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Mme Merkel porte un coup bas à Strasbourg

Bien des initiatives prises par la chancelière allemande depuis deux à trois ans nous laissent pantois. La dernière est spectaculaire et pourrait, comme d’autres, déclencher un appel d'air catastrophique. Car Mme Merkel sait surfer sur les courants d’air bien qu'elle incarne l'État le plus lourd de l’Union Européenne. L'idée qu'elle a lancée : faire de Bruxelles le siège unique du Parlement Européen. On se demande quelle mouche l’a piquée pour qu'elle porte ce coup bas à l’eurométropole de Strasbourg. Peut-être était-ce une des dernières mouches britanniques qui traînent encore sur le continent.

Je sais quels problèmes...

Son propos avait commencé de façon logique, le 13 juin dernier à Munich, quand elle déclara devant des membres du Parti populaire européen (PPE) dont son propre parti, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne, la CDU, est membre : « Je pense que le Parlement européen doit concentrer son travail sur un site ». C’est ce que pense tout le monde depuis plusieurs années, à savoir que le nomadisme parlementaire entre Bruxelles et Strasbourg doit cesser. Mais en sédentarisant l’Europarlement à Strasbourg comme le prescrivent les traités européens. Or, Mme Merkel a lâché le mot : « Je sais quels problèmes je cause à la France et au Luxembourg, mais je pense qu’à la longue, cela ne renforce pas sa capacité d’action ».  Façon indirecte de dire que le Parlement Européen dont le siège est Strasbourg, et pour ses services techniques Luxembourg, doit se replier entièrement sur Bruxelles.

La mairie de Strasbourg cherche à se rassurer en pensant que les médias ont surinterprété les propos de la chancelière. "Elle n'a pas dit que le siège doit être à Bruxelles. Elle l'a laissé entendre", aurait confié le maire de Strasbourg, Roland Ries, selon les "Dernières Nouvelles d'Alsace". Cette déclaration "ne correspond pas à la position de l'Allemagne" et elle a laisse libre cours à "tous les fantasmes", jusqu'à évoquer une action concertée avec Emmanuel Macron, poursuit notre confrère. Reste que la position a évolué et qu'il faut veiller au grain. Récemment le président du PPE, Joseph Daul, faisait part de son pessimisme sur les chances déclinantes de Strasbourg d'obtenir le siège au complet.

Il ne faut pas trop se bercer d'illusions. Le « je » dans le propos de Mme Merkel est révélateur. Elle a pris l’initiative. C’est donc elle qui décide en Europe. « La chancelière n’a jamais abordé ce sujet avec le président de la République lors de leurs nombreuses conversations », a confirmé la ministre des Affaires Européennes, Nathalie Loiseau, à la journaliste alsacienne Anne-Camille Beckelynck qui la cite dans les « Dernières Nouvelles d’Alsace ». [1]   Et pour cause : la chancelière souscrit à l’objectif auquel travaillent depuis de longues années les Britanniques et les Hollandais, ainsi que quelques Scandinaves et Autrichiens et depuis peu une grande partie des députés allemands. Le fait est que par la faute de Paris, la majorité des parlementaires européens a évolué en défaveur de Strasbourg.

Une agence américano-britannique

La promotion de Bruxelles comme siège unique, le « one sit », avait été lancée par l’agence Burson-Marsteller Brussels, un organisme de lobbying politique fondé en 1953 aux États-Unis, rattaché depuis 19789 au réseau Young & Rubicam, lui-même détenu par le groupe WPP, une holding cotée à la Bourse de Londres. Le résultat de l'offensive Merkel ne sera pas de renforcer « la capacité d’action » du Parlement européen, comme le prétend la dirigeante allemande, mais au contraire de l'affaiblir l’Europe et de la transférer dans sa totalité dans la zone d’influence des lobbies anglo-saxons et de l’OTAN, sis à Bruxelles.

Involontairement, supposons-le, le projet s’insère parfaitement dans le plan de destruction de l’Union Européenne auquel s’est attelé Donald Trump, avec actuellement une nouvelle et virulente campagne contre l'euro, soutenue en Allemagne notamment par des économistes atlantistes. Est-ce le prix à payer pour continuer à vendre quelques Mercedes et BMW aux Etats-Unis ? Comme l’a écrit notre consœur strasbourgeoise, « le lobby anti-Strasbourg boit du petit lait » depuis que Mme Merkel a parlé. Et de citer la membre du PPE suédoise Anna Maria Corazza devenue la chef de file de la campagne « single sit » en faveur de Bruxelles : « C’est très courageux ce qu’a fait Mme Merkel, c’est super ».

Une perfidie bien ficelée

Courageux ? Non, courageux n’est pas le mot. C’est perfide. Le propos de la chancelière est ambigu, mais on reconnait bien là Angela et ses petites phrases assassines. Elle a démontré au long de sa carrière ses talents de "tueuse" en liquidant subrepticement tous ses conurrents dans la CDU. Par cette dernière suggestion, elle tente à nouveau de déclencher un certain processus au moment qui lui a semblé le plus opportun. Emmanuel Macron n’a-t-il pas besoin d’elle pour lancer son programme réformateur européen ? S’ajoute que les Britanniques sont encore dans l’Union Européenne jusqu’à la signature de l’accord du Brexit en mars 2019. Peser en faveur d’une décision anti-Strasbourg sera leur chant du cygne. S’ajoute aussi que le chancelier autrichien Sebastian Kurz sera en présidence de l’Union Européenne à partir du 1er juillet 2018. Il a apporté son soutien à la chancelière en faveur de Bruxelles à la même réunion du PPE à Munich.

Mais que sait un jeune homme comme M. Kurz du passé de l’Europe ? Sait-il seulement Sébastian Kurz que Strasbourg incarne depuis 1950 et avant la réconciliation franco-allemande ? A-t-il réalisé pourquoi les obsèques d’Helmut Kohl, le grand chancelier européen, ont eu lieu à Strasbourg ? A-t-il  le sens des symboles et du destin ? Angela Merkel pense donc jouer sur le velours, d’autant qu’on dit Emmanuel Macron prêt à discuter et donc à renoncer à son pouvoir de veto.

Ce scénario catastrophe et trahison sera donc au programme de l’été ou de l’automne prochains. Peut-être déjà en été votera-t-on le transfert à Bruxelles, quand la plupart des gens seront en congé. Pour faire moins de vagues. Or, c'est une décision énorme, un tournant majeur dans la constitution de l'Europe. Ce n'est pas une simple affaire de camions de déménagement. Ni  d'aménagement des nouveaux quartiers flambant neufs que Strasbourg est en train de construire autour du Parlement, de l'aménagement des voies ferrées et routières et de l'aéroport.

Cette décision est éminement politique !

Vers l'Europe des lobbies

La décision de déplacer le siège du Parlement ne peut être prise qu’à l’unanimité des membres signataires des traités européens. Il suffira que le président français dise oui. Et il risque bien tomber dans le piège que la chancelière a enveloppé d’un ruban rose : échanger le Parlement contre des réunions régulières du Conseil européen à Strasbourg. C'est un leurre. On ne sait même pas s’il s’agirait de sommets des chefs d’État et de gouvernement ou de simples ministres.De toute manière, quoiqu'elle propose, ce sont des « peanuts » en échange d'une réorientation historique de la construction européenne en faveur de l'Europe du Nord, orchestrée par Berlin. L'Europe abandonne le sud, voué tout simplement à l'accueil et à l'hébergement des réfugiés contre quelques aides en numéraire. La politique, la finance et l'économie se décideront au nord, dans le monde germanique.

Strasbourg cesserait d'être lieu géométrique de la démocratie européenne et de ses citoyens pour faire place à l'Europe des lobbies germano-américains après avoir été anglo-américains. Et que faire du Parlement de Strasbourg dont la qualité et le positionnement urbain sont très supérieurs à celui de Bruxelles ? « On y mettra l’université européenne… », disent les tentateurs. Mais cette université existe déjà et fonctionne bien : c’est l’université de Strasbourg. Devant ses portes se dresse la statue de Goethe.

Berlin lâche la France

Selon notre consœur Mme Beckelynck : « Pour la première fois de l’histoire de la construction européenne, Berlin lâche la France sur Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande. Coup de pied sournois à l’ami français, ou attaque concertée ? ». On ne déniera pas à la chancelière une certaine aptitude à la duplicité. On ne compte plus les « cadavres exquis » sur sa route, en commençant par Helmut Kohl, son père en politique qu’elle avait attaqué dans un article de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung » pour précipiter sa chute et prendre sa place à la tête de leur parti.

Le coup en douce est sournois en effet. C’est une attaque surprise et à demi-mot pour ne pas provoquer une indignation qui gênerait le déroulement du plan prévu pour bientôt. On peut espérer seulement que le Président Macron en réalisera les conséquences géopolitiques alors qu'il est encore temps. Sinon, ce serait une tache ineffaçable sur son parcours présidentiel. Toujours aimable et joli cœur, Mme Merkel a cousu son guet-apens de fil blanc. Mais sa proposition ne vise ni plus ni moins qu'à enlever un atout européen à la France, à  mettre celle-ci  un peu plus sur la touche et à placer le Parlement sous la coupe d'une Commission qui est à la botte de Berlin.

Mme Merkel est fatiguée

Ne serait-il pas temps que l'actuelle chancelière quitte son poste et le laisse à sa dauphine désignée par elle-même, Annegret Kramp-Karrenbauer, aujourd’hui secrétaire générale de la CDU, ancienne ministre-présidente de Sarre ? AKK, comme on la surnomme, est une authentique europhile et surtout une francophile qui a fait de notre langue la deuxième langue officielle de son Land, la Sarre. Elle s’entendrait bien avec Emmanuel Macron. Tout récemment, elle a joué le rôle de médiatrice entre Mme Merkel et son partenaire bavarois Horst Seehofer, ministre de l’Intérieur au gouvernement allemand. Ce dernier a déclaré à ses proches qu’il « ne pouvait plus travailler avec cette femme », en faisant allusion à Mme Merkel.Il lui a posé un ultimatum.

Le torchon brûle au sein du gouvernement allemand. Il est vrai que Mme Merkel les accumule… Et maintenant elle harcèle ses ministères parce qu'elle a du mal à suivre le réformiste Macron qui n'est pas du tout comme les Allemands s'imaginaient un Français. Peut-être même que la France de Macron ne sera plus bientôt comme ils s'imaginaient la France. Alors elle essaye de couper à Macron, mine de rien, l'herbe sous le pied. Or ce n'est pas en commettant d'aussi énormes sottises qu'elle gagnera la partie. En fait, elle aurait été bien avisée de quitter le gouvernement alors qu’elle était encore à son zénith. Et ce n'est pas seulement l'usure du pouvoir qui la mine. Ce sont aussi ses erreurs et ses méprises. Aujourd’hui une majorité d’Allemands est excédée par sa politique migratoire. Elle a fait le lit de l'extrême-droite AfD et elle pourrait en faire le triomphe. Quelle honte pour l'Allemagne ! (Jean-Paul Picaper, le 18/06/2018)

1] « Les Dernières Nouvelles d’Alsace », jeudi 11 juin 2018. p. 11. « Strasbourg lâché par Merkel, bientôt par Macron ? » par Anne-Camille Beckelynck. Et "Ries réunira la <task force> avant le 14 juillet", par Dominique Duwig dans les "DNA" du 19 juin, p. 35.

La question de Paneurope France: faut-il réduire le nombres de langues au Parlement, à la Commission et au Conseil européens ?

Quelques-un(e)s d’entre nous ont participé au « porte-à-porte » qu’organise le parti d’Emmanuel Macron « En Marche » auprès des citoyens français pour obtenir un diagnostic de l’opinion populaire au sujet de l’Europe, loin des discours officiels et des expertises bureaucratiques.

Nombreux ont été les citoyens questionnés qui ont approuvé l’ouverture des frontières intra-européennes facilitant les voyages sur notre continent ainsi que les facilités de paiement offertes par l’euro.  Beaucoup ont déploré le taux de chômage élevé dans beaucoup de pays, mais un certain nombre a fait l’éloge de la médecine et des soins médicaux en Europe qui sont, selon eux « uniques au monde ».

Certains ont demandé « pour des raisons de sécurité » un renforcement des contrôles aux frontières qui doivent cependant rester ouvertes. Ils voudraient aussi une immigration plus sélective.

A Strasbourg une jeune dame interrogée a dit avoir assisté une fois à une séance du Parlement européen. Elle a affirmé  avoir été choquée par les interventions des députés qui lui ont fait l’effet d’« une comédie ». Surtout, elle a déploré que les traductions simultanées de 20 à 28 langues pèsent lourd sur le budget européen et a estimé et que c'était une raison de plus pour sortir de l'Union Européenne, étant donné que les budgets des États-membres affichent pour la plupart des déficits profonds.

A notre avis, ce n'est pas une raison pour adopter une solution aussi radicale, mais le problème est là. Sans vouloir nuire aux petits pays et aux langues rares, ne vaudrait-il pas mieux que les débats se déroulent, faute d’une langue commune comme l'espéranto, dans les trois langes officielles : l'anglais, le français, l'allemand ? C’est notre question du jour à nos adhérents et sympathisants. (ates67.fr. 15/05/2018)

Pour une Europe des peuples

Dans son discours du 17 avril dernier devant le Parlement Européen, le président Macron a employé la formule de « souveraineté européenne ». Ce fut la clé de voûte de son discours et nous l’approuvons entièrement. Ses propositions pour une Europe souveraine correspondent exactement à ce qu'avec mes amis Paneuropéens français nous demandons avec insistance depuis longtemps. En décembre 2011, nous avions rédigé avec le regretté André Bord, ancien résistant alsacien, ancien ministre du Général de Gaulle, un « Appel de Strasbourg » dans lequel nous demandions que les gouvernements allemand et français intensifient non seulement leur « concertation régulière » mais plus encore qu'ils soient « en mesure de prendre et de mettre en application des décisions aussi harmonisées, comparables et compatibles que possible ». Il s’agissait de créer une coopération renforcée franco-allemande sur laquelle les États membres de l’Union Européenne viendraient se greffer.

Cette initiative franco-allemande devait concerner, pour commencer, les actions concertées suivantes, considérées comme des urgences : 1. La coordination économique et les investissements industriels, la recherche et l'innovation. 2. La politique financière et monétaire et l'harmonisation budgétaire et fiscale. 3. la politique sociale et de l'emploi. 4. Le développement durable, l'environnement et la politique énergétique. 4. Et enfin et surtout la politique extérieure et de Défense. Nous plaidions en faveur de la signature d’un nouveau traité de l'Union Européenne, lequel, dans l’esprit du Traité de l’Élysée de 1963, permettrait « d'institutionnaliser une nouvelle gouvernance, notamment au plan économique et financier ». C’est exactement ce qu’a proposé Emmanuel Macron le 17 avril et auparavant déjà. Nous appelions de nos vœux une « Europe puissance », dotée d’une volonté propre, capable de se faire respecter dans le monde et de protéger ses citoyens. C’est ce que le président de la République française appelle « la souveraineté européenne ».

Toute souveraineté suppose un peuple. Il existe des peuples d’Europe, et non pas un peuple européen, mais nous avons une citoyenneté européenne symbolisée par les passeports couleur bordeaux des ressortissants de l’UE. La souveraineté implique aussi un territoire sur lequel des non-Européens ne peuvent poser le pied qu’avec l’accord de ses autorités. Or, on parle depuis quelques années des frontières extérieures de l’Europe, terme qui semblait tabou à la fin du XXème et au début du XXIème siècles. Il y a eu un progrès sur ce point. L’agence Frontex est en principe là pour les faire respecter. Il lui manque encore des règles communes de migration et d’asile pour encadrer ses missions. On la soupçonne de favoriser le transit d’immigrés d’Afrique vers l’Europe au lieu de l’enrayer, et cela devra changer. Nous n’avons pas encore de Défense européenne digne de ce nom et notre Politique étrangère commune laisse encore à désirer, mais des propositions en ce sens ont été formulées à Berlin lors de la conférence presse commune de Mme Merkel et de M. Macron le 19 avril dernier. Enfin, le président Macron avance déjà depuis des années son projet de création d’un ministère des Finances de la zone euro qui pourrait être considéré comme un embryon de gouvernement européen. Pour que cette Europe puisse agir au nom de tous, il faut étoffer le budget européen.

Il faut réaliser tout cela dans les meilleurs délais, c’est à dire au cours des quatre prochaines années. L'Union Européenne devra profiter du BREXIT pour rapprocher les politiques fiscales et sociales, irréalisables avec les Britanniques. Car elles sont pour le moment des sources de concurrence déloyale et de dumping au sein de l'UE. Quant à la gouvernance de la zone euro, Mme Merkel cherche à faire accepter par ses compatriotes l’idée d’un exécutif économique et financier en renforçant le Conseil des ministres des Finances de la zone euro. Ils s’assiéront à une table avec les ministres de l’Économie de façon à créer un « Conseil Jumbo ». Peut-être remarquera-t-on alors qu’il faudra un président digne de ce nom à leurs conciliabules, donc un ministre des Finances européen.

Le renforcement du budget européen dérange encore nos amis allemands et leurs proches, Autrichiens et Hollandais qui craignent de devoir ouvrir un peu plus leur porte-monnaie. Mais les Allemands ne sont-ils pas les premiers à vouloir renforcer le Mécanisme de stabilité européen jusqu’à en faire un Fonds monétaire européen indépendant du Fonds Monétaire International sis aux États-Unis ? De plus, la chancelière allemande s’et déclarée « très optimiste » à propos de l’Union bancaire européenne et a dit n’avoir pas de problèmes avec une Union des marchés de capitaux. Ainsi l’Union financière euroépenne avance-t-elle cahin-caha bien qu’elle ne soit pas encore entièrement à l’abri des crises. Dans un avenir plus lointain un système de protection des placements bancaires des entreprises et des particuliers peut-être même envisagé, en espérant que nous n’aurons pas d’ici là de crise comme celle qui nous est venue des États-Unis en 2007-2008. Mais retenons que, pire que celle de 1929, venue également d’outre-Atlantique, celle de 2007-2008 n’a pas entrainé les mêmes dégâts politiques parce que cette fois les États européens, France-Allemagne en tête, se sont concertés au lieu de rivaliser. Nous le devons à l’Europe, même si à la faveur de la crise les partis populistes et, en France et en Espagne, néomarxistes, ont repris des couleurs et prêchent en faveur d’une économie à la soviétique. L’UE n’est pas seulement un antidote à la guerre, mais aussi aux guerres financières et monétaires qui ont duré tant que l’euro n’avait pas encore remplacé les monnaies nationales.

A l’époque, nous avions cosigné notre Appel de Strasbourg avec le président de Paneurope Allemagne, Bernd Posselt, et avec le regretté ancien ministre président de Bade-Wurttemberg, Lothar Späth. L’Europe qu’ils ont approuvée avec nous n’était pas « les Etats-Unis d’Europe ». Nous ne voulions pas d’une Europe fédéraliste chapeautée par la Commission européenne de Bruxelles qui n’est pas élue par le peuple, ainsi que la rétrogradation du Conseil de l’Union, comme s’appelle entre-temps le Conseil des chefs d’État et de gouvernement, au simple statut de seconde chambre du Parlement européen. Or, ce Conseil est l’exécutif de l’Union Européenne parce qu’il représente les peuples d’Europe et leurs Etats, unis par une responsabilité commune. Il est évident que sa destitution en chambre d’enregistrement serait inacceptable pour la France et pour bien d’autres États-membres de l’Union Européenne. Premièrement, cette construction serait préjudiciable aux petits Etats et favoriserait les plus forts, avant tout l’Allemagne, qui pourraient influencer les décisions de la bureaucratie bruxelloise. Deuxièmement, les petits comme le Luxembourg, les Etats d’Europe centrale et orientale (les « Pecos » comme on les a appelés) ou des Balkans n’auraient plus voix au chapitre.

Mais les Etats moyens aussi seraient lésés : la France, la Pologne, l’Espagne seraient décapités au profit d’entités globales et anonymes. Or ce sont les exécutifs des Etats, la France et l’Allemagne d’abord, qui nous ont sauvés dans la crise de 2007-2008 en prenant rapidement les bonnes décisions alors que les instituitons européennes, Commission et Parlement faisaient du sur-place. S’ajoute qu’une fois affranchis du joug soviétique, lesdits « Pecos » ont pris conscience de leur identité. Tout en étant pourtant profondément européens, ils ne veulent pas être noyés dans des institutions supranationales. Par ailleurs, comme l'avait compris de Gaulle, on ne construira pas l'Europe souveraine et indépendante, à laquelle il aspirait avec Coudenhove-Kalergi, contre les peuples et les nations qui la composent.

C'est le seul côté positif des récentes élections en Europe. Du reste, le Parlement européen a rejeté récemment le vote en faveur de partis européens supranationaux et préféré conserver le vote par États. C’est un signe des temps. C’est aussi la seule manière d’éviter une désagrégation de l’UE coupée entre ses États-membres de l’Ouest et de l’Est européens qui ont été écrasés pendant plus de quarante ans sous la botte soviétique et veulent jouir de leur liberté. Si l'on ne s'appuie pas sur les États-Nations, la cathédrale Europe n'aura pas de fondation et de piliers solides. L’Europe ne peut être une fédération. Elle s’est constituée en confédération renforcée comme l’est la Confédération helvétique, avec ses langues, ses cultures, ses pouvoirs régionaux.

Pouvoir régionaux ou nationaux ne veut pas dire qu’il faille fragmenter l’Europe. Prier la Commission de Bruxelles d’accorder son soutien aux minorités ethniques et au séparatisme régional est une vision irréaliste de notre continent et aboutirait à ce qu’il s’écroule tel un château de cartes. Cela risquerait d'entraîner dans plusieurs pays un renforcement du communautarisme, notamment musulman, déjà très entreprenant, et la dislocation conflictuelle des États, comme avec la Catalogne à l'égard de l'Espagne. En n’approuvant pas les extrémistes du mouvement séparatiste catalan, la Commission de Bruxelles a bien réagi et elle s’est d’ailleurs incompétente pour régler ce genre de conflits. Il faut respecter les cultures régionales, mais en tenant compte de la viabilité des Etats. Il va de soi que des micro-Etats seraient vite la proie d’impérialismes extra-européens. Ce n’est pas en cultivant le nanisme qu’on fera l’Europe.

Ceci dit l'Europe est une mosaïque d'histoires différentes dont il faut respecter toutes les composantes pour pouvoir les réunir. L'Allemagne et l'Italie, unifiées au XIXème siècle ne peuvent être comparées à la France qui a cinq siècles d'unification, mais, finalement, Munich a accepté de coexister avec Berlin dans un même État et dans une coalition nationale de partis. Ce sont les États, tels qu'ils se sont constitués, qui en font la composition, le puzzle à rassembler. La Slovaquie s'est séparée de la Tchéquie et les États de l'ex-Yougoslavie ont souffert pour devenir des nations indépendantes, y compris le Kosovo et le Montenegro. En revanche, il faut maintenir la Bosnie-Herzégovine avec ses trois composantes. C'est ça l'Europe et cette Europe là n'acceptera jamais une gouvernance politique et militaire qui serait déléguée à une commission supranationale. La République européenne ne sera pas gouvernée par un Soviet ni par une bureaucratie. (Alain Terrenoire, président de l’Union Paneuropéenne Internationale, avec le bureau de Paneurope France dont il est membre. Le 24 avril 2018)                            

Mai 68, le regard du benjamin gaulliste de l’Assemblée Nationale

Les médias célèbrent aujourd'hui Daniel Cohn-Bendit comme un héros et lui ouvrent des avenirs politiques qu'il serait bien incapable d'assumer, lui dont Jean-Luc Mélanchon avait rejeté en pleine émission de télévision ni le tutoiement ni l'amitié. Il lui a bien fallu se rallier à Emmanuel Macron pour laver cette insulte du chef de la France Insoumise. Notre ami Alexis Arette qualifie  dans ce magazine le faux héros  retiré des affaires qu'est Cohn-Bendit de "sorte de gras-double verbeux qui s'est fait une place aussi douillette que celle dont peuvent rêver tous les rats opportunistes du Système". Mais lisons plutôt Eric Zemmour dans "Le Figaro" du 17 mai : "Il y a(vait) deux choses dans Mai 68 qui cohabit(ai)ent au sein du mouvement étudiant : les politiques, qui prépar(ai)ent la révolution et la grève générale, et les culturels qui se batt(ai)ent pour l'émancipation de l'individu, matrice de tous les mouvements post-soixante-huitards : féminime, homosexualisme, pédagogisme, antiracisme, écologisme, mouvements antiprison et antipsychiatrie. La défaite finale des premiers nous a évité la dictature communiste et la guerre civile ; mais elle a ouvert la voie aux seconds, qui ont conduit à terme à la désintégration de toutes les structures traditionnelles, famille, école, Eglises, Etat, justice, nation pour le plus grand profit du marché mondial".

Nous donnons ci-après la parole à Alain Terrenoire qui fut témoin des "évènements" de 1968 en première ligne, à l'Assemble Nationale :

Dans l’inconscient des Français, mai 68 est né de la présidentielle de 1965.

Depuis son retour au pouvoir, en juin 1958, de Gaulle était apparu comme installé sur un socle électoral, largement majoritaire et inaccessible aux diverses oppositions.

Mais lors de sa première réélection, le Président de la République a été descendu de son piédestal pour être contraint d’affronter un deuxième tour, qu’il gagna aisément. Ce fut considéré, par lui-même, comme par les commentateurs,  comme un semi échec. Mais ce n’était, en réalité,  que le retour à l’exercice normal de la démocratie, par laquelle le suffrage universel s’exprime dans sa diversité.

En dehors des quatre référendums qui avaient amené, depuis 1958, les électeurs à faire un choix binaire, cette première élection présidentielle au suffrage universel allait permettre de choisir un président parmi les candidats des diverses sensibilités politiques qui se présentaient. Il aurait donc été plus juste de la comparer aux législatives de 1958 et de 1962.

Il n’en reste pas moins que de Gaulle apparaitra désormais vulnérable.

Aux élections législatives de 1967, avec Jacques Chirac, élu comme moi pour la première fois, nous avons pris chacun un siège à l’opposition et permis de sauver  la majorité Gaulliste. La précarité de cette majorité favorisa, pendant l’année qui suivit, la multiplication des dépôts de motions de censure contre le gouvernement Pompidou jusqu’au mois de Mai 1968.

Cette première année à l’Assemblée Nationale allait devenir pour le benjamin de 25 ans que j’étais, non seulement une brutale initiation à la vie parlementaire, mais plus encore une confrontation grandissante avec la démagogie, l’opportunisme, les peurs et même certaines violences verbales et physiques que peut entraîner la vie politique.

De Gaulle avait tout réussi ce qu’il avait entrepris depuis son retour au pouvoir dix ans plus tôt : la décolonisation, des institutions efficaces garantissant la stabilité et l’équilibre des pouvoirs, une économie prospère et le plein emploi dans une France respectée et influente en Europe et dans le monde.

Si de Gaulle suscitait de l’admiration dans le monde occidental sous tutelle américaine, elle s’accompagnait néanmoins de méfiance et de jalousie chez nos partenaires atlantistes. En revanche, il bénéficiait d’un exceptionnel succès auprès du Tiers Monde et d’un certain respect de la part des soviétiques.

Au fil des discours de Brazzaville, de Phnom Penh, de Mexico, de Montreal et de la conférence de Presse du 27 Novembre 1967, l’Homme du 18 Juin était devenu l’Homme d’Etat le plus populaire de la planète. Il n’avait pas manqué de dénoncer l’expansionnisme Soviétique et les Américains, engagés dans l’impasse de la guerre du Vietnam.

Et c’est lors de la contestation de cette guerre par la jeunesse américaine que sont intervenus les premiers mouvements qui allaient évoluer, en quelques années, vers une profonde mutation des comportements dans les sociétés occidentales.

Si, en France, l’économie s’était depuis dix ans considérablement développée, en répondant à l’offre et à la demande d’emplois et si l’université avait du faire face à une augmentation permanente de ses étudiants, ces deux secteurs étaient restés néanmoins sous l’emprise d’un pragmatisme prudent.

Premier Ministre depuis avril 1962, Georges Pompidou s’était efforcé de réduire l’inflation par un stricte contrôle des prix et des salaires. Quant à Alain Peyrefitte, en charge de l’Education Nationale, il avait laissé l’université fonctionner dans un certain traditionalisme.

Ce n’est donc pas étonnant que ce soit à travers ces deux secteurs que les tentatives de subversion politique, organisées par des militants de diverses obédiences d’extrême gauche se soient prioritairement engagées, dès mars 1968.

Pour ces faux naïfs, illusionnés par leurs rêves irréalistes, enfants de la bourgeoisie d’après-guerre et du baby boom, gavés à la croissance à 5%, il s’agissait, tout simplement, d’abattre le capitalisme, la domination bourgeoise, le pouvoir Gaulliste et de contribuer au renversement des impérialismes américain et soviétique. Les «  héros « exemplaires » de ces apprentis révolutionnaires étaient Trotsky, Mao Zedong, Fidel Castro et Che Guevara.

Ayant moi-même quitté depuis peu mes études supérieures et me sentant proche des Gaullistes de gauche de l’ancienne UDT, bien que solidaire de l’étroite majorité parlementaire à laquelle j’appartenais, j’étais favorable aux revendications étudiantes pour la modernisation de l’université, comme je comprenais les demandes d’ajustement des salaires à la croissance de notre économie et au bénéfice des entreprises.

En plus des motions de censure à répétition qui soumettaient l’Assemblée Nationale à une confrontation incessante entre la majorité et l’opposition, les manifestations étudiantes, les altercations avec les forces de l’ordre, les incendies de voitures et de commerces, les barricades et les occupations de toutes sortes qui se répandaient, principalement à Paris, comme le feu à une traînée de poudre rendaient, chaque jour, l’atmosphère,  au sens propre, comme au sens figuré, de plus en plus irrespirable.

Puis, dans la deuxième moitié du mois de Mai, l’arrêt et les blocages progressifs de la plupart des services publics et des activités économiques et culturelles, avec la prise en main par des grévistes politisés des médias et la fermeture des raffineries, ont rendu très difficile la vie quotidienne des Français. 

C’est à ce moment là que j’ai pu découvrir la versatilité, la faiblesse et surtout la lâcheté de certains comportements humains.

En quelques jours, j’ai vu des élus, malgré de brillants états de service, se précipiter dans l’opportunisme, préjugeant de changements qui ne sont pas intervenus, y compris chez certains de mes compagnons Gaullistes.

J’ai entendu l’ancien Ministre du Général de Gaulle, Edgard Pisani me dire qu’il ne savait toujours pas s’il voterait la motion de censure au moment même où il montait à la tribune pour prononcer son discours. Puis, je l’ai vu quitter l’hémicycle, sans être retourné à son siège, après avoir annoncé sa rupture.

J’ai du subir le refus d’un de mes collègues et ami de mon groupe de me serrer la main, car j’avais demandé au Ministre de l’Intérieur de renoncer à empêcher le retour en France de l’étudiant protestataire, de nationalité allemande, Daniel Cohn-Bendit. Cet arrêté ministériel d’interdiction de séjour me paraissait risquer d’être inapplicable, de saper ce qui restait de l’autorité gouvernementale et d’être interprété comme une inutile provocation.

Pour me rendre dans ma circonscription j’ai du, plusieurs fois, remplir des jerricans pour faire le plein de ma voiture à la pompe de l’Assemblée Nationale.

Directeur politique adjoint du seul quotidien Gaulliste « La Nation », avec mon collègue de Paris, Pierre-Charles Krieg, sous la direction de l’ancien Ministre Michel Habib-Deloncle, nous nous répartissions, jour après jour, la rédaction des seuls éditoriaux qui continuaient, en cette période hostile, à soutenir la politique du Président de la République et de son gouvernement.

C’est ce qui dut provoquer la pose d’une bombe dans les locaux de la rédaction, dont l’explosion, dans la nuit du 27 au 28 Mai, aurait pu blesser ou tuer, si elle était intervenue quelques heures plus tard.

Lors de la conférence de rédaction qui suivit à 12h, PC Krieg prit l’initiative d’organiser le 30 Mai, aux Champs Elysées, une manifestation de soutien au Général de Gaulle, qui avait quitté Paris la veille, sans indiquer où il se rendait. Je fus le premier auquel il en parla, avant de présenter son initiative à Michel Habib-Deloncle. C’est à partir de là que ce projet, qui pouvait encore apparaître comme aussi irréaliste que risqué et voué à l’échec, se propagea et fut encouragé, tant par le gouvernement que par les organisations Gaullistes.

Réunis le 30 Mai à 16h, salle Colbert à l’Assemblée Nationale, pour écouter l’allocution de de Gaulle de retour de Baden-Baden, les députés Gaullistes, menacés depuis près d’un mois d’être emportés par une supposée révolution en marche, comprirent, dès les premiers mots prononcés par le Général, que « la fête était finie » et qu’« une certaine idée de la France » était de retour.

Découvrir ensuite la mine défaite des députés de l’opposition et des journalistes qui avaient écouté de Gaulle, salle des Quatre Colonnes, lorsque nous venions d’être nous-mêmes requinqués par ses propos, reste dans ma mémoire de façon indélébile.

Puis, ceints de nos écharpes tricolores, nous sommes partis ensemble rejoindre les premiers manifestants arrivés Place de la Concorde.

Se tenant par les bras,  en ligne, devant chaque groupe de manifestants les députés quittaient la Concorde pour remonter les Champs Elysées jusqu’à l’Arc de Triomphe.

Malgré mes 26 ans, je m’étais senti vilipendé, un mois durant, comme un affreux ringard. Alors, quelle joie ce fut pour moi de me retrouver avec ma femme, accompagné de nombreux amis, en criant « Vive de Gaulle », avec des centaines de milliers d’autres manifestants. Mais, quel étonnement pathétique que d’avoir à répondre aux signes d’une prétendue complicité venant d’un haut fonctionnaire connu, qui, une semaine auparavant, avait installé lui-même un drapeau rouge au balcon de l’immeuble de son administration.

Nous étions soulagés de voir de Gaulle, une fois de plus, gagner pour la France, afin qu’elle échappe à un effondrement injustifié.

Quelques soubresauts se prolongèrent les semaines suivantes, bien que les Accords de Grenelle donnaient largement satisfaction aux revendications syndicales et que se préparait la future loi Edgar Faure qui allait adapter l’université aux justes réclamations du monde étudiant.

J’ai du moi-même subir quelques incidents durant la campagne électorale qui suivit.

On creva les quatre pneus de ma voiture qui fut aussi atteinte par un cocktail Molotov. Et mes militants furent agressés par des colleurs d’affiches armés du Parti Communiste.

Durant le mois de Juin 1968, les Français, nostalgiques de leur histoire révolutionnaire, qui avaient eu un moment d’indulgence, et même de sympathie, pour les folies du mois de Mai, retrouvèrent avec plaisir et soulagement leurs soirées à la télévision et les balades en voiture le week-end.

Le 30 juin, un raz de marée électoral envoya à l’Assemblée Nationale la plus large majorité Gaulliste de l’ histoire et referma la parenthèse ouverte le mois précédant par les barricades du Quartier Latin.

Les transformations qui se sont introduites dans les sociétés occidentales à partir de cette époque n’ont pas été le résultat direct des évènements de ce mois de Mai 68. Ces derniers n’auront été que les premiers signes révélateurs d’aspirations nouvelles.

La génération de l’après-guerre, dégagée des tragiques entraves  dont avaient souffert les deux générations précédentes, a voulu, dans les années qui suivirent en ces temps apaisés, s’inventer un nouveau monde. Pour la plupart, ce fut bénéfique.

Ce monde est désormais fini et des nuages noirs reviennent à l’horizon.

Puissent les vents qui se lèvent les écarter de notre chemin. (Alain Terrenoire, 18/05/2018)

France : le printemps des archaïsmes

Tout ce que la France trainait après elle de boulets historiques, et Dieu sait que notre pays en collectionne, est lancé depuis le début du printemps 2018 comme des bolas dans les pattes du gouvernement Macron-Philippe pour faire trébucher et tomber ceux qui veulent moderniser notre pays et le mettre à la page du XXIème siècle.

Les relents de Mai 68

Il y a d’abord les relents de caniveau de Mai 1968. On nous assure que la société est sortie de ces « évènements » repeinte à neuf et libérée de ses entraves. Quelques ados prolongés établis dans les médias ont donné le signal d’un remake de cette révolution d’opérette.

Comme il y a cinquante ans, quelques dizaines de professionnels du désordre ont bloqué des universités tandis que des kolkhoziens attardés prônaient une agriculture anonyme et collective en se mesurant aux gendarmes à Notre-Dame des Landes, suscitant cette fois, heureusement, plus de colère que d’adhésion dans la « masse » étudiante. Pas dupe cette fois, le gouvernement, les a expulsés peu à peu des lieux qu’ils dégradaient et empestaient. Espérons qu'il appréhendra et punira comme l'a promis Gerard Collomb les casseurs du Black Bloc qui ont saccagé tout un quartier à Paris le 1er mai. Comme les zadistes, il forment contre notre pays des brigades internationales.

Contrairement aux on-dits, le joli Mai 68 n’avait rien apporté de neuf et ce qu’il eut de mieux, ce fut son échec. Toutes les mutations sociologiques que ses nostalgiques lui attribuent étaient déjà réalisées ou en bonne voie. Pour ne citer que l’une d’entre elles, la fameuse libération des femmes avait déjà eu lieu avec la commercialisation de la « pilule » en 1967. La décolonisation était achevée. La France ne menait plus de guerre coloniale. Chaque jeune pouvait choisir librement études et apprentissage, un système de bourses aidant les plus démunis parmi les plus doués et les plus studieux. Enfin, le gouvernement du président De Gaulle n’avait jamais remis en question les libertés fondamentales. On pouvait écrire ce qu’on voulait dans les journaux et s’exprimer librement sur les ondes, à la différence de ce qui se passait derrière le rideau de fer.

Mai 68 ouvrit la porte à l’extravagance vulgaire et à l’épate au bourgeois la plus classique et tenta d’écraser les talents et les individualités sous un rouleau compresseur égalitariste. On s’en souviendra comme de la comédie révolutionnaire d’enfants gâtés qui avaient lu les idées singulièrement obsolètes de Marx et Marcuse et qui vénéraient dans leur société capitaliste prospère les monstres totalitaires de l’URSS, de la Chine maoïste et de Cuba qui n’ont créé que ruine et misère, comme on l’a vu en 1989-90. Dans une certaine mesure, en se livrant au culte des ennemis armés jusqu’aux dents de la France et de l’Europe occidentale de l’époque, ils étaient coupables de haute trahison tout au moins mentale. Le comble fut leur célébration du meurtre freudien du père au nom d’un antiautoritarisme brumeux quand l’inénarrable Daniel Cohn-Bendit endossa le rôle de David défiant Goliath en demandant la démission du président de Gaulle. Qui lui avait insufflé cette idée outrepassant largement le cadre universitaire ? C’est aujourd’hui encore un mystère.

La CGT, dernier bastion du marxisme-léninisme

Des moustachus qui célèbrent de nos jours encore la désarticulation sociale et rêvent de crypto-néomarxisme, Edwy Plenel n’est pas le pire. Philippe Martinez dirige le dernier bastion du communisme français d’avant-guerre, la CGT, qui joue sa survie sur ce coup de force qu’est la grève de la SNCF. Sachant que son syndicat rassemble le dernier carré des marxistes-léninistes après la mort clinique du PCF, dernier parti en Europe à s’appeler « communiste », Martinez joue quitte ou double. Trop affaiblie pour faire pression sur le pouvoir politique, privée depuis près de vingt ans du soutien de Moscou et devenue récemment minoritaire parmi les syndicats français, la CGT au bout du rouleau cherche à obtenir le soutien des autres formations syndicales en faisant de la surenchère. Mais cette politique du pire ne paie plus, ne fait plus peur.

Seulement, si sa grève mécontente beaucoup d'usagers du rail, elle peut compter sur la passivité de nombreux Français qui ne voient pas que la fin d’un monde ancien se joue dans cet épisode teigneux. Mélenchon et les siens pourront-ils ramasser sur les pavés le drapeau rouge si le syndicat de Martinez sombre dans les poubelles de l’Histoire ? Ils n’ont pas le bras assez long. La tentative de la CGT de détruire son outil de travail stratégique, la SNCF, et subséquemment les secteurs de l’économie qui dépendent des transports, est aussi absurde que la résurrection des soixante-huitards et leur vaine tentative de destruction des universités et de la sélection par le talent et l’intelligence.

Qui est réactionnaire aujourd’hui en France ? Un gouvernement qui veut remettre sur pied notre pays vieillot et nombriliste ou bien des forces politiques qui cherchent à remettre en scène les combats d’hier, ceux de 1936, de 1968, de 1995 pour ne citer qu’eux, au nom d’idées périmées ? « L’histoire ne se répète pas, ou alors comme une farce », d’après Karl Marx. Le problème, c’est que les partis et syndicats traditionnels sont en France des bocaux de formol dans lesquels on conserve des idées fossiles, qu’il s’agisse des rodomontades hypernationalistes et anti-européennes de Marine Le Pen ou des coups de gueule marxisants de son allié Philippe Martinez. Il semble même que Marine bleue approuve la grève rouge de Philippe Moustache. La France va-t-elle s’empêtrer dans ses survivances préhistoriques ou s’adapter aux temps modernes ?

Daech ou les revenants de la péninsule arabique

Or, voici qu’elle est attaquée par des éléments soi-disant religieux dont les convictions sommaires et les méthodes barbares s’inspirent des traditions de la péninsule arabique au VIIIème siècle après Jésus-Christ. N’est-ce pas aller chercher bien loin les modèles en m atière de croyances, mœurs et comportements ? Pourquoi pas dès lors remonter au néolithique ou au paléolithique ? On nous assure que les musulmans dits « modérés » désapprouvent ces façons de faire un peu rudes usant de l’arme à feu, du camion-bélier ou du couteau. C’est quand même la moindre des choses quand on vit dans un pays civilisé qu'on désapprouve cela. Mais si eux-mêmes acceptaient un aggiornamento de leur religion et se vêtaient dans l’espace public comme les autochtones au lieu de se singulariser, on les croirait davantage. Et si les musulmans manifestaient un peu plus nombreux contre le terrorisme islamique, ils s’attireraient notre sympathie.

Hitler est mort un 30 avril

Et voilà qu'en Allemagne et en France, l'antisémitime ressort son hideuse tête jusque dans les rues. L’école de la République a-t-elle appris aux enfants de l'immigration et aux nôtres que le grand maître de l’antisémitisme s’est suicidé le 30 avril 1945 dans son bunker de Berlin ? Sans doute avait-il quelques raisons de le faire. Mieux connaître la nocivité des motifs d'Hitler serait salutaire. On aurait pu penser qu’après lui, cette absurdité meurtrière appartiendrait définitivement au passé. Or, elle aussi, d’aucuns tentent de la remettre au goût du jour. Comme l’a écrit Bertolt Brecht, « le ventre est encore fertile d’où cela est sorti ». (J.-P. P., le 30 avril 2018)

Allemagne - Mme Merkel a une dauphine : Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer, 55 ans, ministre-présidente du Land de  Sarre depuis sept ans, a été désignée par Angela Merkel puis élue le 26 février 2018 à 98,87 % par les délégués de l’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU) secrétaire générale du parti de la chancelière en remplacement de Peter Tauber, 43 ans, qui a démissionné pour raisons de santé. Mme Merkel qui préside la CDU depuis près de vingt ans a ainsi désigné sa dauphine appelée à lui succéder à la chancellerie fédérale. Près de la moitié des Allemands souhaite en effet le départ de la chancelière à plus ou moins long terme.

Mère de trois enfants, à la différene de Mme Merkel, mariée sans enfants, et diplômée en sciences politiques, alros que Mme Merkel était physicienne, Mme Kramp-Karrenbauer a un nom compliqué. Du coup, on appelle cette politicienne partie du bas de l'échelle, comme Mme Merkel en son temps, tout simplement AKK. Elle a adhéré à la CDU à l'âge de 20 ans pour gravir les échelons comme conseillère municipale, puis comme députée fédérale et régionale. Aussi catholique que Mme Merkel est protestante, elle a le même tempérament réservé qu’elle, mais elle  a annoncé lors de son élection à  vouloir « faire vivre le débat » dans ce parti tiraillé entre plusieurs courants, à la différence du style monolithique de "Mutti", la chancelière. Son discours a été plus énergique que celui de la chancelière. En durcissant le ton sur l’accueil des réfugiés et les procédures d’expulsion, elle a montré qu’elle irait sur les brisées de l’AfD, tout en maintenant la ligne centriste et sociale de Mme Merkel.

AKK est classée à l'aile gauche de la CDU sur les sujets économiques, mais pas sur les questions de société. Elle est notamment opposée au mariage pour tous, autorisé en Allemagne depuis l'année dernière. Promettant un "renouveau programmatique", elle a quatre ans pour convaincre, jusqu'à ce qu’Angela Merkel aux commandes depuis 2005 sa révérence. Elle a remporté une victoire remarquée face aux sociaux-démocrates du SPD aux régionales de mars 2017 et inversé ainsi le courant d’opinion jusqu’alors très défavorable au parti de Mme Merkel, la sauvant sans doute de la catastrophe. Après avoir pratiqué une coalition noire-jaune-verte « à la jamaïcaine », avec les Verts et les libéraux (FDP) elle s’est réconciliée avec le SPD et partageait avec lui le gouvernement sarrois.

Profondément européenne, très francophile au point de vouloir faire d’ici 2043 de la Sarre une région bilingue franco-allemande, elle été Plénipotentiaire de la République fédérale  d’Allemagne chargée des relations culturelles franco-allemandes de 2011 à 2014. Nous donnons ci-dessous des extraits de l’interview que nous avions réalisée avec elle à l’automne 2017 pour la revue Politique Internationale.

Jean-Paul Picaper. Madame la ministre présidente, où en sont aujourd’hui les relations franco-allemandes en général ? Vous voulez faire de votre Land un ban d’essai du franco-allemand

Annegret Kramp-Karrenbauer. L’opinion publique allemande ne prête guère attention aux relations culturelles et éducationnelles franco-allemandes parce que cette tâche est confiée aux Länder, [1] mais elle fait l’objet d’un travail permanent. Sous mon prédécesseur Peter Müller on a réalisé le manuel d’Histoire franco-allemand. Pendant mon mandat, nous avons créé le premier lycée professionnel franco-allemand. Nous avons beaucoup coopéré en matière de formation professionnelle. Nous veillons aussi constamment à l’apprentissage renforcé de la langue du voisin.

Pour le reste, l’axe franco-allemand n’a pas toujours fonctionné sans bavures au cours des dernières années, que ce fût lors des crises inquiétantes de l’économie et des finances ou encore des réfugiés. Les vues divergeaient d’un pays à l’autre. Mon impression à présent, après l’élection du nouveau président français, est que l’attention va se recentrer sur l’Europe et sur le partenariat franco-allemand et son développement. J’espère qu’après les récentes législatives allemandes, nous allons former rapidement un gouvernement qui sera en mesure avec la France de faire progresser ce partenariat.

En 2013, vous avez lancé un projet visant à faire du français une langue véhiculaire en Sarre, au même titre que l’allemand, y compris dans l’administration. Est-ce à dire que tous les écoliers doivent parler français ?

Oui, notre objectif à long terme est que les générations qui naissent aujourd’hui deviennent bilingues. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut décréter, mais nous soutenons à fond cette évolution. Nous veillons à ce que les enfants grandissent avec le français dès le jardin d’enfants et l’école primaire. Il ne s’agit pas d’apprendre le français comme deuxième langue, mais de le parler au quotidien en tant que langue de voisinage. Actuellement, 40% des jardins d’enfants de Sarre sont bilingues. Nous voulons élargir cela, y compris dans le primaire, de sorte qu’à la sortie du primaire tous parleront français. A partir de la 6ème, ils pourront alors commencer l’anglais. Nous voudrions aussi que le français soit une langue présente dans la vie publique, que les panneaux indicateurs, les formulaires administratifs, nos accès Internet soient rédigés également en français. Le plurilinguisme sera évidemment un atout pour nos concitoyens.

Du côté lorrain, en France, cette initiative a-t-elle suscité un écho ?

Oui, la réaction a été immédiatement positive. Du côté français limitrophe, on suit le mouvement et surtout j’ai pu relever au cours des nombreux voyages effectués en France pour présenter notre projet que cela éveille un intérêt considérable dans des régions de France très éloignées de notre frontière.

Les Français s’imaginent que l’allemand est une langue difficile alors qu’elle est plus facile que l’anglais. C’est une langue bien cadrée avec des règles précises et invariables.

C’est vrai que l’anglais paraît facile au début, mais que les difficultés surviennent ensuite, alors qu’en français c’est le contraire et en allemand sans doute aussi.

LA SARRE, PONT ENTRE LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE

La Sarre devient la plaque tournante entre la France et l’Allemagne ?

Il s‘agit en effet de jeter ici un pont entre l’Allemagne et la France. Mais les Länder limitrophes de la France, le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre viennent de créer une coopération permanente pour définir une politique de voisinage. J’ai déjà siégé deux fois à ce sujet avec mes collègues de ces deux Länder.

La Sarre a subi une terrible crise lors de l’effondrement de la sidérurgie et des charbonnages. Comment vous en en êtes-vous tirés ?

Dès les années 1970, en parallèle avec le charbon-acier, nous avons commencé à édifier une industrie automobile. Que ce soit au niveau des la production proprement dite, avec les usines Ford de Saint-Louis, qu’à celui des sous-traitants. Nous produisons ici en Sarre tout l’équipement d’une voiture. Nous avons également démarré très tôt dans les sciences et technologies de l’information, ce qui a fait émerger à l’université de la Sarre un des centres mondiaux de l’excellence dans ce domaine et généré de nombreux emplois. La Sarre est aujourd’hui en train d’édifier le nouveau Centre national allemand de la sécurité des technologies de l’information. C’est une œuvre d’avenir qui se matérialisera sous forme d’entreprises, de produits et donc d’emplois.

Combien de Français travaillent en Sarre ?

Quelques20 000 transfrontaliers viennent travailler ici. Principalement dans l’industrie, par exemple chez Michelin à Homburg, mais aussi chez Ford  Saint Louis, chez ZF à Sarrebruck. [2] Des Sarrois travaillent an France, mais ils vont surtout au Luxembourg. La France, le Luxembourg, la Rhénanie-Palatinat et la Sarre forment aujourd’hui un gros marché intégré de l’emploi. Ceux qui sont bilingues ont plus de chances d’y trouver un emploi. J’encourage le bilinguisme pour que les jeunes restent ici. S’ils partent ailleurs, ils sont perdus, pour nous comme pour la France.

Vous avez donc créé ici une euro-région ?

Oui, nous sommes une grande euro-région comprenant un État souverain, le Luxembourg, deux Länder allemands et la nouvelle Région du Grand Est en France. C’est un ensemble complexe qui constitue le plus grand espace transfrontalier intégré en Europe.

L’EXTRÊME DROITE AU BUNDESTAG

Pensez-vous que l’ex-présidente de l’AfD Frauke Petry pourrait colmater la brèche dans la majorité gouvernementale ? Elle a un siège au Bundestag et veut créer une CSU nationale à côté de la CSU bavaroise.

Je ne vois pas venir cela. Tout d’abord, nous avons dans nos rangs l’original de la CSU. Nous n’avons pas besoin d’une copie. Ensuite, je crois que l’arrière-pensée de Frauke Petry est qu’elle ne peut plus jouer dans l’AfD le rôle qu’elle jouait auparavant. Elle venait de l’ultralibéralisme et a poussé l’AfD à sa création vers la droite de la droite et je ne la vois pas revenir maintenant sur sa position initiale. Je crois que le programme de Frauke Petry tient en une proposition : sa promotion personnelle. Peu nous chaut avec qui elle se coalisera.

L’entrée de l’AfD dans le Bundestag est quand même une innovation… On dit que l’Allemagne devient ainsi plus normale…

C’est vrai que là, quelque chose s’est produit qui fait déjà partie de la réalité d’autres États, en Europe et dans le monde. Mais cela ne peut en Allemagne être un retour à la normale parce que nous avons notre propre histoire et notre spécificité. Cela ne peut donc être considéré comme normal qu’entre au Bundestag un parti dont certains éléments assument des positions clairement révisionnistes et extrémistes de droite. Il faut donc combattre clairement ces postures qui vont à l’encontre des principes de base sur lesquels s’est bâtie la République fédérale d’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Jusqu’ici l’ultra-droite s’appuyait sur des éditions et des journaux, maintenant elle a créé un parti et devient politique.

Oui. On ne sait pas encore dans quel sens va évoluer l’AfD. Toujours est-il qu’elle est partie vers l’extrême-droite. Parmi les électeurs de l’AfD, il y a à coup sûr beaucoup de gens dont ce n’est certainement pas le truc et qui voulaient simplement protester. Néanmoins, il faut dire à ces gens que nul ne pouvait ignorer quelles étaient les positions de l’AfD. Et personne ne pourra s’en laver les mains et dire qu’il ne savait pas qu’il avait voté dans ce sens. 

L’AfD est hostile à l’Europe et la population allemande est aux trois quart favorable à l’Europe et à l’euro. Est-ce que l’AfD va miner cette option ?

Je suis absolument certaine que la République fédérale d’Allemagne ne perdra rien de sa stabilité. Notre système électoral à la proportionnelle a fait entrer au Bundestag une forte représentation de l’AfD qui n’est pourtant guère représentative de l’opinion publique. C’est la différence avec la France. J’ai toujours pensé que le Front National en France se faisait partout sentir en France mais que le régime électoral le sous-représentait à l’Assemblée nationale. Mais, puisque ce groupement, l’AfD, est entré dans notre Parlement, il va falloir s’expliquer franchement avec lui.

L’AfD est-elle proche du Kremlin ?

Elle en est très proche. C’est un secret de Polichinelle. Même chose pour le FN et les mouvements populistes apparentés tels le Parti populaire autrichien ÖVP.

PAUVRETÉ EN ALLEMAGNE

Les médias français et certains politiques dans notre pays affirment souvent qu’il existerait en Allemagne une grande pauvreté, de nombreuses personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, livrées à la précarité. Est-ce que c’est une réalité ?

Non, c’est inexact. Nous avons divisé par deux au cours des dernières années le chiffre du chômage. Nous sommes passés de 5 millions de chômeurs quand Angela Merkel a assumé ses fonctions en 2005 à tout juste 2,5 millions actuellement. L’évolution de notre économie et notre situation financière sont très stables. Ceci dit, le fait est que mesuré à l’aune du revenu moyen, nous avons des gens qui ne bénéficient pas de cette évolution positive. Ce sont surtout des gens dont le niveau de formation est faible, dont l’emploi n’est pas sûr et peu rémunéré. Ce sont des gens malades ou des personnes âgées en situation précaire. Quand c’est le cas de parents, les enfants sont naturellement concernés. Nul doute qu’il faut améliorer la situation de ces gens. Tout n’est pas parfait en Allemagne. Mais prétendre que l’Allemagne se paupérise, est le fait de groupements politiques hostiles au système politique et social qui est celui de l’Allemagne.

Quel est le nombre ou le pourcentage des ces personnes en situation précaire ?

SORTIE DE L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE

Est-ce vraiment certain que l’Allemagne sortira de l’énergie nucléaire en 2022 comme promis par la chancelière ?

Oui. La majorité des Allemands n’est pas favorable au maintien de l’énergie nucléaire. Nous avons fait de grands progrès dans les énergies renouvelables. Nous devons améliorer nos capacités de stockage d’énergie dans notre réseau de fournitures électriques. Compte tenu du changement climatique, nous cherchons à améliorer l’usage de nos combustibles fossiles. Je ne pense pas que dans un gouvernement auquel participeront les Verts, nous nous écarterions de cet objectif.

Au besoin, vous pourriez acheter du courant électrique en France ?

Nous avons un marché européen du courant électrique qui dispose de surcapacités, en effet. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours dit qu’il fallait organiser ensemble en Europe notre réseau énergétique. Par ailleurs, nous allons vers la mobilité électrique. Si un jour en Sarre nous n’avions plus que des voitures électriques, ce serait néanmoins difficile de convaincre les Sarrois de les alimenter avec du courant nucléaire provenant de la centrale française de Cattenom. [3] Ce ne sera pas facile d’intégrer des États européens dont chacun a sa tradition et sa vision justifiée de ce qu’est sa suffisance énergétique. Je pense toutefois que si nous parvenons en Allemagne à démontrer qu’un État industrialisé peut s’approvisionner en courant payable et sûr sans avoir recours au nucléaire, cela pourrait être à l’avenir un modèle qui servira à d’autres d’orientation. On verra si nous y parvenons.

MALAISE DE LA DÉMOCRATIE           

Depuis un certain temps il est question d’un malaise de nos démocraties. En Allemagne comme en France, dans les récentes campagnes électorales, on a souvent entendu dire que nombreux étaient ceux qui ne se sentaient ni compris ni représentés par les institutions politiques et leurs élus. Qu’en pensez-vous ?

C’est ce qu’on ressent en effet. Cela dit, les humeurs et les motifs de ceux qui voient les choses ainsi sont très disparates. Il y a des gens qui disent que la politique en général ne prend pas en compte les questions importantes pour eux au quotidien. Il y a aussi ceux qui se disent insatisfaits des réponses que la politique donne à leurs problèmes. Le problème des responsables politiques tient à ce que nous vivons dans un monde très complexe où l’on ne peut guère donner les réponses simples et radicales que l’un ou l’autre voudrait entendre. Ce serait plus facile mais irresponsable.

C’est un débat qui se déroule dans toutes les démocraties évoluées du monde et qui renforce les tendances populistes chez les gens qui se sentent dépassés et voudraient emprunter des voies simples et directes qui sont malheureusement impraticables dans la complexité de notre monde actuel. Je ne crois pas que la politique à elle seule puisse donner la réponse. Notre société est façonnée par des décisions politiques, mais aussi par les décisions économiques de très grandes entreprises. A quoi s’ajoutent les millions de gens qui communiquent sur les réseaux sociaux et qui créent ensemble une réalité que la politique ne peut appréhender. Mais beaucoup de gens ne se rendent pas compte qu’ils sont partie prenante de cette évolution et qu’ils n’en sont pas seulement les victimes.

Peut-être n’est ont pas obligé de s’intéresser systématiquement à la politique ?

Exactement.

LE PROGRAMME EUROPÉEN

L’Allemagne a été soulagée de voir Emmanuel Macron gagner les présidentielles et ensuite les législatives en France, n’est-ce pas ?

Pour ce qui me concerne, je vois en lui une grande chance pour la France et pour l’Europe un homme avec lequel nous pouvons espérer pouvoir coopérer dans notre propre intérêt et dans celui de la France. . Il a forgé un vaste programme de réformes de la France et de l’Europe. Je ne sais pas ce qui sera le plus difficile, réformer la France ou réformer l’Europe. Ce qui se passerait s’il échouait et laissait sa place à une autre force, poserait un gros problème à la France et à l’Europe.

Nous autres en Allemagne nous avons aussi pas mal de chose à réformer et développer. J’ai toujours pensé que dans le cadre d’une vraie amitié franco-allemande nous pourrions et devrions nous aider réciproquement à mener à bien cette entreprise. Il pourrait s’en dégager un nouveau dynamisme pour l’Europe. D’un côté, nous devons relancer la dynamique européenne, mais de l’autre nous ne devons pas laisser à la traîne la moitié de l’Europe. Ce sera comme marcher sur le fil du rasoir. Nous sommes devant une tâche aussi difficile que le fut celle de construire l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Vous avez entendu le discours sur l’Europe qu’Emmanuel Macron a prononcé à la Sorbonne le 25 septembre dernier. Qu’en avez-vous retiré ?

Je pense que, dans la zone euro, nous avons déduit de la crise économique et financière que, lorsqu’on a une monnaie commune, on a besoin d’instruments en commun et d’idées partagées pour mettre en œuvre une politique économique et financière commune. Les visions qu’on a en Europe en matière de politique économique et financière sont très différentes. C’est donc là une chose à laquelle nous devons travailler ensemble sans nous imaginer que le risque soit nul pour chacun de nos États. En Allemagne, on pense souvent que chaque État a ses propres risques et peut s’en dédouaner au détriment des autres. Ce sera difficile de trouver l’équilibre entre les risques partagés et les risques individuels.

Je pense aussi que nous pouvons beaucoup progresser en matière de Défense. Nous avons de bonnes bases notamment dans le cadre franco-allemand…

Les Allemands accepteront-ils de faire un effort en matière de Défense s’il s’inscrit plutôt dans un cadre européen que national ?

Oui. Mais nous devons aussi réfléchir ensemble au problème global de la situation humanitaire tout autour de nous. Les problèmes que nous avons eus en Allemagne sont venus de ce que la prise en charge communautaire du problème des réfugiés n’a pas fonctionné. Comment protègerons-nous la frontière extérieure de l’Europe ? Comment règlerons-nous la situation humanitaire en Afrique ? Comment répondre au défi du Moyen-Orient ? Il nous faut mettre au point une réponse commune à ces questions parce que c’est trop lourd pour chacun de nos États pris séparément.

Avez-vous remarqué qu’Emmanuel Macron veut investir le produit de la taxe sur les transactions financières dans l’aide au développement de l’Afrique ? Cela peut la rendre plus acceptable pour l’Allemagne ?

Cela pourrait-être une bonne idée. Nous nous rendons compte aujourd’hui en Allemagne que la politique étrangère et de sécurité ne peut être séparée de la politique intérieure. Tout évènement important où que ce soit dans le monde peut agir sur la situation de nos pays. Nous nous sommes rendus compte ces dernières années en Allemagne que nous devons investir davantage en Afrique et que, si nous ne le faisons pas, les Africains viendront chez nous. On ne pourra pas construire des murs. Il y aura assez de réseaux criminels qui ouvriront des passages. J’espère que nous trouverons les moyens en tant qu’Union Européenne pour renforcer nos frontières extérieures et stabiliser la situation tout autour de l’Europe.

La politique européenne du parti libéral FDP nous inquiète un peu.  Ce parti est hostile à l’augmentation du budget européen et veut faire du Conseil des ministres de l’UE une seconde chambre du Parlement européen. Ce sont des propositions inacceptables pour la France…

Ces problèmes ont déjà été évoqués dans les pourparlers avec la Grande-Bretagne avant le Brexit. Vous voyez que l’approbation générale en Allemagne de l’Europe peut masquer des conceptions très divergentes des uns et des autres. Mais, à l’exception de l’AfD et d’une grande partie de Die Linke,[4] tous les partis estiment ici que l’État national allemand ne peut réussir que dans le cadre de l’Europe.

Récemment des voix se sont élevées en France contre la prise de contrôle des chantiers navals français STX par l’Italien Fincantieri et surtout contre celle d’Alstom par Siemens. On n’a pas entendu autant de protestations quand les Chinois ont acheté un grand aéroport français ou un club touristique ni quand les Katari et les Saoudiens s’adjugent des fleurons du sport, des services et même du commerce français. N’est-ce pas paradoxal ?

Ces réactions sont anachroniques. Si nous voulons survivre en Europe, nous devons créer des très grosses entreprises européennes. L’exemple d’Airbus est pourtant assez parlant. Si le mariage d’Alstom et Siemens réussit, ce sera bon pour nos deux pays et pour l’Europe dans son ensemble. La force de nos nations dépend aujourd’hui de coopérations renforcées européennes.

Selon vous, l’euro sera-t-il encore en circulation en 2050 ?

Je l’espère bien.

L’Europe ne va-t-elle pas imploser ?

Ce serait une vraie catastrophe. C’est un numéro d’équilibriste aujourd’hui que de faire avancer l’Europe et de maintenir sa cohésion, mais c’est probablement faisable.

Il ne semble pas que le Brexit ait fait des imitateurs contrairement à ce que l’on redoutait.

Il ressort maintenant des négociations avec la Grande Bretagne que nous sommes en présence d’un pays qui a choisi de sortir de l’UE sans en mesurer les conséquences et que c’est pour l’instant plus dissuasif qu’encourageant.

POLITIQUE INTERNATIONALE

La République fédérale a les mêmes positions que celles de la France vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Concernant les États-Unis, Mme Merkel a coupé le cordon ombilical qui relie l’Allemagne aux États-Unis, dans un discours qu’elle a prononcé à Trudering en Bavière en juin 2017. Est-ce un virage ?

Non, nos relations avec les États-Unis restent bonnes car la politique allemande a toujours eu deux composantes qui sont au cœur de notre vision du monde, l’une est l’union européenne, l’autre la relation transatlantique. Nous ne commettrons pas l’erreur d’assimiler les États-Unis dans leur totalité à la politique de Donald Trump. La chancelière a dit clairement que nous formulerons clairement nos critiques si sa politique va dans le mauvaise sens et que, s’il persiste, nous ne ferons pas acte de solidarité. Concernant le conflit avec la Corée du Nord, Mme Merkel a souligné qu’il ne peut y avoir de solution que diplomatique et que tout ce qui a été dit jusqu’ici n’y contribuait pas. Elle n’a pas seulement le droit mais aussi le devoir de donner très clairement son avis.

Emmanuel Macron a dit que la lutte contre le terrorisme est la priorité des priorités.

Oui, car nous devons protéger la vie de nos concitoyens. Nos organes de sécurité doivent mieux coopérer et interagir, car la menace terroriste ne vise pas un seul pays mais nous tous. Les terroristes agissent sans frontières et nos services de sécurité doivent agir eux aussi sans frontières. Nous devons aussi chercher à savoir pourquoi des individus qui sont nés et ont grandi dans nos sociétés, se font terroristes. Y a-t-il chez nous quelque chose qui ne fonctionne pas ? J’avais rédigé avec Jean-Marc Ayrault un rapport sur l’état de l’intégration en Allemagne et en France. Nous avons des problèmes similaires. Une des propositions que nous avons faites est la création d’un Conseil commun à l’intégration qui se constitue cet automne. J’en fais partie.

LES FEMMES, LES HOMMES ET DIEU

La féministe allemande Alice Schwarzer a dit dans une interview du « Figaro » que Mme Merkel n’avait pas été en mesure de distinguer l’islam en tant que religion de l’islam politique comme source du terrorisme.

Je ne serais pas aussi péremptoire. Le problème est qu’il n’y a pas une église musulmane comme il y a une église catholique ou une église protestante. L’islam est multiple et varié. Ceux que nous considérons comme une menace pour notre société ouverte n’ont cure de religion. Ils ont une conception de la femme notamment qui est aux antipodes de nos valeurs. Il faut arriver à comprendre qu’on peut être musulman et vivre dans une société démocratique ouverte comme le sont la France et l’Allemagne et c’est d’ailleurs ce que font des millions de musulmans. J’aimerais aussi que les autorités religieuses des différentes tendances de l’islam prennent clairement position en faveur de cette société qui est la nôtre et se détournent de ce qui nourrit le terrorisme.

L’émancipation des femmes musulmanes est-elle la voie vers l’intégration ?

Je veux vivre dans un société dans laquelle toutes les femmes peuvent vivre leur vie comme elles le souhaitent à l’égal des hommes, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou bouddhistes, une société dans laquelle aucun père ne dicte à sa fille qui elle doit épouser, dans laquelle on n’interdit à personne d’aller à l’école. Il ne peut y avoir de limitations culturelles ou traditionnelles à ces droits universels. Nous devons lutter pour eux et surtout en Europe où nous avons fait tellement de progrès en ce domaine au cours des derniers siècles.

La féminisation va-t-elle rendre la politique plus intelligente ?

Si c’était vrai, il y aurait moins de populisme, mais je constate que la politique est moins bonne là où la testostérone domine.

Pourquoi et comment êtes-vous devenue une femme politique ?

Mais parents n’étaient pas engagés dans la politique, mais ils s’y intéressaient beaucoup. Dans notre famille, on en parlait souvent et je m’y suis intéressée déjà dans mon enfance. L’évolution de l’Europe de l’Est avec Solidarnosc dans les années 1980 et ce qui se passait en Iran à l’époque m’a décidée à entrer en politique avec une autre question aussi, quand je me suis aperçue en tant que jeune fille que je n’aurai pas les mêmes chances dans notre société que les jeunes hommes de mon âge. Comment concilier la profession et la famille ? Ce sujet se pose différemment en Allemagne et en France. Je me suis dit que ça ne pouvait rester comme ça. Cela m’a politisée.

En dehors de la politique et de votre famille, à quoi vous intéressez-vous ?

La famille d’abord bien sûr. Sinon, je suis un rat de bibliothèque. Je lis beaucoup dans la mesure du temps disponible. J’ai aussi besoin de mouvement.

Croyez-vous en Dieu ?

Oui, en un Dieu miséricordieux qui accepte les défauts des hommes.

(Propos recueillis par Jean-Paul Picaper à Sarrebruck le 28 septembre 2017).



[1] Les 16 Länder ou États fédéraux (Land au singulier) qui constituent la République fédérale d’Allemagne. La Sarre est l’un d’eux.

[2] La ZF Friedrichshafen AG à Sarrebruck: automobile, aviation et nautisme.

[3] La centrale nucléaire de Cattenom, exploitée par Électricité de France (EDF), est implantée en Lorraine sur les bords de la Moselle entre Thionville (située à 10 km en amont) et en Allemagne à Trèves (à 80 km en aval), non loin des villes de Luxembourg (à 35 km), Arlon (à 42 km) et Metz (à 40 km). Le Luxembourg, la Sarre et la Belgique réclament la fermeture de cette centrale, mais un chantier est en cours pour prolonger sa durée de vie jusqu'en 2025. Les tests réalisés après l’accident de Fukushima ont déduit que cette installation industrielle était sûre et solide et divers aménagements ont été entrepris pour renforcer sa fiabilité.

[4] Le parti La Gauche (Die Linke), pendant allemand de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon. L’AfD et Die Linke sont les deux partis « ultra-droite » et « ultragauche » présents au Bundestag, considérés comme ne pouvant participer à une coalition gouvernementale en raison de leurs positions doctrinales antisystème, encore que le SPD dirigé en 2017 par Martin Schulz se soit rapproché de Die Linke, ce qui a d’ailleurs contribué à sa défaite électorale.


 

Le climat en péril : le Gulf Stream est perturbé.

On s’en doutait depuis plusieurs années mais aujourd’hui les scientifiques sont formels et c’est une première. Deux études viennent en effet d’être publiées simultanément dans la revue Nature. Elles constatent un dérèglement alarmant de la circulation des courants océaniques dans l’Atlantique, ceux qui contribuent à la régulation du climat mondial. Si nous avons un climat tempéré en Europe occidentale c’est grâce au Gulf Stream. Si sa circulation ralentit ou s’interrompt, les scientifiques n’osent en imaginer les conséquences. C’est pourtant ce qui est en train de se passer.

Vous vous souvenez sans doute de ce film à succès de Roland Emmerich sorti en 2004. Le Jour d’Après imaginait une interruption de la circulation du courant océanique qui entraînait une brusque entrée de l’hémisphère nord en glaciation. Ce film catastrophe pourrait devenir une réalité. Cela fait une quinzaine d’années que les chercheurs auscultent la circulation thermohaline, c'est-à-dire la circulation des courants océaniques, notamment dans l’Atlantique. Toutes les études attestent des traces de dérèglement. Les deux études publiées le 11 avril dansNature, par leur ampleur et leurs résultats, sont les plus catégoriques. Le courant océanique n’a jamais été aussi faible depuis 1600 ans. De plus, la banquise fondant à cause du réchauffement climatique, déverse dans l’Atlantique des quantités énormes d’eau douce. Cette eau moins salée, compromet le processus de circulation océanique entre le Sud et le Nord de la planète.

Tapis roulant planétaire

La circulation océanique fonctionne comme un gigantesque tapis roulant. Son moteur est la différence de densité de l’eau de mer. Cette différence provient des écarts de température et de salinité des masses d’eau. Les eaux chaudes des zones tropicales de l'Atlantique Sud se refroidissent à l’approche des latitudes de l’Atlantique Nord.  Elles deviennent plus denses et plongent en profondeur. Le courant poursuit alors son retour vers le sud, se réchauffe et remonte en surface. Les scientifiques désignent ce phénomène sous l'acronyme d'AMOC (circulation méridienne de retournement de l'Atlantique). Ce circuit traverse le monde et régule le climat. C’est ainsi que le Gulf Stream permet à l’Europe occidentale d’avoir un climat tempéré. Si, en approchant du Nord, l’eau de l’océan ne se refroidit pas assez, d’une part, et si d’autre part, le niveau de salinité de l’eau se réduit, le tapis roulant ne fonctionne plus correctement. L’eau n’est plus suffisamment dense et salée pour plonger et opérer son retour vers le sud.

Les deux études publiées dans Nature viennent dans le prolongement d’autres recherches menées depuis des décennies. Toutes ont relevé des anomalies mais aujourd’hui, les scientifiques sont formels. Ils valident catégoriquement l’hypothèse de l’affaiblissement des courants de l’AMOC. « Les preuves que nous sommes maintenant en mesure de fournir sont les plus solides à ce jour » affirme Stefan Rahmstorf de l’Institut de Potsdam, qui a conçu l’étude. Il poursuit : « Nous avons analysé tous les ensembles de données de température de surface de la mer disponibles en comprenant des données de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Le modèle de tendance spécifique que nous avons trouvé dans les mesures ressemble exactement à ce qui est prédit par les simulations informatiques, à savoir un ralentissement du Gulf Stream ».

 Réchauffement climatique

Cet affaiblissement est causé par plusieurs facteurs liés au réchauffement climatique de la planète.  Il est notamment le résultat de l’accroissement des précipitations, de la fonte de la banquise, des glaciers et des plateformes glaciaires, qui libèrent de l'eau douce, moins dense que l'eau salée, dans l'Atlantique Nord. « L'eau douce affaiblit l'AMOC car elle empêche les eaux de devenir assez denses pour couler », explique à l'AFP David Thornalley, de l'University College London, co-auteur d'une des études. « Si le système continue de faiblir, cela pourrait perturber les conditions météorologiques depuis les États-Unis et l'Europe jusqu'au Sahel et provoquer une hausse plus rapide du niveau des mers sur la côte est des États-Unis », avertit la Woods Hole Oceanographic Institution, qui a participé aux recherches.

Plusieurs études ont déjà alerté sur le fait que le ralentissement du courant océanique exacerberait l’élévation du niveau de la mer sur la côte américaine, menaçant directement des villes comme New York et Boston.  L’affaiblissement du Gulf Stream aurait des conséquences aussi sur l’Europe en affectant la trajectoire des tempêtes venant de l’Atlantique. Plus généralement, les conditions météorologiques européennes seraient bouleversées avec des vagues de chaleur ou de froid intense. Les météorologues expliquent ainsi que la vague de canicule de l’été 2015 est reliée à une vague record de froid enregistré dans l’Atlantique Nord. Cela semble paradoxal mais s’explique par les variations de la pression atmosphérique qui achemine l’air chaud du sud vers l’Europe.

Grains de sable

L’une des deux études publiées par Nature, celle de l’équipe de David Thornalley de l’University College London, est une première. Elle se penche sur l’analyse des grains de sable déposés par les courants sur les fonds marins au fil du temps. Plus les grains de sable retrouvés dans les sédiments étaient gros, plus forts devaient être les courants qui les ont transportés. Les résultats révèlent que l'AMOC a été relativement stable entre l'an 400 et 1850 et a commencé à s'affaiblir au début de l'ère industrielle. Ces données paléoclimatiques fournissent une confirmation indépendante des conclusions antérieures selon lesquelles la récente faiblesse de la circulation est sans précédent depuis au moins un millénaire.

La seconde étude s’est penchée sur les températures de la surface de l'océan et en déduit que l'AMOC a décliné au cours des cinquante dernières années, probablement à cause du changement climatique dû à des activités humaines. S'il est difficile de connaître avec certitude le rôle joué par le réchauffement climatique, « le fait que l'AMOC soit resté faible et se soit affaibli au cours du XXe siècle, avec un déclin notable à partir de 1950 environ, est très certainement lié à des facteurs humains », estime David Thornalley. Les scientifiques attestent que la circulation méridionale atlantique a diminué de 15 % depuis le milieu du XXe siècle pour atteindre un «  nouveau record ». Cela représente une diminution de 3 millions de mètres cubes d'eau par seconde, soit l'équivalent de près de 15 fleuves amazoniens.

« Je pense que c'est en train de se produire » alerte Stefan Rahmstorf. « Et je pense que c'est une mauvaise nouvelle. » ajoute-t-il.

Conséquences en cascade

La météorologie n’est pas seule concernée par ce dérèglement important. En effet, selon le fond de recherche européen ATLAS, qui a aussi participé aux études, la pêche commerciale pourrait être affectée par des changements de la position et de la profondeur des courants océaniques et certaines régions manqueraient d'eaux riches en oxygène. « Un affaiblissement de l'AMOC peut aussi conduire à des hausses ou des baisses de températures de plusieurs degrés, affectant certaines espèces de poissons importantes (pour l'homme), ainsi que la quantité de plancton, de poissons, d'oiseaux et de baleines », estime-t-il dans un communiqué.

Pour couronner le tout, si les courants marins perdent encore en force, cela conduirait à « laisser plus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, où il contribue au réchauffement climatique », ajoute David Thornalley. Un véritable cercle vicieux.

Que sera l’avenir ? Stefan Rahmstorf prévoit que la circulation ne fera que s'affaiblir davantage à mesure que le changement climatique progresse. Elle pourrait ne pas être lente et régulière : il y a une grande crainte qu'il y ait un "point de basculement" où la circulation s'arrête brusquement. Nous nous retrouverions alors dans l’hypothèse d’un point de rupture de tout système complexe. Un point non prédictible mais qui peut entraîner un effet de chaos.

Ce scénario cataclysmique correspondrait à un « changement climatique abrupt » comme l’appellent les scientifiques. Des études de l'histoire de la planète suggèrent qu'un changement aussi soudain dans l'Atlantique Nord s'est produit de nombreuses fois dans le passé de la Terre, la plus récente ayant eu lieu vraisemblablement il y a 13 000 ans. Mais nul ne sait quand ce point de basculement arrivera. « Je pense que le Groenland va fondre encore plus vite, alors je pense que la perspective pour ce système de circulation océanique est qu'il va s'affaiblir encore plus », prédit le professeur Rahmstorf. « Et je pense que cela va nous affecter tous, fondamentalement, d'une manière négative. » (Charles Elie Guzman, chroniqueur UP Magazine. 13/05/2018)

Des amis et des ennemis de la France en Allemagne

Wolfgang Schäuble

Il y a quand même de bonnes nouvelles : une majorité européenne s’est concrétisée le 22 janvier au Bundestag à Berlin quand les députés des principaux partis allemands, l’Union chrétienne-démocrate CDU-CSU, le Parti social-démocrate SPD, le parti libéral FDP et les Verts, et des collègues français ont adopté une résolution commune demandant une réédition du Traité de l’Élysée de 1962. Ce traité dont on rappelé à l’Assemblée Nationale ce même 22 janvier, 55ème anniversaire de sa signature, que son rapporteur avait été Louis Terrenoire, père de l'actuel Président de l’Union Paneuropéenne Internationale, Alain Terrenoire, avait jeté les fondations de la coopération et de l’amitié franco-allemandes. On a entendu au cours de cette séance les mots : « Nous faisons partie de la même famille ».

La résolution commune préconise des échanges plus intenses entre nos deux pays dans le cadre universitaire, en matière de politique étrangère et de sécurité, et à propos de la sauvegarde du climat.Elle recommande aussi des coopérations industrielles, notamment pour construire la voiture électrique et créer une agence de l’Innovation européenne qui se consacrerait notamment à des stratégies du futru, telles la diffusion de l’intelligence artificielle.Il est question aussi de renforcer des inrastructures trnsfrontalières facilitant la mobilité électrique.

Compte tenu des avancées réalisées depuis dans la construction européenne, il s’agit de « perpétuer l’histoire triomphale de ce traité dans un monde devenu de plus en plus complexe ». « Les Parlements qui sont le trait d’union entre la société et le gouvernement y assumeront une mission particulière ». C’est ce qu’a déclaré peu après le président du Bundestag Wolfgang Schäuble (CDU) devant l’Assemblée Nationale. Des députés allemands s’étaient en effet rendus ensuite à Paris avec leurs collègues français pour considérer ensemble une relance de la machine européenne. Wolfgang Schäuble, rappelons-le, a été  ministre allemand de l’Intérieur et des Finances. Il est président du Bundestag depuis 2017 et depuis 1972 député d’Offenburg en Bade-Wurtemberg à 20 kilomètres de Strasbourg.  

Son homologue français François de Rugy, beaucoup plus jeune avec ses 44 ans, a abondé dans son sens devant le parlement allemand. Rugy qui parle bien l’allemand avait été parmi les Verts l’adversaire de Daniel Cohn-Bendit qui l’avait traité de « petit idiot ». Originaire de Nantes, il s'est prononcé récemment contre la construction de l'aéroort de Notre Dame des Landes et va oeuvrer à la réduction d'un tiers du nombre sdes députés du parlement, comme le recommandes La République en marche. Exemple que la Bundestag avec ses 709 députés devrait bien suivre.

L’attention des Allemands a été attirée par l’attaque de F. de Rugy contre « le populisme ». Il s’agissait évidemment de l’AfD europhobe (Alternative für Deutschland) dont 94 élus siègent maintenant au Bundestag. Ceux-ci ne se sont pas levés pour acclamer la coopération franco-allemande et ont refusé de se rendre à Paris. Ce parti-frère du Front National français qui « fait exploser les sociétés et réduit la démocratie en cendres », comme l’a déclaré de Rugy, est en train d'alimenter en Allemagne une francophobie comme on n’en avait pas connu depuis le IIIème Reich, tout au moins au niveau des responsables politiques. Il faut bien retenir cela : des ennemis de la France siègent désormais au Parlement allemand.

Ils sont encore en minorité. Veillons à ce qu’ils ne deviennent pas une majorité et que le XXIème siècle n’imite par le XIXème siècle qui a engendré trois guerres meurtrières entre nos deux pays, en 1870-71, en 1914-1918 et en 1939-1945. Le Traité de l’Élysée a tiré un trait sous cette funeste période. (J.-P. P., 22 janviers 2018)

La victoire de Sebastian Kurz en Autriche : un projet anti-Merkel ?

Sebastian Kurz

Le résultat des élections du 15 octobre dans la petite Autriche (8.772.865 habitants le 1er janvier 2017) pourrait changer mainte chose en Europe. Si le vainqueur, le chef de file du parti chrétien-démocrate VPÖ Sebastian Kurz, formait une coalition avec le parti populiste de droite FPÖ de Christian Strache, qui aurait presque atteint la seconde place dans les urnes avec ses 26% des suffrages, on réfléchirait dans d’autres Etats membres de l’Union Européenne à résoudre les problèmes les plus actuels, à savoir le terrorisme et l’immigration de masse en se déplaçant vers la droite.

Kurz sera à 31 ans le plus jeune chef de gouvernement européen. Il a nettement gagné avec 31,6% alors que son principal rival, le SPÖ socialiste n’a obtenu que 26,9% des voix. Il est tout à fait probable que l’actuelle coalition SPÖ-ÖVP touche à sa fin, tout comme celle de la CDU/CSU-SPD en Allemagne. A certains moments, lors du comptage des voix, on a même cru que le FPÖ allait passer devant le SPÖ. Cela aurait été le cas si le FPÖ n’avait pas dû c »der tellement de voix à l’ÖVP.

Selon l’analyse des transferts de voix, l’ÖVP a mobilisé à hauteur de 84% son électorat traditionnel et en même temps profité de reports de voix du camp de l’utradroite FPÖ. C’est ce qu’indique une analuse de l’institut de sondages Sora. A Vienne, le parti de Kurz ÖVP a distancé le parti nationaliste FPÖ de Strache. Sur les 1,6 millions de votants ÖVP, 168 000 proviennent du FPÖ, 121 000 du camp des abstentionnistes et 84 000 sont d’anciens partisans des Verts. Le FPÖ a quant à lui attiré des votes d’anciens socialistes, 155 000 au total. Le SPÖ a été sauvé par 161 000 votes d’anciens écologistes et en puisant dans le creuset des ex-abstentionnistes.

C’est en menant une politique de droite dure que Sebastian Kurz a gagné des points dans l’électorat autrichien. Le tournant de sa carrière de ministre des Affaires étrangères avait été le 9 mars 2016 quand il ferma sur sa frontière la route des Balkans qui ouvrait l’Autriche aux réfugiés venant de Turquie, et ce contre la volonté d’Angela Merkel. A l’époque, Wolfgang Schäuble lui demande ironiquement si Mme Merkel l’avait remercié. Naturellement, elle s’en était abstenue. Reste que la réduction du flot de réfugiés uqi en résulta l’avait sauvée. C’est pourquoi le résultat du vote autrichien aura une influence sur la formation du gouvernement allemand en cours de négociations.

Ceci dit l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) à droite de la CDU/CSU en Allemagne est trop remuante et comporte dans ses rangs trop de nostalgiques du nazisme pour être coalisable. L’Allemagne n’est pas l’Autriche. Les relents du nazisme sont bien plus mal perçus en Allemagne qu’en Autriche. Et le groupement „Bleu“ créé par la dissidente antinazie de l’AfD, Frauke Petry, n’est pas encore assez solidement établi comme parti politique pour pouvoir entrer au gouvernement. De telle sorte qu’une coalition « jamaïcaine » CDU/CSU-FDP-Verts est plus que probable en Allemagne. Cependant le vote autrichien aura des répercussions sur le statut de la chancelière. Angela Merkel n’est plus incontestée jusque dans son propre parti, d’autant que son score aux législatives du 24 septembre dernier a tété le plus mauvais pour la CDU depuis la fondation de la République fédérale en 1949. Un courant très fort dans la CDU avec pour chefs de file le ministre-président saxon StanislawTillich et le membre du présidium du parti Jens Spahn plaide en faveur d’une évolution vers la droite. Plus du tiers des Allemand estiment que Mme Merkel ne devrait pas finir ses quatre ans de législature, mais passer le témoin à un successeur, femme ou homme.

La victoire de Kurz en Autriche va changer la donne en Europe pour les partis conservateurs. C’est ce que pense le politologue de Salzburg Reinhard Heinisch. « C’est un contre-projet face à celui de Merkel et de sa CDU », estime-t-il. Kurz s’est emparé du thème de l’immigration avec une « perfection stratégique inégalée » en déplaçant son parti vers la droite et il a « saisi comme pas un le retournement d’opinion dans son pays». Durant sa campagne, Kurz s’était prononcé pour une stricte règlementation de l’immigration. Il a dit vouloir réduire à zéro l’immigration illégale, pousser les Italiens à la refuser et lui barrer la route de la Méditerranées avant l’embarquement.

Le politicien du FDP Wolfgang Kubicki qui pourrait bientôt obtenir un portefeuille dans le futur gouvernement allemand, a déclaré lors d’un talk-show télévisé dans son pays que les résultats de la CDU auraient été tout autres si Mme Merkel avait adopté une attitude proche de celle de Kurz et qu’en pareil cas, la CSU en Bavière aurait obtenu 58% au lieu de 38%. La CDU va devoir se rendre compte qu’en imitant l’Autrichien Kurz, a estimé Kubicki, elle pourrait obtenir des majorités gouvernementales beaucoup plus confortables.

 Plus jeune que Macron : Sebastian Kurz

Mais qui est Sebastian Kurz ? Avec sa compagne, ile futur chancelier d'Autriche habite toujours à Vienne-Meidling où il était né le 27 août 1986. C’est un quartier populaire avec de nombreux snacks kebab et des studios de bronzage. Malgré ses études de droit, il a gardé un parler populaire et n’hésite pas à trouver une affirmation « idiote » quand il le faut et à dire « C’est pas croyable » quand c'est absurde. « Je dis ce que je pense », telle est sa devise. On croirait entendre du Macron. Ceci dit, M. Kurz vous écoute quand vous parlez et il aspire vos information comme une éponge, une qualité qu’avait encore Angela Merkel, elle aussi, quand elle était plus jeune.

Sebastian Kurz, 31 ans, 1m 86, s’affirme proche du peuple. Il volait vers New York aux Assemblées de l’ONU en classe économie, mêlé à tout un chacun et mangeait le menu du bord quoique ministre des Affaires étrangères de son pays. En revanche, il se débrouillait pour ne pas être relégué parmi les petit Etats et pour prendre l aparole parmi les grands, comme si l'Autriche était encore à l'ère des Habsbourg. Mais il est vrai que son pays joue à présent un rôle clé dans le glacis européen, barrière devant les Balkans, fédérteur des Etats de l'ex-Yougoslavie, ouvert à l'Europe centrale et en première ligne sur la question des migrants.

Sa mère était institutrice et son père ingénieur au chômage. Au début des années 1990, pendant la guerre en Yougoslavie, ses parents avaient hébergé chez eux des réfugiés bosniaques. Sebastian Kurz prétend n’avoir pas voulu faire de la politique. Cela lui serait venu spontanément. Mais on peut en douter quand on voit le raffinement de sa stratégie et la discipline de fer qu’il s’impose sous ses dehors décontracté. Son OPA sur la chancellerie autrichienne aurait été planifiée depuis longtemps par lui et ses collaborateurs. Le magazine viennois « Falter » a publié des documents confidentiels de son équipe listant ses déclarations publiques (wordings) et ses rendez-vous avec des journalistes (interview avec des journis), les plans de remodelage radical de son parti et les noms des donateurs potentiels, voire des plans de batailles. Kurz apprit cette « fuite » alors qu’il était en train de déguster un « filet Mignon » au « Wolfgang’s Steakhouse » de New York. Il commença par démentir, par pester contre les journalistes indiscrets pour finalement avancer que « ce n’était pas un crime que d’avoir envisagé de devenir président de son parti », mais naturellement, il ne projetait "pas un putsch" contre le chef de l'ÖVP  de l’époque.

Il fit dépendre sa candidature à la tête du parti de sept conditions, rien que ça. En fait, il voulut avoir le pouvoir de tout décider lui-même dans les principaux secteurs. Les caciques de l’ÖVP se prosternèrent devant ses exigences. De « noir » qu’il était, le parti vira au "turquoise" et sa liste électorale ne s’appela plus Parti populaire autrichien, mais « Sebastian Kurz – Le nouveau parti populaire ». Ses adversaires critiquèrent en vain le mot « nouveau », étant donné que seul ou en coalition l’ÖVP était depuis 30 ans au pouvoir, mais la nouveauté était Sebastian Kurz. Il n’était pas toutefois autoritaire, il adopta la tactique d’Angela Merkel : quand on vous attaque, vous laissez passer le vent du boulet et ensuite seulement, vous faites quelque petite avance à vos adversaires.

Nommé à 24 ans secrétaire d’État à l’immigration, Kurz a fait de ce sujet son cheval de bataille, volant à ses adversaires populistes leur objectif principal, à savoir barrer la route à l’immigration de masse dans la sécurité sociale et ne donner un minimum vital qu’aux immigrés ayant obtenu un droit de séjour. Ses adversaires l’ont décrété « Prince Coeurdefer » quand il barra la route à l’immigration en 2016, mais il avait raison, il n’y avait plus d’autre issue. L’Autriche est le pays d’Europe qui a le plus fort pourcentage d’immigrés dans sa population. Il envoya des lettres comminatoires à se homologues de l’Union Européenne et traita de mensongère la « politique de bienvenue » à la manière allemande. Et de s’indigner publiquement quand des collègues ministres du gouvernement de coalition gauche-droite auquel il appartenait, allèrent accueillir fraternellement des réfugiés en gare de Vienne.

Avant d’envoyer l’armée barrer la route de l’exode vers l’Autriche et l’Allemagne, il contacta les éléments conservateurs du gouvernement allemand pour assurer ses arrières au cas où la chancelière ne le lui pardonnerait pas. Puis il exigea contre Mme Merkel, contre les sociaux-démocrates allemands et contre Bruxelles que l’on abandonne les négociations d’adhésion avec la Turquie. Et finalement, le gouvernement allemand se rallia à sa position sans le dire, car Mme Merkel a ceci de particulier qu’elle n’admet jamais une faute, même quand elle finit pas concéder qu’il faut limiter le nombre des réfugiés en Allemagne à 200 000 par ans, exigence de son partenaire bavarois Seehofer qu’elle avait toujours rejetée d’un revers de manche.

Il faut dire aussi qu’une affaire de corruption parmi les proches du chancelier social-démocrate sortant Christian Kern, affaire qui a mené un des conseillers de celui-ci, Tal Silberstein, en prison pour blanchiment d'argent, a aidé Kurz à grimper dans les sondages. Mais un homme politique, pour réussir, ne doit-il pas avoir de la chance ? Espérons pour lui qu’il en aura longtemps encore. (J.-P. P.)

Nous rejetons le démembrement de l'Europe qu'entrainerait l'indépendance de la Catalogne

Avec nos amis de Paneurope France, nous rejetons le démembrement des États européens dont la tentative de sécession de la Catalogne pourrait être le catalyseur. Heureusement, la première grande manifestation contre l’indépendance de la Catalogne a rassemblé à Barcelone le dimanche 8 octobre 2017, selon la police, quelques 350.000 participants. La participation, supérieure peut-être à ce chiffre officiel, a outrepassé les espérances de ses initiateurs. Ce vaste rassemblement pacifique était animé du souci de neutraliser une crise qui pourrait tourner à l’effusion de sang. Une chose et sûre: les velléités séparatistes de la Catalogne ont réveillé le patriotisme espagnol.

Certes, il n’y avait pas que des Catalans dans les  rues de Barcelone. De nombreux citoyens et citoyennes venaient d’autres régions d’Espagne, y compris de Madrid où deux manifestations avaient déjà rassemblé le jour précédent des dizaines de milliers d’Espagnols, l’une pour « l’unité » de l’Espagne, l’autre pour le « dialogue » entre les Catalans et le reste du pays, dans un esprit de conciliation, mais aussi de refus de la partition. Le prix Nobel de littérature de nationalité espagnole et péruvienne Mario Vargas Llosa a assuré dans un vibrant appel qu’aucune « conjuration indépendantiste » en Catalogne ne détruira la démocratie espagnole.

Nous pouvons aussi reprendre la dernière citation d’un excellent article du « Figaro » sur " la fabrication du nationalisme catalan : " La société catalane est en proie à une pathologie nationaliste anachronique, vieille de 150 an qui resurgit aujourd'hui. Et il est devenu presque impossible de démêler tout ça."

Après les débordements indépendantistes des derniers mois et semaines, cette manifestation a créé la surprise et montré que, très probablement, les indépendantistes ne constituent la majorité ni en Espagne bien entendu, ni dans la région concernée. Bien des gens sur notre continent ont éprouvé un soulagement et réalisé que ce qui se passait en Catalogne les angoissait alors qu’ils n’en avaient pas encore pris conscience. Qui a donc envie de rapetisser dans un monde de géants où le regroupement en grandes entités défensives semble seule à même de nous protéger ? Dans son appel, Vargas Llosaa rendu un hommage appuyé à la ville de Barcelone, « capitale espagnole de la culture », ouverte sur le monde, critiquant ainsi indirectement le repli sur soi des indépendantistes. Il avait semblé un moment que les attentats terroristes de Barcelone et de Cambrils les 17 et 18 août derniers donneraient à réfléchir aux Catalans, de la même manière que le terrorisme a contribué ailleurs sur notre continent à enrayer la propagation de « l’effet Brexit ». Mais, en Catalogne, le fanatisme régionaliste métamorphosé en nationalisme local est si puissant que rien n’y a fait. Il met des œillères à ses partisans qui semblent ne pas anticiper la catastrophe à laquelle ils aspirent.

Risque d’esseulement

Après avoir observé tout cela de très loin et respecté la règle de non ingérence, estimant apparemment que les Espagnols, catalans ou non, devaient laver leur linge sale en famille, les Européens ont fini par comprendre qu’ils ne pouvaient rester indifférents. Car le mouvement catalan implique un risque de contagion et d’effet domino menant à l’émiettement des États membres de l’Union Européenne et, qui plus est, de la zone euro dont l’Espagne fait partie. L’Europe a déjà suffisamment de difficultés actuellement pour ne pas en rajouter par la sécession de régions au cœur des États qui la composent. Or, c’est ce qui se produirait si la maladie catalane contaminait l’Europe. Ce qui meut les indépendantistes qui se sont hissés au pouvoir à Barcelone est petit et médiocre, entaché de sentimentalité linguistique et culturelle, avec le danger en effet de multiplier un peu plus les langues pour ajouter des étages à la Tour de Babel européenne. Surtout, les indépendantistes catalans n’avaient pas davantage réfléchi que les partisans britanniques du Brexit aux conséquences de leur initiative. Ils se rendent compte maintenant qu’au lendemain d’une indépendance très artificielle, ils devraient assumer l’esseulement politique, le remboursement de leur immense dette envers leurs ex-partenaires, l’amputation de marchés non seulement espagnols mais aussi européens et l’exclusion des programmes communs et des coopérations renforcées. Ils sortiraient automatiquement de l’Europe.

Les deux tiers voire les trois quart des citoyens d’Europe ne veulent plus changer ces acquis. Les Catalans qui attendaient le soutien de Bruxelles ont été déçus. L’Europe des régions ne peut devenir une Europe des micro-États. A l’avant-veille de la déclaration d’indépendance du président catalan Carles Puigdemont, Bruxelles a refusé d’approuver l’indépendantisme et de se laisser contaminer par la fièvre qui a frappé une minorité agissante des Catalans, faisant monter la température de trente à quarante degrés en quelques mois. Du coup, l’aveuglement et l’irréalisme des indépendantistes catalans sont devenus évidents. On a compris qu’ils avaient allumé un feu de paille en exploitant le nationalisme culturel et en propageant la victimisation après les interventions policières ponctuelles du 1er octobre. La désertion de trois grandes banques et de quelques grosses entreprises barcelonaises qui choisissent de migrer vers Madrid ou d’autres villes d’Espagne a montré que l’ambition nationaliste catalane n’était pas sérieuse. Les comptables des banques et entreprises doivent compter leurs sous et protéger leurs salariés et leurs clients. Les utopies politiques ne figurent pas leur agenda. L’exemple britannique est assez dissuasif pour qu’on refuse l’« exit » de l’euro et de l’Union Européenne.

 Qui tire les ficelles ?

 On n’a pas encore étudié sociologiquement le mouvement indépendantiste catalan ni les origines de sa montée en puissance sous le coup d’une propagande bien orchestrée, mais il y a fort à parier qu’il est porté par des nationalistes régionaux traditionnalistes auxquels se sont joints comme toujours des jeunes sans expérience en quête d’action et de mouvement et des agitateurs de partis extrémistes exaltés par la crise économique et désireux de casser les cadres et entités existantes pour semer le chaos et . De telles tendances existent dans d’autres pays européens, avec, actuellement, une propension évidente à un régionalisme étroit et militant hostile au centralisme réel ou prétendu des capitales. En France, le découpage en grandes régions est une tentative encore bien imparfaite de freiner cette dérive en répondant à ces aspirations dans un cadre légal et raisonnable. Peut-être la France pourrait-elle être plus fédéraliste à la manière allemande. Mais, attention, l’indépendantisme ethnique et régional existe réellement dans un État fédéral tel les Pays-Bas. On est en droit par ailleurs de s’interroger sur des velléïtés identitaires en Europe,n en Corse ou Haut Adige, pour ne pas parler de l'Alsace, de la Bretagne ou du Pays Basque qui ne pourraient qu'apporter misère et malheurs et non le paradis sur Terre qu'imaginent leurs promoteurs.

Avec les fièvres nationalistes et le Brexit, les mouvements migratoires de demandeurs d'asile et de réfugiés économiques, les attentats islamistes, le regain de l'impérialisme russe et les dangereuses incertitudes et provocations américaines, l'Europe, avec la Catalogne, est maintenant soumise aux menaces de dislocations régionalistes. Leurs succès seraient tout autant destructeurs pour l'Europe. Celle-ci s'est construite sur la diversité et les spécificités des États membres lors de leurs adhésions respectives à l'Union Européenne. Il y a les monarchies parlementaires, les républiques fédérales et les républiques plus centralisées. Mais aucun des 28 (27) États membres n'est identique à un autre dans sa structure et son fonctionnement institutionnels. L'Europe n'a de sens que dans la prise en compte de sa diversité. Elle est le fruit, l'addition et le puzzle de ses diversités constitutives, historiques, géographiques et culturelles. C'est le produit de l'histoire. C'est un ensemble hétéroclite, donc fragile. Toute tentative de le remettre en cause lui fait courir un risque existentiel. C'est donc en le respectant, quitte à des évolutions marginales, que nous réussirons l'Europe puissance, indépendante, souveraine et solidaire. D'où la nécessité d'être totalement solidaires face au Brexit déstabilisateur et à toutes les tentatives de dislocations.

Le fédéralisme n’est pas un remède absolu

L’exemple catalan montre que le fédéralisme que l’on conseille comme panacée contre l’autonomisme régionaliste n’est pas totalement efficace, car on ne peut nier que Madrid avait lâché du lest et accordé à la Catalogne une réelle autonomie. L’Espagne était devenue une monarchie parlementaire extrêmement décentralisée. C’était un pas important vers une Espagne fédéraliste vis-à-vis des Catalans, des Basques et autres. Certes l’ETA a renoncé en Espagne à une lutte armée dont les Basques eux-mêmes ne voulaient pas. C’est un bon résultat, mais on voit que cela ne suffit plus aux indépendantistes. Le fédéralisme peut être utilisé par les jusqu’auboutistes pour faire un pas vers la sécession. A l’inverse, les exemples allemand, autrichien, suisse montrent que le fédéralisme peut maintenir l’unité dans la diversité et que la sempiternelle affirmation des Catalans qu’ils dégagent 20% du PIB espagnols et produisent 30% des exportations espagnoles pour justifier leur indépendance, ne tient pas la route. Des frictions incessantes secouent le fédéralisme allemand sans pour autant, menacer la République fédérale de dislocation. En Allemagne, les Länder riches comme la Bavière et le Bade-Wurttemberg rechignent régulièrement à cofinancer les Länder désargentés du nord et de l’ex-RDA qu’ils accusent de se mal gérer. Mais ils finissent toujours par s’entendre sur une péréquation équilibrée.

Les partenaires européens de l’Espagne tels la France, l’Italie et la Belgique, mais aussi ceux qui ne font plus partie de l’Union Européenne, comme le Royaume Uni d’une part, et ceux qui n’en sont pas encore