Relation franco-allemande : conjonction favorable des planètes

Le nouveau président de la République a fait sa première visite de courtoisie à la chancelière allemande le 15 mai dernier, au lendemain de son investiture, et il est significatif qu’ils se soient entendus immédiatement sur le point qui touche au "nerf de la paix". Car l'argent, l'euro, est devenu en Europe le nerf de la paix après avoir été depuis la nuit des temps celui de la guerre. Lors de sa première conférence de presse commune à Berlin avec Emmanuel Macron, la chancelière Angela Merkel a  déclaré : "Il est possible de modifier les traités européens pour renforcer la zone euro". Son hôte français a répondu en écho : "Je n'ai pas de tabou sur le changement des traités européens". Ces petites phrases ont une immense portée.

Bâtir sur la zone euro

Que cela plaise on non à Bruxelles, Emmanuel Macron est favorable à la création d’un ministre des Finances de la zone euro et à l’installation à Strasbourg d’un parlement de la zone euro. Et le ministre des Finances Schäuble est bien d'accord avec lui là-dessus. C'est d'ailleurs lui qui en avait eu le premier l'idée. Il sera donc soutenu par les Allemands, mais avec un bémol : ce parlement de l’euro aurait voix consultative et non déterminante. Mais ce serait un pas important vers le renforcement politique de l’Europe, surtout si le dispositif s’appuie sur un budget européen digne de ce nom, comme le souhaite le président français.

D'autres nuances séparent Allemands et Français. Comme l'écrivait le "Spiegel" le 13 mai précédant la rencontre, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances estime que le rôle du futur ministre des Finances européens sera "de veilleur au respect des règles budgétaires", alors que les Français veulent qu'il soit "un service social communautaire qui égaliserait les conditions de vie en Europe". Mais ce n'est que le point de départ. De longues négociations au niveau ministériel Schäuble/ Le Maire rapprocheront les points de vue. Il faudra aussi dépasser les législatives allemandes du 24 septembre prochain.

Pas de mise en tutelle

Toujours est-il que l'idée de centrer l'Europe sur la Zone euro, c'est à dire sur "Euroland", avec un centre de gravité plus fort à Strasbourg, est un chantier désormais ouvert. Et peut-être la conjonction des planètes permettra-t-elle une mise en phase. Car Allemands et Français ont compris qu'il ne fallait pas se prendre à rebrousse-poil.

A la veille de sa rencontre avec le nouveau président français, la chancelière avait souligné qu'elle ne voulait pas "mettre en tutelle" (nicht bevormunden) son interlocuteur ni parler comme "quelqu'un qui sait tout mieux que les autres" (als Besserwisser). Elle ne voulait pas dire d'emblée "ce qui ne va pas", s'en remettant à son partenaire qui "a une très bonne vision de ce qui est à faire et à ne pas faire en France" (eine sehr gute Vorstellung darüber, was in Frankreich zu tun und zu lassen ist). Elle ajouta "Je serai la dernière à lui dire ce qu'il a à faire" (Ich bin die letzte, die ihm sagt, was er zu tun hätte) et "Peut-être pouvons-nous apprendre quelque chose de la France" (Vielleicht können wir auch etwas von Frankreich lernen).

En écho, le président Macron a admis que la situation du marché du travail en France était très mauvaise, il a fait son mea culpa en se rangeant à l'idée que la France "tiendra enfin ses engagements pour être respectée en Europe", comme l'a formulé sa conseillère Sylvie Goulard, entre-temps ministre de la Défense, toujours dans le "Spiegel".

Bonne ambiance

L'ambiance était favorable. La chancelière allemande venait de remporter la veille les régionales décisives de Rhénanie-Westphalie et le président français avait été intronisé  chef de l’État le jour précédent. Les Allemands sont extraordinairement soulagés de voir que l’ennemie de l’Europe et de l’amitié franco-allemande, Marine Le Pen, ait été battue à plate couture aux présidentielles du 7 mai. A la différence de sa rivale, Emmanuel Macron a mis la construction de l’Europe dans un esprit de continuité au cœur de son dispositif. Et ce n’est pas un hasard que son ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire qui parle allemand, ait rendu visite à son homologue allemand Schäuble, huit jours après l’excursion à Berlin du président à la chancellerie de Berlin. Bref, le climat franco-allemand est à nouveau au beau fixe, peut-être comme il ne l’a plus jamais été depuis la disparition du tandem Kohl-Mitterrand, voire Giscard-Schmidt ou De Gaulle-Adenauer, encore que Nicolas Sarkozy ait pas mal flirté avec Angela Merkel.

Une feuille de route

Tout de suite, les deux responsables du pilier franco-allemand ont ébauché une série d’objectifs, par delà cette création d’un cadre de gestion de la zone euro. On a relevé des phrases-clés de leur conférence de presse qui en disent long sur leurs intentions. La plus importante de leurs déclarations a été formulée par le président Macron : « Nous souhaitons formuler une feuille de route franco-allemande pour l’Europe », Mme Merkel précisant à son tour que « les intérêts de l’Allemagne sont étroitement liés à ceux de la France ». A quoi s’ajoutent les affirmations : « La réussite de nos pays est profondément liée » dans la bouche du président français, et « Nous voulons créer une nouvelle dynamique » dans celle de la chancelière allemande.

Joindre les efforts de défense

Les deux dirigeants ont également décidé de relancer un Conseil franco-allemand de la Défense. On sait que les Français déplorent que les Allemands ne s’engagent pas suffisamment avec eux sur le terrain avec leur Bundeswehr. Mais cela pourrait changer, car Mme Merkel a dit qu’« une politique de défense plus cohérente peut rendre l’Europe plus forte ».  Paris peut donc espérer que Berlin participera davantage à l’effort militaire. D'ores et déjà les Allemands appuient les Français au Mali. Outre ses interventions extérieures, la France assume sa force de frappe nucléaire qui pourrait être mise à la disposition de l'Europe, comme l'avait envisagé François Mitterrand vers 1986. Emmanuel Macron s’est prononcé, comme il l’a dit, pour la création d’un fond européen voué à la production d’armements communautaires standardisés. D'ici peu de mois, le fusil d'assaut des forces françaises sera fabriqué par Heckler & Koch en Bade-Würtemberg mais avec de l'acier français, pour autant que l'on sache. Le HK 416 F remplacera le Famas. Il sera du calibre Otan de 5,56 mm.

On ne parle pas d'euro-obligations

Les Allemands attendaient M. Macron au tournant de ses désidératas financiers. Ils craignaient surtout la mutualisation des dettes des pays européens, dont la France, que les contribuables allemands seraient amenés à éponger. Et le mot horrifique « eurobonds » (euro-obligatins) hantait les officines politiques et les médias de la capitale allemande. Or, c'était une fiction. Le président français n'a jamais parlé d'"eurobonds".

Emmanuel Macron n’est pas arrivé à Berlin la main tendue pour demander l'aumône. Il a au contraire admis sur un ton autocritique les faiblesses et manquements de la France, notre chômage exceptionnel, et annoncé que son pays allait travailler lui-même à son propre rétablissement. Pour cela, la France ne sollicite pas des paiements des Allemands, mais des investissements productifs conjoints provenant sans doute des excédents commerciaux allemands. Ce n’est qu’ainsi et par des réformes de structure que l’endettement français pourra être ramené dans les clous européens. Bref, selon le principe « Aide-toi, l’Allemagne t’aidera ». C’est ce que les Allemands réclament depuis des années.

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Au cours de cette première rencontre officielle du nouveau président avec la chancelière, on n'a relevé aucun accroc, pas de nuée d’orage. Finalement, nous pouvons dire que nous l’avons échappée belle en éliminant Mme Le Pen et son acolyte Dupont-Aignan. Peut-être nos craintes étaient-elles excessives : 75% des Français sont pour la sauvegarde de l’euro et 57 % (contre 53% l’an dernier encore) estiment que l’Union Européenne est une bonne chose. Mais un accident aurait pu arriver. Souvenons-nous du référendum français de 2005, avec 55% de suffrages contre l’Union Européenne. C'était un référendum de ce genre sur l'Europe que voulait mettre en oeuvre Mme Le Pen.

Or, les temps ont changé. Il semble qu’on ne puisse plus, ni en Hollande, ni en Autriche, ni en France, faire campagne contre l’Europe. L’Europe est un fait accompli et en même temps inachevé. (ates67.fr, 17/05/2017)

La victoire d’Emmanuel Macron restaure l’image de la France

"Merci la France !". Ces mots sur de nombreux sites web européens en disent long. La grande victoire d'Emmanuel Macron (66,1% des suffrages, 20 753 797 électeurs) et la sévère défaite de Marine Le Pen (33,9 %, 10 644 118 électeurs) ont montré que la crise n'a pas fait pencher les Français vers une solution néo-fasciste avec ses corollaires, le repli nationaliste sur soi, le protectionnisme, l'exclusion et l'autarcie. Comme les Autrichiens, comme les Hollandais, comme sans doute les Allemands le 24 septembre prochain, ils n'ont pas suivi les mots d'ordre des partis europhobes. 

Après l’euphorie du soir du 7 mais, il ne faut pas retomber dans l'ornière de la morosité française et jouer les rabat-joie. Cela vaut aussi pour ceux qui taxent Macron d'être l'incarnation de deux maux (ou mots) devenus presqu'obscènes : les élites et le libéralisme. Plus que les élites, les jeunes ont voté pour lui. On dit qu'il représente un libéralisme positif par opposition au libéralisme punitif. Le bilan est quintuple :

1. La France retrouve du prestige en Europe et dans le monde. Elle reste un phare de la liberté et de la volonté politique. De plus, Macron a rétabli la verticalité du régime présidentiel français et l'adhésion au chef de l'Etat après le dévissage gravissime de Hollande et le dénigrement systématique de Sarkozy. 

2. Le FN anti-européen est éliminé du gouvernement et aura beaucoup de mal à se remettre du "naufrage" de Marine Le Pen, il a perdu le monopole du patriotisme et le côté néo-fasciste de son idéologie est devenu flagrant. Le FN est "rediabolisé". Selon nous, sauf accident global majeur, il ne participera jamais à un gouvernement avec ses dirigeants et son programme actuels. La crise économique et financière majeure de 2008-2012 et ses séquelles lui avait donné une chance historique. Il l'a manquée. Elle ne reviendra pas de si tôt.

3. Macron, le dauphin sacré roi, est entré dans la cour du Louvre aux accents de l'hymne européen, ce qui veut dire que l'Europe unie et la coopération franco-allemande pour l'Europe sont sauvées.  On a beau dire que deux partis hostiles à l'Europe, le FN et les Insoumis, ont totalisé 40% des suffrages, ce n'est pas significatif, car, selon un sondage sérieux très récent, 75% des Français veulent garder l'euro, 57% trouvent que l'Europe unie est une bonne chose (après 53% en 2016) et 14% seulement la trouvent mauvaise. Reste l'écueil à contourner: convaincre la Commission de Bruxelles et le gouvernement de Berlin pour construire un gouvernement de la zone euro.

4. L'équilibre financier de la France pourra être restauré et, avec lui, l'épargne et le pouvoir d'achat. Il reste à rebâtir une industrie modernisée et des services au profit de tous. Le sort de Macron dépendra de son aptitude à imposer ses réformes de la gestion industrielle face au syndicats post-marxistes CGT et FO et à la rue. D'aucuns estiment qu'il devra opposer l'armée aux possibles émeutiers. Ce serait un malheur, mais ce serait pire s'il recule comme ses prédécesseurs.

Un grand élan de jeunisme

Macron nous avait séduits dès 2016. Même si la fidélité à la droite gaullienne nous imposait au départ un autre choix. Surtout, ce qui compte le plus pour l'Union Paneuropéenne, il est sincèrement pro-européen et il a des projets en la matière. On dit que 6 Français sur 10 n’ont pas voté en faveur de Macron. Mais un grand élan traverse la France et secoue les hésitants. Généralement, les gens se rallient au gagnant. Beaucoup regrettent déjà leur abstention. Et puis il y a ceux qui s’intéressent au foot plus qu'à la politique. On ne peut pas le leur reprocher. En mars dernier, c'était le cas de la moitié des Français. Mais peut-être Mélenchon et Macron ont ramené une grande partie de la jeunesse à la politique.

Fillon était presqu'indéfendable sous les coups d'une campagne médiatique sans précédent. Il a eu le cran de relever le gant avec un aplomb et un calme impressionnants. Son résultat n'a pas été mauvais du tout dans ces circonstances. Si François Baroin l'avait relayé à ce moment déjà, peut-être les LR auraient-ils gagné aux deux tours. Un miracle était possible malgré la machine médiatique. Il en advint autrement.

Le naufrage du Front National

Ces élections ont été un plébiscite "pour ou contre l'Europe" bien qu'il n'en ait pas été beaucoup question dans les débats. Pourtant c'est ce qui inquiétait nos voisins, surtout les Allemands qui craignaient un "Frexit" après le "Brexit". Or, c'est l'euro essentiellement qui a coulé le FN. Il se rengorge d'avoir recueilli au second tour 3 millions de voix de plus qu'au premier tour. Mais ce ne sont pas tous des Lepénistes, ce sont des gens en colère et des désespérés. A ceux-là, peu importe l'Europe.

Nous nous sommes donc battus pour que Macron ait au second tour le score le plus haut et Le Pen le plus bas possible afin que le FN europhobe ne s'en relève pas. Heureusement, miracle du mercredi 3 mai, Marine Le Pen, 48 ans, qui avait travaillé cinq ans à "dédiaboliser" son parti, a réduit tout ce travail à néant en 2 h 30 de débat télévisé avec Emmanuel Macron. Son masque est tombé. Elle s'est conduite sous les caméras en digne fille de son père. Dans un parti normal, elle devrait quitter la politique ou passer en marge avec ses Philippot et autres suppôts. C'est ce qu'a fait Fillon chez les Républicains, littéralement passé à la trappe. Elle hésite maintenant à participer aux législatives. Cela se conçoit.

Se sachant menacée, elle avait pourtant vite allumé un contre-feu en avançant que le FN allait changer de nom et subir une réforme en profondeur. Mais l'incendie couve. Toujours est-il que sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, 27 ans, a abandonné son mandat de députée du Vaucluse et quitté le FN, officiellement, pour se vouer à l'éducation de sa fille et pour faire un tour dans le privé.C'est un vrai coup dur pour le FN dans la perspective électorale. Elle précise toutefois qu'elle n'a pas renoncé définitivement à la politique. Elle avait été la seule pratiquement à se faire l'écho des militants en disant qu'elle était "déçue" et que le résultat comportait des aspects "négatifs". Le "résultat", c'est aussi la campagne de sa tante et de Philippot.

Macron et les législatives

Macron aura-t-il une majorité présidentielle ou non ? 43% de ses votants voulaient faire barrage à Le Pen et 57% l'ont choisi par adhésion. A première vue, les législatives des 11 et 18 juin s'annoncent compliquées. Car le motif anti-Le Pen n'existera plus en juin.

Dans la première semaine suivant les présidentielles, 21% des votes seraient allées à son parti "La République en marche", 22% aux "Républicains", 21% au FN et 15% aux "Insoumis" de Mélenchon. Ces scores prévisionnels ont évolué dans la deuxième semaine : 29% aux Macroniens, 20% aux Républicains et 20% au FN, 14% aux Mélenchoniens et 7% aux socialistes. Les préoccupations des Français sont par odre décroissant : le chômage, le terrrorisme, les impôts et le pouvoir d'achat. Mais ces prévisions sont peu consistantes. Le FN pourrait tomber plus bas et les Républicains monter plus haut. Malgré l'aspiration traditionnelle qu'engendrent les présidentielles, les Français qui haïssent plus que tout le pouvoir absolu et l'unipartisme pourraient renforcer l'opposition. Et il paraît évident que le parti de Baroin avec les gens qui l'entourent ne sont pas des vieux godillots du gaullisme.

Il est peu probable que Macron ait l'intention de satisfaire ni Robert Hue, ni Alain Madelin, ni même François Bayrou et Gérard Colomb qui l'ont rejoint. Et François Bayrou s'en est mordu les poings quand on fait la carte des circonscriptions. La reconnaissance n’est pas une vertu politique. Macron vise de façon trop évidente à tuer les partis politiques autres que le sien qui est en construction. Il affiche aussi des grandes ambitions à la De Gaulle. Les 25,4 millions d'abstentionnistes, de votants blanc ou nul n'ont pas vu venir ce désir d'un sursaut qui s'empare des Français quand ils sont au fond du trou. Cela va jusqu'au désir de sacrifice. Tout l'art de Macron devra consister à lier cela à la solidarité européenne pour que la France ne retombe pas dans l'ornière du nationalisme. Et les "LR" ont intérêt à être aussi de bons Européens.

Tous les problèmes ne sont pas résolus dans la société et l'économie françaises, ni au niveau européen, mais le passif politique est soldé. C'est un premier pas. Est-ce que les partis d'opposition, nombreux et divers sauront s'y prendre pour infléchir le cours des choses dans le bon sens ? Après l'explosion de joie et d'unanimité autour du sauvetage de la République, vient le temps des nuances. La droite classique LR existe encore, à la différence du PS moribond. Cette existence est attestée par le score de François Fillon au premier tour, à seulement 2 points 1/2 du FN et devant la nouvelle gauche des Insoumis malgré les déboires personnels du candidat. S’ajoute que Baroin n’a pas été battu personnellement au premier tour à la différence de Mélenchon. Il n’a pas ce handicap. En outre, il a quelques bons soutiens. Jean-François Copé a étonné par la pertinence de ses arguments et NKM reste fidèle jusqu'à nouvel ordre.

Quelle image de marque pour les Républicains ?

Ce qui devrait inquiéter les Républicains dans la perspective des législatives, ce sont d'une part les transfuges qui rejoignent les rangs d'En Marche et de l'autre la réputation de "ringardisation" que les médias commencent à répandre autour des partis traditionnels, mettant LR et PS dans le même sac. Or le LR n'a échoué ni aux Primaires ni au Premier tour des présidentielles à la différence du PS. Il faut prendre ce fait en considération tout en tournant la page. Avoir mis François Baroin à la direction de la campagne est un gage de "jeunisme". Mais le dynamisme et l'avenir sont du côté de Macron. Baroin devra en tenir compte. Sa droite LR a-t-elle un grand projet ? Cela va paraître bien petit que de lutter pour empêcher l'augmentation de la TVA et autres broutilles, importantes certes pour les porte-monnaie, mais qui n'ouvrent pas des perspectives exaltantes.  De plus, les Républicains sont un peu faibles sur l'Europe, trop nationalistes et trop peu fédéralistes.

Par ailleurs, le FN cherche à ratisser sur les plates-bandes LR. Ne va-t-il pas s'appeler désormais "Alliance des patriotes et des républicains" ? Tel serait le titre choisi par l'entourage de Marine Le Pen qui a compris que son pouvoir allait être remis en question et qui a allumé un contre-feu dès sa défaite en annonçant une ""réforme en profondeur" de son parti. Mais elle ne peut pas incarner l’acceptation de l'euro et la renonciation au Frexit qui sauveraient le FN.

Si le FN qui n'a plus le vent en poupe, parvenait quand même à ne pas se lézarder, il devrait céder au terrain aux Républicains. Seulement ceux-ci vont avoir du mal à se ciseler une image de marque crédible et séduisante. La référence à de Gaulle n'est pas leur propriété exclusive. De Gaulle est devenu un personnage historique au même titre que Clémenceau ou Napoléon. Taxer le FN de fascisme et de xénophobie est également désuet et inopérant. Les Français ne comprennent plus ces mots. Dans leur immense majorité, ils sont ni xénophobes ni racistes, ils le savent. Le problème s'appelle aujourd'hui islamisation et immigration de masse. 

Un nouveau patriotisme jeune

Un sociologue a dit que la précision d'une idée est inversement proportionnelle au nombre de personnes auxquelles elle s'adresse. Aussi ne faut-il pas trop demander aux deux discours du président élu le soir du 7 mai. Ils étaient bien rédigés, bien peaufinés. Il s'adressait aux 47 millions de citoyens français en âge de voter et à quelques millions d'adolescents et il tentait de dépasser les clivages communautaristes. Mais son équipe a réalisé devant la pyramide du Louvre une mise en scène très réussie de l'arrivée au pouvoir. Il a fait vibrer la fibre patriotique (La Marseillaise à la fin) mais pas nationaliste (l'hymne européen au début).

De plus, Macron incarne l'optimisme, la pensée positive, un nouveau patriotisme jeune et le grand élan pro-européen des jeunes générations montantes dont le niveau culturel, notamment grâce à la révolution d'Internet, est nettement supérieur à celui de nos générations plus âgées ou âgées. Son élection, annoncée par les récents échecs de l'extrême-droite en Autriche et en Hollande, est une réplique cinglante au Brexit britannique, au protectionnisme trumpien et aux manigances de Poutine en faveur du FN. On retient de ce 7 mai français qu'on ne peut plus gagner une élection en faisant campagne contre l'Europe et l'euro.

Ne pas devenir les roquets de la République

Il faut dire encore un mot en faveur de l'autre grand absent de ce second tour, Jean-Luc Mélenchon qui a réalisé au premier tour une performance comparable à celle de Macron parce qu'il est parti comme lui de zéro pour arriver au top. Sa déclaration au soir du scrutin a été la moins mauvaise de celles de tous les opposants, sinon, comme toujours la meilleure, en tout cas en matière de vocabulaire. Il défend les démunis, les en colère, les victimes. Mais attention, ce souci, le FN lui conteste d'en être le seul détenteur. Mélenchon et son lieutenant Alexis Corbière doivent veiller à ne pas devenir les roquets de la République, frustrés et vindicatifs. Ils doivent laisser cela au FN. Les Insoumis devront se souvenir que Jean-Luc Mélenchon a été de bout en bout le seul candidat à développer une vision du monde, une Weltanschauung bâtie sur la culture passée et sur l'espoir d'avenir. Le FN a certes voulu lui opposer une autre vision du monde, mais la preuve est faite par cette campagne et ce scrutin que le FN n'a pas une conception de l'avenir, mais une idéologie surannée dans laquelle il s’est englué. S'ajoute que Mélenchon a rétabli le pouvoir de la culture et de la philosophie, de l'éthique aussi. Cette primauté en matière d'avenir et d'éthique, maintenant Macron la lui conteste.

Actuellement, la grande faiblesse de Mélenchon est d'avoir tant brocardé la "monarchie présidentielle" et d'avoir voulu chambouler les institutions. Son projet d'assemblée constituante, d'abolition de la présidence, de mandat impératif des députés, est trop évidemment du "déjà lu" dans les manuels d'Histoire pour ne pas dire du "jus de crâne". La France n'a pas envie de changer de régime, bien au contraire.  Les acclamations des jeunes Français le soir du dimanche 7 mai  dans la cour du Louvre ont montré qu'ils aiment la république présidentielle et que ce n’est pas pour ces jeunes un « système ». De Gaulle avait réussi le tour de force de doter notre pays d'une sorte de royauté républicaine, réconciliant pour la première fois depuis 1789 la monarchie et la révolution, créant par cette synthèse incarnée par le pouvoir bicéphale du Président et du Premier ministre, une vraie force de frappe politique assez semblable à celle de Washington.

La France est depuis deux siècles et demi, avec des brèves interruptions, une République présidentielle et non pas une monarchie constitutionnelle. D'ailleurs, l'élection de Macron rétablit l'autorité de l'État tellement décrié ces dernières années, et non pas une "oligarchie", terme galvaudé à l'unisson par Mélenchon et Le Pen, car le cadre est humaniste et sans clinquant et non pas autoritaire et dominateur. Un nouveau patriotisme français est né doublé d'un patriotisme européen que seule la France peut créer et diffuser. Oui, on attendait la France pour rebâtir l'Europe. Avis à ceux qui critiquent l'Europe en tant qu’entité politique. On ne peut plus gagner d'élections contre l'Europe. La France est redevenue une grande puissance politique et l’Europe n’a pas implosé. (Jean-Paul Picaper - 8 mai 2017)

Marion Maréchal Le Pen jette l'éponge

Le FN va-t-il se scinder ? C'est clair que Marine Le Pen ne peut faire que du replâtrage et qu'elle ne peut être l'artisan d'un renouvellement idéologique de son parti. Seule Marion Maréchal Le Pen l'aurait pu. Nous ne sympathisons pas avec ce parti, mais force est de constater que la situation du FN est dramatique. D'autant qu'une mise en examen pour usage illégal des indemnités parlementaires européennes pend au nez de l'actuelle présidente du FN.

La députée du Vaucluse n'avait-elle pas pris ses distances par rapport au préalable de l'abandon de l'euro imposé par sa tante et par Florian Philippot ? Une folie furieuse alors que 75% des Français veulent garder l'euro. Marion n'est pas sourde. Elle a visiblement entendu aussi les 40% d'électeurs et partisans de son parti qui se sont dits "déçus" par la prestation lamentable de Marine Le Pen à la télévisoin le 3 mai. Enfin, le soir du scrutin final, le 7 mai, elle fut pratiquement la seule de son parti à se dire "déçue" et à énumérer des points "positifs" mais aussi des points "négatifs". 

Et puis voilà que, sans crier gare, elle a décidé le 9 mai de jeter l'éponge, expliquant à ses électeurs dans le journal régional du Vaucluse qu'elle renonçait à se représenter à la députation en juin prochain et qu'elle abandonnait ses fonctions dans le FN. Comme nos lecteurs le savent, elle affirme vouloir se consacrer à sa fillette de deux ans et faire un détour "dans le privé". Sa défection est une demi-catastrophe électorale pour le FN. La seule députée FN à l'Assemblée Nationale laisse une béance. Quelle peuvent être ses vraies raisons en dehors d'une certaine lassitude ? Des idées la séparent de sa tante, à savoir qu'elle est plus libérale qu'elle en économie et qu'elle n'est pas aussi opposée qu'elle à l'Europe et à l'euro. En revanche sur le plan sociétal, la catholique qu'elle est s'avère plus conservatrice que Marine Le Pen.

Cela pourrait séduire une partie orpheline de l'électorat et rendre un nouveau parti de la droite ultra coalisable quand on verra que Macron ne résout pas les problèmes de l'immigration et de l'assimilation des migrants musulmans. On jugeait toujours Marion Maréchal Le Pen trop jeune pour assumer des fonctions dirigeantes dans son parti. Ce n'est pas de nos jours une tare, l'election de Macron le prouve, mais il y a quand même des limites. Dans cinq ans, en 2022, Marion aura franchi le cap des 30 ans.

Par ailleurs, le FN risque un nouveau Waterloo électoral les 11 et 18 juin prochains, une défaite en entrainant une autre. L'allié Dupont-Aignan avec son parti minuscule "La France debout" s'est avéré aussi peu fiable envers le FN qu'il l'avait été envers Les Républicains. Il a rompu son alliance de fraîche date avec eux pour faire cavalier seul aux législatives. Par ailleurs, un début de scission se manifeste dans la création par Florian Philippot d'un groupement appelé "les Patriotes". Enfin, c'est clair que Marine Le Pen n'ose plus se présenter devant le peuple. Elle va devoir répondre à une mise en examen.

Sans doute Marions Maréchal-Le Pen n'a-t-elle aucune envie d'être impliquée dans un dérapage auquel elle n'a pas contribué. Sans doute ne veut-elle pas donner le coup de poignard dans le dos à sa tante ou ne veut-elle pas être suspectée d'avoir fomenté son exécution politique qui ne saurait tarder. On peut imaginer qu'il y a autour d'elle des gens qui veulent faire du FN un autre parti, fréquentable et coalisable. On peut imaginer qu'elle reviendra ensuite. On voit cette tendance chez d'autres partis d'extrême-droite européens qui ont compris qu'ils doivent sortir du ghetto dans lequel ils se sont enfermés et qu'on ne peut plus gagner d'élections sur notre continent en étant europhobe et anti-euro. Il faut admettre les faits irréversibles et faire de la realpolitik. Elle pourra alors revenir dans un nouveau FN sans avoir du sang sur les mains.

Ce ne sont là que des hypothèses, mais elles ont quelque vraisemblance. Car au FN, prochainement, cela va chauffer. (J.-P. P., 11/05/ et 17/05/2017)

Le 3 mai, Marine Le Pen a fait peur aux Français

Presque personne n’ose le dire explicitement, alors disons-le : lors du duel télévisé des candidats au second tour des présidentielles diffusé le mercredi 3 mai sur France 1, Marine Le Pen a fait peur. Peur à de nombreux Français qui étaient encore indécis, par ses attaques insidieuses, ses menaces voilées et le ton très agressif avec lequel elle a apostrophé d’entrée de jeu son adversaire. Son protagoniste Emmanuel Macron lui a reproché de tirer profit des peurs et colères des Français, mais cet échange a prouvé qu’elle distille elle-même la peur. Sans doute son camp le lui a-t-il fait remarquer parce que le matin du 4 mai sur RMC, elle était beaucoup plus calme et tempérée. Mais elle ne peut plus corriger l’impression qu’elle a laissée le soir du 3 mai, un vrai désastre. Raison pour laquelle, entre autres, le score de Macron est remonté le 5 mai à 62% des intentions de vote (après 59% huit jours avant) et celui de Le Pen redescendu à 38% (après être monté à 41%).

Elle s’est piégée à son objectif : tenter de faire perdre son calme à Macron et l’inciter à quitter le plateau sous le coup de la colère ou de l’indignation. Et cela, par surprise. Florian Philippot avait annoncé quelques minutes avant le débat que ce ne serait pas un « combat de coqs » et que sa Marine exposerait calmement son projet. Or, elle utilisé 80% de son temps de parole à proférer accusations et diffamations sans expliciter – sauf quelques bribes - ce qu’elle voulait faire, elle. Et ce, dès la première minute de « dialogue ». Et de puiser dans un passé politique et personnel qui n’était pas celui de son adversaire. Et d'inscrire à son dossier tous les malheurs du monde. Et d'insinuer qu'il a un compte caché aux Bahamas, rumeur mensongère répandue par les internautes russes qui soutiennent Marine Le Pen.

Mais elle n’a pas atteint son objectif, même pas à la fin du débat en reprenant textuellement ses attaques initiales, apprises visiblement par cœur, espérant peut-être que, fatigué, le rival quitterait enfin la lice. A tel point que Nathalie Saint-Criq, la journaliste, l’a enfin coupée lui disant qu’on n’allait pas recommencer comme au début. Donc échec sur ce point. Macron n'a pas donné dans le panneau. A la fin du débat, on a remarqué que les deux journalistes, incapables de maîtriser l’égérie du Front National, étaient excédés et qu’ils étaient soulagés de clore la logorrhée de Mme Le Pen.

Piratage informatique

Revenons sur ce fameux compte aux Bahamas. Il faut savoir que les services russes ont mis le paquet des derniers mois contre Macron, insinuant qu'il est homosexuel, qu'il a de l'argent caché, qu'il... etc. etc. Comme l'a identifié la société d'investigations numériques "Trend Micro" basée à Tokyo, les cyberattaques contre le leader d'En Marche et son QG de campagne proviennent de deux sites de piratage informatique, "Fancy Bear" et "Pawn Storm", que l'on sait proches des services secrets militaires russes GRU. Emmanuel Macron s’est contenté d’une allusion très rapide et presqu’inaudible au financement du FN par la Russie. Mais le soutien du Kremlin à Mme Le Pen est patent. Le lendemain de la visite de Marine Le Pen chez Poutine, le 24 mars dernier, la télévision de l’Armée russe twittait : « ≠ Je vote Marine ». On ne peut être plus clair. L'objectif du Kremlin est de faire élire partout en Europe occidentale des partis extrémistes de droite hostiles à l'Union Européenne et à l'euro. Ainsi l'Europe occidentale et centrale se disloquerait. Cette politique du Kremlin s'appelle : "Diviser pour régner", "Divide et impera". Et là-dessus la CIA américaine est bien d'accord avec le FSB (ex-KGB) russe.

D'ores et déjà, la candidate du Front National manifeste une dérive totalitaire à la Poutine en accusant une personne de faits qu'elle n'a pu commettre sans apporter de preuves matérielles de ses accusations. C'est ainsi que procède la justice en Russie. Car Mme Le Pen n'a pas discuté avec son interlocuteur, elle qui est avocate de métier, s'est érigée en procureur. Accuser quelqu'un de prétendues fautes qu'il n'a pas commises, Jean de La Fontaine le savait déjà : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère », dit le loup. Heureusement, Macron n’est pas l’agneau qui se laisse égorger. Il l'a montré.

Dites-moi que je me trompe, que je fais des cauchemars. Cela ne me rassurera pas complètement. Mme Le Pen a quand même réussi à souvent couvrir la voix de son interlocuteur, comme le faisaient de sinistres procureurs dont nous tairons les noms par charité pour elle. Elle l'a fait en tout cas suffisamment pour l’empêcher d’exposer en détails son programme et ses idées. Le meilleur vint quand elle lui reprocha de l’interrompre sans cesse alors que c’était elle qui interrompait. Mais comme l’a dit Macron, « les Français ne sont pas bêtes ». Ils ont vu et entendu. Beaucoup de téléspectateurs ont développé ce soir-là une allergie anti-Le Pen. Certains éprouvaient de la honte pour la France.

Enumérations à la Prévert

Quel spectacle pitoyable ! Les commentateurs ne parlaient le matin suivant que de « combat de boxe », de "violence" et de « brutalité », comme si cette empoignade avait été le fait des deux participants au débat. Or, cette tonalité avait été fixée dès la première minute par Mme Le Pen auquel son interlocuteur put reprocher de suite de manquer de « finesse », pour ne pas dire d’« intelligence ». Certes, on n’avait jamais vécu un tel débat présidentiel. Il a donc bien fallu qu’Emmanuel Macron riposte. Il a peu à peu employé des mots plus durs, culminant avec son « vous êtes indigne d’assumer la fonction présidentielle ». Superficiellement, on retiendra de Mme Le Pen ses rires narquois et déplacés, son rictus dents à l'air qui se veut sourire, sa gestuelle vulgaire, ses vociférations, ses énumérations « à la Prévert » (dixit Macron), ses incohérences enfin et ses propositions économiques non finançables et pour certaines abracadabrantes. Le fait est qu'idéologie et économie ne font jamais bon ménage.

On dit que le Front National n'a pas de programme économique, mais un méli-mélo de propositions démagogiques, comme bricolées au dernier moment. En réalité, il n'a pas un programme avouable. Une fois au pouvoir, les partis totalitaires ont toujours enchainé la société et lui ont appliqué une cure de cheval imprévue à laquelle beaucoup ne survivent pas. Mais ce ne sont pas des choses qu'on peut dire avant les élections. A ce stade, il faut faire du n'importe quoi pour occuper la galerie. "Patriotisme économique" et "protectionnisme intelligent" sont de slogans faits pour empêcher les gens de penser aux conséquences pratiques de la politique FN.

Le risque de censure

En profondeur, cela va plus loin. Des jeunes partisans de Jean-Luc Mélenchon et de François Baroin  l'ont ressenti. Ils se disaient jeudi matin effrayés par la propension de la candidate à censurer les idées qui ne sont pas les siennes. Ils disaient redouter qu’elle présidente, le débat démocratique ne soit aboli dans notre pays. Ils ne croyaient pas si bien dire. Nicolas Dupont-Aignan a évoqué, cinq jours plus tôt, dans sa conférence de presse avec Mme Le Pen, l’éventualité de former un Comité de salut public. L’Histoire de France nous a enseigné ce que cela signifie. Ledit Comité fut le premier organe du gouvernement révolutionnaire mis en place par la Convention au printemps 1793 pour faire face aux dangers menaçant la République, le deuxième étant le Comité de sûreté générale pour envoyer les suspects à la guillotine. Mais sans remonter si loin dans le passé, on a l’exemple de la Russie de Poutine où les droits de l’homme sont foulés aux pieds et la liberté d’expression muselée.

Quant aux assertions des deux protagonistes, le quotidien « Le Monde » écrivait le 4 mai que « le débat a viré, mercredi 3 mai, à l’échange d’invectives et à la confusion. Mais s’il apparaît clairement que si Emmanuel Macron n’a pas toujours été dans le respect total des faits (notamment en matière de lutte antidjihadiste et d’islam), sa rivale a proféré de nombreuses approximations et des contre-vérités ». C’était, écrivait ce journal, « une stratégie qui a semblé délibérée, pour empêcher un débat de fond en forçant M. Macron à répondre à des attaques souvent mensongères, et qui n’était pas sans rappeler celles de Donald Trump durant la campagne américaine ». Une question est de savoir si Mme Le Pen a vraiment un programme cohérent comme celui de son adversaire ou bien si elle ne lance pas n’importe quel appât pour simuler un programme. L’autre question serait d’élucider pourquoi le Front National n’a pas été capable de préparer un programme économique et financier viable. Toujours est-il que Macron a réussi à démontrer l’ignorance de son adversaire en matière économique et financière pour autant qu'elle lui ai laissé le temps de le faire.

Erreurs et contre-sens

« Le Monde » et France 2 ont relevé de multiples erreurs et contre-sens de Mme Le Pen, la plupart en économie. Notamment quand elle a dit que la Grande-Bretagne se portait mieux après être sortie de l’Europe. Macron a eu beau jeu de lui rappeler que ce pays n’avait pas eu l’euro, qu’il devait régler des arriérés de sortie d’Europe pour un montant de 60 à 80 milliards d’euros et que, cette année, conséquence du Brexit, son taux de croissance avait chuté à la moitié de celui de la zone euro. A cette heure, le pouvoir d’achat des Britanniques est en train de fondre. Néanmoins, malgré la très grave incapacité de Mme Le Pen en économie et finances, beaucoup de gens ne voient pas le danger bien réel qu’elle représente pour l'économie de notre pays qui n'est pas dans tous les secteurs aussi nulle qu'elle l'affirme.

Normalement, Macron est donné vainqueur le 3 mai, surtout après le débat de mercredi soir dont il est sorti vainqueur. Mais un accident est vite arrivé : 19% des électeurs étaient encore indécis deux jours avant le scrutin. Beaucoup de gens pas très estiment que "Mme Le Pen dit ce qu'elle pense", qu'elle "dit la vérité". C'est vrai sur l'immigration et l'islamisation de la France bien qu'elle n'ait pas systématiquement les bonnes solutions. Sur le reste, elle est à côté de la plaque, pour le dire platement.

Dernier coup bas

L'allusion mensongère à un prétendu compte de Macron aux Caraïbes trois jours avant le scrutin nous révèle de quel bois se chauffe le Front National. Mme Le Pen n'a pas été la seule à tenter de se servir de ce brûlot lancé en dernière minute contre son rival. Certains de se lieutenants ont cherché à faire de Macron un Cahuzac. Mais ce coup bas n'a pas atteint sa cible. Les documents et la signature de Macron sous ce contrat iventé de toutes pièces par les désinformateurs russes du Net sont des faux grossiers, des "fakes", fabriqués dans la cuisine du service secret russe GRU selon les méthodes de la "dezinformatziya". Ce procédé remonte aux pratiques du KGB dans les années 1950 et 1960. Cela en dit long sur le climat frelaté qui s'instaurerait en Europe si jamais Mme Le Pen gagnait le second tour des présidentielles avec le soutien de Moscou.

Macron n'est pas l'archange Gabriel, son plan sociétal est insuffisant et bancal, copié sur celui du PS. il n’a rien prévu, semble-t-il, pour enrayer la dérive partielle de la France vers cette religion intolérante qu'est l'islam, mais il appartiendra aux Républicains de le pousser à le faire. En revanche, à la différence de Le Pen et de Mélenchon, à des détails près, il ne touchera pas aux institutions françaises et européennes, euro inclus. Et c'est ce qui importe dans l'immédiat. Nous gardons notre monnaie et l'économie pourra se relever.

Il y a déjà tellement de chaos dans le monde et en Europe que ce n'est pas la peine d'en rajouter artificiellement parce qu'on a tel ou tel rêve ou utopie qu'on aimerait essayer de mettre en œuvre rien que pour voir si cela marche. Alors c'est le peuple auquel les extrêmes se réfèrent si volontiers, qui en fait les frais. (JPP - 4 mai 2017)

La double monnaie de Mme Le Pen : une ficelle électorale

En annonçant le samedi 29 avril aux médias, avec la bénédiction de son nouvel allié Nicolas Dupont-Aignan, que la sortie de l'euro n'est plus un "préalable" à la politique économique de sa présidence éventuelle, Marine Le Pen a tenté de changer la donne pour le second tour des présidentielles. Elle a voulu désarmer les appréhensions des épargnants et commerçants, des Centristes et des Républicains contre l'ablation chirurgicale qu'elle envisage sur notre monnaie. Pour apaiser les craintes, elle a eu recours au mythe de la "double monnaie".

Revenir au franc par le détour de la double monnaie

La "double monnaie", selon elle, consisterait à conserver l'euro à l'extérieur, et à revenir au franc à l'intérieur. Il ne faut donc pas se leurrer, Sa position n'a absolument pas changé : elle plaide toujours l'abandon de l'euro. L'important est pour elle de ramener le franc dans nos portemonnaies. Marion Maréchal Le Pen qui cherche, elle aussi, à rassurer en affirmant que la sortie de l'euro est un processus qui pourrait durer deux ans ou plus, est comme sa tante pour le retour au franc. Face à cet euro externe, le franc interne se déprécierait peu à peu, l'inflation s'installerait à l'intérieur et il faudrait supprimer totalement l'euro car, selon la règle, la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les amis de Jean-Luc Mélenchon ont un argument de plus contre la "double monnaie": elle renforcerait une élite financière qui utiliserait l'euro fort, tandis le franc faible serait réservé à la population.

Mais surtout quitter l'euro reviendrait à sortir de l'Europe unie. Ladite Marion a cherché à calmer le jeu en affirmant que la France effectue seulement 50% de ses échanges avec l'Europe et que ce ne serait donc pas la mer à boire. Les échanges de la France avec l'UE représentent en réalité 55% du total commercial extérieur mais 45% pour les exportations, car le commerce extérieur français est déficitaire Or, les exportations françaises dans la zone euro n'ont pas reculé alors qu'elles reculent partout ailleurs. Le marasme français ne tient donc pas à l'euro mais à notre trop faible compétitivité, car l'Allemagne enregistre des succès commerciaux avec l'euro.

Avoir ou non l'euro n'est pas un facteur décisif de puissance commerciale et économique. Mais le Front National  ne sait quel subterfuge inventer pour nous faire gober l'abandon de l'euro, c'est à dire le sabordage de l'Union Européenne dont la France est un pilier. En réalité, l'étrange façon de ménager la chèvre et le chou en annonçant une double monnaie, n'est qu'une astuce du FN pour dorer la pilule de notre sortie de l'euro. Cette drôle de double monnaie qui impliquerait une double comptabilité et un change variable à l'intérieur du pays, est trop complexe pour fonctionner. Elle saperait la confiance dans l'économie française. Il est donc probable que le Front National, une fois au pouvoir, procèderait à un coup d'État monétaire contre l'euro.

Un régime d'exception confinant à la dictature le pourrait car, au cours de la même conférence de presse, reprenant une vieille idée de Jean-Marie Le Pen, Dupont-Aignan, pressenti Premier ministre de Marine Le Pen,  a évoqué l'idée de gouverner par un Comité de salut public, c’est-à-dire un régime d’exception pareil à celui de 1793. Ce comité pourrait tout et n’importe quoi, en tout cas abolir l’État de droit et ses règles de fonctionnement. S'ajoute que l'Assemblée nationale élue à la proportionnelle comme sous la IVème République, selon les vœux de Marine Le Pen, ne pourrait plus dégager de majorités et serait paralysée. Le Parlement ne serait plus qu'une simple chambre d'enregistrement.

Le dilemme du Front National

Le dilemme du Front National tient à ce que seuls 28% des Français sont comme Mme Le Pen, Florian Philippot et Marion Maréchal Le Pen, disposés à revenir au franc (sondage Elabe pour « Les Échos », début mars 2017). Les épargnants surtout s’angoissent à l’idée de voir fondre de 30% leurs économies si l’euro se volatilisait. Or, les Français sont parmi les plus gros épargnants d’Europe. Mais Marine Le Pen sait par ailleurs que, si elle « ne sortait pas de l’UE », elle ne « pourrait mettre en œuvre 70% de (son) programme », comme elle l’avait dit début mars lors d’un petit déjeuner avec des chefs d’entreprise. Comment échapper à ce dilemme ? En jetant un flou sur sa politique monétaire de sorte que les électeurs qui ne comprennent pas ces problèmes complexes, ne sachent plus à quoi s'en tenir. C'est ce qu'elle fait.

La candidate du Front National a longtemps cherché à mettre en sourdine sa politique européenne, dissertant essentiellement de sécurité et d’immigration, fustigeant l’islamisation et la mondialisation et s'en prenant aux "élites" et "oligarchies" à la manière de Jean-Luc Mélenchon, pour faire oublier l’europhobie suicidaire de son parti. Elle ne semble pas avoir encore compris que les beaux esprits qui tapent sur l’euro, se fourvoient. C'est le cas notamment de l'économiste souverainiste Jacques Sapir, membre de l'Académie des sciences de la Russie de Poutine et spécialiste de l'économie soviétique. Ce sont eux qu'elle écoute, en harmonie avec le maître du Kremlin. Mais  comment apaiser les Français qui tiennent tant à leur euro ? Elle ne peut le faire sans se renier aux yeux des agriculteurs, artisans, ouvriers qu’elle a persuadés des années durant que l’abandon de l’euro serait la panacée universelle qui les sauverait tous ?

Donc elle garde l'euro tout en l'éliminant... Or, il ne faut pas être licencié d’économie politique pour savoir que le retour au franc provoquerait une catastrophe irréversible : par la dépréciation monétaire ; par la fonte de l’épargne ; par une inflation qui ne serait pas de 0,25% par an comme elle l’a dit tout récemment à « Aujourd’hui en France », mais plutôt de 25% ; par le blocus bancaire et la fuite des capitaux comme en Grèce ; par la guerre des monnaies contre des pays plus forts que nous comme dans les années 1970 et 1980 ; et surtout un bond  des taux d’intérêts de nos emprunts qui obligerait l’entreprise France à mettre la clé sous la porte. Malheureusement pour Mme Le Pen sa politique monétaire est revenue au centre du débat électoral et l'Europe a figuré au programme de son duel télévisé avec Emmanuel Macron le 3 mai.

Un référendum bien aléatoire

Pour réviser la constitution la majorité des 3/5èmes des suffrages exprimés par l'Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès est requise. L’euro est en effet la monnaie française officielle selon le Code monétaire et financier de notre pays, avec valeur constitutionnelle. Supprimer l’euro sans vote des assemblées serait donc « un coup d’État monétaire» qui susciterait un veto du Conseil constitutionnel. Or,  elle qu'elle est actuellement et qu'elle sortira des urnes en juin 2017, jamais l'Assemblée nationale ni le Sénat ne donneraient à Mme Le Pen pour ce faire  une majorité des trois cinquièmes du Parlement pour abolir l’euro, car il y a là des gens qui comprennent l’économie et l'impératif européen mieux que la masse des électeurs.

Elle promet donc de soumettre l'adhésion à l'euro et à l'Europe à un référendum. Or, le résultat de ces consultations populaires dépend  de la façon dont est formulée la question. Et,  avec une bonne propagande, le pouvoir peut faire dire aux votants ce qu'il souhaite. Cette échappatoire qui consistait pour la présidente du Front National de faire mine de s’en remettre à la volonté du peuple en proposant en cas de victoire aux présidentielles un référendum sur l’UE et sur l’euro. Chacun sait que la propagande manipule plus facilement un référendum qu’un vote du parlement. Témoin le référendum de 2005 contre la constitution européenne. Et si l'on en doutait encore, le référendum d'Erdogan vient de le prouver. C’est donc la pire des propositions pour créer la confiance.  Et, si le gouvernement Le Pen-Dupont-Aignan passait outre, des troubles graves se produiraient dans le pays et en Europe. Le Comité de salut public devrait sévir.

Quand, le mardi 25 avril sur TF1, Mme Le Pen déclarait « avoir entendu les inquiétudes » des Français et s’« engageait à respecter leur vote » à un référendum, voilà donc qui n’avait rien de rassurant, car on sait que les promesses n’engagent pas les politiciens. Et comment avoir confiance après qu’elle ait cherché encore à noyer le poisson, comme dans cette interview parue le 30 avril dans « Aujourd’hui en France », où elle disait vouloir demander aux Français s’ils voulaient transformer « l’euro monnaie unique » en un « euro monnaie commune ». Son référendum ne serait donc pas pour ou contre l'euro, mais pour casser l'euro en deux. Beaucoup se diraient alors : "C'est un moindre mal" et voteraient "oui". En tournée le lendemain, puis le surlendemain sur les ondes, la candidate revenait à l'abandon de l'euro, toujours par la "double monnaie", le franc à l'intérieur pour les consommateurs, l'euro à l'extérieur pour les transactions commerciales et financières. „Nous aurons une monnaie nationale comme tous les autres pays  et nous aurons ensemble une monnaie commune", a susurré Marine. C'est contradictoire et assez incohérent.

Une politique économique et monétaire pas claire

Non seulement nul ne comprend goutte à  ce distinguo, mais on sait aussi que cela ne peut fonctionner et que les comptables s’en arracheraient les cheveux. Pour comble de malchance, les Britanniques qui n’ont même pas eu à sortir de l’euro parce qu’ils ne l’avaient pas adopté, commencent tout juste à payer en pertes de croissance et baisse du pouvoir d’achat leur sortie de l’Union Européenne. La dépréciation de leur monnaie, suite au Brexit, les a plutôt desservis. Abandonner l'Europe et l’euro mènerait la France plus vite encore à la faillite.

Sachant que son hostilité à l'euro la condamne à l'échec, quelques heures après avoir donné son interview du 30 avril encore très anti-euro à « Aujourd’hui en France », la patronne du Front National déclarait donc avec son nouvel allié que « la transition de la monnaie unique à la monnaie commune (autrement dit : l’abandon de l’euro, ndlr) n’était pas un préalable à toute politique économique ».

Le "hic", c'est que les traités instituant l’Union Européenne peuvent être résiliés, eux, mais que Maastricht ("Maastrique" comme dit Jean-Marie Le Pen) n’a pas prévu la résiliation du traité d’appartenance à l’Union économique et monétaire. Que faire contre nos 18 partenaires de l'UEM ? Référendum ou pas, coup d'État monétaire ou non, il faudrait négocier. Tant que s'éterniserait la négociation, l'essentiel du programme économique de Le Pen serait inapplicable et l'épargne s'enfuirait à tire d'aile de France.

Mais qu’à cela ne tienne ! En faisant endosser cette volte-face à son partenaire Dupont-Aignan que l’on ne savait pas si europhile, Mme Le Pen a trouvé un biais habile pour ne pas décevoir ses partisans radicalement anti-européens. Comme elle ne pouvait pas se dédire, elle a fait comme si c’était une concession envers son associé. Une concession dont elle ne tiendrait plus compte une fois élue.

Elle veut rallier des électeurs pro-européens

Le rejet de l'euro était l'obstacle majeur qui empêchait la droite classique et une partie de la gauche radicale de voter pour elle. Ces électeurs hésitants vont-ils revoir leur position ? Il faut espérer qu'ils ne se laisseront pas induire en erreur. Par ailleurs, Mme Le Pen sera en conflit avec le gouvernement allemand qui sortira des urnes fin septembre, que Mme Merkel ou Monsieur Schulz soit à sa tête. Or l'économie allemande est le pilier de l'euro et de la confiance des marchés en l'Union Européenne et sa monnaie. Enfin, la simple arrivée au pouvoir du Front National ne provoquera-t-elle pas une crise économique et financière majeure par retrait de confiance des investisseurs et partenaires commerciaux ?

Entre la peste et le choléra ?

Reste qu'en jetant le flou sur sa future politique monétaire, Marine Le Pen cherche à doper ses chances tandis que la colère gronde dans les milieux conservateurs républicains contre l'engagement de Macron aux côtés de SOS racisme et autres organisations gauchisantes. Ces  électeurs sont rassurés par l'engagement pro-européen d'Emmanuel Macron, mais ils craignent qu'il n'ouvre toutes grandes les portes à une immigration massive et à l'islamisation de la France. Il n’a pas clairement pris position là-dessus. L'euro est le talon d'Achilles de Mme Le Pen, l'immigration islamique est celui de Monsieur Macron.

D'où le mot qui circule : on choisira le 7 mai entre la peste et le choléra. S'il en est ainsi, il faut des deux choisir le mal qui tue le moins vite pour avoir des chances de s'en tirer. Il nous paraît plus urgent de sauver l'Europe et l'euro et la stabilité voire la reprise économirique. Voilà pourquoi nous ne votons pas Le Pen. Ensuite, le combat continuera pour les Républicains ou les Insoumis. Un ami nous écrit : "Je ne pense pas que Marine Le Pen passera. Les Français ne sont pas si fous. En ce qui me concerne, je n'irai pas voter pour une raison bien simple: quel que soit le vainqueur, il faut qu'il soit élu le plus mal possible, donc avec un taux de participation faible. Or dans le système actuel, il n'y a que l'abstention qui le garantit. J'ai convaincu beaucoup de nos amis d'en faire autant. J'espère que la droite sera assez forte aux législatives pour imposer une cohabitation. C'est paradoxal. La France est majoritairement à droite et aura un ou une president (e) de gauche". Cet ami pense au programme économique de gauche de Marine Le Pen.

Cette campagne électorale n'aura pas manqué de surprises et de coups de théâtre. Car Marine Le Pen peut encore gagner la seconde manche des présidentielles contre celui qui est le favori des sondages et des médias. C'est certes peu probable car on ne peut plus gagner une élection nationale contre l'Europe. Néanmoins, nous préférons pour notre part ne pas prendre ce risque et nous voterons Macron au second tour des présidentielles. (Jean-Paul Picaper, le 1/05/2017)

Français et Allemands : pessimisme en deçà, optimisme au delà ? du Rhin

Le soir du 3 mai 2017, la France a changé d'humeur. Du jour au lendemain, elle est passée du pessimisme à l'optimisme. Contre l'esprit de critique des partis d'extrême droite et d'extrême gauche et contre ses compatriotes qui dans leur majorité broient du noir depuis qu'on leur inocule le déclinisme et la décadence, le nouveau président distille la foi en l'avenir et la foi en soi. Sans dire que ce sera facile, au contraire, il souligne que les Français peuvent s'en tirer et qu'ils ont un rôle à jouer en Europe et dans le monde. Peut-être l'optimisme français sera-t-il contagieux dans l'Union Européenne. Il en allait autrement il y a seulement quelques semaines comme le montre le sondage ci-dessous. (14.05.2017

Un sondage conjoint  du célèbre Institut d’Allensbach en Allemagne et de Kantar Public France  vient de donner un tableau contrasté de l'ambiance des deux côtés du Rhin. Les Allemands affichent un optimisme quasi-total tandis que les Français sombrent dans la morosité. Et c’est dû principalement à la situation économique des deux pays.  Rappelons en passant que le taux de chômage vient de descendre à 3,9 % en Allemagne tandis qu’il dépasse encore 10% en France, grimpé à nouveau de 1,3% de février à mars derniers. Le taux de sans-emploi français dépasse donc la moyenne européenne, descendue à 9,5%.

Tandis que 86% des Allemands estiment que leur pays est en bonne santé économique, 75% des Français considèrent celle de leur pays comme mauvaise. Alors que 51% des Allemands pensent que la jeune génération a de belles chances d’avenir, 76% des Français considèrent celles-ci comme mauvaises. Les Français n’approuvent leur régime économique qu’à raison de 27% tandis que 61% des Allemands en sont satisfaits. Que les choses aillent si mal, les Français l’attribuent à la classe politique. Seulement 19% d’entre eux estiment que la politique soutient suffisamment l’économie pendant que les deux tiers des Allemands jugent que le soutien apporté par la politique à leur économie est une des forces de leur pays.

S’ajoute que seulement 13% des Allemands estiment que la mondialisation nuit à leur pays alors que tel est l’avis de 55% des Français. Les Allemands et les Français ne se ressemblent que dans l’approbation de l’Europe et de l’euro, les deux tiers des Français et plus de huit Allemands sur dix étant pro-Européens, mais les eurosceptiques sont plus nombreux en France (26%) qu’en Allemagne (14%). Ce qui donne à penser que le parti eurosceptique AfD ne pourra jouer sur ce tableau en Allemagne aux prochaines législatives, mais aussi que c’est le talon d’Achille du Front National en France.

Les Français ne dépassent les Allemands que par l’appréciation positive de la lutte de leur gouvernement contre le terrorisme : 57% en France contre 39% en Allemagne. (ates67.fr, le 29/04/2017)

Vers une fin de règne en Allemagne ? Pas sûr du tout...

Les électeurs allemands se sont ressaisis et se rallient à nouveau à la chancelière. Pourtant, elle avait connu une éclipse en 1916 suite à son option en faveur d'une immigration sans limites qui avait propulsé à l'avant-scène le petit parti anti-immigrationniste AfD. Depuis peu, celui-ci a rétrogradé au-dessous de 10% d'approbation dans l'électorat. Peu à peu, les Allemands semblent pardonner à Mme Merkel ses étonnants écarts en faveur des réfugiés du Moyen-Orient et d'ailleurs, d'autant que chez eux le flux des réfugiés se tarit quelque peu et que les sociaux-démocrates SPD ne sont pas davantage anti-immigrationnistes qu'elle.

La menace Schulz

Le 6 février 2017 avait été un jour sombre pour l'éternelle chancelière : ce jour-là, selon un sondage Insa pour le quotidien Bild, le candidat à la chancellerie récemment désigné par le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), Martin Schulz, avait dépassé d’une longueur Angela Merkel (CDU) Selon ce sondage, pour la première fois depuis dix ans, le SPD était donné gagnant aux prochaines législatives avec 31 % des intentions de vote contre 30 % pour la CDU. C’était la première fois depuis l’arrivée de Mme Merkel à la chancellerie en 2005 qu’elle était doublée dans les intentions de vote. L’avance de l’ancien président du parlement européen sur la tenante du titre n’était pas énorme, mais le seuil était franchi. La chancelière n’était plus imbattable: 50 % des Allemands disaient vouloir Schulz comme prochain chancelier, 34 % seulement anticipant un quatrième mandat Merkel. Un autre sondage de l’institut Insa pour le magazine Cicero indiquait le même jour que deux tiers des Allemands pouvaient imaginer que Mme Merkel ne fasse pas une quatrième législature après les prochaines élections qui auront lieu le 24 septembre prochain. C’était d’autant plus sérieux que la cote de Mme Merkel avait reculé peu avant au-dessous de 50% des préférences, elle qui caracolait au-dessus de 60%, voire de 70% depuis des années.

Régionalement, les opinions favorables en faveur de la chancelière étaient au plus bas en Thuringe et en Saxe (Est), elles étaient au plus haut à 55% positives en Schleswig-Holstein (Nord) . Les électeurs de 45 à 54 ans étaient particulièrement réticents envers la chancelière. Plus le niveau culturel et les revenus des 2048 personnes représentatives interrogées étaient bas, plus Mme Merkel était mal vue. Elle était donc encore la chancelière de la bonne bourgeoisie instruite et des gens d'âge mûr. L’inquiétude montait dans les rangs de la droite chrétienne-démocrate allemande, coincée entre le parti populiste anti-européen AfD de Frauke Petry et l’Européen de gauche Martin Schulz.

Renversement de tendance dans trois Länder

Or, le 26 mars, des élections régionales ont eu lieu en Sarre. Là, le vent a tourné à nouveau. Ce scrutin a été marqué par une victoire à la majorité relative de la CDU au pouvoir dans ce Land. Elle a gagné cinq points et raté la majorité absolue de deux sièges. Autres résultats positifs pour Merkel : l'affaiblissement de Die Linke; négative l'entrée au Landtag de l'AfD mais la sortie des Grünen. Surtout, la très francophile ministre-présidente chrétienne-démocrate CDU Annegret Kramp-Karrenbauer reste à la barre à Sarrebrück. Cet échec de la gauche est dû surtout à ce que le SPD avait manifesté son intention de former un gouvernement de coalition avec les Grünen écologistes et Die Linke néo-marxiste. Les électeurs n'en ont pas voulu.
Le 7 mai, le parti de Martin Schulz a enregistré une nouvelle claque en perdant la direction du Land de Schleswig-Holstein au Nord du pays. La CDU a progressé de 1,5%, passant à 32,3% des voix tandis que le SPD reculait de 3,5%  à 26,9%. Les Verts ont un peu reculé à 12,9% tandis que les libéraux du FDP montaient nettement à 11,5% et que l'AfD anti-immigrationniste entrait au parlement régional avec 5,9%. Die Linke, La Gauche, alliée potentielle des sociaux-démocrates, n'est pas entrée au parlement. Il y a cinq ans, elle avait aussi raté la porte d'entrée.

Enfin, pour la troisième fois consécutive, la CDU a battu le SPD aux régionales du Land de Rhénanie-Westphalie le 14 mai 2017. La victoire est nette : le parti chrétien-démocrate de Mme Merkel a obtenu 33% des suffrages et le SPD 31%. Les Verts restent dans le parlement régional (le Landtag) avec 6,4% mais en net recul. On est frappé par la progression des libéraux du FDP que l’on disait perdus au cours des dernières années. Menés par leur président fédéral Christian Lindner, ils ont grimpé de 8,6% aux dernières régionales du Land à 12,6%, après un beau résultat également en Schleswig-Holstein. Intéressant aussi est que le parti anti-immigrationniste et eurosceptique AfD (Alternative für Deutschland) soit entré assez aisément au Landtag avec 7,4% des suffrages, tandis que La Gauche ( Die Linke) en est restait exclue avec 4,9%, en deçà donc des 5% éliminatoires. Ce résultat est significatif parce la Rhénanie-Westphalie, 17 millions d’habitants, 13 millions d’inscrits au vote, a toujours été un test pour les législatives nationales qui ont suivi, et parce que ce Land était un fief social-démocrate SPD depuis 50 ans, avec une brève interruption de 2005 à 2010. Région minière jadis, industrielle et urbaine aujourd’hui, La Rhénanie était considérée comme « rouge ». Or, le SPD a subi un revers impressionnant : il y a cinq ans, l’ancien parti de Willy Brandt et de Gerhard Schröder, le parti de Martin Schulz aujourd’hui, avait obtenu 39,1% des voix.

Cette perte d’un quart de ses suffrages a amené, le 14 mai, la ministre présidente SPD Hannelore Kraft à démissionner sur le champ pour céder sa place au leader régional de la CDU Armin Laschet, 56 ans, professeur à l’université de Bonn, auteur, un intellectuel rassurant avec lequel il faudra désormais compter en Allemagne.  Mme Kraft avait été considérée un temps comme prétendante au trône d’Angela Merkel. Du coup, la question est posée : le brûlot Martin Schulz, lancé contre la chancelière était-il un pétard mouillé ? Le soir du 14 mai, Schulz a accusé le coup. Comme accablé, arrivant à peine à s’éclaircir la voix, il a déclaré que c’était « un coup dur » pour son parti, d’autant qu’il « encaissait cette défaite percutante dans le Land dont il est originaire ». Il anticipait en fait sa défaite assez probable maintenant aux législatives de septembre prochain.

Mme Kraft est la seconde rivale potentielle de l’actuelle chancelière à mordre la poussière, elle dans l’opposition SPD, l’autre dans la CDU de la chancelière. Figure de prouve de la CDU de Rhénanie-Palatinat, Julia Klöckner, avait été battue à plate couture aux régionales de mars 2016 par la sociale-démocrate Malu Dreyer. Depuis, cette jeune et séduisante personne semble s’être volatilisée.  Il faut dire que les circonstances étaient différentes voire inverses un an plus tôt. Paradoxalement, Mme Klöckner avait été victime de la dépression dans laquelle stagnait encore l’an dernier le parti de la chancelière suite à l’immigration massive de réfugiés du Moyen-Orient. Jugée responsable de cxette invasion par l’électorat, Mme Merkel touchait le fond à l’époque et les sections régionales de la CDU en subissaient le contre-coup. Entre-temps, la tendance s’est visiblement inversée puisque le thème central de ces élections de Rhénanie-Westphalie en mai 2017 a été la sécurité. La chancelière qui s’est beaucoup impliquée dans la campagne rhénane-westphalienne, est donc considérée comme un agent sécuritaire et protecteur. Thème secondaire de la campagne: l’éducation.  

Mais la CDU a remporté ce succès avec une progression de près de 7% des voix contre une perte de près 8% du SPD en particulier grâce à sa nouvelle stratégie de proximité électorale. Au lieu de se disperser comme lors de précédents votes, elle s’est concentrée sur son électorat traditionnel, considérant à juste titre que la majorité en Allemagne – comme d’ailleurs en France – est plutôt à droite, plutôt conservatrice. On a compris qu’il est vain de tenter d’aller grappiller des voix chez les Verts ou les eurosceptiques, de tailler des croupières parfois aux libéraux. On cherche plutôt à mobiliser le ban et l’arrière-ban des électeurs de droite tentés de s’abstenir pour des raisons diverses ou tout simplement par paresse et dépolitisation. Des équipes de la Jeunesse chrétienne-démocrate se rendent dans les quartiers cossus et les quartiers confortables des villes et sonnent aux portes des appartements et villas, débattent avec les passants dans la rue, leur distribuent des documents. Cette méthode s’est avérée plus payante que le gaspillage de forces lors des dernières campagnes. Elle sera pratiquée dans la campagne des législatives cet été.  

Dans les intentions de vote aux législatives, au niveau fédéral, en avril, à la veille du scrutin de Rhénanie-Westphalie, la CDU/CSU s'était améliorée de deux points à 36% tandis que le SPD reculait de deux points par rapport à mars, et n'est plus qu'à 31%. A des élections nationales, Die LInke aurait 9%, les Grüne et l'AfD 7% et le FDP libéral 6%. Tandis que Die Linke gagnait un peu de terrain, les Grüne et le FDP en perdaient un peu et l'AfD stagnait.

Les Bavarois de la CSU ont enterré la hache de guerre

Une des raisons de la reprise est l'armistice conclue entre la CDU de Mme Merkel et la CSU du Bavarois Horst Seehofer. Rien moins que le héraut du parti néo-communiste Die Linke, Gregor Gysi, avait suggéré à la télévision à Mme Merkel de pousser vers la droite pour contrer l’AfD. La CDU a opté en effet pour une campagne plus droitière. La chancelière a promis d’accélérer les expulsions de migrants n’ayant pas droit d’asile et de les regrouper en attendant dans des centres au lieu de les répartir sur l’ensemble des communes allemandes.

Naturellement, les amis de Mme Merkel l'ont enfin soutenue. D’abord le ministre des Finances CDU Wolfgang Schäuble qui a, Dieu sait pourquoi, comparé Schulz à Trump. Puis ce fuent les membres du présidium de la CDU, Jens Spahn et Volker Kauder qui reprochent à Schulz dans des quotidiens de ne produire que « des surtitres » et des « bulles » sans contenu. Le clou a été la révélation selon laquelle Markus Engels, chef de la centrale électorale du SPD, la « Kampa », aurait eu un emploi semi-fictif à Bruxelles et perçu pour cela de gros frais de déplacement et des primes alors qu’il travaillait essentiellement à Berlin.

Les sociaux-démocrates avaient mis en route à la mi-février le char d’assaut de leur « Kampa ». Les partis de gouvernement ont fait élire le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier à la présidence de la République fédérale et Sigmar Gabriel leur ancien leader s'est installé aux Affaires étrangères. Cela leur avait donné une impulsion. Mais ne sera-t-elle qu'un feu de paille ? Étant donné que la CDU/CSU et le SPD gouvernent le pays au sein d’une même « grande coalition » pour ne pas dire une « grande cohabitation », les deux partis ont du mal à se faire des crocs-en-jambe. On va suivre de très près la formation du gouvernement régional de Rhénanie-Westphalie. Avec l'appoint des Verts, la CDU de M. Laschet pourrait s'y coaliser avec les libéraux FDP. Si au contraire, il forme une grande coalition pareille à celle de Berlin avec le SPD battu, cela ne redorera guère le blason de la chancelière. (ates67.fr, 13 février et 15 mai 2017)

Les petites astuces du Kremlin

Le correspondant du quotidien berlinois Tageszeitung à Moscou, Helge Donath, a rapporté récemment dans son journal un fait judiciaire qui en dit long sur les manipulations auxquelles Vladimir Poutine a recours pour conserver son confortable fauteuil au Kremlin.

Très confiant l’accusé Alexei Nawalny déclare au juge qui revient dans le prétoire avec la sentence : « Avez-vous des bonnes nouvelles pour moi ? » « Vous allez le savoir tout de suite », réplique le juge en souriant. Et de lire la même sentence par laquelle Nawalny et son co-accusé Piotr Offizerov avaient état condamnés en juin 2013 : cinq ans de réclusion avec sursis et de ce fait interdiction de se présenter comme candidat à des élections.

Le problème pour Nawalny était qu’il avait annoncé en décembre dernier sa candidature aux présidentielles de 2017 en Russie. S’il l’avait fait et s’il attendait une bonne nouvelle, c’était que la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg avait cassé le verdict rendu en 2013 par le tribunal moscovite. Les accusés étaient taxés d’avoir « volé » du bois de charpente de l’entreprise d’État « Kirovles » pour un montant équivalent à 250 000 €.

Le tribunal européen de Strasbourg avait conclu qu’il n’y avait pas eu vol mais que l’achat de ce bois s’était déroulé dans le cadre d’une transaction commerciale tout à fait régulière. La CEDH avait demandé au juge russe de réviser son jugement. D’où la réouverture du procès et la certitude d’Alexei Nawalny qu’il allait obtenir gain de cause.

Nawalny s’est fait connaître en Russie comme combattant contre la corruption. Il s’était présenté en 2013 aux élections à la mairie de Moscou et avait obtenu d’emblée 27% des suffrages. D’où son premier procès et maintenant le second, à titre préventif. Il ne pourra pas cette fois faire acte de candidature. Contre Poutine et Medvediev. C'est tout de même plus humain que de faire assassiner un concurrent, mais on peut se demander quand même ce que fait la Russie au Conseil de l’Europe à Strasbourg. (ates67.fr, 13/2/2017)