Vers une fin de règne en Allemagne ?

Le 6 février 2017 restera une date importante dans la politique allemande : ce jour-là, selon un sondage Insa pour le quotidien Bild, le candidat à la chancellerie récemment désigné par le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), Martin Schulz, a dépassé d’une longueur Angela Merkel (CDU) Selon ce sondage, pour la première fois depuis dix ans, le SPD était donné gagnant avec 31 % des intentions de vote contre 30 % pour la CDU. C’était la première fois depuis l’arrivée de Mme Merkel à la chancellerie en 2005 qu’elle était dépassée dans les intentions de vote. L’avance de l’ancien président du parlement européen sur la tenante du titre n’est pas énorme, mais le seuil est franchi. La chancelière n’est plus imbattable.

En fin de la semaine précédente, 50 % des Allemands disaient vouloir Schulz comme prochain chancelier, 34 % seulement préférant un quatrième mandat Merkel. Un autre sondage de l’institut Insa pour le magazine Cicero a indiqué le 6 février que deux tiers des Allemands peuvent imaginer que Mme Merkel ne fasse pas une quatrième législature après les prochaines élections qui auront lieu en septembre prochain. C’est d’autant plus sérieux que la cote de Mme Merkel a baissé. Un temps, il y a quelques semaines, elle avait reculé au-dessous de 50% des préférences, elle qui caracolait au-dessus de 60%, voire de 70% depuis des années. Mais elle s’était ressaisie et son étoile remontait.

Les opinions favorables en faveur de la chancelière sont au plus bas en Thuringe et en Saxe (Est), elles sont au plus haut en Schleswig-Holstein (Nord) à 55% positives. Les électeurs de 45 à 54 ans lui sont particulièrement défavorables. Plus le niveau culturel et les revenus des 2048 personnes représentatives interrogées sont bas, plus Mme Merkel est mal vue. Elle est encore la chancelière de la bonne bourgeoisis instruite. Mais l’inquiétude monte dans les rangs de la droite chrétienne-démocrate allemande, coincée entre le parti populiste anti-européen AfD de Frauke Petry et l’Européen de gauche Martin Schulz. Raison pour laquelle on a vu récemment la CDU de Mme Merkel et la CSU du Bavarois Horst Seehofer enterrer la hache de « guéguerre ». Suivant le conseil du héraut du parti néo-communiste Die Linke, Gregor Gysi, qui lui a suggéré à la télévision de pousser vers la droite pour contrer l’AfD, la chancelière a promis d’accélérer les expulsions de migrants n’ayant pas droit d’asile et de les regrouper en attendant dans des centres au lieu de les répartir sur l’ensemble des communes allemandes. C’est un peu tard et la croira-t-on ?

Naturellement, les amis de Mme Merkel ont réagi. D’abord le ministre des Finances CDU Wolfgang Schäuble qui a, Dieu sait pourquoi, comparé Schulz à Trump. Puis les membres du présidium de la CDU, Jens Spahn et Volker Kauder qui lui reprochent dans des quotidiens de ne produire que « des surtitres » et des « bulles » sans contenu. Le clou a été la révélation selon laquelle Markus Engels, chef de la centrale électorale du SPD, la « Kampa », aurait eu un emploi semi-fictif à Bruxelles et perçu pour cela de gros frais de déplacement et des primes alors qu’il travaillait essentiellement à Berlin.

Toujours est-il que les sociaux-démocrates ont mis en route à la mi-février le char d’assaut de leur « Kampa » et que les partis de gouvernement ont fait élire le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier à la présidence de la République fédérale. Étant donné que la CDU/CSU et le SPD gouvernent le pays au sein d’une même « grande coalition » pour ne pas dire une « grande cohabitation », les deux partis auront du mal à se faire des crocs-en-jambe car le gouvernement chancèlerait. Mme Merkel et son ministre des Affaires étrangères Martin Schulz vont-ils s’invectiver en conseil des ministres ? C’est peu probable. (ates67.fr, 13 février 2017)

Les petites astuces du Kremlin

Le correspondant du quotidien berlinois Tageszeitung à Moscou, Helge Donath, a rapporté récemment dans son journal un fait judiciaire qui en dit long sur les manipulations auxquelles Vladimir Poutine a recours pour conserver son confortable fauteuil au Kremlin.

Très confiant l’accusé Alexei Nawalny déclare au juge qui revient dans le prétoire avec la sentence : « Avez-vous des bonnes nouvelles pour moi ? » « Vous allez le savoir tout de suite », réplique le juge en souriant. Et de lire la même sentence par laquelle Nawalny et son co-accusé Piotr Offizerov avaient état condamnés en juin 2013 : cinq ans de réclusion avec sursis et de ce fait interdiction de se présenter comme candidat à des élections.

Le problème pour Nawalny était qu’il avait annoncé en décembre dernier sa candidature aux présidentielles de 2017 en Russie. S’il l’avait fait et s’il attendait une bonne nouvelle, c’était que la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg avait cassé le verdict rendu en 2013 par le tribunal moscovite. Les accusés étaient taxés d’avoir « volé » du bois de charpente de l’entreprise d’État « Kirovles » pour un montant équivalent à 250 000 €.

Le tribunal européen de Strasbourg avait conclu qu’il n’y avait pas eu vol mais que l’achat de ce bois s’était déroulé dans le cadre d’une transaction commerciale tout à fait régulière. La CEDH avait demandé au juge russe de réviser son jugement. D’où la réouverture du procès et la certitude d’Alexei Nawalny qu’il allait obtenir gain de cause.

Nawalny s’est fait connaître en Russie comme combattant contre la corruption. Il s’était présenté en 2013 aux élections à la mairie de Moscou et avait obtenu d’emblée 27% des suffrages. D’où son premier procès et maintenant le second, à titre préventif. Il ne pourra pas cette fois faire acte de candidature. Contre Poutine et Medvediev. C'est tout de même plus humain que de faire assassiner un concurrent, mais on peut se demander quand même ce que fait la Russie au Conseil de l’Europe à Strasbourg. (ates67.fr, 13/2/2017)