburg Reinhard Heinisch. « C’est un contre-projet face à celui de Merkel et de sa CDU », estime-t-il. Kurz s’est emparé du thème de l’immigration avec une « perfection stratégique inégalée » en déplaçant son parti vers la droite et il a « saisi comme pas un le retournement d’opinion dans son pays». Durant sa campagne, Kurz s’était prononcé pour une stricte règlementation de l’immigration. Il a dit vouloir réduire à zéro l’immigration illégale, pousser les Italiens à la refuser et lui barrer la route de la Méditerranées avant l’embarquement.

Le politicien du FDP Wolfgang Kubicki qui pourrait bientôt obtenir un portefeuille dans le futur gouvernement allemand, a déclaré lors d’un talk-show télévisé dans son pays que les résultats de la CDU auraient été tout autres si Mme Merkel avait adopté une attitude proche de celle de Kurz et qu’en pareil cas, la CSU en Bavière aurait obtenu 58% au lieu de 38%. La CDU va devoir se rendre compte qu’en imitant l’Autrichien Kurz, a estimé Kubicki, elle pourrait obtenir des majorités gouvernementales beaucoup plus confortables.

 Plus jeune que Macron : Sebastian Kurz

Mais qui est Sebastian Kurz ? Avec sa compagne, ile futur chancelier d'Autriche habite toujours à Vienne-Meidling où il était né le 27 août 1986. C’est un quartier populaire avec de nombreux snacks kebab et des studios de bronzage. Malgré ses études de droit, il a gardé un parler populaire et n’hésite pas à trouver une affirmation « idiote » quand il le faut et à dire « C’est pas croyable » quand c'est absurde. « Je dis ce que je pense », telle est sa devise. On croirait entendre du Macron. Ceci dit, M. Kurz vous écoute quand vous parlez et il aspire vos information comme une éponge, une qualité qu’avait encore Angela Merkel, elle aussi, quand elle était plus jeune.

Sebastian Kurz, 31 ans, 1m 86, s’affirme proche du peuple. Il volait vers New York aux Assemblées de l’ONU en classe économie, mêlé à tout un chacun et mangeait le menu du bord quoique ministre des Affaires étrangères de son pays. En revanche, il se débrouillait pour ne pas être relégué parmi les petit Etats et pour prendre l aparole parmi les grands, comme si l'Autriche était encore à l'ère des Habsbourg. Mais il est vrai que son pays joue à présent un rôle clé dans le glacis européen, barrière devant les Balkans, fédérteur des Etats de l'ex-Yougoslavie, ouvert à l'Europe centrale et en première ligne sur la question des migrants.

Sa mère était institutrice et son père ingénieur au chômage. Au début des années 1990, pendant la guerre en Yougoslavie, ses parents avaient hébergé chez eux des réfugiés bosniaques. Sebastian Kurz prétend n’avoir pas voulu faire de la politique. Cela lui serait venu spontanément. Mais on peut en douter quand on voit le raffinement de sa stratégie et la discipline de fer qu’il s’impose sous ses dehors décontracté. Son OPA sur la chancellerie autrichienne aurait été planifiée depuis longtemps par lui et ses collaborateurs. Le magazine viennois « Falter » a publié des documents confidentiels de son équipe listant ses déclarations publiques (wordings) et ses rendez-vous avec des journalistes (interview avec des journis), les plans de remodelage radical de son parti et les noms des donateurs potentiels, voire des plans de batailles. Kurz apprit cette « fuite » alors qu’il était en train de déguster un « filet Mignon » au « Wolfgang’s Steakhouse » de New York. Il commença par démentir, par pester contre les journalistes indiscrets pour finalement avancer que « ce n’était pas un crime que d’avoir envisagé de devenir président de son parti », mais naturellement, il ne projetait "pas un putsch" contre le chef de l'ÖVP  de l’époque.

Il fit dépendre sa candidature à la tête du parti de sept conditions, rien que ça. En fait, il voulut avoir le pouvoir de tout décider lui-même dans les principaux secteurs. Les caciques de l’ÖVP se prosternèrent devant ses exigences. De « noir » qu’il était, le parti vira au "turquoise" et sa liste électorale ne s’appela plus Parti populaire autrichien, mais « Sebastian Kurz – Le nouveau parti populaire ». Ses adversaires critiquèrent en vain le mot « nouveau », étant donné que seul ou en coalition l’ÖVP était depuis 30 ans au pouvoir, mais la nouveauté était Sebastian Kurz. Il n’était pas toutefois autoritaire, il adopta la tactique d’Angela Merkel : quand on vous attaque, vous laissez passer le vent du boulet et ensuite seulement, vous faites quelque petite avance à vos adversaires.

Nommé à 24 ans secrétaire d’État à l’immigration, Kurz a fait de ce sujet son cheval de bataille, volant à ses adversaires populistes leur objectif principal, à savoir barrer la route à l’immigration de masse dans la sécurité sociale et ne donner un minimum vital qu’aux immigrés ayant obtenu un droit de séjour. Ses adversaires l’ont décrété « Prince Coeurdefer » quand il barra la route à l’immigration en 2016, mais il avait raison, il n’y avait plus d’autre issue. L’Autriche est le pays d’Europe qui a le plus fort pourcentage d’immigrés dans sa population. Il envoya des lettres comminatoires à se homologues de l’Union Européenne et traita de mensongère la « politique de bienvenue » à la manière allemande. Et de s’indigner publiquement quand des collègues ministres du gouvernement de coalition gauche-droite auquel il appartenait, allèrent accueillir fraternellement des réfugiés en gare de Vienne.

Avant d’envoyer l’armée barrer la route de l’exode vers l’Autriche et l’Allemagne, il contacta les éléments conservateurs du gouvernement allemand pour assurer ses arrières au cas où la chancelière ne le lui pardonnerait pas. Puis il exigea contre Mme Merkel, contre les sociaux-démocrates allemands et contre Bruxelles que l’on abandonne les négociations d’adhésion avec la Turquie. Et finalement, le gouvernement allemand se rallia à sa position sans le dire, car Mme Merkel a ceci de particulier qu’elle n’admet jamais une faute, même quand elle finit pas concéder qu’il faut limiter le nombre des réfugiés en Allemagne à 200 000 par ans, exigence de son partenaire bavarois Seehofer qu’elle avait toujours rejetée d’un revers de manche.

Il faut dire aussi qu’une affaire de corruption parmi les proches du chancelier social-démocrate sortant Christian Kern, affaire qui a mené un des conseillers de celui-ci, Tal Silberstein, en prison pour blanchiment d'argent, a aidé Kurz à grimper dans les sondages. Mais un homme politique, pour réussir, ne doit-il pas avoir de la chance ? Espérons pour lui qu’il en aura longtemps encore. (J.-P. P.)

Nous rejetons le démembrement de l'Europe qu'entrainerait l'indépendance de la Catalogne

Avec nos amis de Paneurope France, nous rejetons le démembrement des États européens dont la tentative de sécession de la Catalogne pourrait être le catalyseur. Heureusement, la première grande manifestation contre l’indépendance de la Catalogne a rassemblé à Barcelone le dimanche 8 octobre 2017, selon la police, quelques 350.000 participants. La participation, supérieure peut-être à ce chiffre officiel, a outrepassé les espérances de ses initiateurs. Ce vaste rassemblement pacifique était animé du souci de neutraliser une crise qui pourrait tourner à l’effusion de sang. Une chose et sûre: les velléités séparatistes de la Catalogne ont réveillé le patriotisme espagnol.

Certes, il n’y avait pas que des Catalans dans les  rues de Barcelone. De nombreux citoyens et citoyennes venaient d’autres régions d’Espagne, y compris de Madrid où deux manifestations avaient déjà rassemblé le jour précédent des dizaines de milliers d’Espagnols, l’une pour « l’unité » de l’Espagne, l’autre pour le « dialogue » entre les Catalans et le reste du pays, dans un esprit de conciliation, mais aussi de refus de la partition. Le prix Nobel de littérature de nationalité espagnole et péruvienne Mario Vargas Llosa a assuré dans un vibrant appel qu’aucune « conjuration indépendantiste » en Catalogne ne détruira la démocratie espagnole.

Nous pouvons aussi reprendre la dernière citation d’un excellent article du « Figaro » sur " la fabrication du nationalisme catalan : " La société catalane est en proie à une pathologie nationaliste anachronique, vieille de 150 an qui resurgit aujourd'hui. Et il est devenu presque impossible de démêler tout ça."

Après les débordements indépendantistes des derniers mois et semaines, cette manifestation a créé la surprise et montré que, très probablement, les indépendantistes ne constituent la majorité ni en Espagne bien entendu, ni dans la région concernée. Bien des gens sur notre continent ont éprouvé un soulagement et réalisé que ce qui se passait en Catalogne les angoissait alors qu’ils n’en avaient pas encore pris conscience. Qui a donc envie de rapetisser dans un monde de géants où le regroupement en grandes entités défensives semble seule à même de nous protéger ? Dans son appel, Vargas Llosaa rendu un hommage appuyé à la ville de Barcelone, « capitale espagnole de la culture », ouverte sur le monde, critiquant ainsi indirectement le repli sur soi des indépendantistes. Il avait semblé un moment que les attentats terroristes de Barcelone et de Cambrils les 17 et 18 août derniers donneraient à réfléchir aux Catalans, de la même manière que le terrorisme a contribué ailleurs sur notre continent à enrayer la propagation de « l’effet Brexit ». Mais, en Catalogne, le fanatisme régionaliste métamorphosé en nationalisme local est si puissant que rien n’y a fait. Il met des œillères à ses partisans qui semblent ne pas anticiper la catastrophe à laquelle ils aspirent.

Risque d’esseulement

Après avoir observé tout cela de très loin et respecté la règle de non ingérence, estimant apparemment que les Espagnols, catalans ou non, devaient laver leur linge sale en famille, les Européens ont fini par comprendre qu’ils ne pouvaient rester indifférents. Car le mouvement catalan implique un risque de contagion et d’effet domino menant à l’émiettement des États membres de l’Union Européenne et, qui plus est, de la zone euro dont l’Espagne fait partie. L’Europe a déjà suffisamment de difficultés actuellement pour ne pas en rajouter par la sécession de régions au cœur des États qui la composent. Or, c’est ce qui se produirait si la maladie catalane contaminait l’Europe. Ce qui meut les indépendantistes qui se sont hissés au pouvoir à Barcelone est petit et médiocre, entaché de sentimentalité linguistique et culturelle, avec le danger en effet de multiplier un peu plus les langues pour ajouter des étages à la Tour de Babel européenne. Surtout, les indépendantistes catalans n’avaient pas davantage réfléchi que les partisans britanniques du Brexit aux conséquences de leur initiative. Ils se rendent compte maintenant qu’au lendemain d’une indépendance très artificielle, ils devraient assumer l’esseulement politique, le remboursement de leur immense dette envers leurs ex-partenaires, l’amputation de marchés non seulement espagnols mais aussi européens et l’exclusion des programmes communs et des coopérations renforcées. Ils sortiraient automatiquement de l’Europe.

Les deux tiers voire les trois quart des citoyens d’Europe ne veulent plus changer ces acquis. Les Catalans qui attendaient le soutien de Bruxelles ont été déçus. L’Europe des régions ne peut devenir une Europe des micro-États. A l’avant-veille de la déclaration d’indépendance du président catalan Carles Puigdemont, Bruxelles a refusé d’approuver l’indépendantisme et de se laisser contaminer par la fièvre qui a frappé une minorité agissante des Catalans, faisant monter la température de trente à quarante degrés en quelques mois. Du coup, l’aveuglement et l’irréalisme des indépendantistes catalans sont devenus évidents. On a compris qu’ils avaient allumé un feu de paille en exploitant le nationalisme culturel et en propageant la victimisation après les interventions policières ponctuelles du 1er octobre. La désertion de trois grandes banques et de quelques grosses entreprises barcelonaises qui choisissent de migrer vers Madrid ou d’autres villes d’Espagne a montré que l’ambition nationaliste catalane n’était pas sérieuse. Les comptables des banques et entreprises doivent compter leurs sous et protéger leurs salariés et leurs clients. Les utopies politiques ne figurent pas leur agenda. L’exemple britannique est assez dissuasif pour qu’on refuse l’« exit » de l’euro et de l’Union Européenne.

 Qui tire les ficelles ?

 On n’a pas encore étudié sociologiquement le mouvement indépendantiste catalan ni les origines de sa montée en puissance sous le coup d’une propagande bien orchestrée, mais il y a fort à parier qu’il est porté par des nationalistes régionaux traditionnalistes auxquels se sont joints comme toujours des jeunes sans expérience en quête d’action et de mouvement et des agitateurs de partis extrémistes exaltés par la crise économique et désireux de casser les cadres et entités existantes pour semer le chaos et . De telles tendances existent dans d’autres pays européens, avec, actuellement, une propension évidente à un régionalisme étroit et militant hostile au centralisme réel ou prétendu des capitales. En France, le découpage en grandes régions est une tentative encore bien imparfaite de freiner cette dérive en répondant à ces aspirations dans un cadre légal et raisonnable. Peut-être la France pourrait-elle être plus fédéraliste à la manière allemande. Mais, attention, l’indépendantisme ethnique et régional existe réellement dans un État fédéral tel les Pays-Bas. On est en droit par ailleurs de s’interroger sur des velléïtés identitaires en Europe,n en Corse ou Haut Adige, pour ne pas parler de l'Alsace, de la Bretagne ou du Pays Basque qui ne pourraient qu'apporter misère et malheurs et non le paradis sur Terre qu'imaginent leurs promoteurs.

Avec les fièvres nationalistes et le Brexit, les mouvements migratoires de demandeurs d'asile et de réfugiés économiques, les attentats islamistes, le regain de l'impérialisme russe et les dangereuses incertitudes et provocations américaines, l'Europe, avec la Catalogne, est maintenant soumise aux menaces de dislocations régionalistes. Leurs succès seraient tout autant destructeurs pour l'Europe. Celle-ci s'est construite sur la diversité et les spécificités des États membres lors de leurs adhésions respectives à l'Union Européenne. Il y a les monarchies parlementaires, les républiques fédérales et les républiques plus centralisées. Mais aucun des 28 (27) États membres n'est identique à un autre dans sa structure et son fonctionnement institutionnels. L'Europe n'a de sens que dans la prise en compte de sa diversité. Elle est le fruit, l'addition et le puzzle de ses diversités constitutives, historiques, géographiques et culturelles. C'est le produit de l'histoire. C'est un ensemble hétéroclite, donc fragile. Toute tentative de le remettre en cause lui fait courir un risque existentiel. C'est donc en le respectant, quitte à des évolutions marginales, que nous réussirons l'Europe puissance, indépendante, souveraine et solidaire. D'où la nécessité d'être totalement solidaires face au Brexit déstabilisateur et à toutes les tentatives de dislocations.

Le fédéralisme n’est pas un remède absolu

L’exemple catalan montre que le fédéralisme que l’on conseille comme panacée contre l’autonomisme régionaliste n’est pas totalement efficace, car on ne peut nier que Madrid avait lâché du lest et accordé à la Catalogne une réelle autonomie. L’Espagne était devenue une monarchie parlementaire extrêmement décentralisée. C’était un pas important vers une Espagne fédéraliste vis-à-vis des Catalans, des Basques et autres. Certes l’ETA a renoncé en Espagne à une lutte armée dont les Basques eux-mêmes ne voulaient pas. C’est un bon résultat, mais on voit que cela ne suffit plus aux indépendantistes. Le fédéralisme peut être utilisé par les jusqu’auboutistes pour faire un pas vers la sécession. A l’inverse, les exemples allemand, autrichien, suisse montrent que le fédéralisme peut maintenir l’unité dans la diversité et que la sempiternelle affirmation des Catalans qu’ils dégagent 20% du PIB espagnols et produisent 30% des exportations espagnoles pour justifier leur indépendance, ne tient pas la route. Des frictions incessantes secouent le fédéralisme allemand sans pour autant, menacer la République fédérale de dislocation. En Allemagne, les Länder riches comme la Bavière et le Bade-Wurttemberg rechignent régulièrement à cofinancer les Länder désargentés du nord et de l’ex-RDA qu’ils accusent de se mal gérer. Mais ils finissent toujours par s’entendre sur une péréquation équilibrée.

Les partenaires européens de l’Espagne tels la France, l’Italie et la Belgique, mais aussi ceux qui ne font plus partie de l’Union Européenne, comme le Royaume Uni d’une part, et ceux qui n’en sont pas encore membres comme ’Ukraine et la Géorgie, touchées par des amputations violentes et impérialistes de territoires, de l’autre, ont tout à craindre de la glissade vers le démembrement des États. Car ils savent qu’il peut provoquer des guerres meurtrières, surtout si des puissances voisines les exploitent, et qu’il mène en tout cas à l’inexistence et à la paralysie. Encore est-ce une chance que Mariano Rajoy ait brandi la menace d’une suspension de l’autonomie de la Catalogne, une mesure jamais appliquée dans la monarchie parlementaire espagnole. « Je n’écarte rien », a-t-il dit le 9 octobre au journal El Pais qui l’interrogeait sur l’application de l’article 155 de la Constitution permettant cette suspension : « On ne peut rien construire si la menace contre l’unité nationale ne disparaît pas ».

Selon nous, il n’y a qu’un remède à l’indépendantisme régional : renforcer les euro-régions transfrontalières déjà existantes. L’Europe est la panacée, car elle permet de créer des entités économiques et culturelles qui ne remettent pas en question l’existence des États nationaux qui la constituent et sans lesquels elle n'existerait pas elle-même. (9 octobre 2017, Alain Terrenoire, président de l’Union Paneuropéenne Internationale et Jean-Paul Picaper, membre du Bureau de Paneurope France)

Dans le magazine Internet "Alternatives Pyrénées", n° 523 du 16 octobre 2917, publié tous les lundis à Pau, un auteur qui signe "Karouge" s'interroge à sa manière sur les suites de l'affaire catalane : "En attendant l’épilogue de l’affaire catalane et des suites du discours de Carles Puigdémont la question se pose de savoir s’il faudra démonter la Sagrada Familia pour la reconstruire ailleurs en Espagne. La province de Santander se dit intéressée de réimplanter ce chef d’oeuvre du côté de Comillas, où Gaudi réalisa en son temps la villa El Capricho. La Cantabrie renouerait ainsi avec un tourisme encore plus attractif, à proximité des monts Europe. Dans une moindre mesure se pose aussi la question d’une transplantation à Narbonne de la gare de Perpignan, ainsi que du transfert du musée Dali de Cadaquès à Béziers, chez le cousin de Bob Denard."

Le Brexit : un nouveau départ pour l’Union Européenne

Theresa May qui rappelle par son style et son apparence l'icone Margaret Thatcher, n’a pas le format de la défunte Premier ministre. Elle aurait dû regarder un peu par-dessus la Manche avant de convoquer ses compatriotes à des élections vraiment superflues. Presque tous ceux qui se sont essayés à organiser des élections anticipées, se sont ramassé une veste. Que ce fût Chirac en 1997, Schröder en 2005, pour ne pas parler des référendums inutiles comme celui de De Gaulle en 1969, celui de 2005 en France et en Hollande sur la constitution européenne et encore celui de 2016 en Grande-Bretagne sur l’appartenance à l’Union européenne qui a contre toute attente mal tourné. La locataire du 10 Downing Street a mené une campagne absolument nulle avec des formules vides de sens du genre « Brexit means Brexit » et « No deal is better than a bad deal ». Elle a à moitié perdu ou à demi-gagné, disons plutôt nettement perdu. Elle doit maintenant recoller les pots cassés, ce qui a fait écrire à l’excellente correspondante du journal « Die Welt » à Londres, Eva Ladipo, que, « pendant la campagne électorale déjà, on a percé à jour le bluff de Theresa May en pensant : « elle ne sait pas ce qu’elle fait"; et cette révélation libératrice ne pourra plus être changée ». Eh bien, tant pis pour les Britanniques qui vont de Charybde en Scylla ! Heureusement pour les Européens, ils maintiendront leur Brexit. Grand bien leur nous fasse et tant mieux pour nous! Voir ci-après l’article de Martin Posselt :

Un vent nouveau souffle sur l’Europe. Combien de fois a-t-on déploré que l’Europe ne soit plus perçue que comme un monstre de bureaucratie, un projet élitiste ou, au mieux, une option raisonnable ! Cette époque est révolue.

Nous vivons une révolte de la majorité jusqu’ici silencieuse contre les attaques identitaires de type national-populiste envers notre système libéral. Cette majorité centriste se groupe autour d’un drapeau, le drapeau à douze étoiles sur fond bleu. L‘Europe devient le symbole de ses valeurs communes.

La sortie de la Grande-Bretagne a réduit l’Europe politique, mais lui a conféré en revanche une identité mieux définie. Tout comme les Américains qui se retrouvent par leur croyance optimiste dans le progrès, l’esprit de l’Europe vit de la réflexion critique sur sa propre histoire : c’est ici que sont nés l’Etat moderne et l’idée de nation, balayés au 19ème siècle par Napoléon et au 20ème par Hitler. Fascisme, national-socialisme et communisme ont vu le jour en Europe, menacé et asservi ses populations. Durant la guerre froide, le continent fut divisé entre les superpuissances.

C’est dans cette Europe que s’est produit le miracle de la révolution pacifique de 1989. L’élargissement à l’Est et la transformation sociétale qui s’est ensuivie constituent un exploit historique. Comme tout bouleversement fondamental, il a d’abord suscité une crise et dans un réflexe de défense insulaire contre la liberté de circulation en Europe, la sortie de la Grande-Bretagne.

Le moment est venu de préciser les coordonnées géopolitiques de l’Europe unie. L’Union européenne doit formuler pour ses voisins instables du sud comme de l’est une politique de sécurité, de stabilité et de paix. Entraînée par un axe franco-allemand dynamique, cette nouvelle Europe sûre d’elle-même doit recouvrer sa capacité d’action - et agir avec détermination. Brexit means clarté. Brexit means Neustart.

    Martin Posselt, chargé des médias, Munich, lettre européenne de la se-ck  –  société européenne coudenhove-kalergi, 7.06.2017

Une déclaration d’Angela Merkel qui change l'Histoire

Le 28 mai 2017, au lendemain d’un sommet de l’Otan et d’un G7 houleux avec le président américain, Angela Merkel a pris la parole sous une tente à Munich-Trudering comme on en dresse en Bavière, en présence du ministre-président bavarois Horst Seehofer. La chancelière allemande a déclaré devant 2 500 militants de son parti, la CDU, et du parti de son partenaire, la CSU :

« Les temps sont nettement révolus où nous pouvions nous reposer entièrement sur d’autres, a dit la chancelière allemande. J’ai vécu cela ces derniers jours et c’est pourquoi je puis dire que nous autres, Européens, nous devons prendre notre destin dans nos mains à nous. Naturellement en restant amis avec l’Amérique, amis avec la Grande-Bretagne, bons voisins, là où c’est possible, aussi avec la Russie et d’autres pays, mais nous devons savoir que nous devons lutter nous-mêmes pour notre avenir et notre destin en tant qu’Européens ».

Mme Merkel qui a de grandes chances d'être réélue à son poste le 24 septembre prochain, ajouta que les relations de l’Allemagne avec la France de Macron avaient dans ce contexte une importance particulière. Elle a dressé ainsi le bilan de ses démêlés des jours précédents avec Donald Trump. En même temps, elle ouvrait sa campagne électorale pour les législatives allemandes avec son allié bavarois qui s'est rangé entièrement à ses côtés.

La portée de cette déclaration est considérable. Elle marque la fin d’une ère, celle de l’après-guerre quand, de 1948 à 1990 avec des prolongements jusqu’à aujourd’hui, l’Allemagne fut sous la protection du parapluie américain. Malgré la déception qu’il a infligée aux Allemands en particulier et aux Européens en général à ce sommet de l’Otan à Bruxelles le 25 mai 2017 puis au G7 en Sicile les 26 et 27 mai, en leur reprochant comme aux autres Européens de ne pas assumer leur part de partage des charges, de « burden-sharing », dans l’Otan, et, subsidiairement en sortant de l’accord de Paris de protection du climat, comme on l'a appris une semaine plus tard, le nouveau président américain a rendu un grand service aux Européens.

Il leur a fait comprendre ce que les Britanniques refusaient et que les Allemands hésitaient à admettre, à savoir qu’ils doivent se charger eux-mêmes de leur propre défense sans compter nécessairement sur les Etats-Unis. Ces dernières années, nos alliés allemands se sont reposés essentiellement sur la France et subsidiairement sur la Grande-Bretagne et les USA pour assurer des opérations militaires. Dans les autres domaines aussi, économie et commerce, politique et social, les Européens doivent désormais serrer les rangs et se débrouiller seuls, en toute indépendance. C’est l’objectif de Paneurope France depuis une cinquantaine d’années. Il nous faut à présent réaliser une Europe indépendante, souveraine et forte si nous voulons survivre en tant que région du monde. Nous n’avons plus le choix. (01.06.2017 - Comité Français de l'Union Paneuropéenne. Paris/Strasbourg)

La transition énergétique en Allemagne va à l'impasse

Pas de vent, pas de soleil, pas d’électricité...Les Allemands semblent redécouvrir cette évidence dans la douleur.

L’Agence Internationale des Énergies Renouvelables (IRENA) affiche pour 2016 des parts respectives de l’électricité éolienne et solaire dans la production totale d’électricité du monde entier de 4,15% et 1,2%. Le fait que 13% des puissances électriques affichées ne produisent que 5,35% de l’électricité tient bien sûr au caractère intermittent (et souvent aléatoire) des énergies renouvelables.

L’étude de la situation en Allemagne, parfois présentée comme un modèle de vertu écologique, avec 20,1% de part d’électricité solaire et éolienne (contre 5,5% en France) est instructive. Les gigantesques investissements réalisés auraient dû conduire à une baisse de ses émissions globales de gaz à effet de serre (c’était l’objectif recherché et affiché). Or, celles relevant de l’énergie (pas seulement de l’électricité) ont au contraire augmenté de 0,7% de 2014 à 2015, et de 0,9% de 2015 à 2016 ! L’objectif affiché de 18% d’énergies renouvelables en 2020 ne sera pas tenu (il n’est passé de 14,5% en 2015 qu’à 14,6% en 2016 !). Et l’Allemagne triche dans ses statistiques quand elle se réfère à l’année 1990, date à laquelle elle a hérité en ex-RDA d’usines du monde soviétique, au rendement déplorable, qu’elle a fermées l’année suivante.

  1. Ironiquement, les centrales à charbon émettent aussi plus de radioactivité que les centrales nucléaires !
  2. Voir notamment www.sauvonsleclimat.org/fr/base-documentaire/electricite-renouvelable-intermittente-europe (vaste étude de Bernard Durand)
  3. Il existe cependant une Association des Écologistes Pour le Nucléaire (AEPN) qui a de nombreuses sœurs à l’étranger…

L’ institut économique de Düsseldorf (Institute for Compétition Economiques, DICE) estime le coût du développement de l’Energiewende (transition énergétique) jusqu’en 2025 à 520 milliards d’euros. Le ministre allemand de l’Énergie a même évoqué 1000 milliards d’euros ! Le prix de vente de l’électricité au citoyen allemand est environ le double de celui d’EDF. De plus, c’est au charbon, et notamment à sa variante la plus polluante le lignite, que nos voisins font essentiellement appel, sans égard pour les risques sanitaires découlant de leurs émissions de particules fines1 !

Les grandes compagnies d’électricité en Europe sont en difficulté car elles sont concurrencées par une électricité subventionnée par les États (quand il y a du vent ou du soleil), avec priorité d’accès au réseau. Les grands réseaux de distribution de l’Europe sont déstabilisés par un marché de plus en plus fluctuant, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre, au gré des vents et de la couverture nuageuse, avec parfois des prix qui atteignent des valeurs… négatives pour écouler les « surplus » (un consommateur est payé pour « consommer » ).

Transition énergétique : « l’écologie » a bon dos

Chacun peut s’estimer « écologiste » s’il aime la nature, les petits oiseaux, et s’il veut diminuer les pollutions pour protéger sa santé. Mais transformer l’écologie en une religion avec ses obligations et ses interdits est dangereux. Pour nombre de ses idolâtres, être écologiste, c’est avant tout être antinucléaire3. C’est même l’élément fédérateur, la « colonne vertébrale » de l’écologie politique.

Or, toutes les statistiques montrent que, avec 75% de sa production d’électricité d’origine nucléaire, la France est exemplaire en Europe en matière de rejets de CO2 et d’émissions de particules toxiques ! Il y a donc écologie et « écologisme ».

Le gouvernement allemand, soucieux de la prospérité de ses entreprises, a manœuvré pour favoriser l’exportations d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques en laissant croire que cela créerait des emplois locaux. C’est un échec total. Les panneaux solaires sont dorénavant fabriqués en Chine, et les constructeurs d’éoliennes font faillite les uns après les autres.

La Chine a signé l’accord de Paris sur le climat en partie parce qu’elle développe aussi un vaste programme de développement de centrales nucléaires (une vingtaine de réacteurs y sont en cours de construction) qui remplaceront ses installations au charbon. Avec la Russie, elle sera le grand exportateur nucléaire de demain.

La Grande-Bretagne compte réduire les énergies fossiles et s’appuyer sur le développement du nucléaire : il y est actuellement prévue la construction de 10 réacteurs EPR.

Intérêt général ou intérêts particuliers ?

L’administration européenne, acquise à la nouvelle doxa, pense peut-être de bonne foi (?) que l’intérêt général est d’accepter l’implantation d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Une propagande efficace irrigue dans ce sens les sphères politiques et médiatiques.

En France, seul le milieu scientifique résiste (les Académie des Sciences, de Technologie, de Médecine, certains climatologues), mais ses avis (jugés non crédibles ?) paraissent superbement ignorés.

Inconsciemment (?), les grands médias, par ailleurs si prompts à dénoncer les conflits d’intérêt, favorisent des investisseurs privés aux somptueux revenus garantis par l’État. Des fortunes s’édifient sur le dos des contribuables !

EDF lui-même, mis au pas, déclare ouvertement que les énergies renouvelables et nucléaires sont complémentaires… C’est vrai uniquement pour l’hydraulique.

Mais comment une énergie aléatoire peut-elle être complémentaire d’une source d’énergie dont le coût provient principalement de l’investissement initial et non de son fonctionnement ? En clair, plus le nucléaire produit, moins il est cher car le combustible ne coûte presque rien dans la production.

Une transition énergétique avec des hausses de tarif à prévoir

En dépit des faits, les hausses prévisibles du prix de l’électricité sont d’avance imputées à l’énergie nucléaire, alors qu’elles proviennent principalement du développement des éoliennes et des panneaux photovoltaïques. Tout le système européen de production d’électricité est à réviser, car gangrené par les énergies renouvelables, mais il ne faut pas le dire !

Heureusement, des voix compétentes commencent à émerger de la propagande médiatique bien orchestrée à la fois par l’administration allemande et par les « écologistes » en France.

Puissent-elles être entendues !

La transition énergétique en Allemagne est un monumental échec et, de plus, une menace pour le réseau électrique européen. Mais quel responsable politique le reconnaîtra ? Et qui osera le dire publiquement ? (Par Michel Gay et Bernard Lerouge. Août 2017)

La victoire d’Emmanuel Macron a restauré l’image de la France

"Merci la France !". Ces mots sur de nombreux sites web européens en disent long. La grande victoire d'Emmanuel Macron (66,1% des suffrages, 20 753 797 électeurs) et la sévère défaite de Marine Le Pen (33,9 %, 10 644 118 électeurs) ont montré que la crise n'a pas fait pencher les Français vers une solution néo-fasciste avec ses corollaires, le repli nationaliste sur soi, le protectionnisme, l'exclusion et l'autarcie. Comme les Autrichiens, comme les Hollandais, comme sans doute les Allemands le 24 septembre prochain, ils n'ont pas suivi les mots d'ordre des partis europhobes. 

Après l’euphorie du soir du 7 mais, il ne faut pas retomber dans l'ornière de la morosité française et jouer les rabat-joie. Cela vaut aussi pour ceux qui taxent Macron d'être l'incarnation de deux maux (ou mots) devenus presqu'obscènes : les élites et le libéralisme. Plus que les élites, les jeunes ont voté pour lui. On dit qu'il représente un libéralisme positif par opposition au libéralisme punitif. Le bilan est quintuple :

1. La France retrouve du prestige en Europe et dans le monde. Elle reste un phare de la liberté et de la volonté politique. De plus, Macron a rétabli la verticalité du régime présidentiel français et l'adhésion au chef de l'Etat après le dévissage gravissime de Hollande et le dénigrement systématique de Sarkozy. 

2. Le FN anti-européen est éliminé du gouvernement et aura beaucoup de mal à se remettre du "naufrage" de Marine Le Pen, il a perdu le monopole du patriotisme et le côté néo-fasciste de son idéologie est devenu flagrant. Le FN est "rediabolisé". Selon nous, sauf accident global majeur, il ne participera jamais à un gouvernement avec ses dirigeants et son programme actuels. La crise économique et financière majeure de 2008-2012 et ses séquelles lui avait donné une chance historique. Il l'a manquée. Elle ne reviendra pas de si tôt.

3. Macron, le dauphin sacré roi, est entré dans la cour du Louvre aux accents de l'hymne européen, ce qui veut dire que l'Europe unie et la coopération franco-allemande pour l'Europe sont sauvées.  On a beau dire que deux partis hostiles à l'Europe, le FN et les Insoumis, ont totalisé 40% des suffrages, ce n'est pas significatif, car, selon un sondage sérieux très récent, 75% des Français veulent garder l'euro, 57% trouvent que l'Europe unie est une bonne chose (après 53% en 2016) et 14% seulement la trouvent mauvaise. Reste l'écueil à contourner: convaincre la Commission de Bruxelles et le gouvernement de Berlin pour construire un gouvernement de la zone euro.

4. L'équilibre financier de la France pourra être restauré et, avec lui, l'épargne et le pouvoir d'achat. Il reste à rebâtir une industrie modernisée et des services au profit de tous. Le sort de Macron dépendra de son aptitude à imposer ses réformes de la gestion industrielle face au syndicats post-marxistes CGT et FO et à la rue. D'aucuns estiment qu'il devra opposer l'armée aux possibles émeutiers. Ce serait un malheur, mais ce serait pire s'il recule comme ses prédécesseurs.

Un grand élan de jeunisme

Macron nous avait séduits dès 2016. Même si la fidélité à la droite gaullienne nous imposait au départ un autre choix. Surtout, ce qui compte le plus pour l'Union Paneuropéenne, il est sincèrement pro-européen et il a des projets en la matière. On dit que 6 Français sur 10 n’ont pas voté en faveur de Macron. Mais un grand élan traverse la France et secoue les hésitants. Généralement, les gens se rallient au gagnant. Beaucoup regrettent déjà leur abstention. Et puis il y a ceux qui s’intéressent au foot plus qu'à la politique. On ne peut pas le leur reprocher. En mars dernier, c'était le cas de la moitié des Français. Mais peut-être Mélenchon et Macron ont ramené une grande partie de la jeunesse à la politique.

Fillon était presqu'indéfendable sous les coups d'une campagne médiatique sans précédent. Il a eu le cran de relever le gant avec un aplomb et un calme impressionnants. Son résultat n'a pas été mauvais du tout dans ces circonstances. Si François Baroin l'avait relayé à ce moment déjà, peut-être les LR auraient-ils gagné aux deux tours. Un miracle était possible malgré la machine médiatique. Il en advint autrement.

Le naufrage du Front National

Ces élections ont été un plébiscite "pour ou contre l'Europe" bien qu'il n'en ait pas été beaucoup question dans les débats. Pourtant c'est ce qui inquiétait nos voisins, surtout les Allemands qui craignaient un "Frexit" après le "Brexit". Or, c'est l'euro essentiellement qui a coulé le FN. Il se rengorge d'avoir recueilli au second tour 3 millions de voix de plus qu'au premier tour. Mais ce ne sont pas tous des Lepénistes, ce sont des gens en colère et des désespérés. A ceux-là, peu importe l'Europe.

Nous nous sommes donc battus pour que Macron ait au second tour le score le plus haut et Le Pen le plus bas possible afin que le FN europhobe ne s'en relève pas. Heureusement, miracle du mercredi 3 mai, Marine Le Pen, 48 ans, qui avait travaillé cinq ans à "dédiaboliser" son parti, a réduit tout ce travail à néant en 2 h 30 de débat télévisé avec Emmanuel Macron. Son masque est tombé. Elle s'est conduite sous les caméras en digne fille de son père. Dans un parti normal, elle devrait quitter la politique ou passer en marge avec ses Philippot et autres suppôts. C'est ce qu'a fait Fillon chez les Républicains, littéralement passé à la trappe. Elle hésite maintenant à participer aux législatives. Cela se conçoit.

Se sachant menacée, elle avait pourtant vite allumé un contre-feu en avançant que le FN allait changer de nom et subir une réforme en profondeur. Mais l'incendie couve. Toujours est-il que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, a abandonné son mandat de députée du Vaucluse et quitté le FN, officiellement, pour se vouer à l'éducation de sa fille et pour faire un tour dans le privé.C'est un vrai coup dur pour le FN dans la perspective électorale. Elle précise toutefois qu'elle n'a pas renoncé définitivement à la politique. Elle avait été la seule pratiquement à se faire l'écho des militants en disant qu'elle était "déçue" et que le résultat comportait des aspects "négatifs". Le "résultat", c'est aussi la campagne de sa tante et de Philippot.

Macron et les législatives

Macron aura-t-il une majorité présidentielle ou non ? 43% de ses votants voulaient faire barrage à Le Pen et 57% l'ont choisi par adhésion. A première vue, les législatives des 11 et 18 juin s'annoncent compliquées. Car le motif anti-Le Pen n'existera plus en juin.

Dans la première semaine suivant les présidentielles, 21% des votes seraient allées à son parti "La République en marche", 22% aux "Républicains", 21% au FN et 15% aux "Insoumis" de Mélenchon. Ces scores prévisionnels ont évolué dans la deuxième semaine : 29% aux Macroniens, 20% aux Républicains et 20% au FN, 14% aux Mélenchoniens et 7% aux socialistes. Les préoccupations des Français sont par odre décroissant : le chômage, le terrrorisme, les impôts et le pouvoir d'achat. Mais ces prévisions sont peu consistantes. Le FN pourrait tomber plus bas et les Républicains monter plus haut. Malgré l'aspiration traditionnelle qu'engendrent les présidentielles, les Français qui haïssent plus que tout le pouvoir absolu et l'unipartisme pourraient renforcer l'opposition. Et il paraît évident que le parti de Baroin avec les gens qui l'entourent ne sont pas des vieux godillots du gaullisme.

Il est peu probable que Macron ait l'intention de satisfaire ni Robert Hue, ni Alain Madelin, ni même François Bayrou et Gérard Colomb qui l'ont rejoint. Et François Bayrou s'en est mordu les poings quand on fait la carte des circonscriptions. La reconnaissance n’est pas une vertu politique. Macron vise de façon trop évidente à tuer les partis politiques autres que le sien qui est en construction. Il affiche aussi des grandes ambitions à la De Gaulle. Les 25,4 millions d'abstentionnistes, de votants blanc ou nul n'ont pas vu venir ce désir d'un sursaut qui s'empare des Français quand ils sont au fond du trou. Cela va jusqu'au désir de sacrifice. Tout l'art de Macron devra consister à lier cela à la solidarité européenne pour que la France ne retombe pas dans l'ornière du nationalisme. Et les "LR" ont intérêt à être aussi de bons Européens.

Tous les problèmes ne sont pas résolus dans la société et l'économie françaises, ni au niveau européen, mais le passif politique est soldé. C'est un premier pas. Est-ce que les partis d'opposition, nombreux et divers sauront s'y prendre pour infléchir le cours des choses dans le bon sens ? Après l'explosion de joie et d'unanimité autour du sauvetage de la République, vient le temps des nuances. La droite classique LR existe encore, à la différence du PS moribond. Cette existence est attestée par le score de François Fillon au premier tour, à seulement 2 points 1/2 du FN et devant la nouvelle gauche des Insoumis malgré les déboires personnels du candidat. S’ajoute que Baroin n’a pas été battu personnellement au premier tour à la différence de Mélenchon. Il n’a pas ce handicap. En outre, il a quelques bons soutiens. Jean-François Copé a étonné par la pertinence de ses arguments et NKM reste fidèle jusqu'à nouvel ordre.

Quelle image de marque pour les Républicains ?

Ce qui devrait inquiéter les Républicains dans la perspective des législatives, ce sont d'une part les transfuges qui rejoignent les rangs d'En Marche et de l'autre la réputation de "ringardisation" que les médias commencent à répandre autour des partis traditionnels, mettant LR et PS dans le même sac. Or le LR n'a échoué ni aux Primaires ni au Premier tour des présidentielles à la différence du PS. Il faut prendre ce fait en considération tout en tournant la page. Avoir mis François Baroin à la direction de la campagne est un gage de "jeunisme". Mais le dynamisme et l'avenir sont du côté de Macron. Baroin devra en tenir compte. Sa droite LR a-t-elle un grand projet ? Cela va paraître bien petit que de lutter pour empêcher l'augmentation de la TVA et autres broutilles, importantes certes pour les porte-monnaie, mais qui n'ouvrent pas des perspectives exaltantes.  De plus, les Républicains sont un peu faibles sur l'Europe, trop nationalistes et trop peu fédéralistes.

Par ailleurs, le FN cherche à ratisser sur les plates-bandes LR. Ne va-t-il pas s'appeler désormais "Alliance des patriotes et des républicains" ? Tel serait le titre choisi par l'entourage de Marine Le Pen qui a compris que son pouvoir allait être remis en question et qui a allumé un contre-feu dès sa défaite en annonçant une ""réforme en profondeur" de son parti. Mais elle ne peut pas incarner l’acceptation de l'euro et la renonciation au Frexit qui sauveraient le FN.

Si le FN qui n'a plus le vent en poupe, parvenait quand même à ne pas se lézarder, il devrait céder au terrain aux Républicains. Seulement ceux-ci vont avoir du mal à se ciseler une image de marque crédible et séduisante. La référence à de Gaulle n'est pas leur propriété exclusive. De Gaulle est devenu un personnage historique au même titre que Clémenceau ou Napoléon. Taxer le FN de fascisme et de xénophobie est également désuet et inopérant. Les Français ne comprennent plus ces mots. Dans leur immense majorité, ils sont ni xénophobes ni racistes, ils le savent. Le problème s'appelle aujourd'hui islamisation et immigration de masse. 

Un nouveau patriotisme jeune

Un sociologue a dit que la précision d'une idée est inversement proportionnelle au nombre de personnes auxquelles elle s'adresse. Aussi ne faut-il pas trop demander aux deux discours du président élu le soir du 7 mai. Ils étaient bien rédigés, bien peaufinés. Il s'adressait aux 47 millions de citoyens français en âge de voter et à quelques millions d'adolescents et il tentait de dépasser les clivages communautaristes. Mais son équipe a réalisé devant la pyramide du Louvre une mise en scène très réussie de l'arrivée au pouvoir. Il a fait vibrer la fibre patriotique (La Marseillaise à la fin) mais pas nationaliste (l'hymne européen au début).

De plus, Macron incarne l'optimisme, la pensée positive, un nouveau patriotisme jeune et le grand élan pro-européen des jeunes générations montantes dont le niveau culturel, notamment grâce à la révolution d'Internet, est nettement supérieur à celui de nos générations plus âgées ou âgées. Son élection, annoncée par les récents échecs de l'extrême-droite en Autriche et en Hollande, est une réplique cinglante au Brexit britannique, au protectionnisme trumpien et aux manigances de Poutine en faveur du FN. On retient de ce 7 mai français qu'on ne peut plus gagner une élection en faisant campagne contre l'Europe et l'euro.

Ne pas devenir les roquets de la République

Il faut dire encore un mot en faveur de l'autre grand absent de ce second tour, Jean-Luc Mélenchon qui a réalisé au premier tour une performance comparable à celle de Macron parce qu'il est parti comme lui de zéro pour arriver au top. Sa déclaration au soir du scrutin a été la moins mauvaise de celles de tous les opposants, sinon, comme toujours la meilleure, en tout cas en matière de vocabulaire. Il défend les démunis, les en colère, les victimes. Mais attention, ce souci, le FN lui conteste d'en être le seul détenteur. Mélenchon et son lieutenant Alexis Corbière doivent veiller à ne pas devenir les roquets de la République, frustrés et vindicatifs. Ils doivent laisser cela au FN. Les Insoumis devront se souvenir que Jean-Luc Mélenchon a été de bout en bout le seul candidat à développer une vision du monde, une Weltanschauung bâtie sur la culture passée et sur l'espoir d'avenir. Le FN a certes voulu lui opposer une autre vision du monde, mais la preuve est faite par cette campagne et ce scrutin que le FN n'a pas une conception de l'avenir, mais une idéologie surannée dans laquelle il s’est englué. S'ajoute que Mélenchon a rétabli le pouvoir de la culture et de la philosophie, de l'éthique aussi. Cette primauté en matière d'avenir et d'éthique, maintenant Macron la lui conteste.

Actuellement, la grande faiblesse de Mélenchon est d'avoir tant brocardé la "monarchie présidentielle" et d'avoir voulu chambouler les institutions. Son projet d'assemblée constituante, d'abolition de la présidence, de mandat impératif des députés, est trop évidemment du "déjà lu" dans les manuels d'Histoire pour ne pas dire du "jus de crâne". La France n'a pas envie de changer de régime, bien au contraire.  Les acclamations des jeunes Français le soir du dimanche 7 mai  dans la cour du Louvre ont montré qu'ils aiment la république présidentielle et que ce n’est pas pour ces jeunes un « système ». De Gaulle avait réussi le tour de force de doter notre pays d'une sorte de royauté républicaine, réconciliant pour la première fois depuis 1789 la monarchie et la révolution, créant par cette synthèse incarnée par le pouvoir bicéphale du Président et du Premier ministre, une vraie force de frappe politique assez semblable à celle de Washington.

La France est depuis deux siècles et demi, avec des brèves interruptions, une République présidentielle et non pas une monarchie constitutionnelle. D'ailleurs, l'élection de Macron rétablit l'autorité de l'État tellement décrié ces dernières années, et non pas une "oligarchie", terme galvaudé à l'unisson par Mélenchon et Le Pen, car le cadre est humaniste et sans clinquant et non pas autoritaire et dominateur. Un nouveau patriotisme français est né doublé d'un patriotisme européen que seule la France peut créer et diffuser. Oui, on attendait la France pour rebâtir l'Europe. Avis à ceux qui critiquent l'Europe en tant qu’entité politique. On ne peut plus gagner d'élections contre l'Europe. La France est redevenue une grande puissance politique et l’Europe n’a pas implosé. (ates67.fr - 8 mai 2017)

Du mal être au mieux-vivre

Le malade imaginaire, sujet inépuisable de comédie immortalisé par Molière, fait à nouveau des siennes, au point que, selon Aujourd’hui en France du 5 mars dernier, 13% de la population française entrerait dans cette catégorie (sondage Ifop). Parmi les hypochondriaques comme on les appelle aujourd’hui, des noms célèbres : Michel Drucker, Arthur, Michel Blanc… Il faut dire que l’abondance des articles et émissions médicales, les mauvaises nouvelles qui vont des épidémies et épizooties à l’immunisation galopante des agents pathogènes contre les antibiotiques, nous incitent à être obsédés par notre santé. Le principe de précaution y est aussi pour beaucoup. On ne vaccine plus les enfants contre quatre maladies, mais contre une douzaine. Autrefois ils s’immunisaient eux-mêmes en pataugeant dans la boue. La majorité survivait.

Comme beaucoup de choses aujourd’hui, le bombardement d’informations auquel nous sommes soumis contribue certainement à l’intensification de cette affection essentiellement psychologique. « Les médecins le martèlent, écrit notre confrère, la consultation des sites médicaux est un grand pourvoyeur de malades ». A quoi s’ajoute notre peur de la mort qui fauche tout autour de nous, comme depuis toujours, et stimule notre aspiration à la vie éternelle, phénomène « psy » propre à l’humanité dont profitent abondamment les religions qui nous la promettent par prudence dans l’au-delà et des médecins qui nous font miroiter tout au moins des prolongations d’existence sur terre, épouvantails du cancer, de l’infarctus, de l’avc, de la thrombose, d’Alzheimer et autres fléaux à la clé.

Qu’ils se font forts naturellement de dépister et - peut-être – de guérir ou d’enrayer, moyennant « sécu ». Nous sommes presque tous préoccupés par notre santé, c’est un phénomène de société, mais la plupart des hypochondriaques qui courent à tout venant chez le médecin sont « des hommes bien portants de 35 à 40 ans qui ont été surprotégés par leur mère », déclare une sophrologue à ce journal. Il y a aujourd’hui une hyper fréquentation des cabinets médicaux, il y a surmédicalisation. On peut donc en déduire que « l’accro » à la médecine a une vision médicalisée de son corps. Alors quelle est la solution ?

Elle est simple. Il faut lui substituer une vision sportive de son corps. L’effort sportif détourne l’attention de l’hypervigilance médicale pour la diriger vers la vision performance du corps. Le psychiatre Antoine Pelisso, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor à Créteil (Val-de-Marne), auteur de « Vous êtes votre meilleur psy », paru aux Éditions Flammarion, écrit : « S’il voit qu’il est, par exemple, capable de courir, il aura une meilleur maîtrise de son corps. C’est un moyen de retrouver confiance en soi et de ne pas se sentir toujours vulnérable ».

Dans la même édition d’Aujourd’hui en France, on pouvait lire une autre page sur la théorie du Danois Meik Wiking, adepte de la méthode du « Hygge » (First Éditions en France), qu’on pourrait appeler la théorie du bonheur et de la santé mentale. Du reste, un nouveau livre du même directeur de l’Institut de recherches sur le bonheur de Copenhague s’intitule « Le livre du Lykke », ce dernier mot signifiant bonheur dans les langues scandinaves (voir anglais « lucky »). Évidemment une méthode à conseiller à tous les hypochondriaques. Pour cela quelques règles simples de comportement.

Premièrement : prendre son temps pour manger pour jouir d’un certain bien-être. C’est un art de vivre français, un Français sur deux consacre plus de 45 minutes à son repas de midi. Deuxièmement : faire du sport tous les jours, ce qui peut être absolument élémentaire comme aller au bureau à vélo à la manière danoise ou monter les escaliers à pied au lieu de prendre l’ascenseur. Évidemment, ce n’est pas tout à fait suffisant à la longue, mais ça aide. Troisièmement : prendre un bain de forêt à la japonaise. On sait aujourd’hui qu’une promenade en forêt, tous sens braqués sur la nature, est infiniment plus profitable pour l’organisme que la même promenade, même durée, même distance, même heure, en ville. Il ne faut pas oublier que nos ancêtres ont vécu pendant des millions d’années dans des forêts.

Enfin quatrièmement, Meik Wiking recommande la méditation comme au Bouthan, petit pays asiatique coincé entre l’Inde et la Chine. On y pratique le « brain brushing » en se concentrant en fin de journée après le travail un moment en silence sur le moment présent. Ce « brossage cervical » suppose l’oubli du passé et le rideau tiré sur l’avenir immédiat, sources de soucis. Nous recommandons personnellement de penser en s’endormant à quelque chose de beau et d’apaisant, ce qui peut-être une verte prairie au printemps mais aussi, pourquoi pas, une banane flambée ou un éclair au chocolat. (Dr Floh, 07/03/2018)

Le célèbre futurologue Ray Kurzweil a livré ses nouvelles prédictions.

Ray Kurzweil, l'un des principaux chercheurs dans le domaine de l'intelligence artificielle, publie ses pronostics depuis les années 1990, dont certains sont devenus académiques, écrit Inventure. Mais s'il y a cinq ans il opérait plus souvent sur de longues périodes (les années 2030, les années 2040), ces derniers temps on constate une cohérence chronologique dans ses prévisions. Son travail pour la plus grande compagnie du web, où le futurologue s'est retrouvé à l'avant-poste de nombreux travaux d'innovation, a probablement influé sur cette précision nouvelle. Ray Kurzweil semble inviter à prendre part à un jeu intellectuel et à assembler un puzzle – le tableau de l'avenir à partir de ses anciennes et nouvelles prédictions.

En réunissant tous les pronostics des vingt dernières années dans ses livres, blogs, interviews et conférences, on peut noter que le chercheur a décrit l'avenir entre 2019 et 2099 année par année. Ceci dit, ses productions pourraient ne pas se réaliser par suite de trois ou quatre facteurs dont il ne tien pas compte. Le premier pourrait être un changement écologique avec une augmentation des catastrophes naturelles ; le second pourrait être une pandémie qui éliminerait des pas entiers de l’humanité ; le troisième pourrait être une progression de l’islmisme dans les pays développés, freinant ainsi le progrès scientifique ; enfin à la moitié du siècle, 40% de l’humanité vivra en Afrique subsaharienne, ce qui pourrait entrainer un déferlement de ces populations sur l’Europe faute de ressources chez eux.

Et nous passons sur l’éventualité d’un impact de la Terre avec une météorite.

2019 – Les fils et autres câbles pour les appareils individuels et périphériques disparaîtront dans tous les domaines

2020 – Les ordinateurs personnels atteindront une puissance de traitement comparable au cerveau humain.

2021 – L'accès à l'internet sans fil couvrira 85% de la surface de la Terre.
2022 – Les USA et l'Europe adopteront des lois réglementant les relations entre les individus et les robots. L'activité des robots, leurs droits, devoirs et autres restrictions seront formalisés.
2024 – Les éléments d'intelligence informatique seront obligatoires dans les voitures. Il sera interdit aux individus de conduire une voiture qui ne sera pas équipée d'une assistance informatique.
2025 – L'apparition d'un grand marché de gadgets-implants.

2026 – Grâce au progrès scientifique, en une unité de temps nous prolongerons notre vie d'une durée supérieure à celle qui se sera déjà écoulée.

2027 – Un robot personnel capable d'accomplir des actions complexes en toute autonomie sera aussi anodin qu'un réfrigérateur ou une machine à café.2028 – L'énergie solaire sera si bon marché et répandue qu'elle satisfera l'ensemble des besoins énergétiques de l'humanité.
2029 – L'ordinateur pourra passer le test de Turing pour prouver son intelligence dans le sens humain du terme, grâce à la simulation informatique du cerveau humain.

2030 – Les nanotechnologies vont fleurir dans l'industrie, ce qui entraînera une baisse significative de la fabrication de tous les produits.

2031 – Les imprimantes 3D seront utilisées dans tous les hôpitaux pour imprimer des organes humains.
2032 – Les nano-robots seront utilisés à des fins médicales. Ils pourront apporter des substances nutritives jusqu'aux cellules humaines et éliminer les déchets. Ils scanneront également le cerveau humain, ce qui permettra de comprendre les détails de son fonctionnement.
2033 – Les voitures sans conducteur circuleront sur les routes.

2034 – Le premier rendez-vous de l'homme avec l'intelligence artificielle. Le film Her en version plus moderne: la compagne virtuelle pourrait être équipée d'un "corps" en projetant une image dans la rétine de l'œil – par exemple, à l'aide de lentilles ou de lunettes virtuelles.
2035 – Le matériel spatial deviendra suffisamment développé pour assurer une protection permanente de la Terre contre les astéroïdes.

2036 – En utilisant une approche de la biologie comme de la programmation, l'humanité parviendra pour la première fois à reprogrammer les cellules pour guérir des maladies, et l'utilisation d'imprimantes 3D permettra de fabriquer de nouveaux tissus et organes.
2037 – Un progrès gigantesque sera enregistré dans la compréhension du secret du cerveau humain. Des centaines de sous-régions ayant des fonctions spécifiques seront découvertes. Certains algorithmes qui codent le développement de ces régions seront décryptés et intégrés aux réseaux neuronaux d'ordinateurs.

2038 – L'apparition de personnes robotisées et de produits de technologies transhumanistes. Ils seront dotés d'une intelligence supplémentaire (par exemple, orientée sur une sphère concrète de connaissances que le cerveau humain est incapable de couvrir entièrement) et de divers implants optionnels – des yeux-caméras aux bras-prothèses supplémentaires.
2039 – Les nano-véhicules seront implantés directement dans le cerveau et effectueront une entrée et une sortie arbitraire des signaux du cerveau. Cela conduira à une réalité virtuelle "à immersion totale", qui ne demandera aucun équipement supplémentaire.
2040 – Les systèmes de recherche seront la base des gadgets introduits dans l'organisme humain. La recherche ne se fera pas uniquement par la voix, mais aussi par la pensée, et les résultats seront affichés sur les lentilles ou les lunettes.

2041 – Le débit internet maximal sera 500 millions de fois plus élevé qu'aujourd'hui.
2042 – La première réalisation potentielle de l'immortalité – grâce à une armée de nanorobots qui complétera le système immunitaire et "nettoiera" les maladies. 

2043 – Le corps humain pourra prendre n'importe quelle forme grâce à un grand nombre de nanorobots. Les organes internes seront remplacés par des dispositifs cybernétiques de bien meilleure qualité.

2044 – L'intelligence non-biologique sera des milliards de fois plus intelligente que son homologue biologique.

2045 – Arrivée de la singularité technologique. La Terre se transformera en ordinateur gigantesque.
2099 – Le processus de singularité technologique s'étend sur tout l'Univers.

Certes, il est parfois difficile de croire à de tels pronostics. Mais compte tenu du rythme conséquent de développement de la société, il paraît clair que tout cela est réaliste dans un avenir pas si lointain. Il ne nous reste plus qu'à observer ce qui va réellement se passer.(Radio Sputnik. L’avenir d’ici 2099. 24/08.2017)